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LE MONT ST MICHEL

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L’abbaye bénédictine du Mont-Saint-Michel a été officiellement fondée en 966. En 2016, à l’occasion de son 1050e anniversaire, la « Merveille de l'Occident » a retrouvé son caractère maritime.

Profitons de cet anniversaire pour découvrir la naissance du culte de saint Michel sur le mont et sur l’histoire et l’architecture de ce sanctuaire à nul autre pareil.

Olivier Mignon
 

Les origines

Nous connaissons les origines du culte de saint Michel au mont grâce au texte de la Revelatio ecclesiae sancti michaelis dont la bibliothèque municipale d'Avranches conserve plusieurs versions.

Icône de Saint Étienne dans l'église Saint-Étienne à Monastiraki, dans la région de Lasithi, Crète. L'encensoir dans la main droite symbolise le diaconat et sa main gauche est recouverte d'un drap rouge symbolisant le martyr.Cet écrit, sans doute rédigé sous le règne de Louis le Pieux (814-840) par un clerc montois, rapporte que le rocher, tout d’abord connu sous le nom de mont Tombe, était occupé par des moines avant que la dévotion à l’archange y fasse son apparition : « Autrefois des moines habitèrent ces lieux où existent maintenant encore deux églises bâties par la main des anciens. »

On ignore la forme de ces édifices. En revanche, un second texte rédigé au XIIe siècle en langue romane par Guillaume de Saint-Pair, le Roman du Mont Saint Michel, nous donne des informations sur leur situation et leur dédicace.

Le premier, élevé au sommet du rocher, était dédié au diacre Étienne, premier martyr de l'Église. Le second, consacré à saint Symphorien, martyrisé à Autun sous l'empereur Aurélien, se trouvait au pied du rocher.

L'îlot sauvage servait donc de retraite à des moines vraisemblablement rattachés à une abbaye établie au VIe siècle, à l'époque mérovingienne, au sud du Mont.

Une légende rappelle d’ailleurs que ces frères étaient ravitaillés par un religieux d’Astériac, aujourd’hui Beauvoir. Ce moine, averti par des signaux de fumée, chargeait un âne qui « précédé d'un guide invisible » portait jusqu'à eux « les ordres du Seigneur et les choses nécessaires. »

Troisième apparition de saint Michel à saint Aubert en 708, chromolithographie d’après une gravure du XIIe siècle, extraite d’E.-A. Pigeon, Description historique et monumentale du Mont Saint-Michel, Avranches, H. Tribouillard, 1865, Archives départementales de la Manche.

Le Mont-Saint-Michel est né d'un rêve

La première église dédiée à l'archange saint Michel sur le Mont aurait été entreprise en 708 par Aubert, évêque d'Avranches, sous le règne du roi mérovingien Childebert III (695-711), un lointain descendant de Clovis.

Saint Michel et saint Aubert, « Legenda aurea » (« La légende dorée »), Jacques de Voragine, dominicain et archevêque de Gênes, XIIIe siècle, Biblioteca Medicea Laurenziana, Florence, Italie. Premier ouvrage imprimé en langue française en 1476 à Lyon.Le texte de la Revelatio rappelle les circonstances légendaires de cette fondation : « Dans un temps, comme le prélat de la susdite ville d’Avranches s’était livré au sommeil, il fut averti par une révélation angélique de construire au sommet du lieu précité un édifice en l’honneur de l’archange, afin que celui dont la vénérable commémoration était célébrée au mont Gargan fût célébré avec non moins de ferveur au milieu de la mer. » Après avoir fait ce rêve à trois reprises, l’évêque gagne le mont pour y édifier un oratoire.

L’archange Michel, Abbatiale, bois polychrome XVe siècle.Ne sachant pas à quel endroit précis le construire, Aubert s’en remit à l’archange. Saint Michel lui affirma alors qu’il trouverait un taureau attaché en haut du rocher : l’église devait occuper l’aire foulée par l’animal.

