Bienvenue dans mon Univers

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RELIGIONS, RELIGIONS, DIEU AIME T'IL LA GUERRE ?

Depuis qu'ils sont en mesure de réfléchir, les êtres humains s'interrogent sur l'origine du monde, leur place dans la création et le sens de leur existence, en cherchant chacun à leur manière une réponse à la question de fond posée par Leibniz : « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? ».

 

Pour la plupart, hier comme aujourd'hui, il apparaît inconcevable de vivre dans l'ignorance de leurs origines ou/et en n'ayant d'autre but que de satisfaire au jour le jour les besoins physiologiques. Beaucoup ressentent aussi le besoin de se concilier le sort et de se rassurer sur leur avenir...

 

Les religions, ensembles de croyances, de mythes et de pratiques (célébrations, rituels alimentaires, inhumation...), sont le fruit de ces exigences. Elles sont aussi un facteur de cohésion sociale. Le mot même de religion, qui vient du latin relegere, aurait même origine que le mot relier selon certains linguistes... La religion est à l'origine ce qui relie et rapproche les hommes entre eux.

 

Curieusement, dans la Rome antique, le magistrat qui avait en charge l'organisation des cultes était aussi celui qui, dans les premiers temps de la cité, s'occupait de la gestion des ponts. On l'appelait pour cela pontife (le titre demeure attaché au pape, chef suprême de l'Église catholique). Toutes les grandes religions actuelles sont nées, notons-le, dans le sous-continent indien ou le Moyen-Orient.

 

Panthéisme, Polythéisme

Les premiers hommes ont conçu le monde comme un ensemble divin. Cette croyance s'exprime par le terme : panthéisme (du grec pan, tout). Dans le panthéisme, le dieu créateur est le monde lui-même et toutes les composantes du monde possèdent une parcelle de divinité.

 

Dans leurs moments de frayeur ou de crainte, les hommes invoquent la protection de l'une ou l'autre d'entre elles (divinité de la foudre, des moissons, de la chasse, de la pluie...).

 

Souvent, ils se tournent vers les sorciers ou chamans pour apaiser les éléments ou deviner l'avenir...

 

Les religions qui prêtent une âme divine à tous les éléments de l'univers : rochers, rivières... peuvent être dites aussi animistes (du latin anima, souffle vital). Le shintoisme, religion officielle du Japon, est la plus connue des religions animistes.

 

Les premières cités, il y a environ 10.000 ans, avaient chacune un dieu ou une déesse attitré. Ces cités se sont rapprochées pour constituer des États importants, comme en Égypte, ou pour commercer entre elles, comme en Grèce, en Arabie...

 

Leurs habitants ont alors pris l'habitude de prier indifféremment les dieux de l'une ou l'autre cité. C'est ainsi que s'est développé le polythéisme, religion qui admet l'existence de plusieurs dieux ou divinités (le mot polythéisme a été forgé avec les mots grecs polus, nombreux, et theo, dieu).

 

L'hindouisme est la principale religion polythéiste d'aujourd'hui (et la troisième religion par le nombre de ses fidèles, près d'un milliard). L'hindouisme compte des dissidences comme le jaïnisme, minoritaire mais influent.

 

Le polythéisme et le panthéisme se sont épanouis dans les communautés en contact avec une nature exubérante ; dans les pays de la mousson, dans les forêts, le long des rivages tempétueux de la Méditerranée.

Monothéisme

Les horizons plus sereins et semi-arides du Moyen-Orient, des plateaux iraniens et de l'Égypte ont vu la naissance de religions fondées sur un Dieu unique et tout-puissant, existant de toute éternité.

 

À la grande différence des divinités panthéistes, ce Dieu est extérieur au monde, transcendant. Ce Dieu est au cœur des religions dites monothéistes.

 

Les religions de l'Égypte pharaonique constituent une transition entre le panthéisme des origines et le monothéisme. Isis et Osiris, dieux principaux des Égyptiens, sont partie prenante d'une divinité supérieure représentée par le Soleil, Rê ou Aton.

