Bienvenue dans mon Univers

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LES LETTRES CELEBRES

Ce furent d’abord les traces de civilisations,

Qui déposèrent des signes pour notre information.

 

Fondatrice de l’ordre social et politique,

Servante de la pensée parfois emblématique,

L’écriture  se développe, se transforme, s’enrichit,

Elle dessine le monde en syllabant la vie.

 

Epitres d’un autre temps où  l’émotion perdure,

Maintes et maintes lectures lézardent toute armure,

Phonème de la langue qui n’appartient qu’à soi,

C’est  alors  la passion qui s’envole vers toi.

 

Au cœur du parchemin  déposer son fardeau,

Pour vider le grimoire  en tirant le rideau.

 

L’alphabet du pouvoir  qui fixe la mémoire,

Dessine la parole, s’envole du ciboire.

Car  que resterait-il de nous de notre Histoire,

Si les mots se taisaient en boudant l’écritoire.

 

Martine


LETTRE DE GOETHE A CHRISTIAN DANIEL RAUCH

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Goethe ( 28 août 1749 – 22 mars 1832) fut le père de la littérature allemande, romancier, poète et dramaturge mais aussi scientifique et homme politique, il signa son grand chef-d’œuvre, Les Souffrances du jeune Werther, à l’âge de 25 ans. Véritable prodige, il revient dans cette lettre sur sa vocation et sa passion qui, de tout temps, le sauvèrent.

 

 

21octobre 1827

 

Monsieur et cher ami,

 

Au moment où une douleur amère vous frappe, en tournant votre pensée vers moi, en trouvant quelque soulagement à vous entretenir avec moi, vous me prouvez d’une manière touchante la profondeur de votre amitié, la tendresse confiante de vos sentiments, et c’est bien ce que j’ai de tout temps éprouvé pour vous. Vous me montrez par là que vous êtes sûr de ma fidèle sympathie, de la part vraie que je prends au coup funeste qui, vous blessant, dans ce que vous avez de plus cher, vient vous atteindre en pleine activité intellectuelle et entraver l’heureux et noble épanouissement du plus beau talent. Moi aussi, qui partage douloureusement votre peine, il me semble trouver quelque adoucissement à vous répondre, tout de suite et à vous envoyer ces lignes.

 

Comme vous, j’ai connu dans ma longue existence des événements qui m’ont fait souffrir, au sein du bonheur le plus éclatant, une série de chagrins pour ceux que j’aimais ; il y a des moments si cruels, qu’on serait vraiment tenté de voir dans la brièveté de la vie le plus grand des bienfaits et le seul moyen de ne pas avoir à endurer trop longtemps un tourment insupportable.

 

J’ai vu partir avant moi beaucoup d’êtres qui avaient souffert ; quant à moi, le devoir m’a été réservé de continuer à vivre et de porter une succession de joies et de douleurs telles que la moindre d’entre elles eût bien pu être mortelle.

Dans de tels cas, ma seule ressource a toujours été de faire appel, de toute mon énergie, à mon reste d’activité et de continuer avec vigueur une lutte de vie ou de mort ; tel un combattant engagé dans une funeste guerre, et qui se bat, qu’il ait le dessus ou le dessous.

 

Et c’est ainsi que j’ai traversé la vie, à la force du poignet, jusqu’à ce jour où la fortune suprême, qui pourrait me donner le vertige, est toujours mêlée de tant d’amertume, qu’elle m’invite et me contraint à toute heure à faire un nouvel appel à mes forces.

 

Si je n’ai su trouver pour moi-même d’autre moyen de demeurer maître de ma vie et de lutter contre ce que nous pouvons à bon droit appeler la perfidie du destin, je crois que ce même recours sera salutaire à tel autre, destiné par la nature à une noble carrière d’artiste, s’il essaie de combattre avec une force renaissante le sentiment de révolte qui lui inspire une entrave imprévue, et s’il tâche de se ressaisir dans la mesure de ses moyens.

