Bienvenue dans mon Univers

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BIOGRAPHIES

 

La  Vie...... cette succession d'instants,

 

..............      De parfaits anonymes,

 

                      Ou la gloire célébrant,

 

                     Elle ne peut  j'imagine,

 

                      Laisser indifférents. 

                              MARTINE


RUDOLF NOUREEV ( 1938- 1993 ) DANSER POUR ETRE LIBRE

Comment Rudi, un petit garçon tatare tombé amoureux de la danse, a-t-il réussi à construire un destin hors du commun et devenir Rudolf Noureev, l’une des personnalités les plus douées mais aussi les plus énigmatiques de son temps ?

Pour comprendre cet homme lumineux mais insupportable, d’un talent exceptionnel mais totalement fantasque, un détour s'impose à travers le parcours et la personnalité de celui qui se cachait derrière le masque du Tsar de la danse.

 

 

 

Rudolf Noureev dans « Hamlet », 1964, DR.

L'enfant du train

Il fait un froid glacial en cette fin d'hiver 1938, du côté du lac Baïkal, et le train qui emporte Farida Nureyeva vers son mari n'est guère chauffé. Drôle d'endroit pour accoucher ! C'est pourtant là, dans le Transsibérien, que Rudolf Noureev va se faire remarquer pour la première fois en venant au monde le 17 mars. Plus tard il aimera voir dans cette apparition peu banale le symbole caché du nomadisme incontrôlable qui marquera toute son existence.

 

 

Noureev en famille, DR.En attendant, le voilà enfin installé au chaud avec ses trois sœurs dans la maison de Vladivostok où vit son père Hamet, militaire chargé de l'enseignement de l'histoire du pays et de la bonne parole communiste.

C'est un homme rude au physique trapu et aux yeux bridés, héritage de ses ancêtres, les guerriers musulmans tatars.

 

 

Noureev et sa mère, DR.

 

 

Très vite, après avoir emmené sa famille à Moscou, il doit l'abandonner pour intégrer l'Armée rouge et défendre le pays contre le Reich. Les années difficiles commencent pour Farida qui préfère revenir sur ses terres natales, du côté des monts Oural. La situation n'y est pourtant guère réjouissante : elle peine à nourrir ses enfants qui sont traités de clochards par leurs camarades de classe.

 

 

 

Rudolf, en particulier, est l'objet de moqueries dues non à sa belle réussite en cours mais à son caractère solitaire et renfrogné. Pour oublier son surnom d'Adolf, le jeune garçon s'isole encore plus, ne trouvant de réconfort que dans la musique déversée par le poste de radio de sa mère.

Et puis un jour, c'est le choc : à son école est organisée une démonstration de danses folkloriques. Quelle révélation ! Quel plaisir d'aller dans les hôpitaux faire quelques pas pour soulager les soldats blessés ! Farida a bien compris que son Rudik n'aime rien tant que la musique, et elle va remuer ciel et terre pour emmener toute sa petite famille à l'opéra de sa ville, Oufa.

 

 

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Qu'importe qu'elle n'ait pu payer qu'une seule place ! Dans la cohue, tous parviennent à se glisser à l'intérieur de la salle pour vivre un moment qui marquera à vie le petit passionné : « J'étais possédé. J'étais appelé. En voyant les danseurs, ce soir-là, défier la gravité et s'envoler, j'ai alors eu la certitude absolue que j'étais né pour devenir danseur ». Désormais, rien ne peut l'arrêter.

 
 
Bretelles contre pommes de terre
 

Dans ses mémoires, Noureev se souvient de la faim qui a marqué son enfance :
« Nous partagions une chambre de 9 mètres carrés. Mon souvenir dominant, c'est celui de la faim, une faim constante, dévorante. Je me souviens de ces interminables hivers de 6 mois, à Oufa, sans lumière et presque sans nourriture. Je me souviens aussi de ma mère pataugeant dans la neige pour nous rapporter quelques livres de pommes de terre sur lesquelles nous devions vivre une semaine. [...] Je me rappelle certaines fois où ma mère était partie pour une de ces épuisantes expéditions en quête de quelque chose à manger et où mes sœurs et moi nous glissions dans le lit pour essayer de dormir. Nous avions vendu ou échangé contre de la nourriture tout ce que nous possédions : les vêtements civils de mon père, sa ceinture, ses bretelles, ses chaussures. Nous disions : "Le complet gris de papa est vraiment très tendre", ou bien : "Cette ceinture avait très bon goût, tu ne trouves pas ?"  » (Rudolf Noureev, Autobiographie).

 

 

Rideau du Kirov (Théâtre Imperial Mariinsky), Saint-Pétersbourg, avant 1914.

À nous deux, le Kirov !

Pourtant, un obstacle majeur vient vite doucher son enthousiasme. Pas question en effet pour son père, de retour du front, que Rudolf devienne autre chose que médecin ou artilleur. Les coups tombent lorsque le garçon refuse d'aller à la chasse, occupation pourtant bien plus virile et honorable que de faire des pirouettes sur le parquet !

 

 

Noureev adolescent, DR.Ravalant ses pleurs, Rudik apprend à mentir, à dissimuler ses sentiments. Mais il ne peut cacher sa passion à Anna Oudeltsova, musicienne et ancienne danseuse qui va accepter de lui donner des leçons gratuites.

 

Très vite, il devient indispensable à la troupe de l'opéra d'Oufa où on finit par lui proposer un poste de danseur titulaire. Et puis quoi encore ! Il refuse, certain d'être destiné à entrer dans l'école de ballet de Léningrad (Saint-Pétersbourg aujourd'hui) même s'il commence à se faire vieux, du haut de ses 15 ans.

 

Il est sur le bon chemin puisqu'il a rejoint Moscou avec ses camarades d'Oufa et peut enfin admirer les danseurs du Bolchoï, à défaut d'être à leur place. Mais comme la bourse qui doit lui ouvrir les portes du Kirov de Léningrad (aujourd'hui théâtre Mariinski) tarde à venir, il décide de se rendre sur place en août 1955. Après trois jours d'un voyage en train cauchemardesque, le voici qui se précipite enfin à l'école du Kirov.

 

Portes fermées ! Le jeune ambitieux avait oublié que les danseurs aussi partent en vacances... Doté d’une obstination sans faille, il parvient à décrocher une audition mais l'accueil est plus que froid : « Jeune homme, ou bien vous deviendrez un brillant danseur ou bien vous serez un parfait raté ». On veut bien cependant lui donner sa chance, chance qu'il va s'empresser de saisir à pleines mains.

Première représentation du ballet de Tchaïkovski, « La Belle au bois dormant », au Théâtre Mariinsky le 15 janvier 1890.

Le ballet russe, tradition et explosion

Chercher l'origine du ballet en Russie revient à aller à la rencontre de l’un des pères du pays : Pierre le Grand. C'est en effet lui qui, souhaitant occidentaliser sa patrie, s'attacha à y développer la danse européenne qu'il considérait comme une marque de civilisation. En 1738 sa femme, Anne, décrète donc la fondation de l'École impériale de ballet dans le Palais d'Hiver et la place sous la direction d'un maître à danser d'origine bien sûr française, Jean-Baptiste Landé. Un de ses successeurs, le Suédois Charles Didelot, arrive en 1801 pour donner une dimension romantique inédite aux spectacles en encourageant les artistes à multiplier les sauts, quitte à les attacher au plafond par des fils...

 

 

Photographie de la ballerine Olga Preobrajenskaya interprétant la Fée du Sugarplum et du danseur Nikolai Legat dans le rôle du Prince Coqueluche, ballet  Casse-Noisette, représentation au Kirov (Théâtre Mariinski) en 1900. Après 1847 le Marseillais Marius Petipa poursuit son œuvre et offre au répertoire nombre de chefs-d'oeuvre dont « les trois grands », La Belle au bois dormant (1890), Casse-Noisette (1892) et Le Lac des Cygne (1895), nés de sa collaboration avec Piotr Ilitch Tchaïkovski. Ce compositeur sut se montrer particulièrement conciliant à l’égard de son acolyte de génie, le laissant régler les pas avant la musique et renvoyer les partitions lorsqu'elles ne s'accordaient pas à la chorégraphie. Mais à la fin du règne de Petipa, la révolte gronde : on veut du neuf ! C'est Serge de Diaghilev qui, rassemblant autour de lui les meilleurs artistes du théâtre Mariinski, apporte ce souffle de liberté en fondant en 1907 la compagnie des Ballets russes. Première étape : quitter le pays pour rejoindre la France.

 

 

 

Le Paris de la Belle Époque fait un triomphe à ces audacieux qui, sous la direction du chorégraphe Michel Fokine, vont peu à peu s'éloigner du ballet traditionnel pour créer leur propre style. Isolés de la mère-patrie par la Première Guerre mondiale et la Révolution russe, ils vont tout changer : avec Igor Stravinsky à la partition, Vaslav Nijinski à la danse, Léon Baskt aux décors et aux costumes, c'est le sacre de la modernité !

 

L'Art, sur scène, se fait vivant et coloré. Les plus grands noms du monde intellectuel ne s'y trompent pas et s'empressent de proposer leur collaboration, permettant au ballet « cubiste » Parade (1917) d'être signé par Érik Satie, Jean Cocteau et Pablo Picasso.

 

Mais du côté de Moscou, l'arrivée au pouvoir de Staline freine toute innovation. Le Mariinski est rebaptisé Kirov en hommage à un patriote communiste, et l'on reprend le répertoire de Petipa pour bien affirmer la dextérité des étoiles locales. Le ballet soviétique est en effet devenu une vitrine du régime qui l'envoie dans de grandes tournées à travers les capitales du monde. Héritier d'une riche tradition, Noureev était appelé à se fondre dans le moule et à suivre sagement ses camarades sur les planches de Paris ou Londres. Mais avec ce tempérament de feu, rien ne pouvait se passer comme prévu.

Le vilain petit canard

« N'oublie pas que tu es ici par bonté et grâce à la charité de l'école ». Cette remarque de « Tête au Carré », de son vrai nom Chelkov, directeur de l'école, ne sera en effet pas oubliée par Noureev. Très vite, il se fait remarquer non seulement par ses cheveux trop longs et trop bruns mais surtout par son esprit rebelle qui le pousse à sortir du rang, sur et hors scène. N'a-t-il pas, une nuit, fait évacuer son dortoir pour pouvoir écouter seul de la musique ?

« Le gredin attardé » finit par être expédié devant Alexandre Pouchkine, ce professeur qui peut se targuer d'avoir été pendant 28 ans premier danseur au Kirov. Cet excellent pédagogue, d'une grande douceur, encourage le jeune homme à développer son talent en restant lui-même, c’est-à-dire exigeant, méfiant et sauvage.

 


 

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Grâce à cette alliance des contraires, il devient vite le meilleur élève de l'école et se voit logiquement choisi pour la représenter au concours international de Moscou. Un choix perspicace puisqu'il reçoit le premier prix, à l'unanimité.

 

 

À vingt ans, il peut observer avec amusement le Bolchoï et le Kirov se battre pour l'intégrer comme soliste. Ce sera le Kirov, qu’il juge plus moderne et plus apte à comprendre ses propres innovations. C'est une erreur : on lui reproche de danser non plus sur quart mais sur demi-pointe très haute, on s'agace de son refus de porter des perruques, on le moque d'avoir adopté des collants non plus bouffants mais proches du corps. Quelle impudeur !

 

 

Rudolf Noureev et Irina Kolpakova dans « Giselle », 1959.Mais le public suit et nombreuses sont les admiratrices qui inventent des subterfuges pour lui lancer des fleurs sur scène. Il fascine le pays, enchante la nomenklatura et s'habitue à être applaudi par Khrouchtchev et son entourage.

 

Ne voit-il pas que le milieu de la danse commence à bouillir de rage ? N’entend-il pas les avertissements : « Noureev, ta présence nous pourrit l'atmosphère... Tu es une tache noire sur le corps pur de ce ballet » ? Plus inquiétant, le Service de renseignement soviétique a repéré ses « dérives occidentalistes » et s'attache à l'envoyer en tournée à l'autre bout du pays dès que des « ennemis » de l'Ouest viennent présenter leurs spectacles.

 

Non dénué de ressources, le jeune homme parvient pourtant à prendre des cours d'anglais et même à rencontrer la troupe américaine de My Fair Lady. « Politiquement faillible », il est tenu à l'œil, et il le sait...

 
 
Situation : transfuge...
 

S'il fut le plus connu, Noureev ne fut pas le seul à fuir le régime soviétique de façon quelque peu rocambolesque. Militaires et espions, champions d'échecs et patineurs artistiques… La liste des transfuges comporte quelques noms plus ou moins connus mais aucun n’est plus célèbre que celui de Staline.

 

C’est en effet sa propre fille, Allilouieva, qui poussa en 1967 la porte de l'ambassade des États-Unis en Inde pour demander asile, laissant derrière elle ses enfants.

 

Dans le monde de la danse, citons l'exemple de George Balanchine qui put développer les Ballets russes en France après avoir fait défection à son pays lors d'une tournée en Allemagne, en 1924.

 

Cinquante ans plus tard c'est le danseur étoile du théâtre Mariinsky, Mikhaïl Baryschnikov, qui disparaît de la troupe du Bolchoï en représentation à Toronto avant d'annoncer qu'il ne rentrera pas en URSS.

 

 

Mais c'est surtout Noureev qui restera comme l'exemple même du transfuge, tant l'épisode du Bourget a marqué les esprits. Il fut d’ailleurs le modèle de Claude Lelouch pour la fameuse scène où le danseur Jorge Donn saute par-dessus les barrières de l’aéroport pour rejoindre la liberté, dans Les Uns et les autres (1981).

 

Rudolf Noureev en 1960, Michael Ochs, Archives, DR.

« Il y a un danseur russe en bas qui veut rester en France... »

C'est en 1961 que le destin de Rudolf Noureev va se jouer. Quelques mois auparavant pourtant, on avait décidé qu'il devait payer son insubordination chronique d'une interdiction totale de se rendre à l'étranger. Fini, le rêve des tournées internationales ! Volatilisés, les triomphes à Paris, Londres puis New York ! Il ne fera pas partie de ceux qui ont pour mission officieuse d'effacer l'épisode récent de la baie des Cochons et de redorer l'image de l’URSS à coups d'envols de tutus.

 

Mais tout à coup on se rend compte que le danseur étoile numéro un de la troupe est beaucoup trop vieux pour éblouir le public de l’Ouest, fin connaisseur. Ouste ! Et place au fougeux Noureev ! Tout étonné, Rudolf se retrouve donc embarqué pour la France au milieu d'une troupe de 120 danseurs accompagnés d'une belle équipe de surveillance du KGB.

 

Ces cerbères ne parviennent cependant pas à l’empêcher de visiter Paris en compagnie de quelques homologues français qu'il a réussi à séduire, tout comme il va séduire dès sa première représentation l'ensemble des critiques qui vont le célébrer à coups de métaphores plus ou moins originales : « Le Kirov a trouvé son cosmonaute ! », « C’est le nouveau Nijinski ! », « Venez voir le Tsar en chaussons ! »

 

 

Rudolf Noureev à Paris l'année de sa demande d'asile, en 1961.Mais les dîners au champagne et les fêtes chez Régine commencent à irriter sérieusement le KGB qui piaffe en attendant la fin du séjour parisien. Enfin, le 16 juin 1961, la troupe se présente à l'aéroport, direction Londres. Tout le monde est nerveux, à commencer par Rudolf qui craint qu'on lui réserve un vol sans escale vers la mère-patrie. Effectivement, le directeur du groupe vient lui annoncer qu'il voyagera à part, dans quelques jours, mais qu’il doit faire d’abord une représentation au Kremlin.

 

 

Le piège est tellement grossier que Noureev se précipite pour demander à ses amis français de prévenir au plus vite Clara Saint, une jeune femme avec qui il s'est lié d'amitié et qui connaît André Malraux.

 

Arrivée rapidement sur place, elle lui conseille d'aller se refugier auprès de deux policiers français qui, selon la convention de Genève, doivent assistance à toute personne demandant expressément asile.

 

« I want to stay here ! I want to stay here ! » (« Je veux rester ici ! ») s'écrit alors Noureev en se jetant dans les bras des policiers après avoir effectué « le saut le plus long et le plus époustouflant de toute [s]a carrière ». À lui la liberté !

Rudolf Noureev photographié par Richard Avedon pour « Le New-Yorker », 1962.

L'envol
 

Dans son Autobiographie, Noureev revient sur l'épisode de l'aéroport du Bourget :


« Dans la vie, il faut parfois savoir prendre une décision en un éclair, sans avoir eu le temps d’y penser, sans avoir eu le temps de peser le pour et le contre. J’ai souvent connu cela en dansant, lorsque sur scène quelque chose se passe mal. C’est aussi ce qui m’est arrivé par un chaud matin de juin 1961, dans la banlieue de Paris, à l’aéroport du Bourget, alors que l’ombre du gros Tupolev qui devait me ramener à Moscou s’étendait sur moi.


Cette aile immense me menaçait, telle la main du magicien diabolique du Lac des cygnes. Devais-je me soumettre et essayer d'en tirer le meilleur parti possible ? Ou, comme l'héroïne du ballet, devais-je défier l'ordre pour accomplir une dangereuse – voire fatale – tentative d'évasion ?


J'avais senti la menace monter durant tout mon séjour à Paris comme un oiseau pris dans un filet aux mailles de plus en plus fines.


Or un oiseau doit pouvoir voler, comme un jeune artiste doit pouvoir parcourir le monde : pour comparer, assimiler et enrichir son art par de nouvelles expériences. Cela contribue autant à son développement qu'à celui de son pays. Un oiseau doit pouvoir voyager, découvrir le jardin du voisin et ce qui s'étend au-delà des collines, puis revenir chez lui pour enrichir la vie des siens par le récit de celle des autres et par une vision élargie de son art. C'est ce que j'osais faire, et c'est pour cette raison que j'allais être expédié à Moscou [...] »
(Rudolf Noureev, Autobiographie).

 


 

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Dame Margot et son « petit Gengis Khan »

Une nouvelle vie s'ouvre pour Noureev : condamné à 6 ans de prison par contumace dans son pays, désormais riche de ses seuls vêtements et son talent, il doit tourner la page. Heureusement, les propositions de contrat ne se font pas attendre ! On s'arrache en effet le « beau Rudik » qui fait la Une des journaux du monde entier.

 

 

Qu'importe si lui-même se refuse à toute revendication politique comme le reconnaît une fiche des Renseignements français : « Il semble que Noureev soit tout entier à son art », il est réduit par les médias de l'époque à un « saut vers la liberté », à un pied-de-nez contre le régime soviétique. Finalement, malgré les filatures plus ou moins discrètes, malgré les tentatives avortées pour le blesser et mettre fin à sa carrière, il parvient à retrouver un peu de tranquillité au sein du Ballet du marquis de Cuevas.

 


 

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Désormais libre de ses choix, il se lance dans des paris osés, comme en 1965 ce ballet de Roland Petit, Le Jeune homme et la mort, où il partage la vedette avec Zizi Jeanmaire devant les caméras de télévision. Dans le même temps, pour la première fois, il connaît la passion amoureuse en croisant le chemin du danseur danois Erik Bruhn qu'il a toujours considéré comme son modèle. Mais c'est une Anglaise, Margot Fonteyn, qui devient à 42 ans sur scène le double de Noureev, à peine âgé de 23 ans.

