Bienvenue dans mon Univers

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ACTUALITE

 

L'actualité, ce peut-être parfois un vacarme insensé,

 

Ce sont ces mille choses qui font de nos journées,

 

Des instants peints en rose, regards éberlués,

 

Elle est tantôt lointaine et nous atteint à peine,

 

Ou bien si près de nous,

 

Qu'elle nous rend un peu fou .

 

Faite d'évenements égrénes par le temps,

 

On se raccroche à elle pour exister vraiment !

 

MARTINE



MACRON LE GRAND ENTRETIEN -

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04/09/2017
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FETE DES LUMIERES 2016 A LYON

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Un musicien, Yann Nguema, membre du groupe de musique EZ3kiel, s’attaque cette année à la mise en lumière de la subbbblissime façade de la cathédrale Saint-Jean. Le dossier de presse annonce un mélange de poésie, de pierres et de futurisme. Dans tous les cas, chaque année, cette animation est de par le gigantisme, la beauté de la façade, ses huit siècles, sa grande rosace, les pavés besa muncho de la place, l’un des absolument incontournables de chaque fête des lumières de Lyon. Yann Nguema n’a pas peur.

 

 

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Volons ensemble sous les étoiles au-dessus de la pampa avec Saint-Ex, le petit prince et Thierry Chenavaud dans la réplique de son célèbre Simoun rouge et blanc.

 

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Ce sera leur première fête des lumières. Camille Gross et Leslie Epszteinsont sont deux très jeunes artistes  passionnées de design. Elles vont utiliser la façade de la gare et en particulier son horloge pour nous faire voyager dans le temps. La place et la rue devant la gare sont idéaux pour regarder le spectacle et déambuler avec les enfants.

 

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À  votre avis, pourquoi donc la place des Terreaux est-elle en général le clou de chaque fête des lumières ? Parce qu’elle offre un espace idéal de construction d’animations lumineuses sur l’immense façade du Musée des Beaux-Arts, parce qu’elle peut simultanément accueillir des milliers de personnes.

Joseph Couturier, qui a autour de l’univers de Jules Verne, conçu l’animation 2016 de la Place des Terreaux s’était en 2013 confronté à un challenge bien plus difficile : la place Bellecour, autrement plus vaste que Terreaux et dépourvue de toute façade de projection, avec son spectacle « Pierrot le feu ». Il avait réussi à créer un univers. Grâce à l’installation ex nihilo au centre de la place de plusieurs dispositifs qui se passaient la main dont le plus spectaculaire était une machinerie de feu d’artifices.

Nous faisons le pari que dans l’écrin plus régressif et minéral de la place des Terreaux, les audaces de Joseph Couturier paieront double, les plus belles réussites ici ont toujours été poétiques, comme en 2008, l’immense coffre à jouets de Benoît Quero. En utilisant des animations basées sur le feu, sur le non électrique, Joseph Couturier a démontré qu’il aime cette dimension non technologique, ce qui nous touche plus profondément, dans nos tréfonds reptiliens.

 

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Déjà magnifique en 2014 avec des portiques lumineux, la rue de la République promet encore cette année d’être somptueuse avec ces décorations lumineuses d’inspiration chinoise. Le visuel du dossier de presse est carrément extrêmement prometteur pour la sorte de bestiaire chinois qui sera installé place de la République.

 

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Cette animation conçue par Jean-Luc Hervé mêlera musique et animation lumineuse. On se souvient avec une forte émotion du bal qui a eu lieu sur cette place en 2014 et des animations du cloître de l’Hôtel-Dieu. Jean-Luc Hervé a imaginé un immense piano dont jouera un musicien aux doigts de lumière muni de… 6 mains ! Il jouera des airs jazzy et de variété. Donc, on dansera place Sathonay !

 

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La traditionnelle et toujours magnifique mise en éclairage des monuments de la colline, cathédrale et palais de justice en bas, basilique en haut, nous rappellera l’hommage rendu ici l’an dernier aux victimes des attentats de Paris, survenus moins d’un mois auparavant. La fête avait été annulée et la seule animation maintenue était celle de la mise en lumière de la colline, durant laquelle ont été projeté sur les façades des quais les prénoms des 130 victimes.

 

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Une Lune montera cette année sur la colline au-dessus d’un palais de justice devenu temple solaire, imaginée par Philippe Cotten. Une voie lactée s’allumera, des oiseaux de nuit s’envoleront des jardins du Rosaire au flanc de la colline qui prie. Nous vous conseillons vivement cette animation, les dimensions spectaculaires du panorama, le recul offert par le poste d’observation au bord de la Saône en permet chaque année la réussite.

 

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Il y aura du feu à Fourvière. L’exemple a été donné au parc de la Tête d’Or en 2010 avec un magique mobile de feu et d’eau imaginé alors par la compagnie Carabosse. Nous gardions la nostalgie de ce feu si vivant, tressautant, animal, depuis lors. Nous nous précipiterons à Fourvière pour voir ce feu, dans ce lieu qui en connut bien d’autres voici quasi 2000 ans.

 Source : Lyon-visite-info

 

 


16/12/2016
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LA CITOYENNETE DANS l'HISTOIRE

Comment peut-on être Français ? Étatsunien ? Allemand ? Les questions liées à la citoyenneté ont envahi le champ médiatique.

Gardons-nous de tout anachronisme. Le « droit du sol » (en latin, jus soli), le « droit du sang » (en latin, jus sanguinis) et la double nationalité sont des notions qui remontent au XIXe siècle pour les deux premières, au XXe siècle pour la dernière

La citoyenneté par la filiation (droit du sang) était la règle dans l'Antiquité. Elle le demeure dans la plus grande partie du monde. L'Occident lui préfère aujourd'hui le droit du sol, installé à la fin du XIXe siècle en France.

Joseph Savès

Réfugiés allemands en Prusse occidentale, archives fédérales allemandes, 1920.

Citoyens de père en fils

L’idée d’appartenance à une nation est très récente et d’origine clairement européenne. L’Antiquité ne connaît ni nations ni nationalités mais seulement des cités avec des hommes libres, des esclaves et des étrangers. Seuls les premiers ont la qualité de citoyens, avec les privilèges juridiques et civiques qui s’y attachent, comme la participation à l’élection des magistrats de la cité.

La citoyenneté s’obtient donc très généralement par filiation, les hommes héritant du statut de leurs parents. Encore faut-il que les deux soient libres pour être soi-même libre. On ne plaisante pas avec la question : le stratège Périclès, homme fort d’Athènes, se voit empêché d’obtenir la citoyenneté pour son fils car celui-ci est né de son épouse étrangère, Aspasie de Milet !

 

Cette jurisprudence s’applique à Rome qui n’est somme toute qu’une cité avec des dépendances plus vastes que ses rivales antérieures. La citoyenneté romaine bénéficie aux hommes libres d’Italie mais aussi aux légionnaires qui ont servi pendant au moins vingt ans et aux hommes libres assez riches pour l’acheter (c’est le cas du père de saint Paul de Tarse).

Portrait officiel de Caracalla, 212, détail d’un buste, musée du Louvre, Paris.Il en va ainsi jusqu’au fameux édit de 212 par lequel l’empereur Caracalla étend la citoyenneté romaine à l’ensemble des hommes libres de l’empire pour une raison que l’on ignore. Il n’est pas sûr que la mesure ait été appréciée de ceux qui l’avaient déjà et l’on peut penser que le droit de cité s’en est trouvé dévalorisé de même que la qualité de citoyen romain qui faisait deux siècles plus tôt la fierté de saint Paul.

La division ordinaire entre hommes libres, esclaves et étrangers va perdurer dans les siècles suivants, autour de la Méditerranée comme dans le reste de l’Eurasie. Mais elle disparaît en Europe occidentale, à partir du Xe millénaire, à l’aube de l’An Mil, du fait de la lente réforme des mœurs par l’Église ; du fait aussi de la stabilisation des populations par la fin des invasions et des migrations.

L’Europe occidentale devient ainsi la première terre du monde sans esclaves. Un édit du roi de France Louis X le Hutin, le 3 juillet 1315, rappelle que « selon le droit de nature, chacun doit naître franc ». Officiellement, depuis cette date, « le sol de France affranchit l'esclave qui le touche ».

Par contre, la distinction entre autochtone et étranger demeure prégnante dans les faits et le droit. Depuis l’époque carolingienne, on désigne sous le nom d’« aubains » les personnes qui vivent dans une seigneurie sans y être nées. Lorsque l’une d’elles vient à mourir sans avoir d'héritier sur place, le seigneur lui-même s’approprie ses biens. C’est le « droit d’aubaine », d’où nous vient le mot aubaine dans son sens actuel de bonne fortune. Ce droit va au fil des siècles être récupéré par le roi en personne avant de tomber en désuétude peu avant la Révolution française.

 

 

Illustration de l’extrait de l’édit du 3 juillet 1315 édicté par le roi de France Louis X le Hutin : « Selon le droit de Nature chacun doit naître franc ».

À tout roi son royaume et ses sujets

Aux Temps modernes, les souverains européens se soucient peu du lieu de naissance de leurs sujets pourvu qu’ils leur fassent allégeance, paient l’impôt et servent si besoin dans la milice, toutes choses qui exigent l’attachement au territoire. Ils préfèrent sans équivoque un étranger qui vit chez eux en bon et loyal contribuable à un sujet qui vit au-delà des frontières et sert un rival.

 

Ainsi, lorsqu'un enfant né à l'étranger de parents français décide de s’établir en France, il doit demander au roi une lettre de « déclaration de naturalité » pour confirmer sa qualité de Français, ce dont n’a pas besoin l'enfant né en France d'un parent étranger !

Cette primauté du territoire transparaît dans les arrêts juridiques relatifs aux successions.

Un arrêt du parlement de Paris, en date du 23 février 1515, reconnaît la qualité de « sujet du roi de France » à des enfants nés en France de parents étrangers, avec les droits conséquents en matière de succession. D’aucuns y voient aujourd’hui la première expression officielle du fameux « droit du sol » qui donne la citoyenneté à une personne née sur le territoire national.

 

C’est d’autant plus excessif que le 7 septembre 1579, un autre arrêt du parlement de Paris cité par Patrick Weil (*) accorde la « qualité de français » à une jeune fille née en Angleterre de deux parents français, avec le droit d’hériter qui s’ensuit, mais à condition de résider de façon permanente en France. Faudrait-il y voir en sens contraire la première expression officielle du « droit du sang » (en latin, jus sanguinis) qui lie la citoyenneté à la filiation ?

À vrai dire, le droit illustré par ces deux arrêts n’a rien à voir ni avec le droit du sol, ni avec le droit du sang. Il témoigne seulement de ce que dans les États en gestation au XVIe siècle, les droits et les devoirs de chacun découlent de son lieu de résidence et du souverain qui le gouverne.

Si l’on veut à tout prix le qualifier, appelons-le « droit du souverain » ou « droit territorial » pour le distinguer du « droit de cité » antique.

 

L’attachement au territoire est la clé de l’identité dans cette Europe occidentale épargnée par les invasions depuis l’An Mil. Il se manifeste d’un point de vue administratif par la création de l’état-civil. Ainsi l’ordonnance de Villers-Cotterêts du 10 août 1539 institue-t-elle en France l’obligation pour les curés d’enregistrer toutes les naissances de leur paroisse.

Dans la plupart des États, à l’exception des petites républiques helvétiques, la cohésion sociale est assurée par la fidélité à la dynastie régnante. Ce modèle perdure pour l’essentiel en Angleterre. Il va être bouleversé partout ailleurs sur le Continent par la Révolution française, elle-même fille de la Révolution américaine. Aux sujets vont succéder des citoyens.

 

 

Signature du Traité de Paris, Benjamin West, 1783. Le commissaire britannique ayant refusé de poser, le tableau ne fut jamais terminé. Traité signé entre les représentants des treize colonies américaines et les représentants britanniques. La Grande-Bretagne reconnaît l’indépendance des États-Unis.

Des citoyens dévoués à la Nation

Dans les Treize colonies anglaises d’Amérique du Nord, séparées du gouvernement central par un océan, le peuple a appris à s’auto-administrer par la force des choses. Quand il obtient son indépendance en 1783, c’est tout naturellement qu’il s’érige en Souverain de la nouvelle fédération, selon les préceptes de Jean-Jacques Rousseau. Les membres de ce peuple souverain deviennent des acteurs, autrement dit des citoyens, grâce au droit de vote et à la capacité de se faire élire.

 

Dès lors, le mot nation (du latin nascor, « naître ») ne désigne plus seulement les natifs d’une contrée (par exemple la nation picarde). Écrit avec une majuscule, il se confond avec le peuple souverain et son territoire et l’on va très vite pouvoir parler de la Nation américaine.

 

En France, six ans après l’avènement des États-Unis d’Amérique, les députés des états généraux n’envisagent pas tout de suite de se passer du roi. Mais ils se reconnaissent immédiatement comme les représentants de la Nation et s’érigent le 17 juin 1789 en assemblée nationale.

Le problème de la France est sa diversité. Bretons, Flamands, Provençaux, Alsaciens… gardent des traces de leurs anciens droits et privilèges. Leur ciment commun résidait jusque-là dans l’allégeance à la dynastie (comme aujourd’hui encore en Espagne, en Belgique ou au Royaume-Uni). Quelle légitimité peut avoir l’assemblée si elle entre en conflit avec le roi ou vient à le déchoir ?

 

Les députés vont donc s’efforcer de définir un lien de substitution, une citoyenneté qui repose sur l’allégeance à la Nation et à ses valeurs « universelles » et transcende les différences provinciales. C’est ainsi que la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 s’adresse, dans son intitulé même, à l’humanité comme aux seuls citoyens français (elle y réussit très bien : ses 17 articles conservent encore, deux siècles après, une pertinence universelle).

 

 

L’acceptation de la Constitution de 1791. Illustration extraite de l’ouvrage d’Augustin Challamel, Histoire-musée de la République française, depuis l’assemblée des notables, Paris, Delloye, 1842.Bien entendu, les députés s’appliquent à gommer les divisions héritées du passé avec la création des départements et la réforme de l’administration. Enfin, dans la rédaction de la première Constitution, celle du 3 septembre 1791 qui établira la Législative, ils définissent la « qualité de Français » (le mot nationalité apparaît en 1807 seulement, sous la plume de Mme de Staël).

