Bienvenue dans mon Univers

Bienvenue dans mon Univers

LA PART DES FLAMMES - GAELLLE NOHANT

LA PART DES FLAMMES - GAELLE NOHANT.jpg
 

Ce magnifique roman nous plonge dans le Paris du XIX e siècle, en Mai 1897, où pendant trois jours , le Tout  Paris se bouscule, pour être vu, à la plus mondaine des ventes de charité.

 

Ces "dames" de l'aristocratie "jouent" pendant quelques jours " à la vendeuse" et chacun se presse pour avoir l'honneur d'être servi par une duchesse, une comtesse, une princesse....

 

Et c'est le drame. Une inflammation des vapeurs d'éther alimentant  le projecteur du tout nouveau spectacle de cinématographe transforme un hangar éphémère en brasier humain.

 

Les décès sont nombreux, les séquelles dramatiques à une époque  où la médecine  est  impuissante pour traiter les brûlés.

 

Pourtant après la sidération, la solidarité se met en place et réunit  dans une même douleur les nantis et les démunis.

 

Dans cette société corsetée où l'importance du nom, de la descendance, du mariage, de la filiation et du pouvoir  sont déterminants, cet incendie et ses conséquences  vont  changer la vie et les priorités des survivants.

 

Les femmes "bien nées" apprendront  à percevoir au-delà des apparences  la subtilité des êtres qui les entourent. En ouvrant leurs âmes à la misère humaine, à la détresse, elles seront les  fossoyeurs d'une époque  qui se meure.

 

Leur rôle sera essentiel, leur courage et leur force valoriseront la condition féminine.

 

Les hommes quant à eux, continueront à vivre  hors de leur temps.

 

La décadence de l'aristocratie est au coeur de cette  République  encore balbutiante. 

 

Martine

 
 
4 mai 1897 : incendie du  Bazar de la Charité à Paris  (D’après « Les Annales politiques et littéraires », paru en 1897)

 

Entraînant la mort de plus d’une centaine de personnes, dont celle de la duchesse d’Alençon, sœur de l’impératrice d’Autriche-Hongrie « Sissi », l’incendie du Bazar de la Charité, vente de bienfaisance créée en 1885 au profit des plus démunis et organisée rue Jean-Goujon à Paris, fut causé par la combustion des vapeurs de l’éther utilisé pour une projection de cinématographe et marqua les esprits du temps

Au nombre des témoins figure Armand Dayot, critique et historien d’art, fondateur de la revue L’Art et les Artistes. Il relate en ces termes ce tragique événement :

 

« Je descendais les Champs-Elysées, venant de chez moi, vers les quatre heures, et me rendant au Salon, quand je vis une grande fumée du côté de la rue Jean-Goujon, explique Armand Dayot. Je me dirigeai de ce côté. Le Bazar de la Charité brûlait. Tout autour, la foule commençait à s’amasser. Des femmes affolées, la plupart jeunes, vêtues de toilettes claires, s’échappaient de la fournaise, en poussant des cris affreux. Plusieurs avaient le visage tuméfié et ensanglanté. Toutes criaient et appelaient au secours. J’en vis une qui se tordait les bras en appelant sa mère, pendant que des femmes du peuple, au risque de se brûler, arrachaient par lambeaux la robe en flammes.

 

« Le Bazar, devenu en quelques minutes un véritable brasier, bordait la rue comme une barrière de feu. Je pus cependant pénétrer dans le terrain vague qui se développe entre le Bazar et le couvent de la rue Bayard, et c’est de là que j’assistai, avec deux sergents de ville et trois ou quatre ouvriers, au terrible drame.

 

 

Incendie du Bazar de la Charité
Incendie du Bazar de la Charité

 

« Quand j’arrivai, ces braves gens cherchaient, à l’aide d’une échelle trop petite, à faire passer par-dessus les murs d’une maison voisine une pauvre vieille femme qui avait réussi à se sauver par une des ouvertures donnant sur l’espace vide. Sans chapeau, à moitié nue, le crâne sanglant, elle disait des paroles inintelligibles et semblait inconsciente. Et, détail navrant, pendant que nous hissions hors de l’atteinte des flammes cette triste masse inerte, les habitants de la maison voisine nous inondaient de flots d’eau destinés à rafraîchir les murs de plus en plus brûlants. Il y avait de tous côtés un affolement général, que justifiait l’horreur du drame, car on entendait, au milieu du sifflement des flammes, les cris des victimes qui s’éteignirent bien vite.