 

 

Reine incontestée de la danse mais proche de la retraite, c'est elle qui choisit de contacter ce Tatare dont tout le monde parle. On assiste alors entre eux à un véritable coup de foudre, mais un coup de foudre artistique : malgré leurs origines totalement opposées, les deux stars parviennent à trouver dans leur art un accord parfait, comme l'a expliqué Noureev : «  Nous ne formions qu'un seul corps, une seule âme […]. Ce n'est pas elle, ce n'est pas moi, c'est le but que nous poursuivons ensemble » qui serait à l'origine de cette complicité exceptionnelle.

 

 

La princesse Grâce invite Margot Fonteyn et Rudolf Noureev à Monaco en 1968.Giselle (1962), Marguerite et Armand (1963), Le Lac des cygnes (1964) et ses 89 rappels... Pendant 17 ans, le couple va éblouir le monde de la danse et marquer de sa grâce les scènes les plus prestigieuses. Pour Margot, c'est l'occasion de relancer en beauté sa carrière tandis que Rudolf profite du carnet d'adresses très jet-set de sa partenaire. Le voici à la Maison-Blanche en train de prendre le thé avec Jackie avant d'être invité par Grâce de Monaco sur la Côte-d'Azur. Noureev a atteint son but : il est désormais une des plus grandes stars de l'époque.

 

 

Quand l'orage Noureev éclate...
 

En 1963, Noureev enchaîne les répétitions de Marguerite et Armand aux côtés de Margot Fonteyn. A cause d'une jaquette jugée trop longue, l'ambiance n'est guère à la sérénité, comme le raconte à son ami Cecil Beaton le directeur de la communication du Royal Ballet de Londres :

 


« Depuis le Front Noureev.
Temps : orageux.
Dear Cecil,
Quelle journée de tempête, de rage, de drames hystériques ! […] Le ballet a commencé à 10h30 et dès sa première entrée, on savait que cela allait être joyeux... Il n'a pas tenté de danser quoi que ce soit, traita Margot abominablement, la rabroua, arracha sa chemise (la vôtre) et la jeta dans la fosse d'orchestre […], il donna une telle démonstration de mauvaises manières que l'on tremblait de peur, et nous avons disparu de sa vue dans la terreur et l'horreur à l'état pur... […] Ninette de Valois prit la parole, lui jura que personne, à Covent Garden, n'avait vendu cette histoire de costumes à la presse. […] Il esquissa un pâle sourire, on l'aida à remettre sa chemise et soudain, la tempête s'arrêta... On prit les photos. Margot était de marbre, comme si rien ne s'était passé. Il dansa soudain comme dans un rêve... le soleil était revenu ! »
(cité par Ariane Dollfus dans Noureev, l’insoumis).

 

 

Rudolf Noureev photographié par Richard Avedon pour « Vogue », 1961.

« Rudi, we love you ! »

Mais qu'avait-il de plus ? Certes, sa défection à l'aéroport de Paris a fait beaucoup pour nourrir une légende de rebelle tournant le dos aux conventions avec un plaisir non dissimulé. Dans ces années 60 qui refusent de plus en plus le conformisme, les jeunes, pourtant peu habitués à s'intéresser à un art jugé vieillot, se reconnaissent dans cette bête de scène qui est la preuve vivante que l'on peut décider de sa vie.

 

 

On aime ses sauts d'humeur, ses caprices de diva, ses jurons plus ou moins exotiques. On pardonne à ce « Rimbaud des steppes » de frapper ses petites partenaires de ballet et de lancer son verre contre les murs en criant « Noureev ne se sert pas, on le sert ! ». Mais cette insolence faite d'un narcissisme démesuré n'explique pas tout : malgré ce caractère abominable qui lui vaut plusieurs fois de finir au poste, Noureev possède aussi un charisme qui plait aux foules, une sauvagerie dans le corps qui inquiète, une androgynie qui fascine.

 

 



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À la fois puissant et fluide, il revendique qu'un « homme peut être tout aussi expressif, et aussi raffiné, sans paraître ridicule », qu'une femme. Il bouleverse totalement l'image que l'on se faisait jusqu'alors d'un danseur, simple faire-valoir jugé sur sa capacité à soulever avec grâce sa partenaire d’entrechats. Surtout, Noureev le barbare a su mieux que quiconque imposer une danse si imprégnée de sensualité que ses représentations ont été comparées à des « orgies ».

 

 

« Portrait de Rudolf Noureev », Andy Warhol 1975.Sauvage, véritable « rock star » de la danse classique, il crée rapidement autour de son nom une véritable Rudimania qui lui vaut d'être suivi par des hordes de fans. Certains de ses « noureevniks », dit-on, auraient consacré tout leur temps libre pendant 30 ans à partager le moindre de ses déplacements !

 

Dandy, il a également compris l'importance de l'image et joué avec son apparence, passant de la chemise Nehru à l'ensemble en cuir, sans oublier ces bérets qu'il ne quittera plus à la fin de sa vie.

 

 

Il aime surtout mettre à son service cette presse « people » qui l'adore et lui demande de multiplier les séances photos et les enregistrements télévisés. Pour la première fois, les chaînes acceptent de retransmettre en direct des ballets, à condition que « le danseur plus-que-parfait » soit sur scène. Mais la télévision, c'est aussi pour lui une façon de redorer sa réputation et de montrer son humour, comme dans cette séquence mémorable du Muppets show où l'étoile réinvente Le Lac des cygnes au bras de Piggy la Cochonne (1977) ...

 

 

Pour celui qui reconnaissait volontiers être une « canaille », ce succès est une reconnaissance dont il se délecte pour bâtir jour après jour sa légende, l'œuvre de sa vie.

 

 

Un intrus
 

« Où que j'aille, je suis un intrus. Je suis un intrus en Occident, un intrus dans chaque troupe. Et j'ai cette sensation-là à chaque fois que je m'introduis quelque part. Ce n'est pas agréable. Et pourtant je refuse d'être mis de côté. Je sais ce que je dois faire, je sais ce que je peux donner. J'ai une mission, et je dois la remplir » (Rudolf Noureev, interview au New York Times, 1974).

 

 

Noureev dans son appartement du quai Voltaire à Paris, Lord Snodon, s.d.

L’insatisfait

Devenu star, Noureev sait s'entourer d'avis avisés pour gérer sa carrière et sa fortune, que l'on estimera à 80 millions de dollars et qui fera de lui le danseur le plus riche du monde. Est-ce par peur du manque qu'il aime par-dessus tout accumuler, que ce soit les maisons ou les meubles anciens ? Son appartement, quai Voltaire à Paris, se transforme en caverne d'Ali Baba, miroir du luxe où il apprécie de s'enfermer entre deux tournées.

 

 

Rudolf Noureev danse en costume sur le toit de l'Opéra de Paris, lors des répétitions de Manfred, Gilles Virgili, 19 octobre 1979.Cet homme pressé ne ralentit en effet pas le rythme des représentations, acceptant les invitations de nombreuses troupes au point de jouer un répertoire d'une centaine de rôles... Lorsque l'âge commence à se faire sentir, dans les années 70, il glisse doucement des rôles très physiques à ceux, moins exigeants, de la danse contemporaine. En 1977 il choisit même de tâter du cinéma en acceptant le rôle-titre de Valentino, expérience qu'il renouvèlera en 1983 pour le thriller Exposed, sans plus de succès.

 

 

Mais les rumeurs de déclin commencent à se faire entendre : trop vieux, il est temps qu'il raccroche les chaussons ! D'ailleurs, Covent Garden n'a-t-il pas rejeté sa candidature pour diriger le Royal Ballet ? Qu'importe ! Il part pour New York mais Jack Lang le convainc de revenir à Paris en 1983 pour prendre la direction du Ballet de l'Opéra de Paris.

 

 

Il était la danse...
 
 

L'hommage rendu à Noureev par son ami Mikhaïl Barychnikov est peut-être celui qui traduit le mieux la personne et l'artiste : « Il est l'un des hommes les plus attachants que je n'ai jamais rencontrés. Son appétit pour la vie et pour son travail était insatiable. Son corps et son âme étaient de parfaits véhicules d'une beauté impalpable. Il avait le charisme et la simplicité d'un homme de la terre, et l'arrogance intouchable des dieux. Entouré de millions d'êtres, il vivait la vie solitaire d'une personne complètement dévouée à son milieu, qui était la danse et uniquement la danse » (cité par Bertrand Meyer-Stabley dans Noureev).

Noureev s’entraînant à Paris, années 1980.

Un « pop star dancer » chez les petits rats

 

Les critiques fusent mais Noureev n'en a cure et s'attache à mettre un grand coup de balai dans l'institution tricentenaire, avec sa douceur habituelle : « Vous pas parler, vous faire » ! Du côté des danseurs, les contestations montent, les retards de répétition se font plus fréquents et les conflits se multiplient.

 

 

Mais le Tatare a d'autres soucis en tête : depuis 1984, il se sait atteint de ce sida qui commence à faire des ravages dans les milieux artistiques et homosexuels. S'il n’a jamais évoqué ses préférences amoureuses, Noureev ne s'en est jamais caché et a vécu sa sexualité toute libertine avec toujours la même soif de liberté, avant d'être rattrapé par la maladie. Il va alors lancer toutes ses forces dans ce combat, refusant d'arrêter de danser et de faire des projets.

 

 

Salut de Noureev à l'issue de « La Bayadère » à l'Opéra de Paris, 8 octobre 1992.Le voici en 1989, quelques mois après avoir revu sa mère à Oufa, qui foule de nouveau les planches du Kirov de Saint-Pétersbourg. Quelle revanche ! Mais le retour en France est plus difficile puisqu'il doit quitter son poste à l'Opéra pour cause d'absences répétitives et de caractère tyrannique.

 

Il choisit alors de vivre pleinement sa passion pour la musique en devenant chef d'orchestre, mais la maladie est la plus forte et c'est dans un fauteuil que, le 8 octobre 1992, il reçoit sur la scène de l'Opéra Garnier la cravate de Commandeur des Arts et Métiers.

 

 

Il meurt 3 mois plus tard, le 6 janvier, 1993, jour de la Noël russe. Sa dernière folie sera l’hommage que viendra lui rendre le monde des Arts et de la Danse en bas des marches du grand escalier de l’Opéra, où a été déposé son cercueil bercé par le son de la 13e fugue de Bach, une fugue inachevée.

Cérémonie d’adieu à l’opéra de Paris, 12 janvier 1993.

Traverser le monde en courant
 
 

Voici un extrait du Second Faust de Johann Wolfgang von Goethe qui fut lu lors de la cérémonie d'hommage à Noureev à l'Opéra de Paris, le 12 janvier 1993 :

 


« Je n'ai fait que traverser le monde en courant ;
J'ai saisi aux cheveux chaque désir
Laissant aller ce qui ne me plaisait pas,
Laissant passer ce qui m'échappait.

 

 

Je n'ai fait que convoiter,
Accomplir mes desseins
Et convoiter encore ; ainsi, plein de vigueur,
J'ai passé ma vie dans l'impétuosité, d'abord grand et puissant ;
Mais aujourd'hui je vais avec sagesse et réflexion. [...]
Celui-là seul mérite la liberté et la vie
Qui doit chaque jour les conquérir.

 

Ainsi environnés de dangers,
L'enfant, l'homme, le vieillard passeront ici vaillamment leurs années.
Je voudrais voir une foule animée d'une telle activité,
Je voudrais être sur une terre libre avec un peuple libre ;
Je pourrais alors dire au Moment :
Demeure donc, tu es si beau !


La trace de mes jours terrestres ne peut être anéantie dans les Eons…
Dans le pressentiment d'une si grande félicité
Je jouis maintenant du plus sublime moment »
(Johann Wolfgang von Goethe, Le Second Faust, 1832).

Noureev au musée

 

Homme de culture et grand collectionneur, Noureev est à l'honneur dans un musée méconnu, le Centre national du costume de scène, à Moulins. 

Costume de Rudolf Noureev dans  « Roméo et Juliette », 1977, Moulins, Centre national du costume de scène.

 

Voulu par le danseur qui demandait dans son testament la création d'« une galerie d'exposition commémorant [son] style de vie et [sa] carrière », ce lieu de mémoire a pu compter sur l'aide de la puissante Fondation Rudolf Noureev qui gère son héritage, et ainsi sauver de l'éparpillement près de 700 objets. 

 

 

On peut y revivre son parcours à travers des documents personnels mais aussi retrouver l'atmosphère de son appartement du quai Voltaire où s'entassaient œuvres d'art et kilims. Le musée renferme également près de 200 000 costumes, accessoires et décors utilisés à la Comédie-Française ou à l'Opéra de Paris. Une visite pleine de couleurs et de dentelles !

Bibliographie

Ariane Dollfus, Noureev l'insoumis, éd. Flammarion, 2007,


Bertrand Meyer-Stabley, Noureev, éd. Payot, 2003,


Rudolf Noureev, Autobiographie, éd. Arthaud, 2016 (1962) ,


Claire Dodd, Le Monde du ballet, éd. Bordas, 1994.

 

 

 

Source : Hérodote


06/09/2017
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ALBERT EINSTEIN

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« Une personne qui n’a jamais commis d’erreur n’a jamais tenté d’innover. »
« Si vous ne pouvez expliquer un concept à un enfant de six ans,
c’est que vous ne le comprenez pas complètement. »

« J’aime penser que la lune est là même si je ne la regarde pas. »

 

 

 

ll y a juste soixante ans, l’un des plus grands scientifiques de l’histoire de l’humanité s’est éteint. Albert Einstein est mort d’une rupture d’anévrisme à Princeton le 18 avril 1955 à l’âge de 76 ans (né le 14 mars 1879 à Ulm).

Allemand, Suisse puis Américain, il incarne la science dans tous ses mythes.

Il fait partie de ces hommes historiques qui appartiennent à toute l’humanité, un peu à l’instar d’un Gandhi ou d’autres personnalités comme Nelson Mandela et Jean-Paul II.

 

À la fois scientifique connu hors du champ scientifique (s’il est facile pour un non historien de citer le nom d’un historien, il est beaucoup plus difficile pour un non scientifique de citer le nom d’un scientifique, sauf s’il a reçu le Prix Nobel… et encore !), connu internationalement, devenu ainsi une conscience mondiale de la science mais aussi de la politique, des droits de l’homme, du pacifisme.

Cette célébrité universelle, Einstein s’en amusait régulièrement : « Cela pourrait bien provenir du désir irréalisable pour beaucoup de comprendre quelques idées que j’ai trouvées, dans une lutte sans relâche, avec mes faibles forces. » (1934). Comme pour beaucoup de personnes célèbres, il a laissé un nombre considérable de "citations".

Loin d’être un homme idéal, il était décrit par Pierre Le Hir dans "Le Monde" du 8 juin 2005 ainsi : « Mauvais mari (…), piètre père (…), toute sa vie, il préférera ses équations, son violon, ses parties de voile et ses conquêtes féminines (…) à ses proches. ».

 

Fasciné par son Précis de géométrie euclidienne reçu à l’âge de 12 ans, Einstein était plutôt un mauvais élève car incapable de s’adapter à la discipline, à l’autorité et au bachotage. Trop indépendant d’esprit, trop anticonformiste. Il a réussi cependant à suivre des études scientifiques à l’École polytechnique de Zurich (de 1896 à 1900) puis a soutenu sa thèse de physique sur le mouvement brownien le 15 janvier 1906 ("Une nouvelle détermination des dimensions moléculaires").


« L’imagination est plus importante que la connaissance. La connaissance est limitée alors que l’imagination englobe le monde entier, stimule le progrès, suscite l’évolution. » ("Sur la Science")

Sa personnalité très peu conventionnelle, sa créativité, sa sensibilité (il jouait du violon dans des concerts), sa carrière hors des sentiers battus de l’excellence universitaire (il a été recruté petit employé à l’Office des brevets de Berne en juin 1902 après deux ans de situation très précaire, ce qui lui a permis de voir tout ce qui se créait pendant une certaine période), son originalité intellectuelle et sa perspicacité ont donné à Albert Einstein tous les atouts pour devenir le symbole du physicien moderne.

Qu’il fût un génie est indiscutable, qu’il fût le plus grand de sa génération, là, c’est discutable, car Niels Bohr et Paul Dirac furent, de son époque, également des pointures historiques peu égalées, si ce n’est par un James Clerk Maxwell ou un Isaac Newton. C’est-à-dire par des très grands dans l’histoire des sciences.

L’obsession d’Einstein date de son adolescence avec une chose qui le préoccupait et le fascinait : la lumière. Officiellement onde à son époque, il reprit l’idée newtonienne de particule : il montra en effet plus tard que la lumière était aussi corpusculaire (le grain de lumière se fit appeler photon) et le physicien français Louis de Broglie généralisa l’ambivalence de toute la matière entre onde et particule.


« Ce qui est incompréhensible, c’est que le monde soit compréhensible. »

Einstein commença à être connu en 1905, il y a cent dix ans, lorsqu’il publia quatre articles scientifiques majeurs dans la revue "Annalen der Physik". Il y exposa sa théorie de la relativité restreinte (dans un article de trente pages intitulé "Sur l’électrodynamique des corps en mouvement", soumis le 30 juin 1905 et publié le 26 septembre 1905). L’idée était de se demander quelle serait la vitesse constatée si le voyageur se déplaçait à la vitesse de la lumière. À l’aide d’équations assez simples (des générations d’élèves de terminales pouvaient les utiliser), il démontra que la vitesse de la lumière dans le vide (soit environ 300 000 kilomètres par seconde) était une vitesse invariante et aussi une vitesse limite qu’on ne peut pas dépasser.

 

Pour le proclamer, il suffisait juste de regarder la formulation des principales grandeurs (masse, énergie, etc.) auxquelles Einstein avait adjoint un coefficient, inverse de la racine carrée d’une différence, l’intérieur de la racine carrée s’annulant si la vitesse était égale à la vitesse de la lumière (division par zéro, donc valeur infinie), et si la vitesse était supérieure à la vitesse de la lumière, l’intérieur de la racine carrée serait négatif (donc, valeur complexe).

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En clair, la composante relativiste rend la durée et la distance dépendante de la vitesse (dilatation du temps ou de l’espace). À la fin de sa vie, l’économiste Maurice Allais (qui fut de formation scientifique) remit en cause la relativité dans un livre considéré comme fantaisiste par les physiciens : "L’effondrement de la théorie de la relativité" (2004). Le physicien français Jean-Marc Lévy-Leblond a parlé d’un "chauvinisme polytechnicien" pour expliquer certaines oppositions (surtout françaises) aux travaux d’Einstein.


« Placez votre main sur un poêle une minute et ça vous semble durer une heure. Asseyez-vous auprès d’une jolie fille une heure et ça vous semble durer une minute. C’est ça, la relativité. »

Dans un autre article publié quelques semaines plus tard, Einstein est allé jusqu’au bout de sa théorie de la relativité restreinte en proposant une relation simple entre l’énergie et la masse, formule désormais très célèbre, connu même par ceux qui ne comprennent rien en physique : E = mc2.

Cette relation donne en fait une équivalence révolutionnaire entre l’énergie et la masse. Elle permet de mieux comprendre les réactions nucléaire (en particulier, la combustion du Soleil, fusion, et aussi la fission nucléaire) mais aussi la formation de l’Univers, au départ (appelé Big Bang), une énergie immense, qui, au fil du temps (le temps est alors créé avec la création de l’Univers), se condense (refroidit) en se transformant en matière (étoiles, planètes, comètes, etc.).