La définition révolutionnaire de la « qualité de Français » est proche des pratiques de l’Ancien Régime.

Mais on va préférer y voir l'émergence d'un droit nouveau le jus soli (en latin, pour paraître plus sérieux et plus ancien) : « sont citoyens français ceux qui sont nés en France d’un père français ; ceux qui, nés en France d’un père étranger, ont fixé leur résidence dans le royaume ; ceux qui, nés en pays étranger d’un père français, sont revenus s’établir en France et ont prêté le serment civique »... En vertu de cette définition, des étrangers établis de longue date sur le territoire national sont réputés Français sans le savoir eux-mêmes et enrôlés en conséquence dans l'armée !

 

 

Dans leur générosité, les députés prévoient aussi une procédure exceptionnelle de naturalisation : l’assemblée législative « pourra pour des considérations importantes, donner à un étranger un acte de Naturalisation, sans autre condition que de fixer son domicile en France et d’y prêter le serment civique ». Sur proposition du poète et député André Chénier, l’assemblée offre ainsi la naturalisation à quelques étrangers éminents « qui par leurs sentiments, leurs écrits et leur courage s’en sont montrés dignes » (décret du 26 août 1792). Finalement, seuls le Prussien Anacharsis Cloots et l’Américain Thomas Paine en bénéficieront ; le premier y gagnera d’être guillotiné.

 

 

« Ici on s’honore du titre de citoyen ». Exemple d’écriteau, datant de 1799, affiché dans les lieux publics pendant la Révolution française, BnF, Paris.Sept ou huit ans plus tard, le moment est venu de clore la Révolution. Bonaparte s’en charge par le coup d’État de Brumaire. Il décide de boucler les grandes réformes engagées par les révolutionnaires, en particulier le Code civil.

 

Le premier projet de texte contient les bases du droit moderne de la nationalité. Il est conforme au traditionnel jus soli selon le vœu du Premier Consul : tous les habitants du pays sont Français… et doivent donc obéissance au gouvernement (*).

Mais le texte est éreinté par le Tribunat qui l’examine entre Frimaire et Nivôse de l’an X (novembre 1801-janvier 1802).

 

Parmi les principales critiques figure l’attribution de la qualité de Français par la simple naissance en France. Le tribun Siméon s’en fait l’écho quand il affirme : « le fils d’un Anglais peut devenir Français ; mais le sera-t-il par cela seul que sa mère, traversant la France, l’aura mis à jour sur cette terre étrangère ? La patrie dépendra moins de l’affection qui y attache… que des hasards de la naissance…  En Angleterre, tout enfant qui y naît est généralement sujet du roi… Cela se ressent de la féodalité, cela n’est point à imiter ».

 

La même critique s’entend aujourd’hui à propos des Comoriennes ou des Brésiliennes qui vont accoucher à Mamoudzou (Mayotte) ou Saint-Laurent-du-Maroni (Guyane) afin que leur enfant bénéficie de la citoyenneté française et des avantages sociaux qui s’y rattachent.

 

 

Le premier projet de Code civil ayant été refusé par le Tribunat, l’avocat François Tronchet en reprend la rédaction. Au contraire de Bonaparte, il se montre désireux de remettre en selle le droit romain qui rendait possible sous l’Antiquité la transmission de la citoyenneté à sa descendance indépendamment du lieu de naissance.

 

 

Couverture originale du Code civil, 1804, Gallica, Bnf.Dans la version définitive du Code civil, le 21 mars 1804, la nationalité devient donc un droit de la personne et n’est plus liée au sol : elle se transmet par le père, comme le nom de famille ; elle est attribuée à la naissance et ne se perd plus si l’on transfère son domicile à l’étranger.

 

Qui plus est, le 6 avril 1809, un décret de Napoléon 1er instaure le principe de l’allégeance perpétuelle par lequel un Français ne peut renoncer d’aucune façon à sa nationalité avec les obligations qui s’y attachent. De cette façon, l’empereur veut dissuader les Français exilés à l’étranger de servir dans les armées ennemies.

 

Ces nouvelles dispositions reflètent ce qu’il est convenu d’appeler droit de la filiation ou droit du sang (jus sanguinis).

 

À l’encontre des étrangers résidant dans le pays, le Code civil rétablit le droit d'aubaine. Les étrangers peuvent y échapper à condition de solliciter et obtenir une « admission à domicile », ce que l’on appellerait aujourd’hui « autorisation de séjour ». Ils peuvent aussi suivre une procédure de naturalisation. Leurs enfants nés en France peuvent eux-mêmes réclamer la nationalité à leur majorité. Mais la plupart se satisfont de l'« admission à domicile » car ils échappent ainsi au tirage au sort pour le service militaire, lequel peut alors durer de 6 à 8 ans !

 

Le Code civil de 1804, rebaptisé Code Napoléon, va être adopté par les pays occupés par les armées napoléoniennes. C’est ainsi qu’en matière de citoyenneté, le jus sanguinis s'impose au XIXe siècle dans toute l'Europe, excepté l'Angleterre, le Portugal et le Danemark, restés fidèles au jus soli d’Ancien Régime.

Les différences entre le droit du sol et le droit du sang sont au demeurant anodines. Dans un cas comme dans l’autre, toutes les personnes ont par naissance ou par filiation la citoyenneté de l’État dans lequel elles vivent.

 

Font exception les rares personnes qui, au XIXe siècle, migrent d’un pays européen à l’autre. Le droit du sol et le droit du sang diffèrent dans les procédures de naturalisation de ces résidents étrangers et de leurs enfants nés sur le sol national. Dans le premier cas, l’enfant est naturalisé d’office ; dans le second cas, il conserve sa nationalité d’origine mais, s’il le souhaite, peut comme ses parents entamer une procédure lourde de naturalisation.

 

Le droit du sang ou droit de la filiation connaît en Allemagne une singulière extension avec la loi du 22 juillet 1913 « sur l’appartenance à l’État et à l’empire allemand » qui impose la citoyenneté par filiation tant aux habitants du pays qu’aux Allemands de l’étranger.

 

C’est en vertu de cette loi que l’on s’est longtemps abstenu de naturaliser les enfants et petits-enfants des Turcs installés en Allemagne fédérale à la suite de l’accord germano-turc de 1963. C’est aussi en vertu de cette loi que le chancelier Helmut Kohl a pu rapatrier d’URSS les Allemands de la Volga et leur donner immédiatement la nationalité allemande bien que la plupart de ces descendants de colons installés en Russie au XVIIIe siècle aient oublié la langue de Goethe.

 

 

Droit du sol contre droit du sang : naissance d’un mythe

Portrait de Johann Gottlieb Fichte (19 mai 1762 – 27 janvier 1814).En 1871, pour justifier l’annexion de l’Alsace-Lorraine, les Allemands arguent du caractère germanique et germanophone de sa population (à l’exception des Mosellans). Ils se réfèrent aux Discours à la nation allemande dans lesquels le philosophe Johann Gottlieb Fichte, en 1807-1808, présentait la citoyenneté comme une réalité indépendante de la volonté de l’individu et strictement liée à l’histoire, la langue et la culture.

 

En 1882, dans une conférence solennelle à la Sorbonne, Ernest Renan démonte point par point les arguments de Fichte sur le thème : Qu’est-ce qu’une Nation ? et conclut par une formule fameuse : « Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis (…). L'existence d'une nation est un plébiscite de tous les jours ».

 

Dans les décennies suivantes et jusqu’à l’aube du XXIe siècle, sur la base de ce conflit, les commentateurs français vont souligner et même exagérer l’opposition entre le droit du sang allemand copié du Code Napoléon, et le droit du sol rétabli en France par la loi de 1889 pour faire face aux contraintes nées de l’immigration.

 

 

Briquetiers originaires de Vénétie, dans le sud de la France (1920)

Des étrangers à défaut de berceaux

L’immigration, dès le milieu du XIXe siècle, va conduire la France à faciliter les procédures de naturalisation.

Dès avant la Révolution, en avance d’un siècle sur leurs voisins, les Français ont commencé à limiter leur descendance. Les conséquences s’en ressentent sous le Second Empire, quand le pays entre dans la révolution industrielle. Faute de main-d’œuvre en nombre suffisant, les industriels des régions frontalières vont recruter des bras dans les pays voisins, en Belgique, en Allemagne, en Suisse, en Italie… C’est le début d’une immigration de proximité qui va perdurer pendant un siècle, jusque dans les années 1960.

 

Une partie de ces travailleurs étrangers – la moitié environ – fait souche sur place. Mais ils se gardent de demander la nationalité française, afin d’éviter le service militaire. Leurs garçons participent comme les jeunes Français au tirage au sort et, s’ils tombent sur le mauvais numéro, font valoir leur qualité d’étranger pour échapper à la conscription. Ambiance... Les élus locaux obtiennent malgré tout par la loi du 7 février 1851 que soient d’office déclarés français les immigrés de la deuxième génération (enfants nés en France d’étrangers eux-mêmes nés en France). C’est ce qu’on appelle le « double » jus soli. Mais ces nouveaux citoyens gardent malgré tout la faculté de renoncer à leur naturalisation !

 

Au début de la IIIe République, l’immigration de proximité s’intensifie dans les départements frontaliers. En 1886, on compte 1,1 million d’étrangers (3% de la population totale), dont plus de 420 000 sont nés en France. La classe politique et l’opinion acceptent de plus en plus mal qu’ils échappent aux servitudes de la conscription, dans la perspective de la « guerre de revanche » contre l’Allemagne.

 

Par la loi du 26 juin 1889, les parlementaires durcissent celle de 1851 et déclarent français dès sa naissance, sans possibilité de renonciation, « tout individu né en France d’un étranger qui y est lui-même né ». Ils déclarent également français tout individu né en France de parents qui n’y sont pas nés, mais avec possibilité de renonciation à sa majorité. En outre, afin d’inciter les étrangers à demander leur naturalisation, les droits liés à l’« admission à domicile » sont limités à cinq ans.

 

La France va ainsi absorber sans trop de heurts les vagues d’immigration européenne. Nul ne se soucie de ce que les étrangers nouvellement naturalisés conservent leur nationalité d’origine. Ils en perdent naturellement le souvenir en une ou deux générations.

À la génération suivante, doublement affaiblie par la saignée de la Grande Guerre et une très faible fécondité, le gouvernement français relance la politique d’assimilation par la loi du 10 août 1927 en réduisant de dix à trois ans le délai nécessaire pour demander la naturalisation. Il se réserve la possibilité de déchoir un individu de la nationalité par voie judiciaire.

 

Il s’agit, selon le rapporteur de la loi au Sénat, de « franciser le plus possible d’étrangers attachés à notre pays, soit par la naissance (sur le territoire national), soit par les liens du sang (mariage) ; éviter cependant d’imposer notre nationalité à ceux chez lesquels la contrainte ne saurait créer l’attachement ; faciliter le plus possible la naturalisation ; garantir toutefois l’État contre les imprudences ou les abus résultant de décisions hâtives » (*).

Ces principes relèvent de l’évidente nécessité d’intégrer à la communauté nationale les étrangers, dès lors qu’ils se sont installés sur son sol avec l’intention d’y faire souche. Ils vont se prolonger jusqu’à la fin du XXe siècle avec des adaptations à la marge et quelques sautes d’humeur, notamment sous le gouvernement de Vichy, pendant l’Occupation.

 

Ces mêmes principes vont être progressivement adoptés par tous les pays ouest-européens après le tournant de 1974, qui voit la fécondité chuter et l’Europe devenir pour la première fois depuis mille ans une terre d’immigration. En Allemagne, ils sont mis en œuvre par une loi du 1er janvier 2000 qui abolit celle de 1913. Elle autorise la double nationalité, en particulier pour les immigrés turcs, désormais encouragés à prendre la nationalité allemande.

 

Aujourd’hui, en Europe de l’Ouest, il ne s’agit plus tant de débattre de la citoyenneté que de s’assurer des motivations des personnes qui s’installent sur le territoire ainsi que d’en maîtriser le nombre. Une fois acceptés et installés avec l’intention de faire souche, les immigrants sont de toute façon appelés à acquérir la citoyenneté de leur pays d’adoption.

 

 

Cérémonie de naturalisation à la préfecture de Rennes, 31 mai 2014 (DR)

Whites only ! (« réservé aux blancs »)

Ainsi qu’on vient de le voir, la citoyenneté est une invention des Européens, en lien avec l’apparition des États-Nations territoriaux. Mais outre-mer, confrontés à des populations dépourvues de structures étatiques et a fortiori d’état-civil, les Européens ont introduit par la conquête et la colonisation des formes très différentes de citoyenneté.

 

 

La Malinche et Cortès. Détail mural du collège San Ildefonso (00273), Huichol19, Mexique, 2005. La Malinche (ou Malintzin), appelée Dona Marina par les conquistadors espagnols, esclave amérindienne d’un cacique maya, devint en 1519, la maîtresse de Hernan Cortes avec qui elle eut un fils. Son rôle d’interprète et de conseillère fut déterminant dans la conquête espagnole du Mexique.Lors de la conquête de l’Amérique, au XVIe siècle, les conquistadors espagnols n’ont pas craint d’épouser des princesses aztèques ou incas dans les règles. Ils ont aussi très durement exploité les paysans indiens mais ceux-ci n’en étaient pas moins considérés comme des sujets du roi d’Espagne, au même titre que les paysans et les serfs de la péninsule ibérique.

 

Il n’y a jamais eu de barrière juridique entre les Indiens et les Européens et, quand les colonies espagnoles sont devenues indépendantes, le droit de vote s’est appliqué à tous les hommes libres, avec des critères de revenu (suffrage censitaire) mais sans distinction de race ou d’origine.

 

Rien de tel en Amérique du Nord !

 

Dans les Treize colonies anglaises, la colonisation n’a pas été le fait de guerriers mais de paysans. Ceux-ci ont occupé le territoire en tenant les Indiens à l’écart. Conduits à s’auto-administrer, ils ont formé des communautés de citoyens responsables. Au terme de la guerre d’Indépendance, quand sont nés les États-Unis, il n’est donc venu à l’idée de personne de donner la citoyenneté aux Indiens, premiers habitants du pays.