 

Vers 1200 avant JC, une communauté originaire de Chaldée et établie dans la vallée du Nil a émigré vers la Palestine sous la conduite d'un chef mythique nommé Moïse. Celui-ci a renouvelé la foi religieuse de sa communauté, les Hébreux. Il a imposé un monothéisme strict, le premier sans doute (d'après les mots grecs mono, unique, et theo, dieu).

 

Sur les plateaux iraniens est né aussi vers 600 avant JC une confession monothéiste originale et puissante, le mazdéisme ou zoroastrisme, qui professe l'immortalité de l'âme et est organisée autour d'un clergé de mages chargés d'interpréter les révélations divines. Après avoir séduit la Perse ancienne, cette religion ne rassemble plus qu'un très petit nombre de fidèles.

 

En Judée, à l'époque de l'occupation romaine, un prédicateur du nom de Jésus attire les foules... Ses disciples présentent comme Dieu, Fils de Dieu. Sous l'influence de Paul de Tarse, le christianisme rompt avec le judaïsme et devient une religion à vocation universelle, proclamant pour la première fois l'unité de tous les hommes en Dieu, sans distinction de sexe, de statut ou de race.

 

Six cents ans plus tard, dans le désert d'Arabie, un prophète, Mahomet, se proclame envoyé de Dieu et fonde la troisième des grandes religions monothéistes, l'islam.

 

Comme le christianisme, avec lequel elle entre en concurrence, c'est une religion à vocation universelle.

 

Il s'ensuit dans le monde euro-méditerranéen une scission du monde occidental entre société islamique et société chrétienne.

 

Christianisme et islam sécrètent régulièrement des dissidences. Ainsi sont apparus à l'époque contemporaine l'Église des Mormons et le bahaisme.

 

Le monde chinois, qui représente selon les époques le cinquième ou le quart de l'humanité, adhère en partie, depuis deux millénaires, à la doctrine de Bouddha, un prédicateur indien du VIe siècle avant JC. Le bouddhisme ignore le concept de Dieu. Il ne se soucie pas de l'existence éventuelle d'un Dieu et l'on pourrait le dire... agnostique (un mot forgé avec le suffixe privatif grec a- et le mot gnosis qui désigne la connaissance).

 

Cette religion est à proprement parler un «athéisme», fondé sur une cosmogonie subtile et de grandes exigences morales. Rien à voir toutefois avec l'athéisme laïc qui s'est en bonne partie substitué à la foi chrétienne en Europe et se traduit par l'indifférence à l'égard des interrogations métaphysiques sur le sens de la vie et la création du monde.

 

À l'encontre des lieux communs qui ont cours en Europe, notons que la religion n'a pas de responsabilité directe dans la plupart des grandes tragédies qui ensanglantent périodiquement la planète.

 

Ainsi est-elle totalement absente des grands drames du XXe siècle (plus de 100 millions de victimes) : guerres mondiales, répressions nazies et communistes, génocides (les Juifs, comme les Arméniens et les Tutsis, n'ont pas été exterminés en raison de leur religion mais de leur prétendue «race»).

 

C'est au nom de Dieu que les tueurs de l'État islamique sèment la terreur et la guerre de Mossoul à Paris en passant par Bagdad, Beyrouth et Bamako. Faut-il y voir pour autant un retour des guerres de religion ?

 

Si évidente qu'elle paraisse, la référence ne suffit pas à comprendre ce qui motive al-Qaida, Daech et leurs successeurs à venir.

 

Un survol attentif de l'Histoire donne un sens tout autre à ces organisations qualifiées faute de mieux de « terroristes ».

 

Les hommes n'ont pas besoin de Dieu pour s'entretuer

Les atrocités mises en scène par Daech rappellent d'autres mises en scène du temps des guerres de religion, il y a cinq cents ans, des guerres de Vendée, il y a deux cents ans, ou plus près de nous des guerres de Yougoslavie.