L’application de l’équivalence a donné aussi la bombe nucléaire : « Le pouvoir débridé de l’atome a tout transformé, sauf notre mode de pensée ! ». Einstein, qui avait initialement encouragé le Président Franklin Roosevelt (dans une lettre le 2 août 1939) à fabriquer la bombe nucléaire pour éviter que l’Allemagne nazie ne parvînt à la posséder avant les Alliés, regretta amèrement les deux explosion à Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août 1945 : « Je crois que les anciens chinois avaient raison. Il est impossible de tirer toutes les conséquences de ses actes. ».

 


Cette première entrée dans le bain public de la pensée scientifique avait eu lieu au même moment que la "catastrophe ultraviolette" qui permit à Max Planck de jeter les bases de la théorie quantique. Dès l’été 1909, Einstein fut intégré dans la "communauté scientifique internationale" (il reçut de nombreuses offres d’embauche en Allemagne ou ailleurs) et fut invité pour la première fois au fameux Congrès Solvay en 1911 (où il rencontra Paul Langevin, Marie Curie, Max Planck et plein d’autres éminents collègues).

 

Comme pour d’autres scientifiques célèbres (la baignoire d’Archimède, la pomme de Newton, et plus tard, le chat de Schrödinger), Einstein a eu droit, lui aussi, à une expérience de la pensée pour mieux faire comprendre sa théorie de la relativité et surtout, la relativité du temps avec le paradoxe des jumeaux présenté par le physicien français Paul Langevin en 1911 à Bologne (on parle aussi des "jumeaux de Langevin", je les aurais plutôt appelés les "jumeaux d’Einstein"). L’un restant sur Terre et sédentaire, l’autre voyageant dans l’Espace à la vitesse de la lumière, et au bout de quelques décennies, le voyageur retrouve son frère vieilli de cinquante années de plus que lui. Chacun ayant pris une horloge, les deux horloges affichent des heures ou des dates différentes.

On aurait pu penser que son Prix Nobel (en 1921) fût attribué pour honorer la relativité restreinte mais non, le prix a récompensé ses travaux sur l’effet photoélectrique (publiés aussi en 1905) qui furent des éléments majeurs de la physique quantique. Il confirmait les premiers travaux de Planck sur les quanta et la nature corpusculaire de la lumière.

La théorie de la relativité restreinte était cependant inopérante dans le cas des champs gravitationnels forts qui déforment trop l’Espace-temps. En 1915, Einstein a donc élaboré la théorie de la relativité générale qui complète la précédente et qui est une nouvelle théorie de la gravitation. Contrairement aux physiciens "expérimentaux" (observent puis essaient de comprendre), Einstein partait de la théorie, du calcul, pour aboutir à des idées qui, ensuite, devaient être validées par l’observation. Or, l’une des idées les plus farfelues (pour le bon sens), c’était que le rayon de lumière d’une étoile était dévié par la masse (d’une autre étoile par exemple).


« Rien n’est plus proche du vrai que le faux. » ("Comment je vois le monde")

Ainsi, l’observation d’étoiles pouvait confirmer ou infirmer cette théorie. À cause de la Première Guerre mondiale, une expédition pour observer une éclipse du Soleil fut annulée (ce qui tombait bien car Einstein avait commis une erreur de calcul qui aurait discrédité la puissance prédictive de sa théorie). Il a pu finalement prouver la justesse de sa théorie avec l’observation de l’éclipse totale du Soleil du 29 mai 1919 grâce aux travaux de l’astronome britannique Arthur Eddington, l’un des très rares scientifiques à être capables de faire les calculs de la relativité d’Einstein (en fait, le mauvais temps avait rendu les mesures très incertaines, mais d’autres travaux avaient au même moment confirmé la théorie).

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En 1917, Einstein se tourna vers la physique quantique en imaginant l’émission induite d’un atome excité par un photon, ce qui donna plus tard le maser et le laser. En 1928, le physicien britannique Paul Dirac développa une théorie mettant en relation la relativité et la physique quantique. Cela a abouti au concept de spin d’une particule (le paramètre le plus important) et, en 1932, à la prédiction de l’existence de l’antimatière (qui fut observée par la suite).

Un autre grand pan du travail scientifique d’Albert Einstein fut sa réfutation de la nature probabiliste de la physique quantique. En ce sens, il était le principal "opposant" (mais néanmoins ami) de Niels Bohr qui, lui, "menait" l’école de Copenhague (l’interprétation de Copenhague), très pragmatique, qui refusait toute spéculation philosophique pour ne regarder que ce qui fonctionnait dans la théorie quantique (et qui a donné beaucoup de applications très utiles aujourd’hui).

 

 

Or, Einstein ne se satisfaisait pas de ce pragmatisme, intellectuellement et même spirituellement : Juif mais athée en même temps (c’est parce qu’il était Juif qu’il a préféré s’exiler aux États-Unis en janvier 1933, quelques semaines avant l’arrivée au pouvoir du chef nazi Adolf Hitler : « Je passe actuellement en Allemagne pour un savant allemand et en Angleterre pour un Juif suisse. Supposons que le sort fasse de moi une bête noire, je deviendrai au contraire un Juif suisse en Allemagne, et un savant allemand en Angleterre. »), déterministe, il ne concevait pas que… selon sa célèbre formule, Dieu jouât aux dés (« Gott würfelt nicht. » énoncé au Congrès Solvay de 1927, et Bohr lui répondit : « Qui êtes-vous Albert Einstein pour dire à Dieu ce qu’il doit faire ? »).


« Il n’y a que deux façons de vivre sa vie : l’une en faisant comme si rien n’était un miracle, l’autre en faisant comme si tout était un miracle. »

Pendant plusieurs décennies, il a donc cherché une théorie qui unifierait l’ensemble des forces de la nature (aujourd’hui, la gravitation n’est pas confirmée sur le modèle quantique ; en gros, l’infiniment grand et l’infiniment petit ne sont pas conciliables par une seule et même théorie).

Ce fut d’ailleurs bien après sa disparition, grâce au mathématicien John Bell qui formula un théorème en 1964 sur la théorie des ensembles que le physicien français Alain Aspect a pu démontrer expérimentalement l’intrication quantique en 1982 et donc, qu’Einstein, sur ce sujet, avait eu tort (jusqu’à cette date, aucun dispositif expérimental n’était en mesure de départager les différents avis sur le sujet). Alain Aspect, qui a reçu il y a quelques années la Médaille d’Or du CNRS (la plus haute distinction scientifique en France) fait partie depuis plusieurs années des "nobélisables" français.

La bataille d’Einstein contre la physique quantique (pour simplifier) n’a évidemment pas été inutile, au contraire, car toutes ses remarques, ses réticences, ses questions étaient formidablement pertinentes, ses critiques extraordinairement constructives, et ont ainsi permis à la théorie, en lui apportant des réponses solides, de la renforcer (paradoxalement !), de la préciser.


« Il est plus facile de briser un atome que de briser un préjugé. »

Bien avant le début de la Seconde Guerre mondiale, Einstein était devenu également une personnalité mondiale atypique dont l’action, la pensée et surtout l’influence dépassait largement le champ scientifique.

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Pacifiste, contre l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins militaires, il avait des mots très durs contre les armées : « Celui qui défile au pas avec plaisir, au son d’une musique, ne mérite que mon mépris. C’est par erreur qu’il a reçu un cerveau, alors que la moelle épinière lui aurait amplement suffi. » (1934).


« La politique, c’est éphémère, mais une équation est éternelle. »

En novembre 1952, le Premier Ministre israélien David Ben Gourion lui proposa de devenir le deuxième Président de l’État d’Israël pour succéder à Chaïm Weizmann qui venait de mourir. Modeste et raisonnable, et aussi déjà fatigué, Einstein déclina l’offre et le remercia par ces quelques mots : « D’abord, si je connais les lois de l’Univers, je ne connais presque rien aux êtres humains. De plus, il semble qu’un Président d’Israël doit parfois signer des choses qu’il désapprouve, et personne ne peut imaginer que je puisse faire cela. » (Lettre du 17 novembre 1952).

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Au fait, Einstein, Juif, c’est surtout parce qu’on le disait ainsi, car lui n’avait pas de religion, juste une spiritualité toute personnelle, une sorte de religion cosmique. Est-ce en partie pour cela qu’en France, depuis qu’il y a Internet, des remises en cause sur l’origine de la relativité sont régulièrement émises, comme traduction parfois à finalité chauvine si ce n'est quasi-antisémite ? Pour être bien clair, bien entendu qu’Albert Einstein s’est servi des travaux du grand mathématicien (lorrain) Henri Poincaré, mais aussi du grand physicien néerlandais Hendrik Lorentz et encore des physiciens américains Albert Michelson et Edward Morley, et également du grand mathématicien allemand David Hilbert.

C’est ne rien comprendre au fonctionnement de la science que de croire qu’Einstein aurait usurpé ou plagié Poincaré (qui, lui-même, avait reconnu qu’Einstein ne l’avait pas plagié) : chaque nouvelle découverte se construit à partir des anciennes (qu’on appelle "l’état de l’art"), sinon, aucune progression ne serait possible ou alors, on réinventerait le monde plusieurs fois inutilement. Parfois, ce fut aussi le cas dans la découverte du virus du sida, une même découverte se fait parallèlement et indépendamment parce que l’époque était "mûre" (comme l’a expliqué Einstein en 1946, voir ci-dessous).

Henri Poincaré a en effet présenté à l’Académie des sciences de Paris le 5 juin 1905 les équations des transformations de Lorentz qui furent à la base de la relativité restreinte. Mais il n’a pas du tout fait la même interprétation physique qu’Einstein car Poincaré croyait à l’éther et au temps absolu alors qu’Einstein s’est fondé sur l’invariance de la vitesse de la lumière.

Néanmoins, en 1912, sur proposition du dernier récipiendaire, le physicien allemand Wilhelm Wien, Prix Nobel de Physique 1911 "pour ses travaux sur les lois du rayonnement de la chaleur", le Comité Nobel aurait pu attribuer un Prix Nobel de Physique pour la relativité aux trois chercheurs Albert Einstein, Hendrik Lorentz et Henri Poincaré mais ce dernier est mort trop tôt, le 17 juillet 1912. En octobre 1912, le Prix Nobel de Physique fut finalement attribué au physicien suédois Gustaf Dalen "pour son invention de régulateurs automatiques utilisés en parallèle avec des accumulateurs gazeux, appareils servant à illuminer les phares et les bouées".

D’ailleurs, personne n’a jamais retiré à Lorentz ni à Poincaré leur apport très important à la théorie de la relativité, même si Einstein a su le mieux la concevoir, l’exprimer et la comprendre, notamment en formulant ces deux postulats : « Toutes les lois de la physique (…) sont vraies dans tous les référentiels inertiels. » et « La vitesse de la lumière est la même dans tous les référentiels inertiels. ».

En 1946, Einstein a d’ailleurs très bien résumé l’apport des uns et des autres : « Il est hors de doute que si l’on jette un coup d’œil rétrospectif sur son évolution, la théorie de la relativité était mûre en 1905. Lorentz avait déjà découvert, par l’analyse des équations de Maxwell, la transformation qui porte son nom. De son côté, Henri Poincaré a pénétré plus profondément dans la nature de ces relations. Quant à moi, je n’avais connaissance, à cette époque, que de l’œuvre importante de 1895 de Lorentz mais non des travaux ultérieurs de Lorentz et, pas davantage, des recherches consécutives de Poincaré. En ce sens, mon travail de 1905 est indépendant. Ce qui est nouveau dans ce mémoire, c’est d’avoir découvert que la portée de la transformation de Lorentz dépassait sa connexion avec les équations de Maxwell et mettait en cause la nature de l’espace et du temps. Ce qui était également nouveau, c’est que l’invariance de Lorentz est une condition générale pour la théorie physique. ».


« Le monde est dangereux à vivre. Non pas à tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire. »

Albert Einstein était très photogénique, sa personnalité indépendante, ses moustaches, ses cheveux mal coiffés et son attitude décontractée ont beaucoup aidé à en faire une légende. Le point culminant de cette notoriété fut sans doute le 14 mars 1951, lorsqu’il fêta son 72e anniversaire. Avec beaucoup d’insistance, Arthur Sasse, un photographe, lui demanda de sourire pour sa photo. Einstein, assez lassé par ce harcèlement, lui tira finalement la langue par esprit de contradiction. Le grand savant dédicaça au verso de la photographie : « Ce geste que vous aimerez, parce qu’il est destiné à toute l’humanité. Un civil peut se permettre de faire ce qu’aucun diplomate n’oserait. Votre auditeur loyal et reconnaissant. A. Einstein. » (1953).

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Einstein commenta par la suite cette photo : « Cette pose révèle bien mon comportement. J’ai toujours eu de la difficulté à accepter l’autorité, et ici, tirer la langue à un photographe qui s’attend sûrement à une pose plus solennelle, cela signifie que l’on refuse de se prêter au jeu de la représentation, que l’on se refuse à livrer une image de soi conforme aux règles du genre. ». La photographie dédicacée a été vendue aux enchères à David Waxman au prix de quarante-cinq mille livres sterling.


« La folie est de toujours se comporter de la même manière et de s’attendre à un résultat différent. »

Après sa mort, Albert Einstein fut incinéré et ses cendres furent dispersées dans un lieu tenu secret. Néanmoins, le médecin légiste et son ophtalmologiste avaient pris soin de prélever son cerveau et ses yeux pour d’éventuelles analyses ultérieures. Thomas Harvey a ainsi affirmé que le cerveau avait un nombre plus élevé que la moyenne d’astrocytes.

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Un autre médecin qui avait analysé également le cerveau, Marian Diamond, a observé lui aussi une forte proportion de ces astrocytes (ce sont cellules qui alimentent le système nerveux central en oxygène et nutriments), qui, selon lui, « occupent une place déterminante dans le développement de l’intelligence ». De plus, la zone du raisonnement abstrait aurait pris une place plus grande que la moyenne au détriment de la zone du langage (à cause de l’inclinaison du sillon latéral). La conclusion de ces observations a cependant été récemment contestée par Terence Hines (dans "Neuromythology of Einstein’s brain", Brain and Cognition, vol. 88, July 2014, pp. 21-25).

Le monde de 2015 vit encore de ces apports monumentaux d’Einstein, avec le GPS, le laser, les smartphones, les centrales nucléaires, la tomographie par émission de positrons (imagerie médicale), l’accélérateur de particules (comme le LHC au CERN de Genève), etc. (et j’oublie plein d’autres applications). S’il n’y avait pas eu Hitler ni Staline, on aurait pu dire que le XXe siècle aurait été le "Siècle d’Einstein" comme le XVIIIe siècle a été le "Siècle de Voltaire". Quant au XXIe siècle…


Source : Le net


31/01/2016
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HANS ASPERGER

Hans Friedrich Asperger (né le 18 février 1906 à Hausbrunn près de Vienne, mort le 21 octobre 1980 à Vienne) est le pédiatre autrichien qui a donné son nom au Syndrome d'Asperger.

Né dans une ferme à Hausbrunn, aux environs de Vienne — ses grands-parents étaient agriculteurs — il fut l'aîné d'une fratrie de trois enfants (dont l'un mourut peu après la naissance).

Il fréquente un Humanistisches Gymnasium à Vienne, période pendant laquelle il prend part à des mouvements de jeunes.

C'est à Vienne qu'il entame des études de médecine dont il est diplômé en 1931. Il y eut notamment comme professeurs Von Pirquet, Franz Chvostek junior, et Franz Hamburger.

En 1931, il devient assistant à la clinique pédiatrique universitaire de Vienne qui est à l'époque sous la direction de Franz Hamburger.

En 1931-32 il travaille également à la clinique Franz Chvostek. En 1932 il prend la suite d'Erwin Lazar dans le département d'Heilpädagogik/Pédagogie Curative de la clinique pédiatrique de Vienne.

En 1934 il travaille quelque temps à la clinique psychiatrique de Leipzig avec P. Schröder.

En 1938 c'est l'Anschluss : les nazis annexent l'Autriche.

En octobre 1943 il soumet le texte de son Habilitationsschrift :" Die 'Autistischen Psychopathen" au journal Archiv für Psychiatrie und Nervenkrankheiten qui le publie en 1944.

Avec sœur Viktorine Zak,il crée une école spécialisée qui fut détruite en 1944 par un bombardement qui tua la religieuse, les enfants et détruisit ses archives.

Dans les dernières années de la Seconde Guerre mondiale, il sert comme médecin en Croatie.

En 1946-49 il est directeur suppléant de la clinique pédiatrique de Vienne.

En 1948 il est cofondateur de l'Österreichischen Arbeitsgemeinschaft für Heilpädagogik (aujourd'hui la Heilpädagogische Gesellschaft Österreichs) dont il fut le président jusqu'à son décès.

Entre 1957 et 1962 il dirige la clinique pédiatrique d'Innsbruck.

Après 1962 il est titulaire de la chaire de pédiatrie de la clinique universitaire pédiatrique de Vienne dont il assure par ailleurs la direction.

En 1964 il est responsable de SOS-Kinderdorf à Hinterbrühl.

La même année il devient président de l'Internationalen Gesellschaft für Heilpädagogik.

Le 8 mai 1971, il devient vice-président de la Société autrichienne d'allergologie et d'immunologie (Österreichischen Gesellschaft für Allergologie und Immunologie) nouvellement créée.

Il devient professeur emeritus en 1977.

Asperger fut influencé par deux pédagogues, Georgens et Deinhard, qui avaient fondé un institut spécialisé en 1856.

Andreas Rett fut un de ses élèves.

Marié en 1935 avec Hanna Kalmon, il en eut cinq enfants. Deux de ses filles sont médecins, l'une d'elles, Maria Asperger Felder, étant pédopsychiatre. Son fils et ses deux autres filles sont agriculteurs.

Œuvre

Né à Vienne, en Autriche, Hans Asperger a établi en 1943 la description d'une « psychopathie autistique de l'enfance ».

Sous ce nom, il a identifié chez quatre jeunes garçons un modèle de comportement et d'aptitudes incluant « un manque d'empathie, une faible capacité à se faire des amis, une conversation unidirectionnelle, une forte préoccupation vers des intérêts spéciaux, et des mouvements maladroits.

Asperger les appelait ses « petits professeurs » à cause de leur capacité à parler de leur sujet favori avec beaucoup de détails.

Il était convaincu que beaucoup d'entre eux devaient utiliser leurs talents particuliers à l'âge adulte.

Il a suivi un enfant, Fritz V., jusqu'à l'âge adulte. Fritz V. est devenu professeur d'astronomie. Il corrigea une erreur dans les travaux de Newton qu'il avait repérée étant enfant.

La vision positive de Hans Asperger sur cette psychopathie autistique contraste de façon saisissante avec la description de l'autisme infantile de Leo Kanner.

Pourtant, ces deux notions tendent à être réunies au sein des troubles du spectre autistique.

Alors que Kanner en 1943 décrit les enfants vus en consultation, Asperger les soigne depuis 1926 dans une institution thérapeutique mettant en œuvre un traitement privilégiant la relation affective.

Il se peut que Hans Asperger ait exprimé des visions positives du syndrome qui porte son nom à cause du climat politique de l'époque, et en particulier à cause de la volonté des Nazis d'éliminer les handicapés.