 

C’est ainsi que le Naturalization Act du 26 mars 1790 offre généreusement la citoyenneté aux free white persons (« personnes libres blanches »), autrement dit aux immigrants européens de bonnes mœurs, sous réserve qu’ils aient deux ans de résidence dans le pays. Il exclut sans le dire les autres immigrants et surtout les esclaves et affranchis africains et les Indiens eux-mêmes.

 

 

Portrait de Henry Laurens Dawes (4 mars 1875 - 3 mars 1893).Ces derniers vont demeurer des non-sujets jusqu’à la fin du XIXe siècle, même après que les noirs auront été libérés et dotés de droits civiques.

 

C’est en effet seulement en 1887 que le Congrès vote le Dawes General Allotment Act qui concède la nationalité aux derniers survivants des guerres indiennes, sous réserve qu’ils abandonnent leurs affiliations tribales.

 

On peut voir dans la loi de naturalisation étasunienne de 1790 la première apparition de la couleur de peau comme catégorie juridique. Cette loi est prolongée par celles de 1921 et 1924 qui instaurent des quotas d’immigration destinés à privilégier les immigrants ouest-européens. Elles ne seront abolies qu’en 1965, quand les États-Unis seront confrontés à la pression migratoire des Latino-Américains et notamment des wetbacks (« dos mouillés »), migrants clandestins traversant à la nage le Rio Grande, fleuve frontalier entre le Texas et le Mexique.

 

C’est donc par un énorme contresens que l’on assimile à un droit du sol la législation étasunienne qui refuse la citoyenneté aux autochtones mais l’attribue généreusement à des immigrants et à leurs enfants dès lors qu’ils ont la couleur de peau souhaitée. Il faudrait plutôt y voir un « droit de la couleur » ou « de la race ».

 

 

Calvin Coolidge, 30e président des Etats-Unis (2 août 1923 – 4 mars 1929) avec des membres de la tribu des Osages lors de la signature de l’Indian Citizenship Act, National Photo Company, Library of Congress, 1924.

Citoyens à la carte

Ce « droit de la race », né à la fin du XVIIIe siècle aux États-Unis, se banalise à la fin du XIXe siècle, quand l’Europe domine le monde par la puissance de ses idées, de son industrie et de ses armes. Nul ou presque ne conteste alors la supériorité de l’homme blanc et sa vocation à « civiliser les races inférieures » selon une formule de Jules Ferry, héraut de la gauche française, républicaine et laïque.

 

Dans les colonies anglaises de peuplement ou d’exploitation, la distinction entre indigènes et citoyens de la puissance occupante coule de source. Elle s’applique aux Indes comme au Canada, en Australie et en Afrique australe. Mais elle s’applique aussi dans les colonies françaises après 1870.

 

C’est un revirement majeur par rapport à la période antérieure : les habitants des quatre communes françaises du Sénégal avaient été faits français par la loi du 24 avril 1833 et les indigènes des cinq comptoirs indiens (Pondichéry, Karikal…) s’étaient vus accorder les droits civiques par un décret du 5 avril 1848

 

En Algérie, il n’est plus question comme sous le Second Empire de constituer un « royaume arabe » autonome. En dépit de sa démographie asthénique, la République française ambitionne d’européaniser le territoire. Elle offre d’office la citoyenneté aux juifs, qu’elle a l’espoir d’assimiler très vite, et encourage l’installation et la naturalisation de colons espagnols, italiens et maltais ainsi que de réfugiés d’Alsace-Lorraine, tous ayant l’avantage d’être Européens et aisément assimilables.

 

Par contre, le gouvernement maintient les musulmans dans le statut d’indigène institué par le sénatus-consulte du 14 juillet 1865 et leur accorde du bout des lèvres le droit à la citoyenneté sous réserve de renoncer au droit coranique (polygamie, répudiation…). Dans les faits, ainsi que le rappelle Patrick Weil, l’administration multiplie les obstacles à la naturalisation y compris pour les quelques milliers de Kabyles qui ont choisi de se convertir au christianisme !

 

Ce n’est qu’avec les décolonisations que seront dénouées les injustices nées de l’indigénat, tant en Algérie que dans les autres colonies européennes.

 

 

Inclassable droit ottoman

Aux portes de l’Europe, l’empire ottoman tente de se constituer en État moderne tout en cultivant une approche originale de la citoyenneté, consécutive de sa diversité religieuse et culturelle. Les minorités orthodoxe, arménienne, catholique, juive… sont constituées en communautés appelées millet en arabe (millyet en turc). Ces communautés ont leur propre droit civil, leurs tribunaux et leurs collecteurs de taxes. Elles ont un chef qui les représente auprès du sultan.

 

Assmilable à un droit de la filiation absolu, le système des millet permet au sultan, adossé à la force militaire, de se poser en arbitre et garant de la paix civile. Mais il enferme les individus dans leur communauté. La Turquie ottomane est un empire multiculturel qui ne connaît pas de citoyens.

 

Didar-i Hürriyet Kurtariliyor, la Liberté sauvée, 1908. Carte postale ottomane célébrant la remise en vigueur de la constitution du 23 décembre 1876. Elle représente le sultan Abdul-Hamid et les différents millets de l’empire (Turcs avec les drapeaux rouges, Arabes avec les drapeaux verts, Arméniens, Grecs) ainsi que la Turquie se relevant de ses chaînes. L’ange symbolisant l’émancipation porte une écharpe avec les mentions : «Liberté, Égalité, Fraternité» en turc et en grec.

Citoyens par exclusion

Il y a un siècle, les États indépendants étaient à peine plus d’une cinquantaine et la très grande majorité relevaient de la civilisation européenne. Avec la vague de décolonisation ont émergé plus d’une centaine de nouveaux États avec des préoccupations très différentes en matière de nationalité et de citoyenneté.

 

Dès le début du XXe siècle, les nationalistes turcs ont ébauché une citoyenneté par exclusion, fondée sur l’appartenance linguistique, raciale et religieuse. Elle s’est traduite par le premier génocide de l’Histoire moderne, en 1915, contre les Arméniens, puis par le premier nettoyage ethnique, en 1923, avec l’expulsion des Grecs et l’accueil des Turcs de Grèce.

 

D’État multiculturel et communautaire en 1914, la Turquie est devenue un siècle plus tard l’un des États les plus homogènes du bassin méditerranéen avec 98% de musulmans déclarés et seulement « l’inconvénient » d’une minorité kurde qui soucie le président Erdogan.

 

Poussée jusqu’à l’absurde, la citoyenneté par exclusion a conduit aux horreurs nazies. En Afrique du sud, avec la victoire électorale du Parti national, le 26 mai 1948, elle a produit le régime de l’apartheid, avec l’objectif à terme d’un territoire propre à chaque composante ethnique du pays.

 

Ce régime s’est effondré avec l’accession à la présidence de Nelson Mandela, le 10 mai 1994. Mais les clivages raciaux demeurent prégnants et le nouveau régime se montre aussi brutal que le précédent à l’égard des immigrés venus de toute l’Afrique travailler dans les mines et les fermes. C’est par dizaines de milliers et par trains entiers qu’ils sont expulsés à chaque crise économique. Qualifiés de « barbares » par la population, ils sont aussi victimes de violences xénophobes (plusieurs dizaines de morts en 2008)

 

Le sort des immigrés économiques est également difficile en Arabie séoudite et dans les émirats du Golfe où ils représentent jusqu’à 80% de la population. Originaires du sous-continent indien ou des Philippines, ils n’ont aucun espoir d’intégration, tout juste celui de revenir dans leur pays en bonne santé. Il en va de même pour les travailleurs non qualifiés du sous-continent qui travaillent à Singapour, où ils constituent 30% des cinq millions d’habitants.

 

Les réfugiés de guerre ne sont pas mieux lotis dans les pays mitoyens des zones de conflits qui sont dans l’obligation de les accueillir. Le cas le plus célèbre et le plus ancien concerne les réfugiés palestiniens de 1948. Ils ont été près de 800 000 à fuir Israël. Avec leurs descendants jusqu’à la troisième génération, ils sont aujourd’hui cinq millions à végéter dans les camps frontaliers.

 

 

Réfugiés palestiniens lors de l’exode de 1948.

 

 

Si les immigrés sont rarement bien accueillis dans les nouveaux États-Nations, ceux-ci n’en demeurent pas moins attentifs au sort de leurs ressortissants exilés.

Les diasporas font régulièrement l’objet de traités internationaux entre leur pays d’origine et les principaux pays d’accueil, en vue de protéger leur droit au retour (pays du Golfe), faciliter l’exercice de leur religion et la pratique de leur langue (France) etc.

 

Plusieurs États revendiquent un jus sanguinis étendu sur le modèle allemand de 1913. Il est à l’origine de crises périodiques car il met en exergue les anomalies induites par la double nationalité. On l’a vu par exemple en 1982 quand l’Algérie a appelé les jeunes Franco-Algériens à faire leur service militaire dans son armée en vertu de leur double nationalité. Plus récemment avec un accord entre le Maroc et la France pour que cette dernière valide la répudiation d’une épouse par son mari franco-marocain, en conformité avec le droit marocain.

 

Le Japon est un cas original. En 1952, il a déchu de leurs droits civiques les Coréens installés de longue date sur l’archipel, malgré leur haut degré d’assimilation. Il a plus tard envisagé le retour dans la mère-patrie des descendants des colons japonais installés au Brésil. Il y a vite renoncé, leur assimilation à la culture japonaise dont ils avaient tout oublié s’avérant trop difficile. Bien que souffrant d’une très faible natalité et malgré d’importants besoins de main-d’œuvre, le pays se refuse à accueillir des immigrés en nombre, encore plus à les naturaliser, par crainte de fissurer l’ordre social.

 

Ainsi, de quelque côté que l’on se tourne, dans la plus grande partie de la planète, la filiation demeure le principal mode de transmission de la citoyenneté.

 

Les débats parfois byzantins sur le « droit du sol » et le « droit du sang » demeurent l’apanage de l’Europe occidentale, de l’Amérique du Nord et de l’Australie. Il s’agit des pays qui ont fait le choix généreux, à la fin du XXe siècle, d’accueillir et naturaliser en nombre des travailleurs de tous horizons pour les besoins de leurs économies. Ces pays représentent 900 millions à un milliard d’habitants ; c’est un peu moins de 15% de la population mondiale.

Bibliographie

Nous recommandons sans hésiter l’ouvrage de l’historien Patrick Weil : Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution (Grasset, 2002). Il aborde la citoyenneté sous l’angle français, de manière argumentée et claire, mais évoque aussi le cas allemand.

 

Droit du sol, droit du sang

 

Le « droit du sol » (en latin, jus soli) et le « droit du sang » (en latin, jus sanguinis) sont des concepts juridiques relatifs à l'attribution de la citoyenneté (ensemble des droits sociaux et civiques spécifiques aux citoyens d'un État). 

Bien qu'exprimés en latin, ils sont apparus seulement à la fin du XVIIIe siècle (*).

- droit du sol :

Dans un pays qui applique le droit du sol, un étranger installé sur son sol peut acquérir la citoyenneté dans un délai rapide et sans obstacle rédhibitoire. Ses enfants peuvent aussi l'obtenir. Selon le pays, c'est soit d'office du fait de la naissance sur le sol national, soit à la demande des parents, soit à la majorité civile par une simple déclaration d'intention.

Dans certains pays est appliqué le « double » jus soli : la citoyenneté est attribuée d'office seulement aux enfants de la deuxième génération (nés d'un parent lui-même né sur le sol national).

- droit du sang ou droit de la filiation :

Dans un pays qui applique le droit du sang ou droit de la filiation, la citoyenneté est seulement attribuée aux enfants des citoyens de ce pays. Un étranger installé sur son sol n'a aucune possibilité de l'acquérir ou seulement à des conditions rédhibitoires. Le mariage avec un ressortissant du pays n'offre pas lui-même l'assurance de l'obtenir. 

 

Certains pays appliquent un jus sanguinis « étendu » : ils considèrent que leurs ressortissants ne peuvent abandonner leur nationalité d'origine, même s'ils s'installent à l'étranger et adoptent la nationalité du pays d'accueil.

 

Au XXIe siècle, la plupart des pays de la planète vivent sous une forme ou une autre de jus sanguinis. Ils représentent plus de 85% de la population mondiale. L'exception est essentiellement représentée par les pays occidentaux (Europe de l'Ouest, Amérique du Nord, Australie).

 

Source : Hérodote

 


29/08/2016
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INONDATIONS A PARIS EN 1910 6- LA CRUE DE LA SEINE -

Inondations à Paris.jpg

 

http://www.lapetitehistoireillustree.com/2016/03/18/inondations-a-paris-la-crue-de-1910-en-relief/

 


06/06/2016
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EPIPHANIE

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D'un mot grec qui désigne une apparition, l'Épiphanie désigne plusieurs manifestations du Christ au monde : la Chandeleur (présentation de l'Enfant Jésus au Temple), le baptême du Christ dans le Jourdain et la transformation de l'eau en vin aux noces de Cana (premier récit d'un miracle de Jésus).

 

La tradition populaire a restreint l'usage du mot Épiphanie à la visite que rendirent des mages venus d'Orient à l'Enfant Jésus. Ces mages (sans doute des prêtres zoroastriens) symbolisent l'hommage de la science et du savoir à la pauvreté évangélique.

 

Selon le récit qu'en fait saint Matthieu (2,1-12), les mages furent guidés jusqu'à la crèche de Bethléem par une étoile mystérieuse. Une fois arrivés, ils déposèrent devant la crèche l'or, qui évoque la richesse terrestre, la myrrhe, qui accompagne les hommages rendus à un roi à sa mort, et l'encens qui honore la divinité.

 

 

L'Adoration des Mages, miniature française (collection moscovite), XVe siècleCe récit, qui n'a pas de fondement historique, a été enjolivé au cours du Moyen Âge. Les mages sont devenus trois Rois prénommés Gaspard, Melchior et Balthazar. L'un d'eux était noir en témoignage de l'universalité du message évangélique.