 

Ce qui précède, cette leçon puisée à ma propre existence, vous montrera que le triste événements qui vous frappe a réveillé dans mon âme le souvenir de tous mes maux passés, et que mon esprit a évoqué du même coup tout ce qui m’a été secourable.

 

Puisse cette sincère sympathie avoir le privilège d’adoucir du moins un instant votre douleur, qu’elle ne saurait guérir. Nous répondons tous de tout cœur à vos affectueux messages


21/04/2016
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LETTRE DE JACQUES BREL

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Le seul fait de rêver est déjà très important.

 

Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques-uns. 

 

Je vous souhaite d’aimer ce qu’il faut aimer et d’oublier ce qu’il faut oublier. 

 

Je vous souhaite des passions, je vous souhaite des silences.

 

Je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil et des rires d’enfants.

 

Je vous souhaite de respecter les différences des autres, parce que le mérite et la valeur de chacun sont souvent à découvrir.

 

Je vous souhaite de résister à l’enlisement, à l’indifférence et aux vertus négatives de notre époque.

 

Je vous souhaite enfin de ne jamais renoncer à la recherche, à l’aventure, à la vie, à l’amour, car la vie est une magnifique aventure et nul de raisonnable ne doit y renoncer sans livrer une rude bataille.

 

Je vous souhaite surtout d’être vous, fier de l’être et heureux, car le bonheur est notre destin véritable.


27/03/2016
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LETTRE DE GOETHE A CHRISTIAN DANIEL RAUCH

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Goethe ( 28 août 1749 – 22 mars 1832) fut le père de la littérature allemande, romancier, poète et dramaturge mais aussi scientifique et homme politique, il signa son grand chef-d’œuvre, Les Souffrances du jeune Werther, à l’âge de 25 ans. Véritable prodige, il revient dans cette lettre sur sa vocation et sa passion qui, de tout temps, le sauvèrent.

 

 

21octobre 1827

Monsieur et cher ami,

 

Au moment où une douleur amère vous frappe, en tournant votre pensée vers moi, en trouvant quelque soulagement à vous entretenir avec moi, vous me prouvez d’une manière touchante la profondeur de votre amitié, la tendresse confiante de vos sentiments, et c’est bien ce que j’ai de tout temps éprouvé pour vous.

 

Vous me montrez par là que vous êtes sûr de ma fidèle sympathie, de la part vraie que je prends au coup funeste qui, vous blessant, dans ce que vous avez de plus cher, vient vous atteindre en pleine activité intellectuelle et entraver l’heureux et noble épanouissement du plus beau talent.

 

Moi aussi, qui partage douloureusement votre peine, il me semble trouver quelque adoucissement à vous répondre, tout de suite et à vous envoyer ces lignes.

 

Comme vous, j’ai connu dans ma longue existence des événements qui m’ont fait souffrir, au sein du bonheur le plus éclatant, une série de chagrins pour ceux que j’aimais ; il y a des moments si cruels, qu’on serait vraiment tenté de voir dans la brièveté de la vie le plus grand des bienfaits et le seul moyen de ne pas avoir à endurer trop longtemps un tourment insupportable.

 

J’ai vu partir avant moi beaucoup d’êtres qui avaient souffert ; quant à moi, le devoir m’a été réservé de continuer à vivre et de porter une succession de joies et de douleurs telles que la moindre d’entre elles eût bien pu être mortelle.

 

Dans de tels cas, ma seule ressource a toujours été de faire appel, de toute mon énergie, à mon reste d’activité et de continuer avec vigueur une lutte de vie ou de mort ; tel un combattant engagé dans une funeste guerre, et qui se bat, qu’il ait le dessus ou le dessous.

 

Et c’est ainsi que j’ai traversé la vie, à la force du poignet, jusqu’à ce jour où la fortune suprême, qui pourrait me donner le vertige, est toujours mêlée de tant d’amertume, qu’elle m’invite et me contraint à toute heure à faire un nouvel appel à mes forces.