Lorna Wing a donné un écho nouveau à cette description peu connue faite par Hans Asperger en publiant en 1981 un compte rendu clinique du syndrome d'Asperger, ce qui l'a fait connaître beaucoup plus largement qu'elle ne l'était jusque là.

Ironiquement, il semble que Hans Asperger ait présenté dans son enfance des traits du trouble même qui a reçu son nom. Il était décrit comme un enfant lointain et solitaire, qui avait des difficultés à se faire des amis.

Il était doué pour le langage, et en particulier, il était intéressé par le poète allemand Franz Grillparzer, dont il citait fréquemment les poésies à ses camarades de classe, malgré leur indifférence à ce sujet.

Asperger est mort avant que l'identification de son modèle de comportement devienne largement reconnue, parce que son travail a essentiellement été rédigé en allemand, et a été très peu traduit.

La première personne à avoir utilisé le terme « Syndrome d'Asperger » dans un article fut la chercheuse britannique Lorna Wing. Son article, Asperger's syndrome : a clinical account, a été publié en 1981 et a remis en question le modèle précédemment accepté de l'autisme présenté par Leo Kanner en 1943.

L'article de 1944 n'est traduit en anglais qu'en 1991 par Uta Frith. En français il a fallu attendre 1998.


26/08/2014
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YANN ARTHUS BERTRAND


En 1946, le 13 mars, il naît à Paris dans une famille de médaillistes-joailliers réputés. Il s'intéresse très tôt à la nature et aux animaux.

En 1963, âgé de 17 ans, il devient assistant réalisateur puis acteur de cinéma. Il joue entre autres aux côtés de Michèle Morgan dans Dis-moi qui tuer d'Étienne Périer en 1965 et dans OSS 117 prend des vacances de Pierre Kalfon en 1970.

En 1967, il abandonne le cinéma et dirige une réserve naturelle animalière dans le sud de la France.

En 1976, âgé de 30 ans, il part avec son épouse Anne vivre au Kenya dans le parc national Massaï Mara avec les Masaïs pour étudier le comportement d'une famille de lions qu'il photographie tous les jours pendant trois ans.

Il se découvre alors une passion pour la photographie et la beauté des paysages vus du ciel pris depuis une montgolfière. Il utilise l'appareil photo pour consigner ses observations et prend conscience des possibilités de communiquer par ce moyen : le témoignage par l'image.

En 1981, de retour en France, il publie le livre de photos Lions en 1983 et devient journaliste, reporter, photographe international spécialisé dans les grands reportages d'aventure, de sport, de nature, d'animaux et dans la photographie aérienne pour National Geographic, Paris-Match et Géo. Il couvre dix rallyes Paris-Dakar, réalise chaque année le livre du tournoi de Roland-Garros et photographie le salon de l'agriculture annuel de Paris ou des amoureux de la nature comme Diane Fossey et ses gorille des montagnes au Rwanda.

En 1991, il crée l'agence Altitude, première agence et banque de photographie aérienne dans le monde (300 000 vues issues de plus d'une centaine de pays survolés en plus de 3 000 heures de vol en 2006).

En 1994, avec le parrainage de l'Unesco, il commence un inventaire des plus beaux paysages du monde vus du ciel : La Terre vue du ciel avec le credo : « Témoigner de la beauté du monde et tenter de protéger la Terre. » Son livre du même nom est vendu à plus de 3 millions d'exemplaires en 24 langues. Il entreprend un travail de fond sur l'état de la planète.

En 2005, le 1 juillet, il créé l'association écologiste internationale GoodPlanet et met en place Action Carbone pour compenser les émissions de gaz à effet de serre et la pollution atmosphérique engendrées par ses propres activités photographiques aériennes. Cette action finance des projets à base d'énergies renouvelables, d'efficacité énergétique et de reforestation.

En 2006, le 31 mai, il reçoit la Légion d'honneur et est le premier photographe à être nommé membre de l'Académie des Beaux-Arts de l'Institut de France à l'occasion de la création d'une nouvelle section comprenant deux sièges et consacrée à la photographie.

Une exposition de ses photos du monde entier en grand format intitulée La Terre vue du Ciel fait le tour du monde, installée notamment sur les grilles du Jardin du Luxembourg à Paris ainsi qu'à Lyon, Rouen et Montréal.

En 2006, il organise l'opération scolaire pédagogique « Le développement durable, pourquoi ? » avec le Ministère de l'éducation nationale et le Ministère de l'écologie et du développement durable. Une exposition de 22 photographies aériennes au format poster mise à disposition gratuitement de tous les établissements scolaires de France. Il renouvelle cette opération en 2007 sur le thème de la biodiversité.

Yann Arthus-Bertrand dit vouloir continuer son métier passionnant aussi longtemps qu'il pourra et continuer à militer dans les domaines écologistes et humanistes tels que : agriculture, biodiversité, développement durable, eau douce, économie, énergie, entreprises et développement durable, forêts, mers et océans, pauvreté dans le monde, réchauffement climatique.

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18/08/2014
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DENIS DIDEROT

La vie de Diderot reflète une histoire fascinante par rapport à ses œuvres, à ses pensées. Plusieurs philosophes attirent les lecteurs, mais Diderot présente une particularité qui le différencie de ces derniers.

Denis Diderot, aîné de la famille, est né à Langres le 5 octobre 1713 d’un père coutelier et il fut baptisé le 6 octobre 1713, juste un jour après sa naissance. Intelligent par rapport à ses camarades, son père l’inscrit pour étudier à Langres pour qu’il devienne un ecclésiastique. En 1728, le jeune homme vint à Paris pour approfondir ses études, en les finalisant avec une maitrise ès arts. Pendant une période de dix ans, de 1733 à 1743, Diderot s’éloigna du monde ecclésiastique pour mener une vie simple en étant employé percepteur ou main d’œuvre chez un procureur. Sur ce parcours, il rencontra Rousseau et Grimm.

L’année 1742 fut marquée par son mariage avec Anne-Antoinette Champion, un mariage discret n’ayant pas eu l’aval de son père. Des conflits se présentèrent au niveau du couple, toutefois, l’union subsistait et entraina la naissance de quatre filles. Malheureusement, parmi les quatre, seule une fille à qui il donna toute son affection, Marie-Angélique, survécut. Reconnu comme infidèle dans ses relations conjugales, en 1755, Diderot avait comme maitresse Sophie Volland, une relation définie par des lettres très intimes qui seront l’objet de plusieurs analyses littéraires.

1746 fut l’année où il créa l’une de ses œuvres capitales, L’encyclopédie (ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers), où il regroupa toutes les connaissances possibles pouvant aider l’être humain à son développement. En 1748, Les bijoux indiscrets et Mémoires sur différents sujets de mathématiques sont publiés. Le premier est en fait une allégorie portant un regard ironique sur la vie de la cour, le second forgera son image de mathématicien aux yeux de la société.

Suite à un intérêt particulier pour l’écriture, il publia en 1749 la Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient, un essai sur la perception visuelle qui sera la cause de son emprisonnement au château de Vincennes. De 1746 à 1748, il collabore pour la traduction du Medicinal Dictionnary avec François-Vincent Toussaint et Marc-Antoine Eidous.

Le premier tome de L’encyclopédie a vu le jour en 1751, une œuvre regroupant le travail de Voltaire, D’Alembert, de Rousseau et de Diderot lui-même. Grâce au succès du premier volume auprès des lecteurs, les tomes II à VII ont vu le jour pendant 6 années successives. Cependant, le conseil du roi Louis XV condamne les idées présentées dans l’ouvrage et interdit la diffusion des deux premiers volumes en 1752. Sept ans plus tard, l’intervention du pape Clément XIII a pour résultat l’interdiction de l’ouvrage. Les livres furent cachés pour une impression secrète dans le futur. Entre-temps, entre 1757 et 1758 deux autres écrits intitulés Le fils naturel et Le père de famille sont publiés.

Le travail sur L’encyclopédie ne se termina qu’en 1765, l’année où se conjuguèrent les joies et les déceptions dans la vie de Diderot que ce soit dans le domaine littéraire ou personnel. Cette même année, le fameux Grimm lui confie avec madame d’Epinay la direction de la Correspondance littéraire. Il commença ainsi ses critiques littéraires et artistiques par les neuf Salons qu’il rédigea durant une longue période de 22 ans. À la même époque, Catherine II lui acheta sa bibliothèque, en contrepartie Diderot était en charge de négocier des œuvres d’art pour le compte de cette dernière.

L’année 1773 fut marquée par le départ de Diderot pour Saint-Pétersbourg, il y résida pendant une année. Il tint compagnie à Catherine II, sa bienfaitrice. Ce n’est qu’en 1774 qu’il rentra, fatigué par les charges de ses différentes responsabilités (encyclopédiste, romancier, homme de critique d’art…). Sa santé commença à se dégrader, il s’installa donc à Paris le 1er juin 1784, aidé par Melchior Grimm et Catherine II. L’année précédente, il travaillait encore à la réalisation de trois copies de ses œuvres.

Le 31 juillet 1784, il rendit l’âme à son domicile. Le lendemain de sa mort, il fut enterré à l’église Saint-Roch, dans la chapelle de la Vierge. Contrairement à ceux de Voltaire et de Rousseau, sa bibliothèque et ses manuscrits ne furent pas très appréciés. Ceci associé à l’absence d’inventaire de ses œuvres contribua à la perte et à la mauvaise considération d’une grande partie de son travail. La dépouille de Diderot a disparu durant la Révolution, lorsque les tombes de Saint-Roch furent détériorées et que tous les corps fussent jetés dans la fosse commune.

Œuvre et pensée de Diderot

Sa particularité repose sur le fait de remettre en question ce qui existe déjà. Il n’est pas le philosophe qui analyse la conception ou l’origine de la création. Il soulève plutôt les idées sur l’évolution, il reste ouvert et communique peu sur ce qu’il ressent. Diderot est plus penseur que philosophe, il projette la lumière sur ce qui est mal compris, ainsi des orientations globales découlent de ses récits. Il donne plus d’intérêt à la méthode qu’aux idées.

Par rapport à la religion, ayant été dans son enfance destiné à être ecclésiastique, il s’est forgé au fil du temps d’autres idées l’éloignant de ses doctrines religieuses d’origine. Sa foi s’est tournée vers le théisme, le déisme et s’est finalement focalisée vers les pensées matérialistes. Cette évolution qui restait un sujet de controverse avec sa famille s’est distinguée dans ses écrits.

Le thème de la morale fut traité dans plusieurs de ses œuvres, il y accordait une attention particulière en raison de son éducation reflétant une grande conscience morale imprégnée par ses parents. D’une nature matérialiste, Diderot est un auteur dont certains ouvrages de nature scientifique restent très appréciés. Il insista sur l’analyse des phénomènes naturels pour une considération essentielle de leurs effets. Diderot ne s’est pas affiché sur le plan politique en son temps, peut-être du fait de son emprisonnement ou des obstacles qu’il a pu rencontrer lors de la publication de ses œuvres.

Diderot fut l’une des personnalités marquantes du XVIIIe siècle, ses critiques d’art le revêtaient de la parure d’un grand homme, sa philosophie ouverte à l’évolution reste parmi celles qui nous apprennent à aimer la vérité.


05/08/2014
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BARUCH SPINOZA

L’être d’un être est de persévérer dans son être. – Baruch Spinoza

Il y sera parvenu et devenant par là même, un des plus grands philosophe de l’histoire. Né le 24 novembre 1632 dans l’actuelle capitale des Pays-Bas, Amsterdam, il reçut à la naissance le prénom de Baruch qui signifie en hébreux “ béni”. Le philosophe est également connu sous les noms de Bénédictus de Spinoza et Bentos de Spinoza. Bénédictus et Bento ne sont que les traductions latine et portugaise de son prénom.

En effet, Spinoza naquit dans la communauté juive portugaise de la ville qui en sa grande majorité était constituée de Marranes. Ces derniers sont des juifs qui vivaient dans la péninsule ibérique. Pour échapper à l’inquisition, ils se convertirent au catholicisme. Toutefois, ils n’hésitaient pas à revenir à leur religion d’origine lorsque les conditions le permettaient. Bien que parlant le néerlandais au quotidien, ils considéraient le portugais comme leur langue maternelle et l’employaient en famille. Quant au latin, il faisait office de langue universelle.

Spinoza entre à l’école rabbinique en 1639. Ses professeurs furent Saül Morteira et Menasseh Ben Israël. Un des évènements marquants de la vie du jeune fut le châtiment d’Uriel da Costa auquel il assista en 1647. Ce dernier après avoir nié l’immortalité de l’âme et s’être fait excommunié, décida de se repentir. Le châtiment des rabbins fut d’une sévérité rare. Flagellé en public, il se suicida quelques temps plus tard, après avoir à nouveau, et cette fois par écrit, renié l’immortalité de l’âme. Son oeuvre est intitulée Exemplar vitæ humanæ. Le jeune Spinoza achève les études rabbiniques en 1650 et entre à l’université de Leyde.

Tout comme ses contemporains, il se met à l’étude du latin et du grec, mais également des sciences, de la physique et des mathématiques. Il découvre, durant la même période, la philosophie. À la mort de son père en 1654, Spinoza et son frère prennent la tête de la maison commerce familiale. Quelques temps plus tard, il rencontre Daniel de Prado lors de  tertulias. Les tertulias sont des rencontres de juifs libéraux. En 1656, Spinoza est excommunié quelques temps après qu’il ait été victime, selon ses dires, d’une tentative d’assassinat. Il dira par ailleurs conserver le manteau qu’il portait ce jour-là, avec la trace de la lame du couteau, afin de se souvenir de l’influence néfaste que peuvent avoir les religions. Son ami, Daniel de Prado sera également excommunié.

L’ex-communion étant rarement pratiquée dans la communauté juive de l’époque, il semble logique de s’interroger sur les raisons qui ont été à l’origine de cette action punitive. En se référant au contexte prévalant, il est facile de comprendre que pour ce groupe qui avait du pendant longtemps vivre secrètement sa foi, Spinoza et ses idées représentaient un danger réel. En s’en prenant aussi violemment aux dogmes du judaïsme, il pouvait ébranler la foi des membres d’un groupe déjà assez restreint et fragile. En outre, ses positions sur le christianisme constituait un danger pour la survie de sa communauté. La démarche des rabbins pouvait donc revêtir un aspect purement théologique, politique ou un mélange des deux.

Spinoza continue à travailler dans l’entreprise familiale. Spécialiste dans la taille des verres optiques, il parvient même à se faire un nom. Toutefois, il se trouve bientôt enlisé dans les disputes familiales. Il est au prise avec son frère pour des questions d’héritage. Il gagnera le procès, mais finira malgré tout par tout lui céder volontairement. Il quitte Amsterdam pour Ouwerkerk. En 1660, il élit domicile à Rinjsburg, un village situé non loin de Leyde. Il n’est toujours pas célèbre en tant que philosophe, mais jouit déjà d’une renommée certaine dans celle de la taille des verres optiques.

La même année, il devient membre d’un cercle d’études, composé de personnes de différentes confessions religieuses. Ces derniers, les Collégiants, estiment que la foi en Dieu n’a pas besoin de dogme et que le véritable culte ne peut être qu’intérieur. Il s’y fait de nombreux amis, notamment Simon de Vries, Louis Meyer, Jan Rieuwertz, Jarig Jelles, Peter Balling et bien d’autres. Il se lie également d’amitié avec Henry Oldenburg qui deviendra, en 1663, premier secrétaire de l’Académie royale des sciences du Royaume Uni. Il aura une correspondance particulièrement riche avec ce dernier.

Spinoza ne se fait véritablement connaître comme philosophe que dans les années 60 du XVIIe siècle. Il présente sa première oeuvre à ses amis. Elle entrera dans l’histoire sous le nom de “Court Traité”. En 1661, il se lance dans la rédaction d’un “Traité de la réforme de l’entendement” qu’il n’achèvera jamais. En 1663, il s’installe à Voorburg. À cette époque, sa réputation de philosophe est déjà faite. Sa pensée attire vers lui de nombreux admirateurs dont Jean de Witt qui lui accorde une pension, mais encore plus d’ennemis. Il est de plus en plus traité d’athée. Ces oeuvres ne sont pas officiellement interdites, c’est uniquement parce qu’il les rédige non pas en néerlandais, mais en latin. En 1665, il commence la rédaction du “ Traité théologico-politique”.

Ses détracteurs s’emploient à lui créer des problèmes. En 1668 un de ses disciples  Adriaan Koerbagh est arrêté pour avoir rédigé une oeuvre critiquant le christianisme. Il refuse, bien que cela lui soit imposé de dénoncer Spinoza comme source d’inspiration. Cela lui vaudra une condamnation de 10 ans de prison qu’il n’achèvera jamais. Il mourut un an plus tard. En 1670, comprenant les conséquences désastreuses qu’aurait la sortie de son livre, Spinoza décida de le publier anonymement, en mentant même sur le lieu d’édition, qui devint Hambourg plutôt qu’Amsterdam. Ce livre fit l’effet d’une bombe, car non seulement il critiquait le clergé, mais il s’attaquait également au bien-fondé de l’existence des monarchies. Un an plus tard, il se résout de faire suspendre sa traduction en néerlandais. Malgré toutes les précautions prises, il est rapidement soupçonné d’être l’auteur.

En 1671, Spinoza déménage une fois de plus pour s’installer chez un ami, Hendrick Van der Spyck, à la Haye. Dans les années 70 du XVIIe siècle, la vie du philosophe, dont la réputation est des plus sulfureuses, se complique à la suite d’évènements politiques importants. L’Angleterre et la France entre en guerre et cette dernière annexe les Provinces-Unies. Son ami et protecteur Jean de Witt démissionne et quelques temps plus tard, est assassiné avec son frère. En 1673, on lui offre une place d’enseignant à l’Académie d’Heidelberg qu’il refuse. Un an plus tard, il décide de se rendre à Amsterdam pour y faire publier un de ses ouvrages “l’Éthique”. Toutefois, la véhémence des attaques dont il est la cible le pousse à renoncer. La même année, son Traité théologico-politique est officiellement condamné. Étant donné que le livre fut publié de façon anonyme, une enquête officielle est lancée en 1676 pour identifier formellement l’auteur. Elle n’y parviendra pas. Spinoza, déjà malade, s’éteint le 21 février 1677.

Contrairement à ce qui fut longtemps la version officielle, Spinoza ne fut pas si solitaire. Il eut un réseau assez important d’amis auquel on doit la publication de la majorité de ses oeuvres à titre posthume. Il s’agit notamment de l’Éthique, le Traité de la reforme de l’entendement, l’Abrégé de grammaire Hébraïque, les Lettres et réponses, ainsi que le Traité politique.

L’homme et son oeuvre

Toute idée qui en nous est absolue, autrement dit adéquate et parfaite, est vraie. - Baruch Spinoza

L’oeuvre de Spinoza est certainement l’une des plus marquantes qui puisse être et malgré le temps, elle demeure incroyablement actuelle. Les idées qu’il véhicule, pour son époque, sont tout simplement hérétiques. Il s’attaque à la fois à la vision chrétienne et judaïque de cette entité. Dans le christianisme, il critique le fait que l’on ait “personnifié” Dieu, car en lui donnant visage “humain”, on se sera également employé à dévaloriser la Nature. L’histoire du péché originel en est la démonstration. Quand au Dieu judaïque, c’est une personnalité particulièrement colérique et violente qui se comporte en juge sévère avec ses créatures et ne leur permet pas de jouir de la liberté qu’il leur a pourtant accordée.