Saint Aubert entreprit donc de bâtir une église d’une capacité d’une centaine de personnes inspirée par la grotte italienne du Mont Gargan (Pouilles) où le culte de l’Archange avait fait son apparition dès la fin du Ve siècle.

Deux religieux furent d'ailleurs dépêchés vers le sanctuaire italien afin de se procurer des « gages de l'archange Michel ». Un heureux hasard les fit revenir au Mont le 16 octobre 709, jour de la consécration de l’oratoire.

Aubert ne s'en tient pas à cette fondation. Il installa sur le mont douze religieux chargés du service divin et de l'accueil de ceux « qu'un amour ardent de la vertu emporte vers le ciel ».

Établie, selon un historien du XVIIe siècle, dans de petites cellules réparties autour de l'église primitive, cette première communauté, vraisemblablement composée de chanoines, reçut de l'évêque les villages de Genêts et de Huisnes pour assurer ses approvisionnements. L’eau lui était fournie par la fontaine Saint Aubert, miraculeusement découverte au nord du rocher.

La Fête de l'archange : le Mont-Saint-Michel, Très Riches Heures du Duc de Berry, les frères de Limbourg, XVe siècle, musée de Condé, Chantilly. Combat entre l'Archange saint Michel et le dragon au dessus du Mont-Saint-Michel, à marée basse.

Un sanctuaire breton puis normand

À l’époque carolingienne, en 867, le roi de Francie occidentale Charles le Chauve, dans l’impossibilité de défendre la totalité de son territoire contre les Vikings, cède le Cotentin et l'Avranchin aux Bretons par le traité de Compiègne. Le Mont-Saint-Michel qui se trouvait aux confins de la Neustrie devient donc breton.

La même année, l’itinéraire du moine Bernard mentionne le premier pèlerin connu de l’histoire du sanctuaire. Parti vers Rome puis vers le Mont Gargan, ce moine gagne Jérusalem avant de revenir en Francie et de rejoindre le Mont.

Un siècle plus tard, l’îlot, jusqu’alors connu sous le nom de mont Tombe, apparaît dans des textes clunisiens sous un nouveau nom : le Mont Saint-Michel au péril de la mer.

Le Mont-Saint-Michel au nord-ouest à la fin du Xe siècle, illustration de Paul Gout (1852-1923), architecte en chef du Mont-Saint-Michel à partir de 1898 : « Le Mont-Saint-Michel ; histoire de l'abbaye et de la ville ; étude archéologique et architecturale des monuments », 1912, Bibliothèque de l'École des chartes, Paris.

 

En 911, le traité de Saint-Clair-sur-Epte conclu entre le roi de France, Charles le Simple et un chef normand d'origine norvégienne prénommé Rolf, donne naissance à la Normandie, la terre des hommes du Nord, tout d'abord constituée par les diocèses de Rouen et d'Evreux.

Rolf rebaptisé Rollon n'entend pas en rester là. Quelques années plus tard, il étend son pouvoir plus à l'Ouest en s'emparant des diocèses de Bayeux et de Sées. En 933, Guillaume Longue-Epée, fils et successeur de Rollon ajoute aux possessions de son père, le Cotentin et l'Avranchin repris aux Bretons.

Le drapeau normand sur les remparts du village du Mont-Saint-Michel.Le Mont-Saint-Michel passe alors sous contrôle normand comme le rappelle encore le drapeau que l'on voit flotter sur les remparts du village : composé de deux léopards d’or passants sur champ de gueule (rouge), ce sont les couleurs du duché.

La création du monastère bénédictin

Après la fondation de la Normandie, les abbayes qui avaient comme Jumièges particulièrement souffert des raids vikings sont progressivement restaurées.

Les religieux retrouvent les monastères qu'ils avaient désertés en emportant avec eux les saintes Écritures et les précieuses reliques dont ils avaient la garde. De nouvelles communautés voient également le jour. Il en est ainsi au Mont-Saint-Michel.