 

 

Les décapitations et la réduction de jeunes filles en esclavage rivalisent dans l'horreur avec les éviscérations, empalements, bûchers, viols collectifs et scènes de cannibalisme d'autrefois.

 

Les guerres de religion et les guerres civiles dressent en effet les uns contre les autres des gens ordinairement très proches, citoyens du même pays et parfois du même village.

 

D'où le besoin pour chaque camp de se justifier de ses crimes en déshumanisant l'adversaire et en niant sa qualité d'alter ego.

 

C'est hélas ce qui fait toute la différence avec les guerres conventionnelles qui voient des armées régulières s'affronter sur un champ de bataille.

 

Il est temps ici de rappeler un fait statistique essentiel qui va à l'encontre des idées reçues : les conflits proprement religieux (Kerbela, Saint-Barthélemy, guerre de Trente Ans, hindous contre musulmans...) tuent beaucoup moins de gens que les guerres d'État à État, les guerres civiles et les dictatures !

 

La religion n'a pas de responsabilité directe dans la plupart des tragédies qui ont ensanglanté la planète jusqu'à l'aube du IIIe millénaire.

 

Ainsi, elle a été totalement absente des grands drames du XXe siècle (plus de 100 millions de victimes), exception faite de la scission Inde-Pakistan : guerres mondiales, répressions nazies et communistes, génocides (les Juifs, comme les Arméniens et les Tutsis, n'ont pas été exterminés en raison de leur religion mais de leur prétendue « race »).

 

 

D'une exceptionnelle ampleur ont été les méfaits commis par les régimes athées à l'oeuvre en Allemagne mais aussi en URSS et au Mexique des années 1910 aux années 1940, plus tard en Chine et au Cambodge. 

 

Guidés par le désir de faire table rase du passé et en particulier du fait religieux, Lénine, Hitler, Staline, Mao, Pol Pot... ont massacré des dizaines de millions d'innocents, soit par exemple beaucoup plus que tous les souverains européens depuis l'An Mil et en tout cas beaucoup plus que tous les fanatiques religieux de l'Histoire.

 

 

Il n'y a sans doute que les Mongols de Gengis Khan et Tamerlan qui peuvent rivaliser avec le triste record du XXe siècle. Qu'ils fussent chamanistes, chrétiens nestoriens, bouddhistes ou musulmans, ce n'est pas au nom d'une religion ou d'une idéologie quelconque qu'ils ont tué mais seulement « pour le plaisir ».

 

Si nous remontons dans le temps, les préoccupations religieuses sont absentes des guerres de l'Antiquité, tant dans la sphère méditerranéenne que dans le reste du monde.

 

Les cités grecques vénéraient les mêmes divinités mais s'affrontaient avec une extrême sauvagerie et n'hésitaient jamais à passer par le fil de l'épée les populations vaincues. Même chose en Afrique jusqu'à l'aube des temps modernes : Chaka a pu fonder l'État zoulou au début du XIXe siècle par des méthodes qui n'ont rien à envier à Staline et Pol Pot.

 

Au Moyen Âge, notons que les croisades apparaissent comme des guerres défensives bien plus que des guerres de religion ou des guerres saintes. Leur objectif premier était de restaurer la sécurité des pèlerinages en Terre sainte, mise à mal par l'irruption des nomades turcs. Si les croisés ont combattu avec la brutalité habituelle de l'époque, ils ne se sont pas pour autant souciés de convertir les infidèles musulmans, encore moins de les exterminer. 

 

Plus près de nous, la guerre d'Irlande, le conflit israélo-palestinien et également la guerre d'Algérie sont assimilables à des conflits coloniaux entre occupants plus ou moins anciens d'une même terre. Les guerres plus récentes, avant l'éruption islamiste, ont opposé des gens de même religion (Darfour, Congo, Irak-Iran...) au nom de préjugés raciaux ou nationaux.

 

Cela signifierait-il que Dieu n'a rien à voir avec les guerres ? Que nenni... mais pas toujours de la façon dont on l'imagine.