Pour remédier à cet état de choses, le philosophe prive cette entité de personnalité. Il rejette définitivement l’hypothèse d’un Dieu transcendant le monde. Il ne nie pas son existence, mais l’associe à la Nature. Aucune tractation n’est désormais plus possible avec lui, contrairement à la vision judaïque. Dans le même ordre d’idées, l’être humain se trouve lavé du péché originel pour reprendre la conception chrétienne, car il ne peut avoir commis de “péché” vis-à-vis de la Nature. Spinoza s’oppose clairement au “Dieu des religions” qui, à son avis, n’a contribué qu’à asservir les êtres humains en les privant de leur individualité, tout en leur cultivant des passions pour le moins néfastes.

Dans le domaine politique, le philosophe  s’avère avoir une bonne longueur d’avance sur ces contemporains. D’après lui, il ne saurait exister de gouvernement idéal pour une humanité parfaite. Cela s’explique simplement par la nature de l’être humain elle-même qui est bien loin d’être parfaite. L’homme étant de tout temps en proie à ses passions, il est important que le gouvernement qui le guide en soit un de raison. À l’idée d’obéissance introduite par Hobbes, Spinoza oppose une notion de consensus. L’État d’après lui se doit de protéger les citoyens sans pour autant les priver de leur liberté.

Certaines personnes estiment que Spinoza a énoncé les bases de la démocratie telle qu’elle est vécue aujourd’hui. C’est un leurre. La vision de Spinoza dépasse largement ce que nous vivons de nos jours. Sa vision s’apparenterait plutôt à une forme de démocratie absolue qui pour l’instant n’est pas encore sur le point de voir le jour et n’a même que peu de chances d’être expérimentée dans un futur proche.

Parlant de Spinoza, il est une chose que l’on peut affirmer avec certitude : cet homme était largement en avance sur son époque. Il n’est pas surprenant qu’il ait eu autant de soucis avec ses contemporains. Par ailleurs, lorsqu’on prête un regard attentif et critique sur la société contemporaine, force est de remarquer que même de nos jours, ses points de vue restent encore assez révolutionnaires tant dans les dictatures que les sociétés dites civilisées.




05/08/2014
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SOCRATE

Socrate est né à Athènes en 469 av. J.-C. C'est un philosophe de la Grèce antique, né d'un père sculpteur et d'une mère sage-femme. Il a eu une éducation traditionnelle : gymnastique, littérature et musique. Il aurait été très pauvre selon Platon. Certains l'auraient même surnommé « le gueux » ou « le mendiant ».

Vers 435 av. J.-C., il enseigna dans la rue et divers endroits, trainant dans les rues d'Athènes. Il ne créa pas d'école philosophique. Son école, c'était la place publique. Il vivait pauvrement, à peine vêtu et portait rarement des chaussures. Il était très laid, ce qui scandalisait les Athéniens car, pour eux, la beauté physique était le symbole de la beauté morale. Il n'exerçait aucun métier car il enseignait gratuitement. Il parlait avec les gens au grès de ses rencontres en essayant de les rendre plus sages.

En 432 av. J.-C., il servit comme soldat de l'infanterie du Péloponnèse contre Sparte. Il sauva la vie d'Alcibiade durant la bataille de Potidée. C'est lors de ses missions qu'il eut un signe divinatoire. Il entendait une voix intérieure qui lui révélait les actes à ne pas faire. Vers 416 av. J.-C., il épousa Xanthippe qui lui donna un fils prénommé Lamproclès. Il semblerait qu'il ait eut deux autres fils avec Myrtho, qui serait sa seconde femme.

En 406 av. J.-C., Socrate devint le président du Conseil des Cinq Cents (la Boulê). Celui-ci était composé de 500 citoyens élus par tirage au sort parmi les volontaires et renouvelés chaque année. Son rôle était de préparer les débats de l'Assemblée du peuple (Ecclésia) en examinant les propositions de lois faites par les citoyens et en définissant l'ordre du jour des séances de l'Assemblée.

Euclide de Mégare, un des disciples de Socrate, créa le mégarisme, école des petits socratiques. Socrate ne peut enseigner durant plusieurs mois sous la tyrannie des Trente qui était un régime oligarchique composé de trente de nobles athéniens surnommé les « tyrans » et instauré juste après la guerre du Péloponnèse à la suite de laquelle Athènes avait dû renoncer à la démocratie.

On ne sait pas grand-chose des dix dernières années de la vie de Socrate. Deux de ses disciples auraient créé la deuxième et troisième école des petits socratiques : le cynisme et le cyrénaïsme. Socrate n'a jamais écrit de livres. Tout ce que l'on sait de sa personnalité, de sa façon de penser vient des travaux de deux de ses disciples : Platon et l'historien Xénophon.

Le procès de Socrate

Pour comprendre les raisons du procès de Socrate, il faut garder en tête le contexte de l'époque. Athènes est en pleine crise économique. Après avoir perdu la guerre du Péloponnèse, Sparte impose un régime sanglant. Bien que la démocratie fût vite rétablie, il règne un climat de méfiance et de découragement. Le peuple soupçonne les intellectuels, les penseurs d'être à l'origine de la défaite face à Sparte. Socrate servit alors de bouc émissaire et fut accusé de corrompre la jeunesse.

Mélétos, avec l'appui d'Anytos et de Lycon, porta plainte contre Socrate. Il lui reprochait de « corrompre la jeunesse » par son enseignement, de croire en un démon personnel et de nier les dieux. Lors du procès, Socrate ne voulut pas d'avocat et se défendit lui-même avec comme seul argument l'histoire de sa vie. Ce ne fût pas du goût des centaines de jurés présent au jugement. Il eût 281 voix contre lui et seulement 221 voix en sa faveur. Dans le deuxième temps du jugement, chaque partie proposa une peine. Socrate demanda à payer une amende. Son argument fût qu'il devait être hébergé et nourrit au Prytanée, jusqu'à la fin de sa vie, en insistant sur le fait qu'il était pauvre. Les juges prenant son discours (l'Apologie) pour de l'arrogance, le condamnèrent à mort.

Enfermé en prison, Socrate n'a pas été exécuté immédiatement. Il passa 30 jours en prison. D'après le Criton de Platon, il profita de ce séjour en prison pour dialoguer avec ses amis. Le jour de son exécution, il consacre ses derniers instants à dialoguer sur l'immortalité de l'âme. Ces propos seront rapportés dans le dialogue du Phédon de Platon.

Socrate mourut en 399 av. J.-C., après avoir été condamné à boire la ciguë, qui est une plante mortelle.Ce procès fût connu par le témoignage de Platon et de Xénophon car Socrate, lui, n'a jamais rien écrit. Il faut donc rester prudent et ce n'est peut-être pas un témoignage d'une grande objectivité. Platon a sans doute voulu réhabiliter son maître.

Socrate : fondateur de la philosophie

Socrate est considéré comme le père de la philosophie grecque. Il va contredire les sophistes qui pensent que la sagesse est une accumulation de connaissances. Pour Socrate, la sagesse n'est pas un savoir mais un savoir-vivre et un art du bonheur.

La doctrine de Socrate est que la justice est la vertu principale de l'accomplissement personnel de l'homme. L'homme est composé d'une âme et d'un corps. Le corps a-t-il plus de valeur que l'âme ou l'âme a-t-elle plus de valeur que le corps ? Pour Socrate, l'âme est supérieure au corps. Selon lui, l'âme représente l'amour, la raison, la conscience et par conséquent, le bonheur. D'après Socrate, l'âme permet de vivre en accord avec soi-même et donc, par la force des choses, d'être heureux. Vivre en accord avec son âme et en prendre soin, c'est vivre selon la justice, vertu morale suprême selon Socrate.

Les citations de Socrate :

  • « Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien » est une réponse aux sophistes. La sagesse est d'accepter que l'on est rien. Le savoir ne mène à rien et donc pas à la sagesse.
  • « Connais-toi toi-même » : cette citation fait référence au fait qu'il est plus important de se connaitre soi-même plutôt que d'avoir des connaissances. Elle fait aussi allusion à la maïeutique, qui est la manière d'enseigner de Socrate. Les réponses aux questions que chacun de nous se posent, se trouvent au plus profond de nous.
  • « Philosopher, c'est apprendre à mourir ». Selon Socrate, mourir, c'est séparer le corps de l'âme. En se détachant du corps, l'âme débutera son parcours ascendant vers l'absolu qu'il contemple. Philosopher est donc une façon de se préparer à l'éternité.

Socrate a eu une immense influence sur la philosophie. Platon diffusa la pensée de Socrate à travers ses écrits. Il fût marqué par la mort de son maître.

Le scepticisme, l'épicurisme et le stoïcisme sont les écoles de sagesse les plus connues qui prirent comme point de départ la pensée de Socrate et de Platon.


05/08/2014
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ARTHUR SCHOPENHAUER

 l'anthropologie et la morale

Arthur Schopenhauer est un contemporain de Kierkegaard, le philosophe danois, et de Hegel qu'il méprise et qualifie d'« écrivailleur d'absurdités et détraqueur de cervelle », bref de charlatan. Il se définira lui-même comme un héritier critique de Kant dont il dénonce la sécheresse. Sa rupture avec l'idéalisme classique allemand suscitera la plus vive admiration chez des auteurs comme Nietzsche et Bergson.

Une philosophie de la vie

Commençons par sa définition de la philosophie. Elle est énoncée dans Le monde comme volonté et comme représentation en termes très simples : « Traduire l'essence de l'univers en concepts abstraits, généraux et clairs, en donner une image réfléchie mais stable, toujours à notre disposition et résidant en notre raison, voilà ce que doit, voilà tout ce que doit la philosophie. » Et il ajoute : « c'est la connaissance des choses de la mort et la considération de la douleur et de la misère de la vie, qui donnent la plus forte impulsion à la pensée philosophique et à l'explication métaphysique du monde. » Contrairement à Hegel qui confond philosophie et théologie, la philosophie n'a pas pour tâche de construire un système pour savoir d'où vient le monde et où il va (le fameux « sens de l'histoire ») mais seulement de définir la vie, de la penser pour pouvoir tout simplement vivre le mieux possible.

Une anthropologie réaliste

« L'homme est un animal métaphysique », écrit-t-il. C'est le seul être qui s'étonne de sa propre existence et qui cherche à la comprendre. Qu'est-ce que la vie ? L'homme est essentiellement animé par une volonté puissante de conserver sa vie et de l'améliorer, c'est ce que Schopenhauer appelle le « vouloir vivre ». La vie, ajoute-t-il, c'est l'effort, et l'effort c'est la douleur. La conclusion s'impose logiquement : « toute vie est par essence douleur ».

La philosophie de Schopenhauer sera donc marquée par un profond sens du tragique. Mais loin de limiter sa pensée au pessimisme et à la misanthropie, notre philosophe est un auteur plein d'ironie et un observateur profondément réaliste de la vie humaine.

En témoigne sa fable des porcs-épics, admirable métaphore de la vie sociale :

Par une froide journée d'hiver, un troupeau de porcs-épics s'était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais aussitôt, ils ressentirent les atteintes de leurs piquants ; ce qui les fit s'écarter les uns des autres. Quand le besoin de se réchauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de sorte qu'ils étaient ballottés de ça et de là, entre les deux maux, jusqu'à ce qu'ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendît la situation supportable.

Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur vie intérieure, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses manières d'être antipathiques et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau. La distance moyenne qu'ils finissent par découvrir et par laquelle la vie en commun devient possible, c'est la politesse et les belles manières. [...] Par ce moyen le besoin de se réchauffer n'est, à la vérité, satisfait qu'à moitié, mais, en revanche, on ne ressent pas la blessure des piquants. (Parerga etParalipomena, t. II, chap. 31, §400. Page 105 des Aphorismes sur la sagesse de la vie. PUF, 1998.)

Ici, le philosophe allemand souligne le paradoxe de toute vie en société : l'attrait et la répulsion. L'homme n'est pas fait pour vivre seul. Néanmoins, il supporte difficilement la communauté. Il a un besoin vital d'espace privé, de distance. Il en va de même dans la relation amoureuse, où tandis que l'un voudrait se rapprocher et souffre, l'autre, indifférent, s'ennuie.

Toute la différence entre l'homme et l'animal, c'est que l'homme a conscience de lui-même. Ainsi, « selon que la connaissance s'éclaire, que la conscience s'élève, la misère aussi va croissant ; c'est dans l'homme qu'elle atteint son plus haut degré, et là encore elle s'élève d'autant plus que l'individu a la vue plus claire, qu'il est plus intelligent ; c'est celui en qui réside le génie, qui souffre le plus. C'est en ce sens, en l'entendant du degré même de l'intelligence, non du pur savoir abstrait, que je comprends et que j'admets le mot du Koheleth : Qui auget scientiam, auget etdolorem, [Qui accroît sa science, accroît aussi sa douleur.] (Ecclésiaste, I, 18) – Ainsi, il y a un rapport précis entre le degré de la conscience et celui de la douleur. » (Le monde comme volonté et comme représentation, I, IV, § 56)

Le bonheur comme réalité négative

Schopenhauer décrit longuement ce qu'il appelle les deux ennemis du bonheur humain : la douleur et l'ennui. Plus nous réussissons à nous éloigner de l'un, plus nous nous rapprochons de l'autre et réciproquement. « Le besoin et la privation engendrent la douleur ; en revanche, la sécurité et la surabondance font naître l'ennui. C'est pourquoi nous voyons la classe inférieure du peuple luttant incessamment contre le besoin, donc contre la douleur, et par contre la classe riche et élevée dans une lutte permanente, souvent désespérée, contre l'ennui. » De sorte que notre vie « oscille comme un pendule, de droite à gauche, entre la souffrance et l'ennui ». (Ibid.)

C'est ce que l'on peut appeler le « paradoxe de Schopenhauer » : le bonheur est seulement négatif, à savoir un soulagement de la douleur ou de l'ennui. En effet, « la partie la plus heureuse de notre existence est celle où nous la sentons le moins ; d'où il suit qu'il vaudrait mieux pour nous ne la pas posséder ». Par exemple, nous n'apprécions pas les trois plus grands biens de la vie, la santé, la jeunesse et la liberté, tant que nous les possédons. Pour en comprendre la valeur, il faut que nous les ayons perdus. « Que notre vie était heureuse, c'est ce dont nous ne nous apercevons qu'au moment où ces jours heureux ont fait place à des jours malheureux. » Le bonheur, selon Schopenhauer, se mesure aux maux que l'on a évités et non aux plaisirs que l'on a goûtés.

La définition du bonheur est la capacité de ne pas souffrir, faisant ainsi écho aux sagesses antiques, épicurisme et stoïcisme, centrées sur l'ataraxie, l'absence de trouble. Il ne faut donc pas rechercher le bonheur dans la satisfaction de tous ses désirs, mais au contraire dans l'apaisement, l'affranchissement des instincts grégaires, des désirs vains et jamais satisfaits. Telle est la leçon de vie de Schopenhauer. Et cette leçon s'applique également à la vie sociale. Car la bonne politique est une politique négative, comme nous allons le voir un peu plus loin.

La double prescription de la morale

Le philosophe allemand définit le contenu essentiel de la morale par l'expression latine « neminem laede, imo omnes quantum potes, juva » : « Ne fait de mal à personne, au contraire, aide chacun autant que tu le peux ».

Cette formule contient deux principes corrélatifs, l'un négatif et l'autre positif. Le premier principe est incomplet, dit Schopenhauer, car il comprend les devoirs de justice, non ceux de charité. Il correspond à ce qu'on appelle la « règle d'argent ». Le second pourrait être reformulé de la façon suivante : « Ce que tu voudrais qu'on te fit, fais-le à autrui ». On retrouve ainsi le principe connu sous le nom de « règle d'or », qui a trouvé dans la morale évangélique sa plus célèbre formulation.

Dans son essai Le fondement de la morale, Schopenhauer établit une distinction entre le contenu et le fondement de la morale, c'est-à-dire entre son « quoi » et son « pourquoi ». En effet, « prêcher la morale, explique-t-il, est chose aisée ; fonder la morale, voilà qui est difficile ».

La question que se pose Schopenhauer est la suivante : qu'est-ce qui peut motiver l'homme à surmonter ses tendances égoïstes naturelles pour pratiquer la vertu ? Selon lui ce n'est ni le respect des commandements religieux, ni l'impératif catégorique de la morale rationnelle de Kant. C'est la compassion ou la sympathie, qui est, dit Schopenhauer, le fondement de la morale. Le comportement moral consiste en la prise de conscience intuitive que les autres ne sont pas différents de nous, qu'ils participent de la même volonté de vivre. « Qu'est-ce donc qui peut nous inspirer de faire de bonnes actions, des actes de douceur ? La connaissance de la souffrance d'autrui », que nous devinons d'après la nôtre. L'objectif de la moralité est donc d'adoucir les souffrances d'autrui : « Le pur amour (agapè, caritas) est, par nature même, de la pitié ».

Il peut sembler étrange qu'un homme qui a montré peu de sympathie dans ses rencontres avec les autres accorde une telle importance à la compassion. Schopenhauer était bien conscient de cette contradiction apparente mais notait avec humour : « parce qu'on est bel homme on n'est pas nécessairement bon sculpteur, ni bel homme parce qu'on est bon sculpteur. Et, pour généraliser, c'est élever à l'égard du moraliste une prétention bien étrange, de vouloir qu'avant de recommander une vertu, il la possède lui-même ».


05/08/2014
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VICTOR HUGO


Victor Hugo, né le 26 février 1802 à Besançon et mort le 22 mai 1885 à Paris, est un poète lyrique, engagé ou épique selon les recueils ; romancier du peuple qui rencontre un grand succès avec Notre-Dame de Paris (1831), et plus encore avec Les Misérables (1862) ; il s’illustre au théâtre avec Hernani (1830) ; et est également une personnalité politique et un intellectuel qui a compté dans l’Histoire du XIX ème siècle. Son œuvre multiple a fortement contribué à renouveller les genres et comprend également des discours politiques sur la peine de mort, l’école ou l’Europe, des récits de voyages, et une abondante correspondance. Ses multiples prises de position le condamneront à l’exil pendant les vingt ans du Second Empire. Ses choix, à la fois moraux et politiques, durant la deuxième partie de sa vie, et son œuvre hors du commun ont fait de lui un personnage emblématique que la Troisième République a honoré à sa mort par des funérailles nationales qui ont accompagné le transfert de sa dépouille au Panthéon de Paris, le 31 mai 1885.

Victor Hugo : L'enfance

Victor Hugo : Poète français, né à Besançon le 26 fév 1802, et mort à Paris le 22 mai 1885. C'était le plus jeune des fils du général Hugo, qui n'était que capitaine, lorsqu'il épousa Sophie Trébuchet, fille d'un armateur de Nantes. Trois enfants naquirent de ce mariage : Abel, Eugène et Victor. La famille de notre poète séjourna quelques mois à Besançon.