En 965, Richard Ier (942-996), petit-fils de Rollon, décide de confier le sanctuaire à des moines bénédictins. Partis de l'abbaye de Fontenelle aujourd’hui nommée Saint-Wandrille (Seine-Maritime), douze frères placés sous la direction de l'abbé Maynard Ier (965-991) s’installent au mont.

Crâne dit de saint Aubert, Église Saint-Gervais d'Avranches.Les derniers chanoines sont « invités » à quitter le rocher pour laisser la place à la nouvelle communauté.

La fondation de l’abbaye bénédictine du Mont est confirmée en 966 par un acte officiel du roi des Francs Lothaire (954-986). 

Les premiers bénédictins s’installent tout d’abord dans les cellules laissées par leurs prédécesseurs.

C’est dans l’une de ces cellules qu’ils découvrirent miraculeusement, au début du XIe siècle, un mystérieux crâne percé d’un trou immédiatement considéré comme celui d’Aubert, l’évêque fondateur. Ce crâne est toujours visible dans l’église Saint-Gervais d’Avranches. 

Miquelots et chemins du paradis

À cette époque, la communauté du Mont est en pleine expansion. Attirés par le prestige tant spirituel qu'intellectuel du rocher, de nouveaux religieux se présentent aux portes de l'abbaye pour y être admis, portant le nombre des moines à cinquante.

Statue de pèlerin, Scriptorial d’Avranches.Le sanctuaire du Mont, célèbre pour ses miracles, est également visité par de très nombreux pèlerins. Des structures d'accueil et des sanctuaires de moindre importance apparaissent le long des itinéraires qu’ils empruntent. Ce sont les « chemins montois » ou « routes du paradis ». Le premier d’entre eux, mentionné en 1025, traverse le pays d'Auge.

Parvenus au terme de leur route, les « miquelots » devaient attendre la marée basse pour rejoindre l'îlot à pied à travers les sables de la baie. Cette traversée périlleuse à cause des sables et du flot menaçant était également riche de sens.

Les pèlerins retrouvaient en franchissant les eaux la symbolique du baptême, ou songeaient à la traversée de la mer Rouge, regardant le Mont comme une image médiévale de la Jérusalem céleste. Certains ont même vu dans cette traversée une métaphore de la montée des âmes vers le ciel sur un chemin semé d’embûches.

Une fois au Mont, les miquelots cherchaient gîte et couvert dans les quelques auberges du village prêtes à les accueillir au pied du sanctuaire. Après un repos bien mérité, les pèlerins montaient visiter l'abbaye, y accomplissaient leurs dévotions, et approchaient les saintes reliques dans le respect des règles imposées par les moines.

Chœur de l'abbatiale, Mont-Saint-Michel.

La construction de l’abbaye romane : un chantier spectaculaire

En 1023, tandis que la France se pare, selon l'expression du moine clunisien Raoul le Glabre, d'une « blanche robe d'églises », l'abbé Hildebert II (1017-1023) entreprend de construire au Mont-Saint-Michel, une abbaye adaptée aux besoins de la communauté bénédictine et des pèlerins. L'édification d'une église plus prestigieuse coïncide probablement avec « l'invention miraculeuse » du crâne présumé de l'évêque Aubert, fondateur du sanctuaire.

Salle de l'Aquilon, ancienne aumônerie, XIe siècle, Mont-Saint-Michel.Cet extraordinaire chantier dura plus de 60 ans de 1023 à 1085. Faute de textes anciens, les opérations de construction sont mal connues. On ignore en particulier le nom des maîtres d’œuvre probablement issus du monde religieux.

Les blocs de granit nécessaires à la construction viennent des îles Chausey que les moines reçurent des mains du duc Richard II (996-1026) en 1022.

Pour parvenir au Mont, la roche était transportée sur des chalands à fond plat lors des grandes marées, avant d'être hissée au niveau du chantier, à près de 80 mètres d'altitude, grâce à des rampes et des monte-charges en bois connus sous le nom de cage à écureuil. 