 

Dieu rapproche !

Rappelons pour la forme le sens originel du mot religion, dérivé du latin relegere,  « relier ».

 

La religion est ce qui lie normalement les hommes et les rapproche, comme un pont rapproche les deux rives d'un fleuve.

 

C'est si vrai que, chez les Romains, l'organisation des fêtes religieuses était confiée au magistrat également en charge de l'entretien des ponts, le pontife. Son lointain héritier est le Souverain Pontife, le pape François.

 

Les Égyptiens, à l'abri du monde extérieur et pénétrés d'un amour profond de la vie, ont pu pendant près de 3 000 ans cultiver une religion souriante destinée à apprivoiser la mort.

 

 

Beaucoup plus impliqués dans les conflits guerriers, les Romains ont développé une religion civile qui avait l'avantage de souder le corps social autour de rituels publics et privés soigneusement codifiés.

 

Ses préoccupations étaient essentiellement utilitaires : prendre de bonnes décisions grâce à la divination et aux aruspices (devins) ; obtenir des dieux la guérison en cas de maladie... Rien de mystique là-dedans et les poètes et penseurs latins se souciaient d'ailleurs très peu de religion. Aucun Romain n'aurait eu non plus l'idée de mourir en martyr au nom de Zeus ou Héra.

 

On retrouve une religion civile de cette sorte en Chine, autour du confucianisme, et plus près de nous aux États-Unis, où les nombreuses confessions chrétiennes qui se sont développées depuis le XVIIIe siècle privilégient les vertus civiques plutôt que l'introspection spirituelle (mais cela est peut-être en train de changer avec la progression des Églises évangéliques issues du Deep South métissé).

 

Cette religiosité tranquille convient aux empires qui ne souffrent d'aucune menace. Quel peuple fut moins mystique que les Britanniques au temps de leur splendeur, au XIXe siècle ?...

 

C'est aussi une forme d'islam tranquille que l'on observe dans l'empire Arabo-Persan de Bagdad et l'empire ottoman de Constantinople à leur apogée.

 

Cette histoire-là a commencé au VIIe siècle, quand les cavaliers arabes ont quitté leur péninsule désertique en vue de s'emparer des richesses de leurs voisins bien plus qu'à convertir les âmes. Ils y ont réussi sans trop de difficultés du fait de l'état de décomposition avancée des grands empires antiques. 

 

Mais après avoir soumis le monde de l'Atlantique à l'Indus, ils se sont vus au siècle suivant ravalés au rang de sous-fifres par les Persans.

 

C'est ainsi qu'à Bagdad s'épanouit une culture éclectique fécondée par l'Inde, la Perse et la Grèce. À la cour du calife de Bagdad, le poète Abou Nouwas (757-809) chante mieux que quiconque l'amour de la vie et des femmes, des garçons et du vin :


« Le vin m'est présenté par un jeune échanson

de sexe féminin, mais vêtu en garçon
... »

 

 

Il serait intéressant d'interpeller l'actuel « calife » de Racca et ses piteux disciples sur ces musulmans qui ont porté l'islam plus haut qu'ils ne le porteront jamais...

Dieu protège !

 

Cette joie de vivre s'effondre aux alentours de l'An Mil. À Jérusalem, le calife fatimide  du Caire détruit le Saint Sépulcre en 1009 dans un accès de fanatisme. Les nomades turcs installent le chaos au Moyen-Orient et vont jusqu'à menacer l'empire byzantin. Ils interrompent également les pacifiques pèlerinages des chrétiens d'Occident, ce qui provoque l'intervention des croisés comme on l'a vu plus haut. 

 

 

Dans le même temps, faut-il s'en étonner ? la religion devient le refuge des âmes inquiètes. En l'an 1019, le calife de Bagdad  Al Qadir fait lire au palais et dans les mosquées une épître dite « épître de Qadir » par laquelle il interdit toute exégèse nouvelle et ferme la porte à l'effort de recherche personnel des musulmans (l'ijithad). Cette décision va tuer l'esprit critique et favoriser l'imitation servile (le taqlid).