Enfant, Victor Hugo, était faible et souffreteux ; les soins affectueux de sa mère triomphèrent à la longue de cet état maladif et, jusque dans l'extrême vieillesse, le poète jouit d'une santé que ne troublèrent les préoccupations d'aucun ordre. De Besançon, la famille Hugo se rendit successivement à Marseille, en Corse et à L'île d'Elbe, suivant son chef dans chacun de ses déplacements. Mais lorsque celui-ci fut envoyé à Gênes, en 1805, Mme Hugo le quitta pour revenir avec ses enfants à Paris, où elle séjourna deux ans, rue de Clichy, envoyant le jeune Victor et ses frères à l'école de la rue du Mont-Blanc. Dans l'intervalle, la situation de son mari avait changé ; nommé colonel du Royal-Corse et gouverneur de la province d'Avellino, il semblait définitivement fixé en Italie. Il rappela près de lui sa femme et ses enfants. Il avait compté sans les événements. Le colonel Hugo était fort apprécié, on le sait, de Joseph Bonaparte, et quand ce prince devint roi d'Espagne, il l'invita à l'y suivre. La famille dut se séparer à nouveau. Mme Hugo revint à Paris et alla occuper l'ancien couvent des Feuillantines qui devait laisser dans l'esprit de Victor Hugo les touchants souvenirs immortalisés dans Les Rayons et les Ombres et les Contemplations.

C'est là que les fils du général Hugo commencèrent leurs études, sous la direction d'un ancien prêtre de l'Oratoire, M. de La Rivière, qui s'était marié pendant la Révolution et avait ouvert une école dans la rue Saint-Jacques. En même temps, ils recevaient les conseils du parrain du poète, le général Lahorie, proscrit à la suite de la conjuration de Moreau et réfugié chez Mme Hugo. C'était un homme fort instruit, qui initiait les enfants aux langues anciennes. Jetait-il en même temps en eux, comme V. Hugo l'a raconté plus tard les germes d'un ardent « républicanisme » ? Il est permis d'en douter. Lahorie avait pris part au 18 brumaire, et la conjuration de Malet, dans laquelle il trempa et qui le fit fusiller en 1812, n'était pas précisément d'inspiration libérale.

En 1811, le colonel Hugo, devenu aide de camp du roi d'Espagne, général, premier majordome du palais et gouverneur des provinces d'Avila, de Ségovie et de Soria, rappela une fois encore sa famille près de lui. V. Hugo, qui, tout enfant, avait déjà visité Rome et Naples, eut ainsi l'occasion de parcourir l'Espagne ; ces deux voyages, et surtout, le second, devaient marquer son esprit d'une empreinte ineffaçable.

Il fut placé, avec ses frères, au collège des Nobles, de Madrid, et ce ne fut pas sans que les trois jeunes Français y eussent plus d'une fois à souffrir de la brutale jalousie de leurs condisciples espagnols. En 1812, la situation des Français en Espagne parut trop incertaine au général Hugo pour qu'il conservât près de lui sa famille. Ne retenant que son fils aîné, Abel, il renvoya sa femme et ses deux autres enfants aux Feuillantines. V. Hugo reprit ses études à l'école du « père La Rivière » comme l'appelaient les enfants. Sa mère, libre esprit, sinon « voltairienne absolue », pensait que « les livres n'ont jamais fait de mal » et elle le laissait, ainsi que son frère, dévorer indistinctement, et jusqu'aux plus licencieux, tous les volumes de la bibliothèque d'un bouquiniste du voisinage ; l'enfant y puisa une première instruction superficielle, confuse, mais extrêmement variée déjà.

Le général Hugo, revenu à Paris en 1845, se sépara de sa femme quelque temps après. « Les dissidences domestiques entre Mme Hugo et le général s'étaient envenimées, raconte ST-Beuve ;

Celui-ci usa de ses droits de père et reprit d'autorité ses deux fils. Comme il les destinait à l'École polytechnique, il les plaça dans la pension Cordier et Decotte, rue Sainte-Marguerite ; ils y restèrent jusqu'en 1818, et suivirent de là les cours de philosophie, de physique et de mathématiques au collège Louis-le-Grand.

Les deux enfants montraient de véritables aptitudes pour les sciences ; V. Hugo obtint même, en 1818, un cinquième accessit de physique au concours général, et ceci permet de nous expliquer peut-être certaines prétentions à la rigueur scientifique dont le poète devait se targuer plus tard dans quelques-unes de ses œuvres.

Cependant, et dès ces premières années, la vocation poétique de l'enfant commençait à se manifester. À l'âge de quatorze ans, il ébauche une tragédie, Irtamène, et en commence une autre, Athélie ou les Scandinaves. Vers le même temps, il écrit un grand drame, Inès de Castro, et traduit en vers quelques fragments de Virgile, son poète favori. En 1817, il envoie au concours de l'Académie française un poème sur les Avantages de l'étude.

ST-Beuve a raconté qu'il commit l'imprudence d'y indiquer son âge et que la pièce parut dénoter un esprit si mûr qu'on crut à une mystification ; aussi n'aurait-il eu qu'une mention, au lieu du prix qu'il devait obtenir. La vérité est que cette poésie fut classée la neuvième, qu'on connaissait parfaitement l'âge du poète et que la mention lui fut surtout accordée à ce titre. Une autre poésie sur les Avantages de l'Enseignement mutuel lui valut encore, en 1819, une mention de l'Académie. Il fut plus heureux aux Jeux floraux, où on lui décerna deux prix, en 1819, pour ses odes sur les Vierges de Verdun et le Rétablissement de la statue de Henri IV. - En 1820, son ode, Moïse sur le Nil, lui valut même le titre de maître des Jeux floraux. Au reste, il avait été sacré poète par le grand public, dès 1819, pour une satire d'inspiration ultra-royaliste, Le Télégraphe, qui fit tapage. Le jeune poète, sans renoncer encore à la formule classique, frappait déjà par le tour très personnel de son inspiration et la remarquable vigueur de sa langue. A. Soumet parle des « prodigieuses espérances » qu'il donnait dès lors aux amis des lettres. À la fin de 1819, il fonda, avec ses deux frères, Le Conservateur littéraire, sorte de supplément littéraire au journal catholique et royaliste Le Conservateur, dirigé par Chateaubriand. V. Hugo admirait fort en effet l'auteur des Martyrs, qui le payait en leçons d'expérience et même en félicitations, s'il n'allait pas jusqu'à l'appeler, comme on l'a prétendu, « l'enfant sublime ». V. Hugo rédigeait presque à lui seul Le Conservateur littéraire, se chargeant, sous divers pseudonymes, des besognes les plus variées ; il y dépensait une vie extraordinaire, mêlait l'histoire à la critique, et le roman à la poésie. Il ne songeait encore à rien réformer ; s'il avait des éloges pour Les Méditations de Lamartine, publiées en 1820, il en trouvait d'aussi sincères pour les poésies didactiques de l'abbé Delille et préférait tout naïvement la tragédie de Corneille et de Racine aux drames de Shakespeare et de Schiller. L'une des odes qu'il publia dans cette revue (Ode sur la mort du duc de Berry) lui valut de Louis XVIII une gratification de 500 fr. Le Conservateur littéraire cessa de paraître quelque temps plus tard (en mars 1821), pour se fondre avec les Annales de la littérature et des arts, où V. Hugo ne collabora pas.

Victor Hugo : Les débuts du Poète

Au mois de juin 1821 mourait la mère du poète. Cette mort fit un grand vide en lui. Il l'aimait beaucoup et avait vécu près d'elle depuis qu'il avait quitté la pension Cordier, en 1818. Il voulut se créer un intérieur et songea à se marier. Son affection s'était portée depuis longtemps sur Mlle Adèle Foucher, qu'il avait connue enfant ; mais, lorsqu'il demanda sa main, on trouva sa position trop précaire ; il n'avait pas de fortune ; il n'avait même plus l'appui de son père avec lequel il avait brisé toutes relations du jour où il eut épousé la comtesse de Salcano.


Le jeune homme ne se découragea cependant pas et se remit avec ardeur au travail. Il eut bientôt la matière d'un volume de vers qu'il publia en juin 1822 sous le titre d'Odes et poésies diverses. Le livre fut fort goûté du roi, qui accorda à l'auteur, sur sa cassette particulière, une pension de 1,000 fr. Cette libéralité permit au poète de vaincre les dernières objections de M. Foucher, et le mariage tant désiré put enfin avoir lieu. Il n'apporta aucune entrave à l'activité de V. Hugo, qui donna une seconde édition de ses Odes au mois de déc. 1822, et publia, sous l'anonyme, en févr. 1823, Han d'Islande ; c'était son premier roman, si l'on tient compte que Bug-Jargal fut donné seulement à l'état de nouvelle dans Le Conservateur littéraire. L'œuvre a singulièrement vieilli aujourd'hui et n'intéresse plus guère que pour l'histoire des idées. Walter Scott, dont l'auteur s'inspirait, l'eût difficilement avouée, croyons-nous. « L'imagination de l'horrible et du monstrueux, dit l'un des derniers et des plus judicieux critiques de V. Hugo, M. Ch. Renouvier, la recherche des sentiments violents et des situations terribles y sont poussées à un point bien éloigné de la mesure du romancier anglais, ce qui en affaiblit l'émotion ; le dialogue y manque de naturel et les personnages principaux sont des êtres factices ... Au contraire, la langue, sans atteindre encore de grandes beautés, est juste dans ses images, claire et correcte dans la phrase, et étrangère à la recherche des fausses grâces, au style romanesque, commun et de mauvais goût, autant qu'aux formes pompeuses de Chateaubriand. »

L'année même où parut Han d'Islande, une nouvelle pension de 2,000 fr. sur les fonds du ministère de l'intérieur fut accordée à V. Hugo ; enfin, au mois de juil. 1823, il fondait avec quelques autres jeunes gens La Muse française. Ce journal devint l'organe du premier groupe romantique, si joliment décrit par ST-Beuve. « Bientôt il se forma, dans les boudoirs aristocratiques, une petite société d'élite, une espèce d'hôtel de Rambouillet, adorant l'art à huis clos, cherchant dans la poésie un privilège de plus, rêvant une chevalerie dorée, un joli moyen âge de châtelaines, de pages et de marraines, un christianisme de chapelle et d'ermites. » Autour de V. Hugo se groupaient A. Soumet, J. de Rességuier, A. de Vigny, Chênedollé, Em. Deschamps, Delphine Gay et Charles Nodier, chez qui les jeunes poètes se réunissaient, à l'Arsenal, dont Nodier était le bibliothécaire. À vrai dire, celui-ci seul se montrait, dès cette époque, nettement révolutionnaire ; mais il s'en fallait de beaucoup que tous les rédacteurs de La Muse Française partageassent ses idées ; les uns et les autres n'osaient arborer bien ouvertement la bannière romantique. V. Hugo lui-même parait avoir joué à ce moment plutôt le rôle de conciliateur entre les deux écoles. Dans la préface de son second volume d'Odes (1824), il écrit « Il y a maintenant des partis dans la littérature comme dans l'État ... Les deux camps semblent plus impatients de combattre que de traiter ... Quelques voix importantes, néanmoins, se sont élevées, depuis quelque temps, parmi les clameurs des deux armées. Des conciliateurs se sont présentés avec de sages paroles entre les deux fronts d'attaque. Ils seront peut-être les premiers immolés, mais qu'importe ! C'est dans leurs rangs que l'auteur de ce livre veut être placé, dut-il y être confondu. » Il ne reproche guère à la littérature de Louis XIV que d'être « plutôt l'expression d'une société idolâtre et démocratique que d'une société monarchique et chrétienne ». Pour la versification et le style, il est extrêmement modéré dans ses réformes. « S'il est utile et parfois nécessaire, écrit-il, de rajeunir quelques tournures usées, de renouveler quelques vieilles expressions, et peut-être d'essayer encore d'embellir notre versification pour la plénitude du mètre et la pureté de la rime, on ne saurait trop répéter que là doit s'arrêter l'esprit de perfectionnement. Toute innovation contraire à la nature de notre prosodie et au génie de notre langue doit être signalée comme un attentat aux premiers principes du goût. »

Victor Hugo : Le Cénacle et la célébrité

La Muse française vécut jusqu'au mois de juin 1824. Elle avait publié l'Ode à mon père, inspirée à Victor Hugo par sa réconciliation avec le général Hugo, en sept. 1823. En 1825, V. Hugo fut, en même temps que Lamartine, nommé chevalier de la Légion d'honneur ; puis il assista à la cérémonie du sacre de Charles X, qu'il chanta dans une ode. Il était alors en très bons termes avec Lamartine ; dans un voyage qu'il fit en Suisse avec Charles Nodier, il s'arrêta chez l'auteur des Méditations, à Saint-Point. Ce voyage n'a laissé de traces que dans Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie et dans le Charles Nodier de Mme Mennessier-Nodier. À son retour en France, V. Hugo remania, en lui donnant des proportions beaucoup plus considérables, Bug-Jargal, écrit, comme on sait, en 1818. L'œuvre parut en 1826 avec un nouveau volume de vers Odes et Ballades. C'est de la publication de ce recueil et des articles que lui consacra Sainte-Beuve dans le Globe, que datent les relations du poète et du critique, relations qui devaient aboutir à une étroite amitié. Peu de temps après, en effet, nous retrouvons Sainte-Beuve au nombre des jeunes poètes qui, groupés autour de V. Hugo, fondaient le Cénacle et rompaient définitivement avec la formule classique pour adopter une « formule nouvelle » répondant mieux aux « aspirations » et aux « nécessités » de l'époque. « On devisait tous les soirs ensemble, nous dit Sainte-Beuve ; on relisait les vers qu'on avait composés. Le vrai Moyen âge était étudié, senti, dans son architecture, dans ses chroniques dans sa vivacité pittoresque ; il y avait un sculpteur, un peintre parmi ces poètes, et Hugo, qui de ciselure et de couleur rivalisait avec tous les deux. » Enfin parut Cromwell (1827).


Cette fois, c'était la vraie déclaration de guerre. Dans une sorte de préface-manifeste, le poète commençait par établir que le drame est la forme poétique la plus propre aux temps modernes. Il conservait l'unité d'action, mais repoussait les unités de temps et de lieu qui entravent la liberté du poète, exigeait qu'il se conformât strictement à la vérité historique dans les mœurs et les caractères, revendiquait enfin pour lui le droit de fondre ensemble le beau et le laid, le grotesque et le sublime, « comme dans la vie ». Le manifeste s'achevait dans une charge à fond de train contre la monotonie, les périphrases et la fausse élégance des poètes classiques. Restait l'application. On ne trouva pas qu'elle fût suffisante et féconde, au moins dans ce premier drame de Cromwell, rempli de beaux vers à la vérité, sonores et drus, mais d'une charpente maladroite, lourde, impossible enfin à représenter. V. Hugo chercha sa revanche d'une façon détournée en faisant jouer à l'Odéon, sous le nom de son beau-frère, Paul Foucher, un drame tiré du Château de Kenilsworth, de Walter Scott, Amy Robsart (1828) ; mais la pièce tomba lamentablement ; les sifflets et les éclats de rire se succédèrent sans interruption ; il fallut la retirer de l'affiche. La vraie revanche, le poète la prit en attendant mieux sur un autre terrain. Il donna d'abord une édition définitive de ses Odes et Ballades (1828), puis les Orientales (1829). Ce fut une révélation. Les couleurs et les sons faisaient leur entrée dans la poésie ; le rythme, singulièrement varié et savant, ajoutait à la jeunesse des images. C'est dans les Orientales, en effet, que commencent à paraître, avec les enjambements et les rejets intérieurs, ces coupes ternaires de l'alexandrin, qui, sans exclure absolument la coupe binaire des vers classiques, deviendront plus tard si fréquentes dans les poèmes de V. Hugo. On a depuis reproché aux Orientales de sacrifier trop souvent l'idée à la forme, et cependant n'y trouve-t-on pas, à l'occasion de la libération des Grecs, la plus vive expression du sentiment patriotique et de l'amour de l'indépendance ? « On a fait observer encore, dit M. Renouvier, que l'Orient de Victor Hugo était un faux Orient ... Cependant la lumière des paysages de l'Espagne et de l'Italie méridionale avait ébloui le poète enfant ; c'est à celle-là que d'ordinaire on pense quand on parle du ciel de l'Orient ; il en a illuminé ses vers autant que cela peut se dire par métaphore. » Un éloquent plaidoyer en prose contre la peine de mort, le Dernier Jour d'un condamné, suivit de près la publication des Orientales. C'était la première expression et comme le premier jet d'une thèse qui fut toujours chère au poète et sur laquelle il devait revenir plus d'une fois. En 1829, enfin, Hugo reprit la lutte corps à corps avec « le Moloch de la littérature dramatique ». Sa pièce nouvelle s'appelait Marion Delorme ; mais la représentation en fut interdite par la censure à cause du rôle que l'auteur y faisait jouer à Louis XIII. Heureusement Hernani était prêt. On mit la pièce à la scène (1830), malgré l'opposition des classiques qui essayèrent d'agir sur Charles X et n'obtinrent que cette spirituelle réponse : « En fait de tragédie, j'ai seulement ma place au parterre. » La première représentation ne fut qu'un long orage. Cinq cents romantiques, revêtus des costumes les plus extravagants, y compris le pourpoint cerise de Théophile Gautier, occupèrent la salle avant l'heure, déterminés à soutenir le drame de leurs applaudissements, et, au besoin, d'arguments plus énergiques. De fait, on finit par en venir aux mains, surtout quand, après quelques représentations, les amis du poète se firent moins nombreux et que le camp des classiques eut recruté de nouvelles troupes : « Les trois premières représentations, écrivait Sainte-Beuve au lendemain de la septième, soutenues par les amis et le public romantique, se sont très bien passées ; la quatrième a été orageuse, quoique la victoire soit restée aux bravos, la cinquième mi-bien mi-mal : les cabaleurs assez contenus, le public indifférent, assez ricaneur, mais se laissant prendre à la fin ... Nous sommes tous sur les dents ; car il n'y a guère de troupes fraîches pour chaque nouvelle bataille et il faut toujours donner, comme dans la campagne de 1814. En somme, la question romantique est portée par le seul fait d'Hernani de cent lieues en avant, et toutes les théories des contradicteurs sont bouleversées. » Peu à peu, en effet, le public se fit à Hernani, qui eut dans la seule année 1830 quarante-cinq représentations. Le romantisme triomphait donc, grâce à « cette œuvre si brillante et si jeune, pleine de vers splendides et de merveilleux couplets, qui respire un souffle héroïque et dans laquelle l'amour s'élève au lyrisme le plus pur ». Ce lyrisme, commun à toutes les pièces de V. Hugo, a été critiqué, non sans raison, comme anti-dramatique. C'est le poète qui parle toujours par la bouche de ses héros quels qu'ils soient, et leur personnalité n'est à peu près marquée que par leur costume et leur nom. Autre reproche, que nous signalons une fois pour toutes, car il s'adresse également à tous les drames de notre poète : l'abus de l'antithèse dans le style, l'action et la conception des caractères. Il avait dépeint dans Cromwell, il le dit lui-même, un Tibère-Dandin ; dans Marion Delorme, une courtisane à qui l'amour « refait une virginité » ; dans Hernani, c'est un brigand qui est le type de l'honneur, etc. Mais, surtout dans l'action de ses drames, la juxtaposition continuelle du beau et du laid, du grotesque et du sublime, était trop systématique pour répondre aux nécessités de cette « vérité historique » et même de cette « vie réelle », dont se réclamait l'auteur de la préface de Cromwell.