Une église de 80 mètres de long en forme de croix latine est alors entreprise au sommet du rocher.

Côté sud de la nef de l'abbatiale, Mont-Saint-Michel.

L’espace en haut de l’ilot étant particulièrement réduit, les constructeurs furent dans l’obligation de construire des cryptes voûtées tout d’abord sur le flanc est, puis sur les flancs nord et sud de la colline pour soutenir les bras de l'abbatiale.

La chapelle carolingienne Notre-Dame-sous-Terre, vestige de l’abbaye pré-romane à l’ouest du sommet, fut remaniée pour servir de soubassement à la nef de l’église. Le chœur de l’abbatiale fut terminé en 1048.

Le transept saillant de l’édifice était achevé dix ans plus tard sous l’abbatiat de Raoul de Beaumont (1048-1060).

Enfin, le chantier de la nef composée de sept travées flanquées de bas-côtés prit fin vers 1084.

Simultanément, l’abbé Ranulphe ou Renouf de Bayeux (1063-1085) fit construire ce que l’on appelle le monastère roman sur le flanc nord-ouest du rocher.

Promenoir des moines, XIe siècle, Mont-Saint-Michel.Les principaux vestiges tels que la salle de l’Aquilon, ancienne aumônerie au rez-de-chaussée, le promenoir des moines au premier niveau et le dortoir de la communauté tout contre l’abbatiale, caractérisent une construction tout à fait particulière.

Les autres monastères bénédictins sont en effet construits en terrain plat. Les salles sont donc organisées à l’horizontale autour d’un cloître, conformément aux modèles déjà élaborés à l’époque carolingienne (plan du monastère de Saint-Gall vers 820).

Au Mont-Saint- Michel, un tel schéma était impraticable. Confrontés à l’exiguïté du terrain, les bâtisseurs ont repensé le plan traditionnel des abbayes bénédictines pour élever les salles les unes au-dessus des autres sur trois niveaux. Ils ont ainsi rendu ce monastère bénédictin si différent de ses homologues qu’il en est devenu unique en son genre.

Cloître, Mont-Saint-Michel.

Vie monastique et contraintes politiques

Dans l'abbaye, la vie est rythmée, à l’instar des autres monastères, par le cycle des offices et des messes.

Le Mont-Saint-Michel adopte sous la direction de l'abbé Suppo (1033-1048), proche du grand réformateur Guillaume de Volpiano, certains des principes liturgiques en usage dans la grande abbaye bourguignonne de Cluny.

Chapelle saint Martin, XIe siècle, Mont-Saint-Michel.Mais l'abbaye montoise attachée à son indépendance n'intègre pas pour autant l'ordre clunisien que rejoignait alors toute une constellation de monastères.

À l’époque romane, les ducs de Normandie qui ont largement favorisé l'expansion du Mont, s’immiscent dans la vie du monastère pour mieux le contrôler. Avec une manœuvre imparable : imposer leurs propres candidats à la tête de l'abbaye. 

Au XIe siècle, sur huit abbés, deux seulement ont été désignés par leurs pairs, cinq sont choisis par le prince, et le sixième, élu par les moines, obtient la confirmation de sa charge en versant une forte somme au duc Guillaume.

Contraires à la règle de saint Benoît, ces pratiques très répandues sont à l'origine de la réforme du pape Grégoire VII qui souhaitait rétablir l'indépendance de l'Église.

Mais le pouvoir temporel ne l'entend pas ainsi. Dans la première moitié du XIIe siècle, les trois abbés sont choisis par Henri Ier Beauclerc. En 1149, la communauté choisit elle-même son supérieur.

La réaction du jeune duc Henri II Plantagenêt (1150-1189) ne se fait pas attendre : il fit saisir tous les biens de l'abbaye ! L'affaire est portée devant le pape. Finalement, un nouvel abbé fut nommé avec l’approbation ducale.