 

Après le passage des Turcs puis des Mongols, les sociétés islamiques vont retrouver un développement autonome plus ou moins paisible et créatif. Ainsi en Andalousie et au Maroc, qui a fièrement conservé son indépendance des origines à nos jours (exception faite du bref épisode du protectorat) ; ainsi en Iran (Perse) et dans le sultanat de Delhi.

 

Toutes ces sociétés incluent au Moyen Âge d'importantes communautés non-musulmanes, parfois ultra-majoritaires comme aux Indes. Les gouvernants ne cherchent pas à les convertir. Ils préfèrent les pressurer d'impôts. 

 

À la fin du Moyen Âge, les Ottomans vont plonger l'islam méditerranéen et proche-oriental dans une longue torpeur dont il ne sortira qu'au XIXe siècle, sous les coups des Occidentaux et en premier lieu de Bonaparte.

 

Remontons le temps. Nous observons la même quête d'un dieu protecteur chez les peuples souffrants, à commencer par le peuple hébreu.

 

 

Les douze tribus d'Abraham établies sur la Terre promise connaissent une succession d'épreuves au 1er millénaire avant notre ère, de l'invasion des Assyriens en 721 av. J.-C. à l'exil de Babylone en 597 av. J.-C. Ils sont libérés en 539 par les bonnes grâces du Grand Roi des Perses Cyrus II mais c'est pour passer plus tard sous la tutelle d'Alexandre le Grand et de ses successeurs (en grec, « diadoques »).

 

Ces Hébreux, qui vivent alors sur l'une des terres les plus riches du monde, connaissent une démographie très dynamique. Ils sont sans doute plus d'un million rien qu'en Palestine et leur diaspora autour de la Méditerranée est sans doute aussi nombreuse. C'est au total un dixième peut-être de la population de la région. 

 

Leurs épreuves les conduisent à renforcer leur identité à travers le lien ancestral qui les rattache à leur dieu. C'est ainsi qu'entre l'an 500 et l'an 150 av. J.-C., des scribes ou des érudits juifs compilent les archives et les textes anciens de leur communauté au sein de ce qui sera la Bible. À travers cette compilation, ils s'appliquent à témoigner de leur alliance avec un Dieu unique qui s'est manifesté en leur faveur à travers toutes sortes de signes et d'événements.

 

De fait, les communautés israélites, même dispersées sur toute la surface de la planète, vont résister jusqu'à nos jours à toutes les persécutions, y compris les pires qui soient, sans jamais perdre la foi.

 

C'est aussi le malheur des temps, la défection des élites et les incursions barbares qui vont aux IIIe et IVe siècles pousser les habitants de l'empire romain vers le dieu protecteur des juifs. Ils vont l'adopter dans sa version chrétienne, un Messie envoyé pour sauver les hommes et les conduire à la vie éternelle.

 

Ce Dieu va se montrer d'abord consolateur pendant le long et pénible épisode des invasions barbares. Puis il va devenir très protecteur puisque, à partir de l'An Mil, la chrétienté occidentale ne va plus connaître d'invasions d'aucune sorte jusqu'à nos jours... Une exception dans l'Histoire universelle !

 

Durablement stabilisées du fait de l'absence de menace extérieure, les sociétés européennes vont peu à peu se pacifier sous l'impulsion du clergé et donner naissance à des États de droit, fondement indispensable du progrès. 

Ces sociétés, soudées par la foi en un même Dieu et la soumission à une même autorité ecclésiastique, vont aussi se montrer impitoyables envers les ferments de division. Ainsi les Cathares sont-ils combattus par les armes et par l'Inquisition, plus brutalement que les musulmans du Proche-Orient.  

 

Au XVIe siècle, les États européens et leurs habitants sont suffisamment assurés de leur force pour n'avoir plus besoin de la protection quelque peu envahissante de l'Église de Rome. Voici la Réforme de Luther et bientôt les guerres de religion.