 

L'Épiphanie est traditionnellement fixée au 6 janvier mais pour plus de commodité, l'Église catholique la célèbre le dimanche qui suit le 1er janvier.

 

C'est aussi ce jour-là qu'est tirée la traditionnelle galette des Rois. La fève cachée dans la galette rappelait à l'origine l'Enfant Jésus que les mages avaient longtemps cherché en suivant l'étoile.

 

A noter qu'en Espagne, ce sont les Rois mages qui distribuent des cadeaux aux enfants sages le jour de l'Epiphanie et non pas à Noël

 

Source : Hérodote

 

 


04/01/2016
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LETTRE DE JEAN-JAURES AUX INSTITUTEURS

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Jean Jaurès (3 septembre 1859 – 31 juillet 1914) s’est engagé en politique afin de suivre les traces des principes républicains défendus par Jules Ferry. Fervent admirateur et défenseur de l’école publique et de ses « hussards noirs » de la République, il considère l’éducation des citoyens comme le socle de la consolidation républicaine ainsi qu’une valeur essentielle au socialisme. Lui qui fut également professeur rend de nombreux hommages à cette profession – rouage, à ses yeux, d’une société future plus juste et plus égalitaire.

 

Vous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants ; vous êtes responsables de la patrie.

 

Les enfants qui vous sont confiés n’auront pas seulement à écrire, à déchiffrer une lettre, à lire une enseigne au coin d’une rue, à faire une addition et une multiplication. Ils sont Français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire : son corps et son âme.

 

Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu’est une démocratie libre, quels droits leur confèrent, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation.

 

Enfin ils seront hommes, et il faut qu’ils aient une idée de l’homme, il faut qu’ils sachent quelle est la racine de nos misères : l’égoïsme aux formes multiples ; quel est le principe de notre grandeur : la fermeté unie à la tendresse.

Il faut qu’ils puissent se représenter à grands traits l’espèce humaine domptant peu à peu les brutalités de la nature et les brutalités de l’instinct, et qu’ils démêlent les éléments principaux de cette oeuvre extraordinaire qui s’appelle la civilisation.

 

Il faut leur montrer la grandeur de la    pensée ; il faut leur enseigner le respect et le culte de l’âme en éveillant en eux le sentiment de l’infini qui est notre joie, et aussi notre force, car c’est par lui que nous triompherons du mal, de l’obscurité et de la mort.

 

Eh ! Quoi ? Tout cela à des enfants ! – Oui, tout cela, si vous ne voulez pas fabriquer simplement des machines à épeler…

 

J’entends dire :  « À quoi bon exiger tant de l’école ? Est-ce que la vie elle-même n’est pas une grande institutrice ? Est-ce que, par exemple, au contact d’une démocratie ardente, l’enfant devenu adulte, ne comprendra pas de lui-même les idées de travail, d’égalité, de justice, de dignité humaine qui sont la démocratie elle-même ? »

 

– Je le veux bien, quoiqu’il y ait encore dans notre société, qu’on dit agitée, bien des épaisseurs dormantes où croupissent les esprits. Mais autre chose est de faire, tout d’abord, amitié avec la démocratie par l’intelligence ou par la passion. La vie peut mêler, dans l’âme de l’homme, à l’idée de justice tardivement éveillée, une saveur amère d’orgueil blessé ou de misère subie, un ressentiment ou une souffrance. Pourquoi ne pas offrir la justice à nos cœurs  tout neufs ? Il faut que toutes nos idées soient comme imprégnées d’enfance, c’est-à-dire de générosité pure et de sérénité.

 

Comment donnerez-vous à l’école primaire l’éducation si haute que j’ai indiquée ? Il y a deux moyens.

 

Tout d’abord que vous appreniez aux enfants à lire avec une facilité absolue, de telle sorte qu’ils ne puissent plus l’oublier de la vie, et que dans n’importe quel livre leur oeil ne s’arrête à aucun obstacle. Savoir lire vraiment sans hésitation, comme nous lisons vous et moi, c’est la clef de tout….

 

Sachant bien lire, l’écolier, qui est très curieux, aurait bien vite, avec sept ou huit livres choisis, une idée très haute de l’histoire de l’espèce humaine, de la structure du monde, de l’histoire propre de la terre dans le monde, du rôle propre de la France dans l’humanité. Le maître doit intervenir pour aider ce premier travail de l’esprit ; il n’est pas nécessaire qu’il dise beaucoup, qu’il fasse de longues leçons ; il suffit que tous les détails qu’il leur donnera concourent nettement à un tableau d’ensemble.

 

De ce que l’on sait de l’homme primitif à l’homme d’aujourd’hui, quelle prodigieuse transformation ! Et comme il est aisé à l’instituteur, en quelques traits, de faire, sentir à l’enfant l’effort inouï de la pensée humaine ! Seulement, pour cela, il faut que le maître lui-même soit tout pénétré de ce qu’il enseigne.

 

Il ne faut pas qu’il récite le soir ce qu’il a appris le matin ; il faut, par exemple, qu’il se soit fait en silence une idée claire du ciel, du mouvement des astres ;

 

il faut qu’il se soit émerveillé tout bas de l’esprit humain qui, trompé par les yeux, a pris tout d’abord le ciel pour une voûte solide et basse, puis a deviné l’infini de l’espace et a suivi dans cet infini la route précise des planètes et des soleils ; alors, et alors seulement, lorsque par la lecture solitaire et la méditation, il sera tout plein d’une grande idée et tout éclairé intérieurement, il communiquera sans peine aux enfants, à la première occasion, la lumière et l’émotion de son esprit.

 

Ah ! Sans doute, avec la fatigue écrasante de l’école, il est malaisé de vous ressaisir ; mais il suffit d’une demi-heure par jour pour maintenir la pensée à sa hauteur et pour ne pas verser dans l’ornière du métier. Vous serez plus que payés de votre peine, car vous sentirez la vie de l’intelligence s’éveiller autour de vous.

 

Il ne faut pas croire que ce soit proportionner l’enseignement aux enfants que de le rapetisser. Les enfants ont une curiosité illimitée, et vous pouvez tout doucement les mener au bout du monde. Il y a un fait que les philosophes expliquent différemment suivant les systèmes, mais qui est indéniable : « Les enfants ont en eux des germes de commencements d’idées. » Voyez avec quelle facilité ils distinguent le bien du mal, touchant ainsi aux deux pôles du monde ; leur âme recèle des trésors à fleur de terre ; il suffit de gratter un peu pour les mettre à jour. Il ne faut donc pas craindre de leur parler avec sérieux, simplicité et grandeur.

 

 

Je dis donc aux maîtres pour me résumer : lorsque d’une part vous aurez appris aux enfants à lire à fond, et lorsque, d’autre part, en quelques causeries familières et graves, vous leur aurez parlé des grandes choses qui intéressent la pensée et la conscience humaine, vous aurez fait sans peine en quelques années œuvre complète d’éducateurs.

 

Dans chaque intelligence il y aura un sommet, et, ce jour-là, bien des choses changeront.

 

 

( Texte : www.vie-publique.fr/documents-vp/lettre_jaures.shtml‎ ; Image : Jean Jaurès à une manifestation pour la paix à Stuttgart, 1907.

 


20/11/2015
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14 NOVEMBRE 2015 - LA FRANCE PLEURE ET SE REDRESSE

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Les actes de guerre qui ont endeuillé Paris ce vendredi 13 novembre 2015, à 22h, confirment, hélas, la « loi historique » que nous avons exposée le 22 janvier, selon laquelle l'Europe occidentale connaîtrait un basculement majeur tous les millésimes en 14 ou 15...

Il ne s'est pas agi en effet d'un énième attentat terroriste mais d'une opération militaire concertée, avec plusieurs attaques simultanées menées par des hommes relativement nombreux, sous la direction d'un haut commandement stratégique qui s'est montré capable de contourner tous les systèmes de surveillance (on peut craindre que plusieurs djihadistes aient pénétré en Europe de façon discrète en se fondant dans la masse des réfugiés et immigrants clandestins d'Afrique et du Moyen-Orient, ces dernières semaines).

C'est le premier acte de ce qui pourrait être la « troisième guerre européenne », après 14-18 et 39-45. Si nos craintes se vérifient, l'épreuve devrait se prolonger selon notre analyse des rythmes historiques pendant une trentaine d'années, jusque dans les années 2030.

La France et l'Europe en sortiront régénérées si nos dirigeants et nous-mêmes prenons la mesure du défi lancé à notre civilisation et à nos valeurs, à l'instar du Premier ministre Manuel Valls qui n'a pas craint de qualifier la situation de « guerre ».

Le pire serait de nous enfermer dans le déni, de relativiser la répétition des attentats et de nous y accoutumer car ce serait la voie ouverte à la « libanisation » de la France et de l'Europe...

L'Europe à la peine

La première victime politique de la guerre contre les djihadistes risque d'être l'Union européenne ou plutôt ses institutions collégiales. Pires qu'impuissantes, elles montent les États les uns contre les autres et entravent leurs efforts. Ainsi, c'est sans aucun soutien européen que les Français ont dû s'engager au Sahel et au Moyen-Orient ; sur la question des migrants, la Commission et les Européens de l'Ouest ont fait sortir de leurs gonds Hongrois et Polonais ; quant aux Grecs, ils nourrissent une rancune haineuse à l'égard des Allemands qui les ont abandonnés à leur sort...

- Revenus de nos illusions posthistoriques, nous assistons au naufrage du traité de Schengen sur la libre circulation en Europe, chaque État reprenant dans l'urgence le contrôle de ses frontières et de son territoire.

- La monnaie unique née du traité de Maastricht, déjà très secouée par les précédentes crises monétaires, pourrait succomber devant le dérapage des dépenses publiques. Dans les prochains mois, en effet, les pays de la ligne de front (France, Belgique...) vont devoir recruter et investir dans l'armée, la police et le renseignement. Dans le même temps, pour ne rien arranger, la France encourt le risque d'une chute de ses recettes touristiques.

C'en sera fini de la « règle d'or » budgétaire imposée par le gouvernement de Berlin, une absurdité que nous rappelions dans notre analyse de la Crise européenne : l'endettement est un moindre mal indispensable quand la survie de la Nation est en jeu, comme en 14-18.

- Réécriture à l'identique du traité constitutionnel rejeté par les peuples français et néerlandais en 2005, le traité de Lisbonne qui devait donner une diplomatie et une politique étrangère à l'Union européenne a été quant à lui disqualifié par les atermoiements des dirigeants européens dans les derniers mois.

À l'opposé de cela, la chancelière Angela Merkel et son ministre de l'Économie Wolfgang Schäuble ont tordu le bras au Grec Alexis Tsipras sous prétexte de laxisme budgétaire alors que la Grèce, en première ligne face aux migrants venus des camps de Turquie, a plus que jamais besoin d'une aide de l'Union.

Plus que tout, la chancelière a amplifié dans les grandes largeurs la crise migratoire par sa promesse inconsidérée d'accueillir 800 000 réfugiés. Elle n'a pas pris la peine d'en référer au préalable à ses alliés socialistes ni surtout à ses homologues européens, comme si Berlin dirigeait encore l'Europe continentale... Enfin, toujours sans en référer à quiconque, elle s'est rendue à Ankara remettre le sort de l'Europe entre les mains de l'autocrate national-islamiste Recep Erdogan.

Angela Merkel a perdu de ce fait la confiance des Allemands et des Européens et n'est pas qualifiée pour répondre au défi qui nous est lancé. Elle devra quitter le pouvoir au plus tard après les élections allemandes de mars 2016.

- Après ces quelques secousses qui nous paraissent probables et difficilement évitables, souhaitons que se raffermisse enfin l'union politique de l'Europe, sur la base du traité de Rome de 1957, avec une relance des projets intergouvernementaux, notamment en matière de défense...

Sursaut civique

S'ils veulent rassurer leurs concitoyens, les dirigeants européens, à commencer par les dirigeants français, devront renoncer à leurs errances passées et prendre des mesures courageuses et résolues sans avoir peur de nommer les choses.

Le drame de Paris signe dans la douleur la faillite des thèses « multiculturalistes », « immigrationnistes » et « sansfrontiéristes » développées par quelques beaux esprits déconnectés de la réalité et en opposition avec l'immense majorité des citoyens.

Sauf à prendre le risque de laisser aux extrémistes le langage de vérité, les dirigeants français devront définir une nouvelle politique migratoire et raffermir le principe de laïcité.

Ils devront surtout ressouder les citoyens de toutes origines autour d'une adhésion commune à la France, à ses paysages, son Histoire, sa culture, ses mœurs et ses habitants, suivant le mot magnifique d'Ernest Lavisse : « Enfant, tu aimeras la France parce que la nature l'a faite belle et que son histoire l'a faite grande ».

Tant à Paris qu'à Bruxelles ou encore Varsovie, les dirigeants devront aussi revoir leur diplomatie et leurs alliances.

Après les erreurs magistrales que furent l'indépendance du Kossovo, la rupture avec la Russie et la mise à l'écart de l'Iran, il faudra s'interroger sur le soutien à l'Arabie séoudite, qui partage la même idéologie que l'État islamique et mène une guerre aussi brutale qu'insensée au Yémen, comme sur notre alliance équivoque avec la Turquie islamiste qui épargne les djihadistes et bombarde les Kurdes, seuls véritables adversaires de l'État islamique.

Il faudra aussi se demander si l'Europe peut encore abandonner sa défense aux États-Unis, lesquels portent une écrasante responsabilité dans le brasier moyen-oriental et n'ont plus aucune intention d'exposer la vie de leurs soldats pour un enjeu à 8 000 kilomètres de leur frontière.

Plus que jamais, notre destin nous appartient.

 

Joseph Savès

 

Source : Hérodote


17/11/2015
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L'EUROPE ET L'IMMIGRATION

Janvier 2005 - Avril 2015

L'Europe et l'immigration

Une page se tourne

 

Depuis 1974, l'Europe conjugue une baisse de la fécondité et une immigration sans précédent dans l'Histoire universelle... En 2015, le phénomène a pris une nouvelle ampleur. On peut lui trouver quelques similitudes avec les « Grandes invasions ».