 

« C’est en ce moment qu’un cri déchirant nous fit retourner la tête du côté de la fournaise. Deux corps venaient de s’en échapper et se tordaient sur l’herbe, tout au bord des flammes dont la chaleur devenait intolérable. Je m’élançai de ce côté avec un des ouvriers. Mais bien que nous nous fussions couvert la tête et la figure d’herbe arrachée au sol, nous ne pûmes parvenir jusqu’aux malheureuses victimes, qui flambaient comme des torches et qui ne bougeaient plus. Elles disparurent dans l’incendie. Nous n’avions plus qu’à contempler avec des yeux pleins de larmes, car tout le monde pleurait, l’horrible spectacle.

 

« Bientôt arrivèrent les pompiers qui, n’ayant désormais qu’à faire la part du feu, dirigèrent leurs efforts du côté du couvent, sur la façade duquel on voyait déjà courir des flammes. La violence de l’incendie était si grande que quelques minutes à peine après la mise en batterie des pompes, la charpente du Bazar s’écroulait avec un bruit épouvantable, nous enveloppant de fumée et d’odeurs horribles, odeurs de chairs brûlées. Nous pûmes alors nous approcher des restes fumants de ce qui fut le Bazar de la Charité, et où se pressait, il y a quelques instants, une foule élégante et joyeuse.

 

« Au premier plan, les cadavres des deux pauvres femmes que nous avions été impuissants à secourir. L’un est complètement calciné et demeure sur le dos, les jambes raides, les bras tendus comme pour appeler au secours. De l’autre, la partie antérieure seule a été atteinte par les flammes et brûle encore en crépitant. Nous versons sur ces tristes débris des seaux d’eau afin d’arrêter l’œuvre du feu et de permettre aux infortunés qui vont les rechercher de les reconnaître.

 

« Peu à peu, l’espace où nous nous trouvons est envahi par une foule désespérée de parents et d’amis. C’est un lamentable concert de cris déchirants, de sanglots. Il en est qu’on est obligé de retenir pour les empêcher de se jeter dans le brasier où l’on commence à apercevoir des membres crispés, des corps tordus, des têtes de mort, blanches et grimaçantes. Il est un endroit surtout qui ressemble à un véritable ossuaire. C’est un amoncellement de crânes. Près de moi un homme du peuple, secoué de sanglots, gratte la boue sanglante sous un des deux cadavres et en retire des bijoux qu’il remet à un sergent de ville... »

 

Autre témoin mais également sauveteur improvisé, le cuisinier Jules Gaumery rapporte en ces termes ses impressions à l’issue du drame :

 

« Je me trouvais dans la cuisine, avec Edouard Vaudier, mon aide. J’étais en train de piquer un filet de bœuf. Lorsque les premiers cris ont retenti, nous ne nous en sommes pas étonnés. Il faut vous dire que, pendant la semaine sainte, on avait installé un théâtre dans le terrain d’à côté et dans la même construction. A ce théâtre, on représentait une pièce qui s’appelait le Christ. Il y venait beaucoup de pensionnats de jeunes gens. Je n’ai pas réfléchi que la semaine sainte était loin, que le théâtre dont je parle avait été remplacé par le Bazar de la Charité. Bref, j’ai cru d’abord que les cris étaient poussés par des collégiens qui s’amusaient dans la rue en sortant du théâtre.

 

« Au bout de quelques secondes, nous avons compris pourtant qu’il se passait quelque chose d’anormal. Nous sommes allés regarder à la fenêtre de la pièce voisine qui sert de boucherie, en grimpant sur la table où on découpe la viande : c’est la fenêtre qui donne sur le terrain vague au bout duquel se dressait le Bazar de la Charité. Ah ! toute ma vie je me rappellerai l’horrible spectacle que nous avons eu sous les yeux. Quelles flambées ! Et, là, à quelques mètres de nous, des femmes couraient éperdues, les unes portant des enfants dans leurs bras, toutes cherchant à se sauver, tandis que le feu semblait courir après elles ! C’était terrible !