 

À l'issue de celles-ci, les Européens vont avancer à tâtons vers un compromis qui concilierait l'athéisme militant, l'indifférence agnostique et une religiosité tranquille « à l'américaine ». Ils s'attirent en 2000 cette remarque désabusée du pape Jean-Paul II :  « Pour la première fois de l'histoire de l'humanité, il y a un homme qui vit comme si Dieu n'existait pas, c'est l'homme européen »...

 

Dieu libère !

Justement, en 1978, quelle n'a pas été la surprise des Européens devant la ferveur religieuse qu'a suscitée l'élection de ce même pape dans son pays natal, la Pologne communiste ! Les Polonais ont pu résister à quarante années d'oppressions nazies et soviétiques grâce à leur foi catholique et au dévouement de leur clergé. 

 

L'élection de l'archevêque de Cracovie Karol Wojtyla à la tête de l'Église catholique va relancer leur ardeur comme jamais et, le 31 août 1980, à l'issue des accords de Gdansk qui consacrent le triomphe du syndicat libre Solidarnosc, le très catholique leader syndicaliste Lech Walesa brandit devant ses camarades le stylo avec lequel il a signé les accords. C'est un gadget comme on en voit dans les boutiques de souvenirs du Vatican, avec le portrait du pape polonais. Lech Walesa veut par là signifier que le Souverain Pontife a guidé son bras et inspiré les accords !

 

 

Ainsi Dieu a-t-il pu contribuer à libérer les Polonais et autres Européens de l'oppression communiste... La suite est plus amère. Sitôt qu'ils ont rejoint l'Occident démocratique, les Polonais ou du moins la plupart d'entre eux se sont abandonnés aux délices païens du consumérisme, avec en prime une natalité en berne.

 

Même phénomène de l'autre côté de l'Atlantique, où les Français de la Nouvelle-France (Québec) ont pu conserver pendant deux siècles leur identité sous tutelle anglaise grâce à leur foi catholique et à leur clergé. Mais à la fin du XXe siècle, les désillusions indépendantistes et l'humeur folatre ont eu raison de leur résistance. Aujourd'hui, le Québec se distingue en Amérique du Nord par son indifférence religieuse et sa très faible natalité tandis que l'identité francophone ne mobilise plus les foules même si elle demeure heureusement très vivante.

 

Revenons en Europe : c'est en invoquant Dieu que le peuple espagnol s'est dressé contre l'occupant français, il y a deux siècles.

Pendant que les paysans et les moines se livraient à une guerilla sans merci contre les troupes athées ou anticléricales de Napoléon, la bourgeoisie madrilène, sensible aux « Lumières » venues de France, se complaisait dans la collaboration avec l'occupant.

 

Le peintre Goya est l'un de ces « afrancesados ». Il a pu se racheter une conscience après la libération de son pays en livrant ses sublimes dessins et peintures évoquant les heures héroïques.

Il n'a pas manqué de montrer le supplicié du Tres de Mayo dans une attitude christique, les bras en croix, dans une référence évidente à la dimension religieuse du combat.

 

C'est aussi à des résistants mus par leur foi chrétienne que se sont heurtés en Russie les soldats de Napoléon. Bien plus tard, en 1941, Staline s'est souvenu de la force mobilisatrice de la foi religieuse. Face à l'invasion allemande, il a promptement oublié ses diatribes athéistes, remisé son projet de société sans Dieu et appelé son peuple à défendre la Sainte Russie.

 

Dans le monde musulman, c'est au nom d'Allah que l'émir Abd el-Kader se soulève en 1839 contre les Français qui ont occupé Alger et le littoral de son pays. Il est défait huit ans plus tard et honorablement traité par ses vainqueurs. Napoléon III envisagera même de le restaurer comme vice-roi de l'Algérie mais sera renversé par les républicains avant d'avoir pu mener son projet à terme.