 

L'Europe occidentale a longtemps été la seule région du monde épargnée par les vagues migratoires et les invasions. Cette stabilité exceptionnelle a contribué à l'émergence d'une civilisation sans pareille. 

Mais en 1974, pour la première fois depuis l'arrêt des invasions hongroises, il y a mille ans, elle est devenue terre d'accueil et d'immigration. Avec 1,5 million d'immigrants par an jusqu'en 2014, le Vieux Continent est même aujourd'hui la principale terre d'immigration au monde, devant l'Amérique du Nord.

En 2015, le phénomène a changé d'amplitude avec des arrivées en masse qui ignorent les frontières, à un rythme annuel déjà supérieur au million d'individus.

 
 
Migrations capillaires

Dans toutes les sociétés, il se trouve des individus qui font souche loin de chez eux, pour les besoins du commerce, par goût de l'aventure, par le hasard des rencontres et de l'amour... Ainsi des commerçants vénitiens s'établissaient-ils au Moyen Âge à la cour du Grand Khan, à Pékin, tandis qu'un aventureux Toulousain ramenait dans sa patrie une jeune épouse rencontrée sur les bords du Niger !

Ces migrations que l'on peut dire « capillaires », car elles sont trop limitées pour changer la nature des sociétés, n'en sont pas moins essentielles à la circulation des idées et des techniques, et donc au progrès humain. Elles se distinguent des migrations « de peuplement ». Celles-ci se caractérisent par des flux importants, localisés dans le temps et unidirectionnels, comme ci-après...

Colonisations de peuplement

Avant d'accueillir des nouveaux-venus essentiellement originaires d'Afrique et d'Asie, l'Europe a elle-même contribué à peupler les autres continents. Du XVIe siècle au XXe siècle, nombre de ses habitants ont traversé les mers en quête de liberté et de mieux-être. On les évalue à cinquante millions sur quatre siècles, avec un pic dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Jusqu'en 1974, le Vieux Continent avait un solde migratoire négatif, recevant beaucoup moins de gens qu'il n'en voyait partir (Pays-Bas, îles britanniques, Scandinavie...).

 
- migrations européennes

Cette émigration européenne s'est dirigée quasi-exclusivement vers les marges de l'Occident, autrement dit vers des territoires à peu près vierges et seulement peuplés de tribus nomades. Il s'agit des deux extrémités du continent américain : l'Amérique du Nord, le rio de la Plata et le Brésil. Ajoutons-y l'Australasie (Australie et Nouvelle-Zélande), la Sibérie et également la pointe méridionale du continent africain. 

Les Européens ont occupé en nombre plus limité les régions andines et l'isthme d'Amérique centrale, car ils ont été rebutés par la survivance dans ces régions de grandes cultures pré-colombiennes étrangères à leurs traditions.

Ils ont évité partout ailleurs les terres de vieilles civilisations non-occidentales, que ce soit en Asie, dans le monde islamique ou en Afrique inter-tropicale. L'Europe s'est plut à soumettre ces pays mais en réduisant sa présence à quelques poignées de cadres militaires ou civils destinés à encadrer les populations.

- migrations chinoises, japonaises, bantoues...

Les anciennes migrations des Européens sont de même nature que celles qui ont conduit les Chinois du Fleuve Jaune à coloniser leurs marges. Ce mouvement d'expansion se poursuit aujourd'hui avec la colonisation du Tibet et du Sin Kiang, au détriment des populations locales et de leur culture.

Même phénomène, quoique à une échelle réduite, avec la colonisation par les Japonais de leur archipel au détriment des premiers habitants, des Aborigènes blancs, les Aïnous

On peut rapprocher aussi ces migrations de celles qui ont conduit les Noirs d'Afrique, les Bantous, à sortir de leur foyer originel, le bassin du Niger, et occuper en deux millénaires toute l'Afrique intertropicale, en repoussant devant eux les populations aborigènes à peau cuivrée qui y étaient établies (Khoisans, Pygmées, Hottentots).

 
Le basculement de 1974

C'est à l'issue des « Trente Glorieuses » (1944-1974) que l'Europe est devenue terre d'immigration avec un solde net depuis lors positif. Auparavant, les entrées s'étaient limitées pour l'essentiel aux travailleurs algériens et turcs recrutés par les industriels français et allemands ainsi qu'aux rapatriements forcés liés à la décolonisation (Pays-Bas, France, Royaume-Uni).

Ce basculement est intervenu en même temps que s'est effondrée la fécondité des Européennes. Pendant la période antérieure, le Vieux Continent affichait une forte croissance économique mais aussi un indice de fécondité (nombre moyen d'enfants par femme) proche de 3, supérieur à ce qu'il est aujourd'hui au Maghreb, en Turquie ou en Iran. C'était un signe de bonne santé sociale et de dynamisme. « N'y voyons pas un hasard !... note le philosophe Roland Hureaux. La société du baby-boom est la plus favorable qu'il y ait eu aux jeunes dans le partage de la richesse au cours du XXe siècle » (*).

Mais le nombre de naissances a brusquement chuté à partir de 1974 dans presque tous les pays occidentaux, tout comme la croissance économique. L'indice de fécondité est tombé très vite au-dessous du seuil indispensable au remplacement des générations (2,1), la France comptant parmi les rares exceptions. 

Aujourd'hui, dans certaines régions (Italie du nord, Allemagne orientale...) les couples ont en moyenne un enfant tout juste, ce qui implique une division par deux de la population en l'espace d'une vie. Cette implosion démographique est en passe de briser la chaîne des générations par laquelle se sont transmises les connaissances et les valeurs sur lesquelles ces sociétés européennes ont prospéré pendant un millénaire.

L'Europe au tournant

De 1974 à 2014, les nouvelles migrations ont concerné l'Europe de l'Ouest mais aussi l'ensemble du monde occidental : l'Amérique du Nord et l'Australasie, sans compter l'Afrique australe et même, depuis peu, la Russie

Ces migrations, particulièrement vers l'Europe, sont d'une ampleur sans précédent car elles portent sur des millions de personnes par an. Elles sont aussi d'une nature radicalement inédite. En effet, il ne s'agit pas de migrations à l'intérieur d'une même aire de civilisation avec pour seul obstacle de rares populations nomades (Amérindiens, Aborigènes...) comme on l'a vu plus haut. Il ne s'agit pas non plus de migrations de voisinage comme on le voit des Espagnols chassés par le franquisme qui se réfugient en France, des Palestiniens qui fuient Israël et se réfugient dans les pays limitrophes ou des Syriens qui entrent au Liban.

Nous avons affaire cette fois à des déplacements d'une aire de civilisation vers une autre. Ce sont des Orientaux, des Chinois et, de plus en plus, des Africains qui s'installent en Europe occidentale. Les pays d'où ils viennent souffrent d'instabilité et de l'absence d'État de droit mais ne sont pas pour autant démunis de ressources naturelles. L'Afrique équatoriale dispose par exemple d'un fabuleux potentiel agricole et minier qui reste à exploiter.

Ces régions de départ possèdent un héritage civilisationnel très riche dont leurs ressortissants ne sont pas prêts à se défaire à l'instant où ils débarquent sur le Vieux Continent, pas plus que les habitants de celui-ci ne sont prêts à renoncer à une identité qui a fait la grandeur de leur pays et fait encore leur bonheur. Ces réticences réciproques, au demeurant légitimes, ralentissent de plus en plus les processus d'assimilation.

Si les premiers immigrants ont pu généralement s'immerger dans la société d'accueil et s'y épanouir, il n'en va plus de même depuis le début du XXIe siècle. Manquant d'instruction et relégués dans les petits boulots, les nouveaux venus resserrent leurs liens communautaires et forment des quartiers ethniques étanches à la culture environnante.

Il n'empêche que les classes dirigeantes des pays d'accueil continuent d'encourager et plébisciter l'installation des nouveaux arrivants pour des raisons économiques (emplois à bas coût). Mais, soucieuses de leur confort personnel, elles évitent leur contact, tant dans leurs lieux de résidence que dans leurs entourage professionnel. Les classes populaires, quant à elles, doivent s'en accommoder et accueillent somme toute les immigrants avec une abnégation remarquable. C'est tout juste si elles expriment leur irritation devant des communautés qui, pour des raisons religieuses (islam) ou ethniques, se montrent rétives à l'assimilation et au mélange.

Dès 2007, l'ancien secrétaire général de l'ONU Boutros Boutros Ghali avertissait : « Une immigration sans précaution risque de faire imploser les sociétés occidentales au prix de troubles très graves (choc culturel, structures néo-coloniales, chômage...). Cette prophétie pourrait devenir réalité comme l'attestent le discrédit des institutions européennes, la poussée des populistes, de la Finlande à la Grèce, et la nouvelle vague d'immigration incontrôlée.

La rupture  de 2015

En 2015, l'immigration irrégulière a brutalement dépassé toutes les prévisions. En une seule semaine d'août, les Grecs ont reçu plus de vingt mille clandestins et nous en sommes déjà à un rythme annuel supérieur au million d'arrivées.

En 2016 et au-delà, un rythme annuel de trois à cinq millions d'arrivées n'est plus à exclure pour peu qu'un grand pays d'Afrique comme l'Égypte, le Congo ou le Nigeria sombre à son tour dans l'anarchie. De nouvelles vagues d'arrivées sont aussi à prévoir du côté de l'Algérie (40 millions d'habitants), menacée de faillite par la chute du prix du pétrole, ou encore du Yémen (25 millions d'habitants), ravagé par l'Arabie séoudite, « alliée » de l'Occident et protectrice de l'État islamique... 

L'Union européenne, avec sa population déclinante de 500 millions d'habitants, n'y survivra pas sauf à recourir à la force militaire, voire à des régimes du même nom .

À travers la Méditerranée ou la mer Égée, des rafiots armés par des négriers libyens, turcs ou autres déversent sur les côtes italiennes et les îles grecques des centaines de milliers de « bois d'ébène » qui ont fui l'anarchie moyen-orientale et africaine et risqué leur vie pour accéder au paradis de l'Europe sociale et compatissante.

Certains fuient des pays en guerre comme la Syrie, la Libye ou l'Irak, conséquence du chaos provoqué par les Occidentaux ; d'autres - la grande majorité - fuient des pays paisibles et que l'on dit même en expansion économique, comme l'Éthiopie, le Ghana ou le Sénégal. Certains sont victimes de persécutions indignes mais d'autres ont pu participer à des crimes de guerre. De pauvres hères, avant d'obtenir le droit d'asile au titre de la « défense des libertés », s'entretuent parfois comme on l'a appris en ce mois d'avril 2015 d'un groupe de musulmans sahéliens qui a jeté à l'eau une douzaine de compagnons de voyage dont le crime était d'être chrétiens !

Cette « traite méditerranéenne » d'un nouveau genre est aujourd'hui prise en main par les djihadistes de l'État islamique (Daech) qui y voient une arme de destruction massive contre l'Europe et ses racines chrétiennes qu'ils abhorrent. Pour parfaire leur crime, ils n'hésitent pas à faire le tri parmi les clandestins qu'ils poussent sur les rafiots, en assassinant au préalable sur les plages de Libye ceux d'entre eux qui seraient chrétiens (*).

Confrontée à la violation caractérisée de ses frontières, l'Union européenne semble aussi impuissante que l'était Rome face aux Germains qui, fuyant les Huns, franchissaient le Rhin...

En matière d'immigration avec le traité de Schengen, tout comme en matière monétaire avec le traité de Maastricht, les États membres se sont en effet dépouillés de leurs moyens d'action sans avoir pris la peine de fonder un État européen pleinement solidaire (*). Les milliards d'euros que ces États engloutissent dans des systèmes de défense ultra-sophistiqués apparaissent dès lors comme autant de dépenses inutiles ; aussi inutiles que les « murs » qui se dressent partout, de la frontière tunisienne à Calais en passant par la Hongrie, tels de nouveaux limes (lignes fortifiées destinées par les anciens Romains à arrêter les Barbares).

Par lâcheté et impuissance, nous refusons de nommer la réalité pour ne pas avoir à l'affronter. Nous persistons à simplement qualifier de migrants ou réfugiés les nouveaux arrivants. Nous feignons de nous croire encore capables de séparer le bon grain de l'ivraie, d'accueillir les « vrais » réfugiés et de renvoyer les autres chez eux (combien l'ont été depuis le début de l'année ?)... Dans les faits, nous ouvrons indistinctement à tous les bras au nom de l'impératif humanitaire en oubliant l'avertissement de Michel Rocard : « Nous ne pouvons pas héberger en France toute la misère du monde... La France doit rester une terre d'asile mais pas plus » (TF1, 3 décembre 1989) (*).

En ne respectant plus nos propres frontières, nous tournons le dos à l'essence de la « politique » : la protection de la cité (polis) et de ceux qui y vivent. Nous déstabilisons un peu plus notre société, ruinons les efforts d'intégration des précédents immigrants et prenons le risque d'être entraînés à notre tour dans l'anarchie et la guerre. Au surplus, nous aggravons la situation des pays de départ en les privant de leurs éléments les plus jeunes et les plus dynamiques.

Dans un entretien accordé au quotidien Libération, le 5 mai 2000, Jacques Attali, brillant dilettante de la pensée et de l'Histoire, se hasardait à pronostiquer un « nouveau Moyen Âge » : « Nous connaissons déjà un exemple de ce qui pourrait arriver : la Somalie. Des bandes tribales s'affrontent sans aucun pouvoir pour les séparer (...). Nous vivons en ce moment la période flamboyante de la fin de l'empire (...). Ce Moyen Âge bunkérisé est déjà là : ce sont les guerres locales, les banlieues qui s'isolent, les riches qui s'isolent, les touristes qui se font prendre en otage »...

 

 Politiques de Gribouille

 

Depuis 1974, par frilosité, l'Europe la France et l'Europe rejettent les travailleurs étrangers, même à titre temporaire, mais s'obligent à accueillir de manière définitive une immigration familiale de plus en plus difficile à assimiler...

L'Europe est devenue en ce début du XXIe siècle la principale région d'immigration dans le monde, devant l'Amérique du Nord.