 

« L’une d’elles s’était cramponnée aux barreaux de notre grille. En nous apercevant, elle poussa un véritable hurlement de joie et d’espérance. Il y eut une poussée dans notre direction. Les mères nous tendirent leurs enfants, en nous suppliant de les prendre d’abord. Pendant ce temps, deux femmes, dont l’une très âgée, s’élançaient, sous nos yeux, hors du brasier, les vêtements enflammés — de vraies boules de feu — et, après avoir parcouru quatre ou cinq mètres, s’abattaient lourdement sur l’herbe en se tordant de douleur. Les pauvres femmes ! Elles ne devaient plus se relever.

 

« Un seul coup d’œil m’avait suffi pour embrasser dans son ensemble cet affreux spectacle. Aller chercher, dans la cuisine, le marteau dont nous nous servons d’habitude pour casser le charbon fut l’affaire de quelques secondes. Il fallait briser la grille d’abord. Nous nous mîmes, chacun à notre tour, à taper de toutes nos forces sur les barreaux. La femme y restait obstinément cramponnée, malgré nos supplications.

 

 

Fuite par la lucarne de l'Hôtel du Palais
Fuite par la lucarne de l’Hôtel du Palais

 

 

« Les coups qu’elle reçut fatalement sur les doigts ne purent même lui faire lâcher prise. Les gravats qui se détachaient tombaient sur elle ; un moellon qui pesait bien trois kilos, l’atteignit à la figure ; les barreaux eux-mêmes, lorsqu’ils commencèrent à se desceller, la blessèrent ; elle avait la tête ouverte et paraissait néanmoins insensible à la douleur ! Elle ne cessait de nous répéter ces mots : — Sauvez-moi ! sauvez-moi !

 

« Quand, enfin, quatre barreaux eurent cédé et que le trou pratiqué fut assez grand pour qu’une personne put passer par là, nous attirâmes vers nous la malheureuse ; nous la hissâmes comme nous pûmes et, la première, elle échappa de la sorte au danger qui, à chaque instant, devenait plus grand. La fumée était, en effet, de plus en plus suffocante, et la chaleur plus terrible.

 

« Ma première idée fut de sauter dans le terrain vague, et de passer, les unes après les autres, les victimes à mon aide Vaudier. La fenêtre, en effet, était très élevée ; elles n’y pouvaient atteindre toutes seules. Mais la foule se pressait, si compacte, contre la muraille, en nous appelant à l’aide, que je dus abandonner mon projet et me borner à passer une chaise au dehors.

 

« La scène que je viens de raconter avait à peine duré quelques secondes. Pendant ce temps, les cris déchirants poussés par les victimes avaient été entendus du personnel de l’hôtel. Tout le monde accourt dans la boucherie. Nous relayant les uns et les autres, nous avons, pendant trois bons quarts d’heure, attiré les victimes à nous, comme nous aurions ramassé des sacs de farine.

 

« Presque toutes nous arrivaient évanouies ou hébétées, la bouche ouverte, incapables d’articuler un seul mot. Il y en avait qui se cramponnaient si fort au cou de leurs sauveteurs qu’on avait toutes les peines du monde à leur faire lâcher prise. Nous en avons hissé autant que nous en avons trouvé, tandis qu’à quelques mètres de nous le fléau achevait son œuvre de destruction.

 

« Rapidement, les cris avaient cessé par là. Sous l’amas incandescent des décombres, il n’y avait plus que des morts — hélas ! Tous les vivants étaient ici. Les dernières personnes qui quittèrent le terrain vague furent deux sœurs de charité qui, d’ailleurs, pendant toute la durée du sauvetage, s’étaient montrées admirables de courage, de calme et d’abnégation, aidant chaque victime à s’élever jusqu’à nous et les encourageant avec de bonnes paroles. Elles ne consentirent à quitter le lieu du sinistre que lorsqu’il n’y eut plus personne à arracher au fléau, et que leurs vêtements, à elles-mêmes, commencèrent à prendre feu. »

 

 

 


 

 

 


 

 

 



16/09/2016
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 92 autres membres