Abd el-Kader va faire un émule, un demi-siècle plus tard, en la personne du Mahdi (le   « Guide » en arabe). Ce Soudanais proclame la jihad (« guerre juste ») contre les Anglais et leurs alliés égyptiens. Il s'empare de Khartoum, défendue par le général Gordon, mais ses troupes, après sa mort, finiront par être écrasées sous la puissance de feu des mitrailleuses Maxim de l'armée anglaise.

 

Néanmoins, quand survient la Première Guerre mondiale, les appels du sultan de Constantinople à la guerre sainte contre les Anglais et les Français tombent à plat dans le monde musulman. Il est vrai que les Turcs sont alliés aux Allemands et aux Austro-Hongrois, eux-mêmes chrétiens...

 

Jusqu'au milieu du XXe siècle, personne ne parie plus sur les vertus émancipatrices de la religion musulmane. La confrérie des Frères musulmans, fondée en 1928, désespère elle-même d'instaurer en Égypte et dans les autres États arabes des régimes théocratiques fondés sur le Coran et la shari'a (la loi islamique), avec le mot d'ordre : « Le Coran est notre Constitution ; l'islam comme mode de vie » !

Le réveil manqué de l'islam

Après la Seconde Guerre mondiale, les États arabes du Moyen-Orient apparaissent  plus divisés que jamais mais refont leur unité dans la guerre contre Israël. Et très tôt les élites s'interrogent sur le modèle de société qui leur permettra de se moderniser enfin.

 

L'exemple éclatant du Japon et celui, plus mitigé, de la Turquie, les amènent à opter pour une modernisation à marche forcée, sur des bases laïques. De jeunes officiers guidés par Nasser renversent la monarchie en Égypte (1952). Un parti moderniste, laïque et socialiste, le Baas, prend le pouvoir en Syrie (1963) et en Irak (1963).

 

Les nouveaux-venus se font forts de conduire leurs peuples vers des lendemains meilleurs par l'imitation du modèle occidental. Mais leur « modernisation » débouche sur des inégalités exacerbées et, plus insupportable que tout, une  défaite humiliante  face à Israël en 1967...

 

Voilà qu'un nouvel acteur entre en scène, l'Arabie séoudite.

Cette monarchie familiale née en 1932 applique avec zèle un islam encore plus archaïque et improbable que celui des Frères musulmans, le wahhabisme, fondé par un prédicateur du XVIIIe siècle dont descend la famille royale. Mais l'administration des villes saintes de La Mecque et Médine lui vaut d'être ménagée par l'ensemble des musulmans. D'autre part, la sécurité de la famille royale est garantie depuis 1945 par une alliance contre nature avec la première démocratie du monde, les États-Unis !

 

En 1973, le premier choc pétrolier accroît considérablement les royalties versées à l'Arabie séoudite et aux émirats du Golfe comme le Quatar, également wahhabite.

 

Ces monarchies vont dès lors financer sans limites la construction de mosquées et réïslamiser les populations arabes et musulmanes, partout dans le monde, y compris en Europe occidentale. Cette réïslamisation prend une forme inédite encore jamais vue dans le monde musulman sauf en quelques endroits reculés (Afghanistan, Hedjaz...), avec la promotion du voile intégral, la séparation stricte des sexes etc.

 

Les héritiers de l'idéal moderniste et laïc de la Nahda ne vont dès lors cesser de perdre du terrain, y compris dans leurs terres d'élection, le Liban, la Tunisie et, hors du monde arabe, la Turquie...

 

En 1978, l'URSS ayant envahi l'Afghanistan, les États-Unis, qui n'en sont pas à une aberration près, s'associent aux Saoudiens pour financer et armer les brigades islamistes qui vont combattre l'occupant impie, parmi lesquels un jeune Saoudien du nom d'Oussama Ben Laden qui fondera plus tard al-Qaida.

 

La même année, un autre protégé des Américains, le chah d'Iran, ébloui par le mirage pétrolier, est chassé du pouvoir par une première révolution islamique.