 

Si je n’ai su trouver pour moi-même d’autre moyen de demeurer maître de ma vie et de lutter contre ce que nous pouvons à bon droit appeler la perfidie du destin, je crois que ce même recours sera salutaire à tel autre, destiné par la nature à une noble carrière d’artiste, s’il essaie de combattre avec une force renaissante le sentiment de révolte qui lui inspire une entrave imprévue, et s’il tâche de se ressaisir dans la mesure de ses moyens.

 

Ce qui précède, cette leçon puisée à ma propre existence, vous montrera que le triste événements qui vous frappe a réveillé dans mon âme le souvenir de tous mes maux passés, et que mon esprit a évoqué du même coup tout ce qui m’a été secourable. Puisse cette sincère sympathie avoir le privilège d’adoucir du moins un instant votre douleur, qu’elle ne saurait guérir. Nous répondons tous de tout cœur à vos affectueux messages.


27/03/2016
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LES TESTAMENT DE BEETHOVEN

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Pour mes frères Carl et [Johann] Beethoven.

 

Ô vous ! hommes qui me tenez pour haineux, obstiné, ou qui me dites misanthrope, comme vous vous méprenez sur moi.

 

Vous ignorez la cause secrète de ce qui vous semble ainsi, mon cœur et mon caractère inclinaient dès l’enfance au tendre sentiment de la bienveillance, même l’accomplissement de grandes actions, j’y ai toujours été disposé, mais considérez seulement que depuis six ans un état déplorable m’infeste, aggravé par des médecins insensés, et trompé d’année en année dans son espoir d’amélioration.

 

Finalement condamné à la perspective d’un mal durable (dont la guérison peut durer des années ou même être tout à fait impossible), alors que j’étais né avec un tempérament fougueux, plein de vie, prédisposé même aux distractions offertes par la société, j’ai dû tôt m’isoler, mener ma vie dans la solitude.

 

 J'essayais bien parfois de mettre tout cela de côté, oh ! comme alors j’étais ramené durement à la triste expérience renouvelée de mon ouïe défaillante, et certes je ne pouvais me résigner à dire aux hommes : parlez plus fort, criez, car je suis sourd.

 

Comment aurait été-t-il possible que j’avoue alors la faiblesse d’un sens qui, chez moi, devait être poussé jusqu’à un degré de perfection plus grand que chez tous les autres, un sens que je possédais autrefois dans sa plus grande perfection, dans une perfection que certainement peu de mon espèce ont jamais connue – oh ! je ne le peux toujours pas, pardonnez-moi, si vous me voyez battre en retraite là-même où j’aurais bien aimé me joindre à vous.

 

Mon malheur m’afflige doublement, car je dois rester méconnu, je n’ai pas le droit au repos dans la société humaine, aux conversations délicates, aux épanchements réciproques ; presque absolument seul. Ce n’est que lorsque la plus haute nécessité l’exige qu’il m’est permis de me mêler aux autres hommes. Je dois vivre comme un exilé, à l’approche de toute société une peur sans pareille m’assaille, parce que je crains d’être mis en danger, de laisser remarquer mon état.

 

C'est ainsi que j’ai vécu les six derniers mois, passés à la campagne sur les conseils avisés de mon médecin pour ménager autant que possible mon ouïe ; il a presque prévenu mes dispositions actuelles, quoique, parfois poussé par un instinct social, je me sois laissé séduire.

 

Mais quelle humiliation lorsque quelqu’un près de moi entendait une flûte au loin et que je n’entendais rien, ou lorsque quelqu’un entendait le berger chanter et que je n’entendais rien non plus ; de tels événements m’ont poussé jusqu’au bord du désespoir, il s’en fallut de peu que je ne misse fin à mes jours.