Tout oppose en ce domaine les deux rives de l'Atlantique. Aux États-Unis et au Canada, la plupart des immigrants (Chine, Inde, Mexique, Moyen-Orient, Afrique...) s'intègrent vite et bien en travaillant dur. Ils n'ont d'autre objectif que de devenir d'authentiques Américains ou Canadiens, fiers de leur drapeau et de leur culture. Cette intégration est facilitée par le fait que la moitié des nouveaux arrivants bénéficient d'une formation universitaire.

Rien de tel en Europe où les pouvoirs publics rejettent avec frilosité les immigrants désireux de travailler et n'osent refuser les autres qu'attirent les aides sociales. Cette attitude dissuade les nouveaux-venus de s'intégrer à la société d'accueil (nous sommes « Français de papier mais pas de coeur », entendrait-on dans certaines banlieues). Elle promet aux sociétés européennes de très graves secousses.

« Préférence  nationale »

L'explosion de l'immigration extra-européenne est venue paradoxalement des restrictions à l'entrée légale de travailleurs dans les années 1970.

Avant 1974, les pays européens accueillaient librement de jeunes travailleurs d'Afrique du Nord, de Turquie ou d'Afrique noire dans la mesure où ils trouvaient à s'employer. Certains faisaient souche et se fondaient dans la nation. Mais la plupart, nostalgiques de leurs racines ou rebutés par les conditions de vie et d'accueil, revenaient chez eux au bout de quelques années avec un pécule et se faisaient remplacer par un fils ou un neveu.

Cette immigration, avec ses succès et ses échecs, n'était somme toute guère différente des migrations intra-européennes qui l'avaient précédée. 

Mais à la fin des « Trente Glorieuses » (1944-1974), avec l'augmentation rapide du chômage consécutive à la guerre du Kippour, l'opinion publique et les responsables de droite comme de gauche se rallient à une politique de « préférence nationale ». Dans le souci de réserver les emplois disponibles aux nationaux, ils multiplient les obstacles à l'entrée de nouveaux travailleurs.

Quoique maladroite, cette politique est approuvée par la gauche et l'extrême-gauche en vertu d'un principe tout à fait louable, le « développement autocentré ». Selon ce principe, porté par le principal leader de l'extrême-gauche, le fougueux Michel Rocard, chaque pays, à l'image de la Chine de Mao ou de la Yougoslavie autogérée de Tito, doit se développer avec ses propres forces, sans piller les ressources des autres pays, matérielles ou humaines. Comme on le voit, ce qui était une vérité à vingt ans est devenu une hérésie à soixante...

C'est ainsi que le 3 juillet 1974, en France, une directive suspend l'immigration légale de jeunes travailleurs du tiers monde. La nouvelle réglementation met fin à la « noria » entre pays de départ et pays de travail. N'ayant plus la possibilité de se faire remplacer par un proche et craignant de perdre le peu qu'ils possèdent, les travailleurs étrangers déjà installés en France réclament de pouvoir s'y établir définitivement avec leur famille. Le gouvernement cède à leur pression.

Dès le 1er juillet 1975, Paul Dijoud, secrétaire d'État à l'immigration dans le gouvernement Chirac, sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, encourage l'immigration familiale en l'accompagnant de primes et d'aides à l'installation.

C'est le début d'un enchaînement absurde :

- une immigration à faible productivité :

D'un côté, l'État multiplie les encouragements financiers à l'entrée de non-travailleurs dans le pays (femmes, enfants...) et, en même temps, gémit de ne pouvoir correctement les assimiler (éducation, logement, sécurité, assistance, santé) malgré un réseau associatif alimenté par les subventions publiques.

De l'autre, l'industrie ne trouve plus dans l'immigration légale les travailleurs motivés dont elle aurait besoin. Dans la confection, le bâtiment, les travaux agricoles… les employeurs en manque de main d'oeuvre bafouent la loi et le code de travail en multipliant les embauches d'étrangers en situation irrégulière.

- des pays de départ déstabilisés :

La nouvelle réglementation sur le regroupement familial se révèle néfaste pour le tiers monde. Plaçant tous leurs espoirs dans la fuite, les jeunes gens les plus éveillés d'Afrique et du Moyen-Orient perdent l'envie de travailler au développement de leur pays. Une fois installés en Europe avec femme et enfants, ils n'ont plus le souci de nourrir leur famille restée au village. C'est ainsi que diminuent les transferts financiers vers les pays d'origine des immigrants.

Par un effet pervers, les facilités publiques apportées au regroupement familial contribuent à dégrader la condition des femmes africaines ou turques...  En effet, les immigrants qui ont pu régulariser leur situation en France ou en Europe vont chercher dans leur village d'origine une adolescente qu'ils présentent à l'état-civil comme leur épouse et dont ils font leur domestique. Le manège peut se reproduire plusieurs fois avec pour résultat qu'il y a plus de ménages polygames dans les quartiers maliens de Montreuil-sur-Seine qu'à Bamako. 

Au bilan, en contradiction avec le « bon sens » commun, en France et dans le reste de l'Europe, les restrictions à l'emploi légal de travailleurs étrangers ont pour conséquence de favoriser l'immigration familiale et d'intensifier les flux migratoires sans pour autant réduire le chômage ! Elles provoquent aussi l'ouverture de nombreuses filières d'immigration clandestine et l'apparition de nouvelles formes d'esclavage. Elles aggravent enfin la situation sociale des pays de départ, en Afrique notamment, en les privant des jeunes les plus entreprenants.

Immigration « légale », immigration « clandestine »

 

La différence entre l'immigration « légale » (réputée utile) et l'immigration « clandestine » (officiellement réprouvée) tient désormais à peu de chose.

- des « clandestins » de moins en moins clandestins :

D'un côté, bon an mal an, la police fait du « chiffre » en expulsant à prix d'or quelques milliers de réfugiés roumains ou russes... De l'autre, le ministère de l'Intérieur régularise au fil de l'eau les immigrants de toutes origines qui ont pu franchir la Méditerranée ou les sas d'aéroport, ce qui vide de leur sens les réglementations sur la répression de l'immigration clandestine et le travail illégal.

- « regroupement familial » et repli communautaire :

On convient d'appeler « clandestin » ou « sans-papier » un jeune Africain qui traverse au péril de sa vie le détroit de Gibraltar pour s'embaucher dans une exploitation agricole ou une entreprise de construction... mais on considère comme immigrante régulière l'adolescente turque, nord-africaine ou noire qui est livrée par son père à un sien cousin déjà installé en Europe.

Cette cruauté résulte de l'une des ambiguïtés majeures de notre droit, le droit au regroupement familial. Il se fonde sur une conception traditionnelle de la famille occidentale : un homme et une femme qui ont librement décidé de s'unir pour la vie, ainsi que les enfants nés de leur union.

Mais cette conception, outre qu'elle est devenue caduque en Occident où aucun contrat civil n'est aujourd'hui plus éphémère que le mariage, est surtout en contradiction avec les conceptions matrimoniales qui prévalent sous d'autres cieux (polygamie, mariage forcé d'adolescentes...).

Du fait de cette ambiguïté sur le sens donné au mariage, le « regroupement familial » est devenu le prétexte à une immigration clandestine déguisée, de loin la plus importante et la plus pernicieuse car les femmes concernées et leurs enfants sont voués à la relégation dans des logements sociaux avec peu d'espoir d'assimiler un jour les valeurs et le mode de vie du pays d'accueil.

Le magazine Pèlerin du 17 mai 2012 a consacré un reportage émouvant à l'une de ces victimes du regroupement familial, Fatoumata, livrée à 17 ans à un homme de vingt ans plus âgé déjà bigame et arrachée à son milieu pour finir à La Courneuve sans amies ni relations (*).

L'assimilation de ces familles est d'autant plus utopique que la majorité des enfants reviennent dans le pays d'origine de leurs parents pour y prendre un conjoint. 98% des jeunes Turcs de France seraient dans ce cas ainsi que la majorité des Sahélien(ne)s. Chaque nouvelle génération effectue ainsi un retour à la case départ, vidant de son sens le concept de « deuxième ou troisième génération ». Avec pour conséquence l'émergence de sociétés séparées et d'une ségrégation de fait.

« Les étrangers qui venaient autrefois s’appliquaient à nous ressembler, ils semblent se poser aujourd’hui dans leur altérité. À notre grande surprise, les migrants ne nous voient pas comme la pointe avancée de la mode et de la morale, mais plutôt, au regard de leurs traditions, comme une enclave étrange et déviante. Ceux qui viennent d’au-delà des mers ne sont pas nés sous le signe de notre universalisme », note le sociologue Hughes Lagrange (Le déni des cultures, 2010).

 

Fractures nationales


En ce début du XXIe siècle, l'immigration extra-européenne aboutit en France et dans d'autres pays ouest-européens à la constitution de sociétés séparées dont seules profitent (à court terme) les classes moyennes hautes et supérieures...

L'Europe change. Dans l'Hexagone même, le mythe irénique d'une «  France black-blanc-beur  » a fait long feu. Les nouveaux immigrants se regroupent par affinités ethniques et religieuses. Ils se constituent en communautés distinctes et rendent plus difficile l'intégration de leurs prédécesseurs comme le constate Jean Daniel, directeur de la rédaction du Nouvel Observateur (*).

Sociétés séparées

 

La ségrégation s'installe. Certaines banlieues françaises (La Courneuve, Sarcelles, Le Mirail...) sont presque exclusivement peuplées de personnes venues d'au-delà des océans et des mers, essentiellement d'Afrique noire et d'Afrique du Nord. Ces cités qui faisaient autrefois la fierté de nos grands architectes (Le Corbusier, Aillaud, Candilis...) sont les ghettos et les bantoustans en devenir d'un apartheid qui ne dit pas son nom. Il y a aussi des ghettos blancs et bourgeois (Neuilly, Auteuil, Passy, Versailles...), avec familles nombreuses, beaux enfants blonds, écoles religieuses etc.

Sur le territoire français, plusieurs sociétés cohabitent désormais sans se voir. Il suffit pour s'en rendre compte de se promener un samedi soir à Saint-Germain-des-Prés et de prendre le lendemain un train de banlieue sur les lignes Gare du Nord-Creil ou Austerlitz-Corbeil. D'un côté la France de Maurice Chevalier, de l'autre le Bronx.

On peut lire dans Le Monde du 12 novembre 2005 le témoignage de Christine C., 47 ans, cinq enfants, vingt-huit ans de Courneuve : «  Maintenant, je me sens carrément isolée, je suis une toute petite minorité. C'est difficile de devenir une minorité chez soi, vous savez (...). Ce qui est nouveau, c'est que les Français d'origine étrangère se replient sur leur origine, ne se sentent plus français. Et moi, Française, je me sens mal (...) Même mes fils sont d'une autre culture que moi. Pour eux, être français, ça ne veut rien dire. Ils n'ont plus de nationalité, ils s'identifient de manière vague à une religion, celle qui est majoritaire. Ils observent les gestes de l'islam, une façon musulmane d'être et de parler, ils sont fiers d'appartenir à la majorité. Ils ne veulent pas être français, ils ne veulent pas s'intégrer dans la société, ils voudraient être blacks et beurs comme tout le monde, mais ils ne se comportent pas comme des musulmans. Tant de choses incohérentes.  »

Ces propos témoignent d'une intégration à l'envers dans les cités ghettos. En sont victimes les familles désireuses de respectabilité mais dépourvues de ressources suffisantes pour s'établir ailleurs. Le résultat, c'est une «  France black-blanc-beur  » qui prend le visage sordide du «  gang des barbares  » (un groupe de jeunes de toutes origines entraîné par un Franco-Ivoirien dans l'enlèvement et le meurtre d'un jeune d'origine israélite en février 2006).

Le phénomène progresse si l'on en croit un rapport des Renseignements Généraux sur le phénomène des bandes en France : «  On assiste à un retour sensible du phénomène de bandes ethniques composées en majorité d'individus d'origine subsaharienne, arborant une appellation, des codes ou signes vestimentaires inspirés des groupes noirs américains  », peut-on lire. «  Ces formations délinquantes constituées en majorité d'individus originaires d'Afrique noire ont la particularité d'instaurer une violence tribale ne donnant lieu à aucune concession  », avec un «  rejet violent et total des institutions  » et un «  total détachement quant à la gravité de l'acte commis  » (Le Monde, 6 septembre 2007, page 3).

Sous-culture

 

Faut-il rappeler la définition de la Nation par Ernest Renan : ni communauté de sang, de langue ou de religion mais adhésion à «  deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis ».

Craignons de nous en éloigner. Julien Dray, l'un des fondateurs de SOS Racisme, avait déjà pressenti en 1999 le risque d'éclatement de la communauté nationale : « Avec la fin de la mixité sociale s'est mise en place la fin de la mixité ethnique. L'arrivée de l'immigration africaine a rajouté les blacks aux beurs. Le piège était refermé. Le processus d'intégration par le brassage des populations s'est brutalement interrompu... Beaucoup de jeunes impliqués dans des violences urbaines sont des blacks et des beurs. Réalité qu'enveloppe avec une fausse pudeur la périphrase jeunes de banlieue... » 

À Villiers-le-Bel (Val d'Oise), l'un des « territoires perdus de la République », Assia, Béninoise, corrobore les propos du leader socialiste : « Y en a marre ! Dans le RER D, il n'y a que des Arabes et des Noirs. Où sont les vrais Français ? Pourquoi ils ne viennent pas vivre ici, vivre avec nous ? Il faut du mélange ! » (Le Monde, 6 décembre 2007).

Les violences sont la conséquence de cette dérive. Voir le récit des affrontements entre loubards africains et lycéens blancs dans Le Monde du 12 mars 2005 et les violences à répétition dans les collèges et lycées des quartiers « sensibles ».

Ces violences sont attisées par l'attitude de la classe dominante, blanche, bourgeoise et bien-pensante. Celle-ci dénigre sa propre Histoire et jette Napoléon, Corneille et La Fontaine dans les poubelles de l'Histoire. Elle prive les nouveaux-venus d'un modèle dont ils pourraient tirer fierté et «  victimise  » d'autre part les pauvres diables en peine de s'insérer dans le pays où ils ont cherché refuge.