 

Les États-Unis, humiliés par la prise d'otage de leur personnel d'ambassade à Téhéran, encouragent le dictateur baasiste Saddam Hussein à attaquer l'Iran et donner le coup de grâce à la révolution de l'imam Khomeiny. 

 

Colossale erreur qui a pour effet de ressouder les Iraniens autour de l'imam Khomeiny et de fragiliser l'Irak, où la majorité chiite et les Kurdes sont tenus en sujétion par la minorité Arabo-sunnite.

 

L'Iran khomeinyste va résister pendant huit ans avec le seul soutien de l'État d'Israël, selon l'éternel principe géostratégique : « Les ennemis de mes ennemis sont mes amis »  (*).

 

Le chaos de ce début du XXIe siècle s'ébauche donc dans ces années 1980, qui voient d'une part sombrer le monde sunnite sous l'emprise du salafisme (versions wahhabite ou Frères musulmans), d'autre part rebondir le conflit millénaire entre les Arabes et les Persans et entre les musulmans sunnites et chiites !...

 

Il en découle qu'on ne saurait assimiler les violences des islamistes aux anciennes guerres entre catholiques et protestants. Ces dernières opposaient des compatriotes au nom de pures divergences théologiques tandis que Daech et al-Qaida revendiquent leur allégeance à l'islam orthodoxe et mènent un combat contre l'Occident dépravé et les Iraniens mécréants...

 

Les leçons d'un fiasco

 

De ce qui précède, l'on voit que derrière les références à la « jihad » se cache un drame simplement humain : la difficulté des pays arabes du Moyen-Orient à accéder à la maturité politique après un millénaire de soumission aux Turcs et un siècle d'échecs successifs.

 

L'instabilité de la région les empêche d'assimiler comme les Japonais, les Turcs ou les Iraniens la modernité occidentale et technologique.

 

Par dépit, les islamistes ont fait en conséquence le choix de la rejeter et s'en justifient en recourant à une interprétation très personnelle du Coran. On retrouve le même dilemme chez les islamistes du Sahel, qui se sont significativement dénommés Boko Haram (« les livres sont illicites »).

 

C'est aussi pour des motifs similaires que de jeunes Occidentaux, de culture musulmane ou fraîchement convertis, rejoignent les rangs de Daech...

 

Victimes d'une  immigration débridée qui fabrique à n'en plus finir des « colonies » musulmanes et africaines à l'écart du reste du pays, les premiers, issus de l'immigration, sont dissuadés de s'assimiler à la culture occidentale par la scolarité et empêchés d'aller à la rencontre des autres jeunes.

 

Ils sont aussi mal à l'aise dans le pays natif de leurs parents dont ils ne comprennent plus la culture profonde.

 

Quant aux jeunes Français convertis, ils sont tout autant victimes de déculturation dans la « France périphérique »  que délaisse la faction dirigeante.

 

Comment répondre dans ces conditions au défi lancé par Daech ? On peut bombarder sa capitale Racca au risque de disperser les métastases islamistes tout autour de la Méditerranée. On peut également, à l'intérieur, prolonger l'état d'urgence au risque de paralyser complètement une économie atone qui n'en demandait pas tant (transports désorganisés, magasins en berne, productivité en baisse...).

 

Mais on peut aussi choisir de s'attaquer à la source de l'islamisme radical qui se situe à Riyad en renonçant s'il le faut au pétrole saoudien. L'occasion n'a jamais été aussi favorable avec un prix très (trop) bas du baril qui menace l'économie des autres pays exportateurs (et contribue à accélérer le réchauffement climatique).

 

On peut également à l'intérieur prendre des mesures drastiques contre les mosquées et les imams financés par des États étrangers, en violation de la loi sur la séparation des Églises et de l'État, agir contre les abus du regroupement familial (mariages forcés d'adolescentes), encourager les personnes qui jouent le jeu de l'assimilation et, plus que tout, valoriser la culture et l'Histoire nationales qui le méritent ô combien...

 

Source : Hérodote

 



28/03/2016
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