Le bruit fait autour d'Hernani redoubla la célébrité du poète, et chacune de ses nouvelles œuvres apparut dès lors comme un événement littéraire. On lut avidement Notre-Dame de Paris (1831) , roman bien supérieur aux deux premiers. Non qu'il soit tout à fait exempt des défauts que l'on blâmait déjà dans Han d'Islande et dans Bug-Jargal, mais la couleur y est autrement puissante et si le Moyen âge qu'y décrit l'auteur demeure un peu « bien conventionnel » çà et là, certaines scènes ont une vie intense, un pathétique profond et sombre et le décor lui-même laisse dans l'esprit une ineffaçable impression de chose vue.

Victor Hugo : La construction d'une oeuvre gigantesque


C'est vers cette époque que V. Hugo songea à prendre avec Alexandre Dumas la direction de la Comédie-Française ; c'eût été entre les mains des deux romantiques un merveilleux instrument de propagande. Mais leurs offres ne furent pas acceptées et V. Hugo donna à la Porte-Saint-Martin son drame de Marion Delorme que la révolution de Juillet permettait de remettre à la scène. Cette pièce, jouée le 11 août 1831, obtint un réel succès, encore qu'elle soit loin de valoir Hernani. Au même temps, le poète réunissait en volume ses nouveaux vers et leur donnait pour titre les Feuilles d'automne. Ce sont, suivant son expression, « des vers de la famille, du foyer domestique, de la vie privée ». Une sensibilité humaine et douce, une tendresse ineffable pour l'enfance, la sincérité de l'accent surtout font de cette œuvre l'une des plus touchantes de V. Hugo ; ce serait peut-être le plus parfait de ses recueils, si l'on ne pouvait y reprendre çà et là, avec Nisard, « des expériences sur cette langue qui ne lui est jamais rebelle et qu'il façonne à toutes ses fantaisies ; des images qui se choquent entre elles et produisent d'autres images ; des couleurs qui se décomposent en mille nuances, un cliquetis qu'on verrait et qu'on entendrait tout ensemble ; où il y aurait des éclairs pour les yeux et des bruits pour l'oreille ; quelque chose enfin qui ne se peut point définir et n'a point de réalité, ce qui est un défaut capital dans l'art ». Critique exagérée et hostile sans doute, mais où il y a à prendre cependant et dont partie conviendrait à l'œuvre entière de V. Hugo. Mais que de beautés aussi, que de pièces souverainement nobles et pures et touchantes pour la faire oublier !

Le poète revint au théâtre avec Le Roi s'amuse. Représentée en 1832, la pièce fut l'occasion d'un tel tumulte qu'on l'interdit aussitôt. V. Hugo traduisit bien les sociétaires du Théâtre-Français devant le tribunal de commerce pour les contraindre à jouer quand même, mais il perdit sa cause. Au reste, on peut estimer que sa gloire n'en souffrit guère, puisque, joué pour la seconde fois, en 1882, devant un public qui n'apportait plus au théâtre qu'un absolu parti pris d'admiration, Le Roi s'amuse n'eut aucun succès : on l'écouta dans un religieux ennui. Lucrèce Borgia, drame en prose, composé en quelques semaines et représenté le 2 févr. 1833, fut la vraie revanche de l'auteur ; le public lui fit l'accueil le plus enthousiaste. Et, en effet, si l'on peut élever quelques doutes sur l'idée morale que prétend servir Hugo, il faut reconnaître « le style puissant et magnifique et les péripéties émouvantes d'un drame pour ainsi dire matériellement splendide et qui mérite dans tous les cas de vivre par sa langue » (Ch. Renouvier). Les répétitions de Lucrèce Borgia furent l'origine de la liaison si longue, dénouée seulement par la mort, et que sa durée même avait fini par légitimer à demi aux yeux du public, entre V. Hugo et l'une des actrices de la Porte Saint-Martin, Mme Drouet, chargée du rôle de la princesse Negroni. Ces relations ne furent un secret pour personne, pas même pour Mme Hugo, qui en fut vivement attristée. Néanmoins et si nous les rappelons ici, c'est qu'elles ne furent pas sans marquer sur les oeuvres lyriques postérieures et qu'elles en donnent bien souvent la clef.

Les succès dramatiques comme celui de Lucrèce Borgia sont assez rares dans la carrière de V. Hugo. Marie Tudor fut froidement accueillie en nov. 1833 ; Angelo, tyran de Padoue, joué en 1835, fut abandonné du public, après quelques représentations qui purent faire croire d'abord à un succès. La raison, un critique l'a donnée assez crûment : c'est « que ces deux drames sont un tableau de passions irrépressibles, déployées en luttes insensées et gouvernées par l'accident ; les personnages trop constamment échauffés refroidissent, par contraste, les spectateurs, et la terreur et la pitié sont détruites par la pose qu'affecte l'auteur et la trop visible recherche ».

Entre Marie Tudor et Angelo prennent place l'Étude sur Mirabeau et Claude Gueux (1834). Le premier de ces ouvrages, dans la manière grandiloque de l'auteur, n'a qu'une médiocre valeur historique. « Il (V. Hugo) s'est vu, miré et copié lui-même en quelque sorte, dans cette figure toute marquetée et couturée comme dans un miroir à mille facettes », dit Sainte-Beuve, et Nisard n'en juge pas autrement : « Au moyen de légères altérations historiques dont l'amour-propre ne se fait pas faute, M. Victor Hugo a en quelque sorte décalqué sur sa propre vie la vie de Mirabeau. » Quant à Claude Gueux, c'est le récit émouvant, mais fort altéré, d'un fait divers de la vie réelle, à qui l'auteur demandait un nouvel argument en faveur de sa thèse contre la peine de mort.

Les Chants du crépuscule (1835), les Voix intérieures (1837), les Rayons et les Ombres (1840), marquèrent chez le poète une conversion tout inattendue. La foi religieuse a disparu de son coeur, la fidélité conjugale l'a suivie d'assez près ; les premières convictions royalistes du poète ont cédé la place à un libéralisme vague, teinté de bonapartisme. Tant de croyances perdues ne sont pas cependant sans avoir laissé de traces dans ses nouvelles oeuvres. V. Hugo le reconnaît lui-même dans la préface des Chants du crépuscule : « Dans ce livre, écrit-il, il y a tous les contraires : le doute et le dogme, le jour et la nuit, le coin sombre et le point lumineux, comme dans tout ce que nous voyons, comme dans tout ce que nous pensons en ce siècle ; comme dans nos théories politiques, comme dans nos opinions religieuses, comme dans notre existence domestique ; comme dans l'histoire qu'on nous fait, comme dans la vie que nous nous faisons. » C'est assez pour qu'on s'explique le jugement de ST-Beuve : « Dans toutes ces pièces récentes, louables de pensée, grandioses de forme, sur le bal de l'Hôtel de Ville, sur les galas du budget, dans ces pièces à Dieu sur les révolutions qui commencent, dans ces conseils à une royauté d'être aumônière comme au temps de saint Louis, dans ce mélange souvent entrechoqué de réminiscences monarchiques, de phraséologie chrétienne et de vœux saint-simoniens, il n'est pas malaisé de découvrir, à travers l'éclatant vernis qui les colore, quelque chose d'artificiel, de voulu, d'acquis. »

En juil. 1837, V. Hugo, fort bien en cour et particulièrement lié avec le duc et la duchesse d'Orléans, fut nommé par Louis-Philippe officier de la Légion d'honneur ; quand parurent Les Voix intérieures, le roi lui manifesta de nouveau sa sympathie par l'envoi d'un tableau représentant le couronnement d'Inès de Castro. Au reste, la gloire du poète passait, dès cette époque, toutes celles de ses contemporains : on se portait en foule le soir, devant ses appartements de la place Royale, pour le voir apparaître aux fenêtres, entouré de ses disciples et admirateurs. Un nouveau groupe s'était formé, en effet, vers 1836, autour de Victor Hugo ; on n'y retrouvait plus les noms du Cénacle de 1826. Les anciens amis du poète, ST-Beuve en tête, s'étaient presque tous séparés de lui, éloignés peut-être par cet « égoïsme féroce » dont parle Heine et ce besoin d'admiration sans réserve qu'il garda jusqu'au dernier jour. À leur place on voyait Théophile Gautier, Petrus Borel, Bouchardy, Esquiros et des artistes, des peintres, des sculpteurs, des architectes. Ce ne fut pas la faute du nouveau Cénacle, qui affichait un mépris un peu enfantin pour l'Académie, si V. Hugo y sollicita un fauteuil en 1836 ; il fut refusé et trois autres tentatives, l'une la même année, une autre en 1839, la troisième en 1840, ne furent pas plus heureuses; il finit par être élu en 1841; il remplaçait Népomucène Lemercier.

Il n'avait cependant pas renoncé encore au théâtre. Il donna Ruy Blas à la Renaissance en 1838. L'action n'y est pas très heureuse, mais « de nombreuses beautés, des vers superbes et quelque chose de très vivant, brillant et amusant dans le dialogue » (Renouvier), valurent au nouveau drame des applaudissements enthousiastes. Il n'en fut pas de même des Burgraves qui lui succédèrent (1843). Ce furent les adieux du poète à la scène : la pièce tomba. Une réaction du goût s'était faite dans le public : la mode était à Ponsard, à Rachel et aux néo-classiques. Le poète se retira sous sa tente.

Peu de temps avant Les Burgraves, il avait publié Le Rhin (1842), qui renferme trois parties : un récit de voyages (Lettres à un ami), d'une érudition magnifique et lourde ; une légende (Le Beau Pécopin) et une Conclusion quelque peu inattendue, où, pour résoudre le problème de l'équilibre européen, l'auteur propose tout simplement un partage de l'Europe entre la Prusse et la France. Entendait-il préluder par là au rôle politique qu'il allait jouer bientôt ? Quoi qu'il en soit, et peu de temps après l'épouvantable accident de Villequier qui lui ravit sa fille Léopoldine et son gendre Charles Vacquerie, mariés depuis quelques mois, V. Hugo entra dans « l'arène des partis ». Il possédait toujours la sympathie du roi Louis-Philippe, qu'il conciliait fort bien d'ailleurs avec l'estime des bonapartistes (il avait réuni à part, en 1840, ses Odes sur Napoléon, qui faisaient, en effet, « une véritable épopée napoléonienne » comme l'annonçaient ses éditeurs) : le roi le fit nommer pair de France (1845). Il apparaît à la Chambre des pairs orateur fastueux et théâtral, sans action aucune, du reste, sur son auditoire. Qu'il parlât sur les dessins et modèles de fabrique, sur la question polonaise, en faveur du retour de la famille Bonaparte ou pour glorifier le « pape libéral » (Pie IX), c'était en poète, rarement en homme politique.

Victor Hugo : Le politique


À la révolution de 1848, la pairie fut supprimée et il se présenta à l'Assemblée constituante sur la liste réactionnaire du Constitutionel. Il fut élu, vota tantôt avec les réactionnaires, tantôt avec les républicains, mais siégea à droite. À la fin de juil. 1848, il fonda l'Événement avec ses deux fils, Charles et François, P. Meurice, A. Vacquerie, Th. Gauthier, Méry, Théod. de Banville, Gérard de Nerval, A. Vitu, etc. L'un de ses collaborateurs, Alphonse Karr, nous apprend que « Victor Hugo n'écrivait pas ostensiblement dans ce journal, mais qu'il l'inspirait et le dirigeait, tout en laissant sur beaucoup de points la bride sur le cou à ses jeunes associés ». Quoi qu'il en soit, le journal n'était réactionnaire à cette date. On en a la preuve dans ce fait qu'il soutint énergiquement, en 1848, la candidature de Louis Bonaparte à la présidence, candidature combattue par Lamartine et le parti républicain tout entier. Nommé à l'Assemblée législative le 13 mai 1849, V. Hugo siégea encore à droite. « C'est seulement en 1849 que je suis devenu républicain, écrit-il plus tard. La liberté m'est apparue, vaincue. Après le 13 juin, quand j'ai vu la République à terre, son droit m'a frappé et touché d'autant plus qu'elle était agonisante ; c'est alors que je suis allé à elle. Je me suis rangé du côté du plus faible ... » La conversion était un peu brusque. V. Hugo l'a expliquée en disant qu'il était indigné de voir, après le 13 juin, « Rome terrassée au nom de la France » et « le triomphe de toutes les coalitions ennemies du progrès ». Mais il semble bien aujourd'hui que la scission entre le poète et la droite eut une cause moins désintéressée et plus humaine : son discours du 9 juil. sur la prévoyance et l'assistance publique lui avait attiré, par une objection maladroitement présentée, l'hostilité des membres de son parti. Il ne le leur pardonna pas et se sépara définitivement d'eux le 19 oct. en se prononçant contre le pape au profit du peuple romain. C'était passer d'un extrême à l'autre. De fait, V. Hugo prit rang aussitôt parmi les membres de l'extrême gauche, parla contre le projet de loi de la liberté d'enseignement, traquenard clérical caché, sous un beau nom, contre la loi sur la réforme électorale, contre la révision de la constitution, etc. Dans ce dernier discours, le plus fameux de tous ceux qu'il ait prononcés (juil. 1851), et en même temps qu'il s'élevait avec une véhémence inouïe contre Louis-Bonaparte, dont il combattait la réélection à la présidence, il fit un long exposé des théories socialistes dont il allait devenir désormais le défenseur et l'apôtre. Survient le Deux Décembre. V. Hugo prend une part active à la résistance au coup d'État, rédige proclamations sur proclamations, appels au peuple sur appels au peuple. Le peuple resta impassible. Toutefois, le poète ne quitta Paris que le jour où l'insurrection n'eut plus aucune chance de succès (11 déc. 1851).

Victor Hugo : L'Exil


Il gagna Bruxelles et, un mois plus tard, il se vit porté sur la liste des 66 représentants exilés par décret. C'est à Bruxelles qu'il écrivit Napoléon le Petit (1852) et l'Histoire d'un crime, qui ne fut publiée qu'en 1877. « Dans ces écrits ardents, pleins de vie, la perfection du style est adéquate à la force et à la noblesse des pensées. » Le fond de vérité est plus contestable. En août 1852, il se rendit à Jersey où sa famille vint le rejoindre. Il y composa Les Châtiments, l'œuvre la plus extraordinaire, la plus profonde et sentie peut-être de ce poète et qui restera comme le modèle de ce que la haine peut dicter au génie. Bien pâles, à côté d'une telle œuvre, les exercices d'un Juvénal ! Vers la fin de 1855, le gouvernement anglais le força de quitter Jersey, à la suite d'une protestation rédigée par lui contre l'expulsion de trois autres proscrits. Il se retira à Guernesey, à Hauteville House. Sa gloire ne fit que grandir dans l'exil. De là s'envolèrent Les Contemplations (1856), où le poète avait recueilli ses poésies antérieures à 1843. L'inspiration y est plus calme, souvent touchante et profonde, et le contraste qu'elle faisait avec la violence des œuvres précédentes n'était pas pour déplaire sans doute au poète. C'est dans ce recueil que se trouvent, entre autres pièces d'une admirable beauté, les vers sur la mort de sa fille, Léopoldine Hugo. La première partie de la Légende des siècles est datée aussi de Guernesey (1859). C'est une série de petites épopées, embrassant tout le cycle légendaire du genre humain ; c'est, à coup sûr, l'œuvre la plus parfaite et comme l'expression même de la géniale maturité du poète. On y a relevé justement la persistance de ce sentiment de haine, désormais si profond en lui, contre le despotisme sous toutes ses formes. Fidèle à ce sentiment, le poète refusait le bénéfice de l'amnistie, l'année même où paraissait la Légende des siècles. Ce prodigieux travailleur se vengeait des tristesses du présent en préparant la publication de nouveaux chefs-d'œuvre, dont la riche variété restera toujours un étonnement. C'est ainsi qu'il publie successivement : Les Misérables (1862), roman social, d'intrigue assez banale et à la façon des romans-feuilletons d'Eugène Sue, mais que relèvent une langue puissante et des épisodes d'une farouche grandeur ; Littérature et philosophie mêlées (1864) ; William Shakespeare (1864), qui ne devait être primitivement qu'une préface à la traduction de son fils, François-Victor, et que le poète, emporté par son admiration pour le grand dramaturge anglais, a transformé en une longue étude, faite d'enthousiasme et de verve ; Les Travailleurs de la mer (1866), idylle et drame, la jolie figure de Déruchette en opposition avec le sombre Gilliat, travaillant seul dans des Roches-Douvres de fantaisie à une œuvre cyclopéenne et impossible ; puis les Chansons des rues et des bois (1865), où le poète « s'amuse » vraiment, sans qu'il faille trop prendre au sérieux son érotisme, d'ailleurs enjoué et gracieux, piquant tout au moins çà et là ; enfin L'Homme qui rit (1869), couvre plus étrange encore, s'il se peut, exagérée, « énorme », sublime à tout prendre par parties.

Victor Hugo : Les années 1870


L'homme politique n'était point mort cependant. En 1870, V. Hugo protesta contre le second plébiscite par un pamphlet intitulé : Non. Vint la guerre, Sedan ; le poète rentra à Paris quelques jours après la révolution du 4 septembre. Il y revenait seul ; Mme Hugo était morte à Bruxelles le 28 août 1868. Il demeura à Paris pendant le siège, montant sa garde et employant le produit de la vente d'une édition des Châtiments à fondre des canons et à doter des ambulances. Le 8 févr. 1871, il rentra dans la vie publique et fut élu député de la Seine à l'Assemblée de Bordeaux. Il y prononça un discours contre la paix et prit une autre fois la parole pour proposer le retour de l'Assemblée à Paris. Mais il donna sa démission au commencement de mars, en manière de réplique au tumulte qui interrompit son troisième discours où il avait pris la défense de Garibaldi. La mort de son fils Charles le contraignit, du reste, à regagner Paris, où il ramena la triste dépouille, et d'où il repartit pour Bruxelles afin d'y régler diverses affaires de famille. Il était dans cette ville pendant qu'éclata la Commune ; mais il suivait les événements et protesta contre le décret sur les otages et le renversement de la colonne Vendôme. En retour et quand la Commune fut vaincue, il s'éleva contre les représailles exercées sur les insurgés et offrit même un refuge à certains d'entre eux dans sa maison de Bruxelles ; cet acte d'humanité provoqua une émeute à Bruxelles ; la « société » belge organisa une manifestation sous les fenêtres de V. Hugo, et le gouvernement l'expulsa. Il se rendit à Londres, et de là regagna Paris. Le 16 mai 1872, il fonda, avec François Hugo, P. Meurice et A. Vacquerie, une feuille démocratique à 5 cent., Le Peuple souverain. Proposé pour la députation par le parti radical la même année, il échoua et n'occupa de nouvelles fonctions politiques qu'en 1875, époque où il fut nommé délégué sénatorial de la Seine. Élu sénateur l'année suivante, il siégea à l'extrême gauche et ne prononça qu'un discours en faveur des condamnés de la Commune.

Il avait publié depuis son retour à Paris : Actes et paroles (1872), sorte de dossier très curieux et très habilement, disposé, où l'auteur, cherchant à expliquer ses opinions successives en religion et en politique, reproduit les discours de tout genre qu'il avait eu l'occasion de prononcer ; L'Année terrible (1872), poème sur la guerre franco-allemande, considéré généralement comme inférieur à ses précédentes productions, et Quatre-vingt-treize (1873), récit romanesque et sublime des plus terribles phases de la Révolution.