Tartufferies

 

L'assimilation est en panne et même régresse. Mais plutôt que d'aborder avec lucidité et courage les questions migratoires, les élites politiques, droite et gauche réunies, préfèrent expliquer le repli communautaire et les violences par des raisons sociales ou urbanistiques, par des discriminations dans le travail ou même par l'oppression qu'auraient subie autrefois les esclaves et les indigènes des colonies.

Ces explications ne suffisent pas et même aggravent le mal qu'elles prétendent expliquer en décourageant certains immigrants et en leur offrant une excuse facile pour ne pas se prendre en charge !

Ainsi, on observe que la minorité turque est l'une des plus rétives à l'assimilation (très forte endogamie et très mauvais résultats scolaires selon une enquête parue dans Le Monde à l'été 2005). Pourtant, la Turquie n'a jamais été colonisée et ses élites se veulent européennes !

A contrario, les immigrants d'origine indochinoise ont subi plus que quiconque l'oppression coloniale et connu l'extrême misère mais ils se sont intégrés à la société française en surmontant sans mot dire leurs difficultés. Même constat pour les immigrants venus il y a un siècle de Russie ou d'Arménie. Ceux-là ont connu à leur arrivée une xénophobie et une misère autrement plus violentes qu'aujourd'hui. Ils n'ont bénéficié du soutien d'aucune association caritative. Il n'empêche que leurs enfants se sont pleinement assimilés à la nation... Même constat également pour les personnes venues d'Afrique du Nord ou d'Afrique subsaharienne qui ont su rejeter le discours « victimaire » des bonnes âmes et se prendre en charge.

La faute au «  manque d'emplois  » ?

Il est tentant de croire et laisser croire que le mal-être urbain peut se résoudre en «  offrant  » des emplois. C'est oublier que l'exercice d'un travail salarié exige concentration, discipline, volonté, estime de soi, envie de se surpasser... sans compter le respect de codes sociaux et relationnels, toutes choses qui ne vont pas de soi mais s'acquièrent par l'éducation familiale et l'effort personnel.

Ces acquis font particulièrement défaut dans les familles traditionnelles issues par exemple du Sahel ou d'Anatolie, ainsi que le montre le sociologue Hugues Lagrange (Le déni des cultures, 2010). De là les taux de chômage massifs que connaissent certaines banlieues. De là aussi le manque d'appétence de leurs habitants pour la culture nationale, sa littérature et son patrimoine.

Trahison des élites

 

La fracture nationale fait au moins l'affaire des classes supérieures qui tirent parti de leurs atouts (éducation, héritage) pour renforcer leur position sociale comme le démontre le chercheur Éric Maurin (*) et mieux encore le géographe Christophe Guilluy .

Dans les « ghettos blancs » du VIIe arrondissement, de Neuilly, de Saint-Germain-en-Laye ou Chevreuse... les privilégiés considèrent avec détachement les troubles qui agitent le reste du pays. Qu'ont-ils à craindre ? De l'École Alsacienne au lycée Henri IV, leurs enfants bénéficient d'un parcours fléché qui leur garantit de conserver leur statut social et les préserve de tout mélange. Les revenus de ces classes supérieures progressent tant et plus tandis que les classes moyennes voient les leurs stagner ou régresser sous le fardeau d'un État boulimique et impotent.

Enfin, beaucoup de ces privilégiés se considèrent d'ores et déjà étrangers à la communauté nationale ; avec une bonne conscience désarmante, ils se présentent comme « citoyens du monde », anglophones de préférence, et envisagent sans état d'âme leur repli futur qui en Suisse, qui à New York ou à Bruxelles, dans un îlot pour riches Blancs.

À l'autre extrémité de l'échelle sociale, les enfants des classes populaires et moyennes basses, quelle que soit leur origine (français « de souche » ou immigrés), n'ont plus guère l'espoir d'accéder un jour aux premières places de la fonction publique et des grandes entreprises, malgré quelques opérations médiatiques comme celle du regretté Richard Descoings qui a ouvert Sciences Po à une poignée d'enfants des banlieues. Depuis un quart de siècle, l'ascenseur social est en panne et les clivages culturels, religieux et linguistiques qui se mettent en place rendent plus minces encore leurs chances de promotion.

 

Illusions fatales

 

L'immigration comme remède à la baisse de la fécondité conduit la France et ses voisins à une impasse menaçante pour la stabilité du continent. Une autre démarche s'impose, plus courageuse et progressiste...

 

Europe et immigration (dessin de Plantu dans Le Monde, 8 novembre 2003) Ce dessin de Plantu (Le Monde, 8 novembre 2003) exprime le rêve de la bourgeoisie européenne : dépouiller le tiers monde de ses trop rares « cerveaux » pour maintenir à bon compte son propre niveau de vie.

- Rêve immoral : en désertant leur pays, les travailleurs qualifiés et les diplômés contribuent à l'enfoncer dans la misère (*).

Ce phénomène est perceptible dans la dégradation accélérée des systèmes de santé en Afrique, ainsi que le notait Nelson Mandela lui-même (*). Et ce n'est pas le dévouement de quelques « french doctors » qui peut compenser le départ massif des infirmières et des médecins du tiers monde.

- Rêve illusoire : de fait, la majorité des immigrants qui affluent aujourd'hui en Europe, par-dessus la Méditerranée ou le Bosphore, n'ont pas de qualification professionnelle. Ils sont exclus des emplois légaux et grossissent l'économie souterraine (travail au noir, réseaux esclavagistes...), à moins qu'ils ne se cantonnent dans des emplois précaires (vigiles, nurses, aides-ménagères...).

Quant aux diplômés qui quittent leur pays, ils choisissent unanimement les États-Unis et le Canada, assurés de pouvoir y travailler et développer leurs talents dans d'excellentes conditions et sans restrictions administratives (la moitié des 180.000 immigrants qu'a reçus le Canada en 2005 avaient un niveau d'études supérieures).

Le chancelier Gerhard Schröder a tenté en 2000 de faire venir en Allemagne 20.000 informaticiens indiens (« Vieux peuple riche, qui n'aime pas plus les enfants que son passé, cherche désespérément jeunes diplômés déjà éduqués pour pourvoir à sa retraite », semblait-il annoncer). Sa tentative a fait long feu et n'a freiné en rien les entrées illégales.

« Immigration choisie » et chômage de masse

 

Au nom de l'« immigration choisie », le président Nicolas Sarkozy a ouvert en janvier 2008 les frontières aux travailleurs étrangers, régularisé les travailleurs clandestins et amnistié leurs employeurs.

Il suivait ce faisant les recommandations de Jacques Attali, l'ancien « électron libre » de François Mitterrand, qui préconisait de porter à 500.000 le nombre d'immigrants annuels (L'Express, 24 août 2006) en vertu d'une croyance bien enracinée dans les cercles du pouvoir selon laquelle « l'immigration est indispensable pour financer les futures retraites »

Qu'en penser ? Des démographes mandatés par l'ONU ont publié en 2000 un rapport où ils ont démontré par l'absurde que l'immigration n'est en rien une solution au problème du vieillissement et des retraites. Ainsi la Corée (50 millions d'habitants) aurait-elle besoin de plusieurs centaines de millions d'immigrants d'ici 2100 pour combler les postes vacants dans les entreprises, en l'absence de tout changement d'envergure (âge de départ à la retraite, natalité) et à supposer qu'elle trouve dans le tiers monde les compétences indispensables aux besoins d'une économie moderne.

Dans les faits, plus prosaïquement, l'« immigration choisie » comble les voeux de nombreux patrons désireux d'obtenir rapidement et à moindres frais une main-d'oeuvre pas trop exigeante. Mais elle se heurte à l'intérêt général en dissuadant les employeurs et les laissés-pour-compte des banlieues de faire les uns et les autres des efforts pour se rapprocher. Il est antinomique de faire venir de l'étranger des laveurs de carreaux, des infirmières ou des bûcherons et de prétendre résorber le chômage massif chez les jeunes Français issus des précédentes vagues de travailleurs immigrés.

Fatalité ? Non, facilité !

Avons-nous tant besoin que cela d'une main-d’œuvre étrangère, qualifiée ou non ? Cette question appelle quelques remarques :

- Plutôt que de dépouiller le tiers monde de ses trop rares scientifiques, les dirigeants européens devraient d'abord éviter que leurs propres scientifiques fuient au Canada ou aux États-Unis.
- Les patrons de la restauration jurent leurs grands dieux qu’ils ne trouvent personne à qui confier leur plonge ou même leur cuisine en-dehors d’immigrants illégaux. Comment est-il alors possible que McDonald’s puisse recruter des jeunes dans les banlieues ou les milieux estudiantins pour des travaux similaires ?
- Les petits et grands patrons du bâtiment expliquent de la même façon qu’ils ne trouvent personne pour les emplois de manœuvres ou même de maçons et doivent recourir à des travailleurs africains. Mais comment se peut-il que les centres de tri d’ordures ménagères arrivent à recruter du personnel dans les milieux populaires pour des travaux autrement plus pénibles ?...
- Les sociétés de gardiennage et même les musées recourent désormais de façon presque systématique à des immigrants africains pour les fonctions de vigiles... mais les entreprises de logistique trouvent à employer des jeunes Français dans des tâches autrement plus éprouvantes...

Ces incohérences donnent à penser que les employeurs ne sont pas victimes d’une quelconque fatalité mais succombent seulement à la facilité, au détriment de l’intérêt national (et des pays d’émigration).

Improbable sursaut

On voit mal comment les sociétés européennes pourraient demeurer stables sans une politique à l'opposé de la résignation actuelle :

1 - Imposer une stricte limitation du regroupement familial et de l'acquisition du droit de séjour et de la citoyenneté, en accordant seulement cette dernière aux personnes installées depuis plusieurs années et pleinement assimilées par la langue, le revenu et le travail.

- Le droit d'asile doit revenir aux seules personnes menacées en tant que telles, du fait de leur religion, de leur race ou de leur implication personnelle en faveur de la liberté.

- Le mariage peut déboucher sur la citoyenneté sous réserve que le conjoint étranger soit convenablement assimilé par la langue, le revenu et le travail.

2 - En contrepartie des restrictions ci-dessus, accorder de généreuses facilités pour l'obtention d'un contrat de travail par les étrangers (comme avant 1974) : les responsables européens seraient bien avisés d'abolir les barrières et les chausse-trapes administratives qui entravent l'entrée de travailleurs étrangers depuis 1974 et de les remplacer, pourquoi pas ? par des visas payants sans limitation de nombre, valables trois mois (quelques centaines d'euros, soit nettement moins cher - et moins risqués - qu'une entrée illégale via la Libye).

- Les détenteurs de ces visas qui trouveraient un travail régulier bénéficieraient d'une prolongation à durée indéterminée de leur visa (cinq ou dix ans) et pourraient demander qui plus est le bénéfice des allocations familiales pour leurs enfants restés au pays. En regagnant eux-mêmes leur pays au terme de leur vie de travail, ils contribueraient au développement de celui-ci avec leurs économies, le savoir-faire acquis en Europe et éventuellement leur pension de retraite.

- En même temps, les employeurs auraient l'obligation d'octroyer des congés bonifiés complémentaires à leurs salariés étrangers, afin qu'ils maintiennent des liens avec leur famille sans avoir besoin de l'enlever à son milieu.

- Afin de décourager les embauches non déclarées, les employeurs pris en flagrant délit seraient tenus d'indemniser leurs salariés depuis leur entrée sur le territoire national et, pourquoi pas ? de verser aussi une prime du même montant à leur dénonciateur !

Par ces différentes mesures, les employeurs ne recouraient à des travailleurs étrangers qu'en cas de vraie nécessité.

3 - Promouvoir l'insertion des enfants issus de l'immigration récente grâce à la valorisation de l'étude, du travail et de l'effort personnel, conditions incontournables de la promotion sociale, l'obtention d'un vrai savoir-faire professionnel en adéquation avec les besoins des entreprises, le rejet de tout discours « victimaire » et l'adhésion à l'Histoire de la France, de Vercingétorix à de Gaulle en passant par Jeanne d'Arc et la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.

« C’est en faisant aimer la France que nous pourrons poursuivre la tâche multiséculaire de l’intégration de nouveaux citoyens à notre nation » rappelle Jean-Pierre Chevènement. Et aussi : « Sommes-nous encore sûrs de nos valeurs pour accueillir de nouveaux migrants et leur donner envie de devenir français ? Pour y parvenir, la France doit d’abord réapprendre à s’aimer elle-même pour agréger de nouveaux citoyens. Le récit national a été brisé. Il faut le reconstruire sur des bases objectives »(*).

- Pourquoi ne pas généraliser dans les écoles les études surveillées jusqu'en fin de soirée, pour dissuader les enfants de traîner dans les rues, selon une suggestion de feu Françoise Dolto ?

- Par ailleurs, un service civique obligatoire et universel pourrait favoriser les échanges solidaires entre jeunes Français(es) de milieux différents ; les plus favorisé(e)s instruisant les autres (alphabétisation, instruction civique, tenue d'un ménage, apprentissage de la conduite automobile, formation professionnelle...).

4 - Engager une politique familiale aussi résolue qu'à la Libération (1945), avec la possibilité pour les femmes de concilier maternité et emploi sans perte de revenu ni surcharge de travail (cela concerne moins la France que ses voisins européens).

Immigration ou pas, aucune société n'a jamais survécu à un déficit prolongé des naissances. Les États européens, à l'image de la France, doivent donc renouveler les générations et, pour cela, faire en sorte que ni les couples, ni les employeurs ne perçoivent une maternité comme une charge. On peut concevoir par exemple une indemnité conséquente de l'État à tout employeur dont une salariée partirait en congé de maternité... Son coût pour les finances publiques serait mineur par rapport aux avantages sur le long terme.

Mais, dans une Europe à bout de souffle et d'inspiration, plus les années passent et plus devient difficile l'arbitrage entre une politique sociale dictée par l'urgence et un investissement en faveur de la jeunesse dont on ne verrait les fruits qu'au terme d'une à deux décennies.

L'Histoire s'écrit dans les berceaux. En brisant la chaîne des générations, les Européens se préparent des lendemains difficiles... À moins d'un sursaut miraculeux comme il s'en est déjà produit dans le passé.