 

C’est l’art et seulement lui, qui m’a retenu. Il me semblait impossible de quitter le monde avant d’avoir fait naître tout ce pour quoi je me sentais disposé, et c’est ainsi que j’ai mené cette vie misérable – vraiment misérable ;

 

un corps si irritable, qu’un changement un peu rapide peut me faire passer de l’euphorie au désespoir le plus complet – patience, voilà tout, c’est elle seulement que je dois choisir pour guide, je l’ai fait – durablement j’espère, ce doit être ma résolution, persévérer, jusqu’à ce que l’impitoyable Parque décide de rompre le fil, peut-être que cela ira mieux, peut-être non, je suis tranquille – être forcé de devenir philosophe déjà à 28 ans, ce n’est pas facile, et pour l’artiste plus difficile encore que pour quiconque –

 

Dieu, tu vois de là-haut mon cœur ; tu le connais, tu sais que l’amour des hommes et un penchant à faire le bien y habitent, – ô hommes ! lorsqu’un jour vous lirez ceci, songez que vous vous êtes mépris sur moi ; et que le malheureux se console d’avoir trouvé un semblable, qui malgré tous les obstacles de la nature, a pourtant fait tout ce dont il était capable pour être admis au rang des artistes et des hommes de valeur –

 

Vous, mes frères Carl et [Johann], dès que je serai mort et si le Professeur Schmidt vit encore, priez-le en mon nom de décrire ma maladie, et joignez son récit à cette présente feuille, afin qu’au moins le monde se réconcilie autant que possible avec moi après ma mort –

 

En  même temps, je vous déclare ici tous deux héritiers de ma petite fortune (si l’on peut l’appeler ainsi), partagez-la loyalement, et supportez-vous et aidez-vous l’un l’autre, tout ce que vous avez fait qui me répugnait, vous le savez, vous a été pardonné depuis longtemps.

 

Toi frère Carl, je te remercie encore particulièrement pour l’attachement que tu m’as témoigné ces tout derniers temps, je vous souhaite une vie meilleure et moins soucieuse que la mienne, recommandez à vos enfants la vertu, elle seule peut rendre heureux, pas l’argent, je parle par expérience, c’est elle qui même dans la misère m’a élevé, je la remercie autant que mon art, pour m’avoir fait éviter le suicide – adieu et aimez-vous, –

 

Je remercie tous mes amis, en particulier le Prince Lichnowski et le Professeur Schmidt. –

 

Je souhaite, si vous le voulez bien, que les instruments du Prince L. soient conservés par l’un de vous, mais qu’il ne s’élève à cause de cela aucune dispute entre vous, dès qu’ils pourront vous être utiles, vendez-les tout simplement, comme je serais heureux de pouvoir encore vous rendre service sous la tombe –

 

S’il en va ainsi, c’est avec joie que je m’empresse vers la mort – mais si elle vient avant que je n’aie eu l’occasion de faire éclore toutes mes facultés artistiques, alors, malgré ma rude destinée, elle vient encore trop tôt, et je la souhaiterais volontiers plus tardive – pourtant, ne serais-je pas alors aussi content, ne me délivrerait-elle pas d’une souffrance infinie ? – viens quand tu veux, je vais courageusement vers toi –

 

Adieu et ne m’oubliez pas tout à fait une fois mort, j’ai mérité cela de vous, parce que j’ai souvent, dans ma vie, pensé à vous rendre heureux, soyez-le –

 

Ludwig van Beethoven, Heiligenstadt, le 6 octobre 1802.

 

 

Heiligenstadt, le 10 octobre 1802. –

 

Ainsi je te fais mes adieux – et certes tristement – oui, à toi, espérance aimée – que je portais avec moi jusqu’à présent – l’espérance d’être guéri au moins jusqu’à un certain point – elle doit maintenant me quitter complètement, comme les feuilles d’automne tombent et se flétrissent, elle aussi est morte pour moi, presque comme je suis venu ici – je m’en vais – même le grand courage – qui m’animait souvent durant les beaux jours d’été – il a disparu – ô Providence ! – laisse-moi une fois goûter la joie d’un jour pur – cela fait si longtemps que la résonance intérieure de la vraie joie m’est étrangère – oh ! quand – oh ! quand, ô Dieu ! – pourrai-je dans le temple de la nature et des hommes l’éprouver à nouveau ? – Jamais ? – Non – oh ! cela serait trop difficile.

 



26/03/2016
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