S'il eut au Sénat un rôle politique effacé, son activité littéraire fut loin de se ralentir à partir de 1876. En 1877 parut la seconde série de la Légende des siècles, digne de la première, et L'Art d'être grand-père, où il revenait à l'expression des sentiments les plus touchants de sa maturité. L'histoire d'un crime, récit du coup d'État du Deux Décembre, publié à la veille des élections, en 1877, eut un immense retentissement. Puis l'infatigable vieillard livra au public, d'année en année, une suite d'œuvres variées, dont quelques-unes existaient depuis longtemps à l'état de manuscrits et qui sont de valeur très diverse : le Discours pour Voltaire (1878) ; Le Domaine public payant (1878) ; Le Pape, poème (1878), La Pitié suprême, Poésies (1879) ; L'Âne, poème (1880) ; Religion et Religions, poésies (1880) ; Les Quatre Vents de l'esprit, poésies (1881); Torquemada, drame non représenté (1882) ; une troisième série de la Légende des siècles (1883) ; L'Archipel de la Manche (1883).

Victor Hugo : De 1880 à la fin de sa vie


Choisi de nouveau comme délégué sénatorial par le conseil municipal de Paris en 1881 et réélu sénateur le 8 janv. 1882, objet d'une manifestation grandiose où la France entière prit part à son quatre-vingtième anniversaire Victor Hugo était en possession de la gloire politique et littéraire la plus éclatante qu'on eût jamais vue, lorsqu'il mourut, après une agonie de huit jours, le vendredi 22 mai 1885. Le magnifique cortège qui accompagna, par une suprême antithèse, le char des pauvres où il avait voulu qu'on emportât sa dépouille, ce concours de tout un peuple et des représentants des deux mondes ont bien prouvé l'universelle admiration dont était l'objet celui que E. Augier avait appelé « Le Père ». C'est qu'en effet il avait eu sur la littérature d'une grande moitié de ce siècle une domination Extraordinaire ; en politique, il avait été, suivant le mot de Charles de Mazade, « L'âme vibrante à tous les souffles, l'écho retentissant de tous les bruits, des enthousiasmes et des colères de son temps ». Et assurément, l'éloge ne va pas sans restrictions ; on le peut blâmer d'avoir trop obéi aux mouvements de l'opinion, à des influences intéressées peut-être, d'avoir eu trop de convictions successives pour qu'on puisse assurer que la dernière était bien l'aboutissant logique des précédentes ; l'orateur, le romancier, le poète même ne sont pas chez lui sans défauts, et nous avons, au cours de cette biographie, impartialement signalé ces défaillances avec les maîtres de la critique contemporaine. Son œuvre n'en demeure pas moins la plus haute, la plus merveilleuse peut-être de ce siècle et de bien d'autres. Vinet le dit avec raison : « La dixième partie de son trésor lyrique suffirait pour faire vivre son nom aussi longtemps que notre langue et notre littérature. Pour la grandeur des idées et des images, pour l'élan, pour la verve soutenue, pour l'invention, pour l'ensemble du moins de toutes ces choses, il n'a personne au-dessus de lui parmi ses contemporains. Il ne lui manque que ce qui manque à tous, et ce qui fait l'honneur des grands âges littéraires, la mesure dans la force, l'économie dans la richesse. » Ajoutons qu'à la mort de ce puissant génie, nous ne connaissions encore qu'une partie de son œuvre. Il laissait une quantité considérable de manuscrits, datant de toutes les époques de sa vie ; MM. Paul Meurice et Auguste Vacquerie, qui avaient la tâche de les publier, ont déjà fait paraître : Le Théâtre en liberté (1884) ; La Fin de Satan (1886), seconde partie (incomplète) : d'une trilogie dont la première partie est la Légende des siècles, et la troisième le poème de Dieu, qui vient d'être publié aussi ; Choses vues (1887) ; Toute la lyre (1888-93) ; Océan (1894) ; En Voyage : les Alpes, les Pyrénées, France et Belgique ; les Jumeaux ; Amy Robsart, deux drames de jeunesse. Et ce n'est pas tout. Jules Tellier, qui avait commencé le dépouillement des manuscrits du grand poète et que la mort interrompit lui-même si déplorablement au début de sa tâche, nous a donné, dans un curieux article des Annales politiques et littéraires (30 sept. 1888), une nomenclature de tout ce qui reste encore à publier. En prose, c'est un Essai d'explication, qui serait l'exposé des doctrines philosophiques esquissées dans Les Contemplations, et une volumineuse Correspondance, qui, hélas, ne pourra être livrée au public qu'au bout de longues années, tant par la volonté de l'auteur qu'à cause des personnalités en jeu ; pour les œuvres de théâtre, trois comédies Cent mille Francs de rentes, Peut-être frère de Gavroche, Maglia, et quelques autres pièces qui semblent indiquer « que le grand poète a conçu vers la fin de sa vie l'idée d'un théâtre qui eût été quelque chose de tout à fait libre. Plus d'action, plus de drame proprement dit ; rien qu'une succession de scènes sans lien apparent, mais se passant au même lieu. » En poésie : des satires contre le second Empire, Les Années funestes ; des poèmes satiriques ou philosophiques que V. Hugo avait réunis lui-même sous ces deux titres : Les Colères justes et les Profondeurs ; enfin un nombre infini de poésies diverses. « Il y en a des dizaines et des centaines, écrivait Jules Tellier, et des centaines encore. C'est une inondation, un déluge. On a eu beau publier Toute la lyre (700 pages de vers appartenant à toutes les époques de la vie du poète), il y a encore des quantités de pièces inédites de toutes les époques. De 1820 à 1878, Victor Hugo a écrit des vers continûment, infatigablement. Il ne s'est reposé un peu (et non point complètement) que dans ses dernières années. Sa fécondité était quelque chose de prodigieux. »

Ch. Le Goffic et Ed. Thieulin


* Biographie de La grande encyclopédie : inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts. Présentée par Stéphen Moysan.


02/08/2014
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JOHN FITZGERLAD KENNEDY



John Fitzgerald Kennedy est né le 29 mai 1917 à Brookline, dans l'état du Massachusetts. Il est le descendant d'une famille catholique irlandaise qui a immigré aux Etats-Unis au XIXème siècle. C'est le deuxième des neuf enfants du couple.

   La richesse de John Kennedy et son désir de devenir président proviennent de son père, Joseph Kennedy. C'était un homme d'affaire ambitieux, qui est devenu millionnaire assez rapidement mais de façon plus ou moins honnête.
   Après être devenu ambassadeur des Etats-Unis à Londres, son rêve est de devenir le premier président catholique des Etats-Unis. Mais suite à une certaine entente avec Hitler, il ne pourra jamais atteindre son but. La mort de Joe Jr (son frère ainé) va faire de John le porteur des ambitions politiques de l'ambassadeur.

   Il entre à l'université de Harvard en 1936 dans les relations internationales jusqu'en 1940. Durant cette période, il fera de nombreux voyage à Londres où son père est ambassadeur pour les USA.

L'armée

 John Fitzgerald Kennedy au commande du PT 109    En 1941, quelques mois avant l'entrée en guerre des Etats-Unis, Kennedy s'engage dans la marine.

   En août 1943, le lieutenant John Kennedy commande le PT 109, un lance torpille qui doit intercepter et détruire un convoi japonais de matériel militaire. La mission sera un désastre, le navire sera coulé et John Kennedy avec une dizaine de survivants devra nager durant plusieurs heures pendant la nuit afin de pouvoir se réfugier sur un îlot désert.
   Trois jours plus tard, le lieutenant et les marins les plus valides repartir à la nage afin de trouver une île habitée. Une fois trouvée, les indigènes sont chargés d'aller prévenir la base américaine la plus proche.

   Cette aventure fait du jeune lieutenant Kennedy un héros aux yeux de l'amérique. Le récit fait la une du New York Times et des journaux de Boston, Jospeh Kennedy s'étant activé pour donner le plus de retentissement possible à l'affaire.

Les débuts en politique

   En 1946, Kennedy brigue le siège de Boston à la Chambre des représentants. C'est un Kennedy mal assuré et timide qui sera pourtant élu sans problème et même réélu en 1948 et 1950. Il critiquera la politique étrangère en mettant en avant la faiblesse de l'administration fédérale face à la menace communiste.

   En 1952, il ambitionne de se faire élire au poste de sénateur. Et c'est un Kennedy sans grand rapport avec celui de 1946 qui défait sur son propre terrain Cabot Lodge.

 John Fitzgerald Kennedy et Jacqueline Lee Bouvier    Un an plus tard, le 12 septembre 1953, John Kennedy épouse Jacqueline Lee Bouvier, une journaliste au New York Times, le couple aura trois enfants : Caroline (né le 27 novembre 1957), John John (né le 25 novembre 1960) et Patrick (mort né en août 1963).

   En 1956, Kennedy décide de se présenter à la vice-présidence démocrate pour les élections présidentielles de 1956. Kennedy sera battu de six voix seulement. Finalement, Stevenson sera battu par Eisenhower. De cette défaite, la seule de John Kennedy, va naître une ambition : la présidentielle de 1960. Au printemps de cette même année, c'est un Kennedy très affûté qui se présente devant la nation. La convention républicaine investit sans surprise Richard Nixon, alors vice-président des Etats-Unis.

La présidence

   C'est avec la marge la plus courte du siècle que John F. Kennedy est élu 35ème président des Etats-Unis, en effet, à peine 100 000 voix séparent les deux candidats, mais le système électoral américain est telle qu'en terme d'état, Kennedy est largement majoritaire. Après 4 ans d'effort, Kennedy accède enfin au pouvoir et devient l'un des plus jeune président des Etats-Unis (il a 43 ans, seul Théodore Roosvelt a été élu plus jeune à 42 ans). C'est le premier président catholique des USA. Il est intronisé président des Etats-Unis par Earl Warren (président de la court suprême) en Janvier 1961.

   La politique de Kennedy, qui était de regrouper les forces occidentales face aux blocs de l'Est, mais en s'efforçant de parvenir à un équilibre pacifique, avait commencé à porter ses fruits. Malheureusement, du fait d'une faible majorité parlementaire, John Kennedy ne put mettre en oeuvre toutes les réformes souhaitées en matière de politique intérieure américaine.

   Malgré son jeune âge, John Fitzgerald Kennedy a du faire face à l'une des plus délicates crise de la guerre froide : La crise des missiles de Cuba. Celle-ci fut a deux doigts de déclencher une nouvelle guerre mondiale (et certainement atomique) :

Les tensions américano-cubaine

   Au début de l'année 1960, les événements se précipitent et vont accélérer la rupture de Cuba avec les Etats-Unis. Fidel Castro arrivé au pouvoir en 1959 pousse le président Dwight D. Eisenhower à interrompre toute relation diplomatique avec Cuba en 1961.

   L'expropriation de plus d'un million d'hectares appartenant à des américains, décida John F. Kennedy à l'embargo total sur les exportations et les importations vers ou en provenance de Cuba. Le gouvernement cubain procède alors à la nationalisation systématique des biens nord-américains et rétablit, le 8 mai 1960, ses relations avec l'URSS afin de pouvoir vendre ses nouvelles richesses. Les effets de l'embargo sont donc jugulés grâce cette nouvelle alliance soviétique.

La baie des cochons (Bahía de Cochinos)

   La C.I.A., recrute, arme et entraîne des Cubains anticastristes et contre-révolutionnaires dans des camps secrets en Floride, au Guatemala et au Nicaragua à une éventuelle invasion de l'île.

   Le 15 avril 1961, un de ces camps est bombardé par des avions cubains. Deux jours plus tard une force mercenaire d'environ 2000 hommes débarque dans la baie des cochons. Elle se fait écraser en moins de 72 heures par les milices populaires cubaines. John F. Kennedy n'est président que depuis deux mois mais il assume la pleine responsabilité de cet échec ce qui lui a valu d'accroître sa popularité. Quoiqu'il en soit ce fiasco montre que les soviétiques soutenaient activement les forces armées cubaines, notamment en les approvisionnant en armes.

La crise des missiles

   Un an et demi après la baie des cochons, le 4 septembre 1962, Nikita Khrouchtchev conclut l'accord sovieto-cubain d'aide technique et militaire. De son côté, le gouvernement soviétique déclare qu'une nouvelle attaque nord-américaine contre Cuba déclencherait, cette fois, une guerre nucléaire. Le 14 octobre 1962 les avions américains U-2 ont la preuve que des missiles soviétiques sont implantés à Cuba. Il n'en fallait pas plus à John F. Kennedy pour menacer à son tour Khrouchtchev et ordonner le déploiement de la force nucléaire américaine. Excellent politicien, Kennedy fait un discours (Le 22 octobre) dans lequel il déclare : "Notre objectif consiste à empêcher que ces missiles puissent être utilisés contre notre pays ou n'importe quel autre" s'attirant ainsi les faveurs de l'opinion mondiale. Les Etats-Unis sont donc prêts, s'il le faut, à entrer dans une guerre nucléaire contre l'U.R.S.S. Les menaces de guerre s'intensifiaient et l'holocauste semblait imminent. Mais Kennedy et Khrouchtchev réussirent à conclure un accord et, le 28 octobre 1962, les soviétiques annoncent le démantèlement des rampes de lancement tandis que les Etats-Unis s'engagent à ne plus envahir Cuba. Mais, malgré cet accord, la C.I.A. continue ses activités de subversion et de sabotage contre le gouvernement cubain.

   Il faut également noter que l'invasion de la baie des cochons a été élaborée sous le gouvernement d'Eisenhower et Kennedy y était hostile. Pourtant s'il refusait d'exécuter les projets élaborés sous l'administration de son prédécesseur il risquait de perdre son autorité encore mal assurée. John F. Kennedy n'a donc pas empêché le débarquement à Cuba mais a réduit sensiblement la participation des forces armées notamment en refusant d'envoyer un soutien aérien pendant l'opération. Pour la C.I.A., ce refus est responsable du fiasco. John F. Kennedy se sépare alors de la C.I.A et affirme sa volonté de la voir disparaître. Il révoquera d'ailleurs son directeur Allen Dulles (que l'on retrouve pourtant dans la commission Warren). On apprendra pour la première fois en 1975-76 que la C.I.A. et le crime organisé avaient projeté ensemble d'assassiner le leader cubain. A la sortie de la crise de Cuba, John F. Kennedy était donc aussi détesté que Fidel Castro à la fois par la C.I.A. et par le milieu du crime organisé.

L'opération "Mangouste"

   Effectivement, John F. Kennedy avait donné son accord pour lancer une force mercenaire à Cuba bien qu'il ait d'une part considérablement allégé la puissance de feu de l'opération et de l'autre refusé un soutien aérien qui aurait évité aux mercenaires de se faire massacrer. Les historiens considèrent qu'il ne pouvait s'opposer directement à une décision antérieure à son intronisation de peur de perdre son autorité encore fragile, d'autres considèrent que Kennedy était incapable de se décider soit par manque de caractère, soit par ambivalence ou simplement par manque d'expérience. Quoiqu'il en soit John F. Kennedy en assuma la pleine responsabilité et l'opinion publique n'en attendait pas moins, et comme tout le monde le sait : une faute avouée est déjà à moitié pardonnée !

   Bobby Kennedy, le frère de John, se met alors en guerre contre Cuba, il crée l'opération "Mangouste" avec la C.I.A. pour intensifier ses actions contre Cuba. Cette action a deux objectifs : retrouver la suprématie militaire et laver l'affront de la baie des cochons subit par le gouvernement de son frère (et donc assurer sa réélection). Jusque là tout va bien, John F. Kennedy et la C.I.A. y trouvent leur compte, la coopération est donc possible et personne ne songe à contredire Bobby qui devient le moteur de l'opération Mangouste. Mais la C.I.A. fit secrètement appel à la pègre, en particuliers aux personnalités mafieuses contre lesquelles Bobby lui-même s'était battu avec tant de conviction. Cette nouvelle alliance laisse supposer que le véritable moteur de l'opération Mangouste n'était peut-être pas Bobby... Et puis il y eut la crise des fusées. Désormais le gouvernement U.S. avait la preuve que des missiles soviétiques avaient été introduits sur le sol cubain et le bras de fer allait commencer. La situation devint singulièrement complexe : maintenant, il s'agissait d'expliquer la présence de ces missiles sol-sol. Or Khrouchtchev, qui avait su tirer profit de la situation, était prêt à dévoiler au monde que les Etats-Unis avaient violé le pacte conclu après la baie des cochons en créant une opération secrète, l'opération Mangouste. La guerre nucléaire semblait inévitable.

Dénouement

 John Fitzgerald Kennedy et Khrouchtchev   John F. Kennedy réagit par le déploiement de ses forces nucléaires et par son discours du 22 octobre 1962.

   D'une part, par l'exhibition de sa puissance nucléaire, les E.U. retrouvent leur statut de superpuissance et d'autre part, non seulement le discours réconcilie l'Amérique avec les autres pays libres mais en plus elle se propose de protéger tous ses petits frères libres ! du coup on oubli que si crise il y a, c'est aussi, en partie, la conséquence de la politique menée par les frères Kennedy. Mais ce n'était pas suffisant pour éviter un affrontement et John F. Kennedy dut se résoudre à accepter de négocier avec Khrouchtchev. Le président John F. Kennedy s'engageait à ne plus déstabiliser Cuba en échange de quoi les soviétiques démonteraient leurs rampes de missiles. La guerre était évitée, mais Kennedy venait peut-être de signer son arrêt de mort. Dans les jours qui suivirent, le président continua de donner espoir aux anticastristes alors qu'en réalité, il décommandait l'opération Mangouste pour satisfaire à son engagement. La C.I.A. ne l'entendait pas ainsi et se passa du consentement présidentiel, les actions de sabotages contre le gouvernement cubain continuèrent. John F. Kennedy devint hostile à la C.I.A. et souhaitait " la faire éclater en mille morceaux ".

La Guerre du Vietnam


  John F. Kennedy ne voulait pas soutenir militairement les français, il préférait que l'argent serve à obtenir la liberté d'indépendance en aidant et entraînant les autochtones à se battre seuls contre leurs ennemis pour leur propre liberté.

   John F. Kennedy était conscient que ce conflit risquait d'ébranler la sécurité dans le monde mais il n'avait pas les mêmes opinions que le gouvernement sur les moyens à employer. Son assassinat est peut-être aussi lié à cette divergence de "moyens" à utiliser pour rétablir la sécurité dans le monde. D'ailleurs le 11 octobre 1963, le président John F. Kennedy signa un Mémorandum qui commandait le retrait d'un millier de militaires américains stationnés au sud Vietnam. De sorte qu'il mettait fin à ce qu'il était alors convenu d'appeler la guerre de la C.I.A. en Asie du sud-est.

   Mais le 26 novembre 1963, soit à peine quatre jours après l'assassinat, le nouveau président signa un nouveau Mémorandum qui annulait les précédentes directives et allait relancer la guerre au Vietnam...

   Il s'avère que la guerre menée au Vietnam coûta beaucoup d'argent au gouvernement qui achetait son matériel militaire à des sociétés dont certaines semblent appartenir en fait à la C.I.A.
   Ainsi, si la guerre du Vietnam coûta plusieurs milliards de dollars aux Américains, elle en rapporta presque autant aux " marchands de guerre " dont la C.I.A faisait partie.


02/08/2014
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