Alban Dignat
 
Source : Hérodote

15/09/2015
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LE MONDE S'APPROCHE D'UNE GRANDE CATASTROPHE ECONOMIQUE - JACQUES ATTALI

jacques attali lexpress

Jacques AtTali présente ici une analyse confinée à la Chine, mais dont l’ampleur significative est aussi représentative des déséquilibres systémiques mondiaux précurseurs à un effondrement.

Ce problème est sous la gouvernance irresponsable d’individus dont les stratégies comportementales encouragent l’accélération du développement économique monétaire capitaliste au détriment du développement humain novateur : les politiciens et leurs complices entrepreneurs opportunistes et industriels.

Cette obsession psychologique maladive du développement d’un concept social purement virtuel qu’est « l’argent » contribue également à accélérer une crise planétaire environnementale et climatique dont la seule issue possible est l’effondrement de la civilisation et l’extinction possible de la vie, incluant celle de l’espèce humaine elle-même.

À moins que l’homme soit suffisamment évolué pour réformer complètement les concepts et mécanismes sociaux de sa civilisation et le faire rapidement et juste à temps, car il commence à être presque un peu trop tard pour agir, du moins ça l’est pour prévenir une partie des impacts.

Il est urgent de réformer la fondation de l’économie sur une base humaine et non monétaire. Car ce n’est pas l’argent qui peut mesurer la valeur d’une société ni nourrir sa population mais bien la valeur des individus par leur apport novateur à la collectivité en créant des solutions viables et durables.

Il est urgent de favoriser des comportements de survie et d’évolution de l’espèce en symbiose avec l’environnement biophysique et non en surexploitant ses ressources au bénéfice d’un système qui consume tout le reste à petit feu sans vraiment apporter grand chose de viable…

 

http://blogs.lexpress.fr/attali/2015/08/17/la-crise-acte-2/

La crise, Acte 2

Pour avoir écrit ici le 4 février dernier (voir L’Express N•3318) qu’une nouvelle crise économique mondiale menaçait, et en avoir révélé les signes avant-coureurs, j’ai déclenché d’innombrables ricanements. L’analyse est encore plus vraie aujourd’hui  le monde s’approche d’une grande catastrophe économique. Et personne n’en parle.

Nul ne voit, en particulier, que ce qui se joue en Chine peut entraîner, par contagion, une dépression planétaire si nous n’agissons pas vite, de façon préventive. L’évolution chinoise était prévisible : sa croissance à 10% par an ne pouvait être durable et le ralentissement était inévitable. De plus, la Chine n’est plus compétitive, au cœur d’une Asie dont nombre de pays s’éveillent à leur tour. L’Empire du Milieu n’a pas su, comme l’ont fait les Etats-Unis et le Japon en leur temps, créer des firmes de taille internationale, avec des marques mondiales. La catastrophe de Tianjin aggrave cette menace dans des proportions considérables, paralysant une ville de 15 millions d’habitants, l’un des premiers lieux d’exportation et d’importation du pays, et rappelant, après d’autres événements du même genre, combien ce pays souffre des censures que lui imposent les exigences d’un parti unique.

Les conséquences de cette situation peuvent être désastreuses pour le régime. La récession a, en effet, entraîné une baisse de plus d’un tiers de la valeur de la Bourse, où les 200 millions de membres de la classe moyenne ont investi la moitié de leur épargne, mise en réserve pour financer les frais de santé et d’éducation familiaux, ainsi que leurs retraites, que l’Etat ne couvre pas. De plus, si la croissance continue de ralentir, c’est l’exode rural qui va s’essouffler, réduisant la demande de logements et menant l’immobilier à l’effondrement, ce qui détruira l’autre moitié de l’épargne de la classe moyenne. Et rien n’est plus dangereux, pour tout régime, que de ruiner sa classe moyenne, ossature de tout ordre social.

La manipulation du taux de change ne suffira pas à enrayer cette chute. Au contraire, même, elle peut l’aggraver en mettant la Chine en situation de dépendre du bon vouloir des spéculateurs internationaux, et en incitant d’autres pays à agir sur leur taux de change pour rétablir leur compétitivité.

Au total, la récession chinoise, si elle se confirme, entraînera celle du Brésil, qui provoquera celle des Etats-Unis puis la nôtre. Cette menace, aujourd’hui négligée, sera bientôt d’actualité. Au plus tard lors du G7 d’Istanbul, en septembre, les dirigeants occidentaux devront débattre d’un éventuel plan de relance. Seulement voilà : nos Etats ne disposent plus, comme en 2008, de marges de manœuvre budgétaires, et nos banques centrales n’ont plus la possibilité, comme en 2010, de diminuer leurs taux d’intérêt.

Alors, que reste-t-il pour relancer la croissance ? La solution la plus folle, la plus facile, serait d’imprimer encore plus de billets, comme on le fait déjà aux Etats-Unis, au Japon, en Grande-Bretagne et dans la zone euro. Cela finirait par ruiner les épargnants, c’est-à-dire les seniors, aujourd’hui grands vainqueurs d’un monde sans enfants, sans pour autant donner du travail et des perspectives de croissance aux plus jeunes.

Nous avons encore tous les moyens d’empêcher un tel scénario et, même, de ne pas se contenter d’une stagnation sans création d’emplois, qui semble pourtant être aujourd’hui la meilleure hypothèse. L’économie mondiale a les possibilités d’une très forte croissance, d’un genre nouveau, à condition de mettre en place des mécanismes de coordination, de réorientation et de surveillance planétaires ; de penser l’économie en fonction de l’intérêt des générations suivantes ; de lutter contre les rentes économiques, financières, sociales et politiques ; et de favoriser les innovations de toutes natures. Cela suppose de l’audace, de la confiance, de la transparence. Toutes choses que les politiques, quels que soient les régimes, détestent par-dessus tout.

Jacques Attali

 

Professeur, écrivain, conseiller d’état honoraire, conseiller spécial auprès du Président de la République de1981 à 1991, fondateur et premier président de la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement à Londres de 1991 à 1993, je suis maintenant président de A&A, société internationale de conseils, spécialisée dans les nouvelles technologies, basée à Paris, et président de Planet Finance, organisation internationale à but non lucratif, rassemblant l’ensemble des institutions de micro-finance du monde.

J’ai fondé en 1980 Action Contre la Faim; en 1984 le programme européen Eurêka (programme majeur européen sur les nouvelles technologies qui a inventé, entre autres, le MP3). J’ai aussi lancé, en 1989, un programme international d’action contre les inondations catastrophiques au Bangladesh.

Ensuite, j’ai conseillé le secrétaire général des Nations Unies sur les risques de prolifération nucléaire.

Je suis à l’origine de la réforme de l’enseignement supérieure, dite LMD, qui harmonise tous les diplômes européens. Docteur d’état en Sciences économiques, je suis diplômé de l’école Polytechnique, (major de la promotion 1963), de l’école des Mines, de l’Institut d’études Politiques et de l’école Nationale de l’Administration.

J’ai enseigné l’économie théorique à l’école Polytechnique, à l’École des Ponts et Chaussées et à l’Université Paris-Dauphine. Je suis docteur honoris causa de plusieurs universités étrangères et membre de l’Académie Internationale des Cultures.

Je suis chroniqueur à L’Express et l’auteur de plus de cinquante livres, traduits dans plus de vingt langues et diffusés à plus six millions d’exemplaires dans le monde entier: des essais (traitant de sujets variés allant de l’économie mathématique à la musique), des romans, des contes pour enfants, des biographies et des pièces de théâtre.


28/08/2015
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L'ECLIPSE DU SOLEIL

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En raison des effets supposés des éclipses, encore craints au XVIIIe siècle d’une grande partie de la population, la Gazette de France, dans son numéro du 19 mars 1764, invite les Français à ne pas redouter l’obscurité totale découlant de celle qui se déroulera le 1er avril suivant. Mais ces précautions inutiles en prévision d’une éclipse qui en réalité ne devait être qu’annulaire, irrite l’Académie des sciences qui exige la parution d’un avis rectificatif.

Les plus anciens auteurs nous ont conté comme autant d’événements remarquables les grandes éclipses de soleil. Il en est parlé dans Isaïe, chapitre 23 ; dans Homère Pindare ; dans Pline, livre II, chapitre 12 ; dans Denis d’Halicarnasse, livre II. Ce dernier dit qu’à la naissance de Romulus et à sa mort, il y eut des éclipses totales de soleil, dans lesquelles la terre fut dans une obscurité aussi grande qu’au milieu de la nuit. Hérodote nous apprend que dans la sixième année de la guerre entre les Lydiens et les Mèdes, il arriva, pendant la bataille, que le jour se changea en une nuit totale. Thalès, le Milésien, l’avait annoncée pour cette année-là ; Pline, livre II, chapitre 2, parle aussi de la prédiction de Thalès.

Nicolas de Lacaille (1713-1762) et Alexandre Pingré (1711-1796) donnèrent un catalogue de toutes éclipses de soleil et de lune, arrivées depuis l’ère vulgaire, dans l’Art de vérifier les dates. Du Vaucel, auteur de nombreux mémoires d’astronomie, prolongea le calcul jusqu’à l’an 2000, dans la troisième édition parue en 1783.

Clavius, qui fut témoin de l’éclipse de soleil du 21 août 1560 à Conimbre, nous dit que l’obscurité était, pour ainsi dire, plus grande, ou du moins plus sensible et plus frappante que celle de la nuit : on ne voyait pas où pouvoir mettre le pied, et les oiseaux retombaient vers la terre, par l’effroi que leur causait une si triste obscurité. A Paris, le 22 mai 1724, on vit le soleil, Mercure, Vénus, qui étaient sur le même alignement ; il parut peu d’étoiles à cause des nuages. La première petite partie du soleil qui se découvrit, lança un éclair subit et très vif, qui parut dissiper l’obscurité entière. Le baromètre ne varia point, le thermomètre baissa un peu. L’on vit autour du soleil une couronne blanche, mais pâle, dont on avait parlé dans l’Histoire de l’Académie, pour 1706.

Le roi Louis XV ayant désiré savoir s’il y aurait à Paris des éclipses totales dans l’espace de quelques années, du Vaucel fut invité à se livrer à cette recherche, et trouva que de 1769 à 1900, en 132 ans, il y aurait 59 éclipses de soleil à Paris ; aucune ne serait totale ; une seule annulaire, celle du 9 octobre 1847.

 

 Les éclipses totales sont des phénomènes importants pour les astronomes, jusqu’au XVIIIe siècle on ne les regarda que comme des phénomènes curieux, étonnants, capables d’inspirer la terreur. C’est ce qui causa, en 1764, la méprise de la Gazette de France, du lundi 19 mars, où l’on trouve l’article suivant, qui avait été envoyé par un curé de province :

« On craint que l’office du matin, qui doit se célébrer dans les différentes paroisses le dimanche premier avril prochain, ne soit troublé par la frayeur et la curiosité que peut exciter parmi le peuple l’éclipse annulaire du soleil ; on a cru qu’il ne serait pas inutile de rendre public l’avis suivant.

« Les curés, tant des villes que de la campagne, sont invités à commencer, plus tôt qu’à l’ordinaire, l’Office du quatrième dimanche du carême, à cause de l’éclipse totale du soleil qui, sur les dix heures du matin, ramènera les ténèbres de la nuit. Ils sont priés, en même temps, d’avertir le peuple que les éclipses n’ont sur nous aucune influence, ni morale, ni physique, qu’elles ne présagent et ne produisent ni stérilité, ni contagion, ni guerre, ni accident funeste, et que ce sont des suites nécessaires du mouvement des corps célestes, aussi naturelles que le lever ou le coucher du soleil, ou de la lune. »

Dans l’assemblée de l’Académie du 21 mars, l’on parla avec surprise de cette annonce : on ne concevait pas qu’il eût paru dans la Gazette de France, un avertissement où l’on confondait une éclipse annulaire avec une éclipse totale, et où l’on annonçait une obscurité entière, tandis que tous les almanachs avaient dû suffire pour prévenir la fausseté et l’inutilité de cette annonce, qui avait été démentie depuis longtemps, notamment par les Ephémérides de Lacaille.

Il fut décidé, dans l’Académie, que comme il restait encore dix jours avant l’éclipse du 1er avril, on ferait mettre dans la Gazette un avertissement contraire. Il parut en effet, cinq jours avant l’éclipse, dans les termes suivants : « Le sieur Cassini de Thury, de l’Académie Royale des Sciences, a présenté au Roi un Mémoire sur l’éclipse annulaire du soleil, du premier avril prochain. D’après les observations faites sur les dernières éclipses du soleil, tant annulaires que totales, il résulte que celle du premier avril ne ramènera pas les ténèbres de la nuit, comme on l’a dit dans l’avis inséré dans la Gazette du 19 de ce mois. »

Malgré cet avertissement, le bruit qui s’était répandu dans toute la France d’une éclipse totale, fit avancer l’office dans le plus grand nombre des paroisses. Même à Paris, l’impression y était formée, et l’on ne tenait nul compte du second avis publié. On avait distribué, dans la capitale, un nombre prodigieux d’exemplaires de deux cartes où l’astronome et mathématicienne Nicole-Reine Lepaute (1723-1788) avait tracé les phases de cette éclipse ; on y voyait expressément la figure du soleil débordant la lune tout autour : cela aurait bien dû suffire au public pour lui apprendre qu’il ne pouvait point y avoir d’obscurité, les plus simples éléments de l’astronomie suffisant au demeurant pour savoir qu’une éclipse ne peut être totale que sur un petit espace en largeur, la lune étant bien plus petite que la terre.

Vingt ans plus tard, on pouvait encore entendre reprocher aux astronomes qu’ils se trompaient quelquefois, puisqu’ils avoient annoncé (pour 1764) une éclipse totale qui n’avait pas eu lieu...

 

1764 : la Gazette de France
gourmandée par l’Académie des sciences
au sujet d’une éclipse de soleil
(D’après « Encyclopédie méthodique ou par ordre de matières.
Mathématiques. Tome premier », paru en 1784)

 

Source : La France Pittoresque


19/03/2015
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