Scriptorium présumé, Mont-Saint-Michel.

Un scriptorium de tout premier ordre

Le chantier titanesque au sommet du rocher et les crises liées à la succession des abbés, n'empêchèrent pas les moines de se livrer à leurs activités spirituelles et intellectuelles.

Le Mont-Saint-Michel vu du parvis de l’abbatiale.Les années qui vont de 1050 à 1080, correspondant à l’époque prospère du règne de Guillaume le Conquérant (1035-1087), peuvent même être considérées comme les plus productives du scriptorium, le centre d'études et de copie montois.

Les livres réalisés par la suite atteindront rarement le nombre, le degré de beauté et d'invention des manuscrits écrits et enluminés du XIe siècle.

Déjà sanctuaire de premier plan, le Mont devient, à l'instar des prestigieuses écoles d'Avranches et du Bec-Hellouin, un lieu de haute culture où se côtoient intellectuels, copistes, enlumineurs et traducteurs.

Au XIIe siècle, malgré les troubles politiques qui affectent le duché, l'abbaye du Mont-Saint-Michel atteint son apogée et de nouveaux bâtiments voient le jour au nord du rocher sous l'abbatiat de Roger II (1106-1123).

Le mascaret vu de la terrasse ouest du Mont-saint-Michel.Sous la direction du grand Robert de Torigny (1154-1186), proche d’Henri II Plantagenêt, la communauté atteint le nombre de 60 moines. L'abbé Robert enrichit de 140 volumes la collection de l'abbaye désormais surnommée « Cité des Livres » et essaie de recouvrer ses biens spoliés par les seigneurs de la région.

Cette gloire transparaît également dans les nombreuses constructions entreprises dans la deuxième moitié du XIIe siècle et qui achèveront de donner au monastère roman sa physionomie définitive : hôtellerie, logis abbatial, façade à deux tours de l’église…

Cette période brillante peut à juste titre être considérée comme celle de l’apogée de l’histoire du monastère bénédictin du Mont.

Pignon oriental de la Merveille, Mont-Saint-Michel.

Décadence et Renaissance

Les premières difficultés surgissent au XIIIe siècle. En avril 1204, le capitaine breton Guy de Thouars allié du roi de France Philippe Auguste incendie le village du Mont. Le feu qui se propage au nord du rocher dévaste les bâtiments érigés au XIIe siècle par l’abbé Roger II.

Mur nord de la Merveille, Mont-Saint-Michel.Guillaume le Breton, chapelain du roi de France, rappelle dans La Phillipide que le souverain, devenu maître de la Normandie, remit aux religieux 20 000 livres tournois pour réparer cet incident.

Ils purent ainsi construire, sans doute entre 1211 et 1228, ce que l’on appelle aujourd’hui la Merveille contre le flanc nord du rocher. La communauté qui peine à recruter de nouveaux membres est alors réduite à quarante frères, nombre qui tombe même à une vingtaine de membres au siècle suivant.

Abbaye du Mont-Saint-Michel, le châtelet, Pierre Le Roy, XVe siècle.La guerre de Cent Ans fut sans doute la plus terrible épreuve endurée par les bénédictins du Mont. Les Anglais qui s’installèrent à Tombelaine à seulement 3 kilomètres du rocher firent le siège puis le blocus de la place afin d’obtenir sa reddition.

Les abbés nommés capitaines du mont prennent alors en charge la fortification de l’abbaye. Pierre le Roy (1386-1410) fit ainsi construire une barbacane (cour fortifiée), un châtelet au-devant de la porterie de l’abbaye et une tour pour loger la garnison chargée de la protéger, la tour Perrine.

Après la bataille d’Azincourt (1415), c’est au tour du village particulièrement vulnérable d’être défendu par les remparts et les tours qui le ceinturent encore. Le Mont est alors la seule place forte normande restée fidèle au roi de France. En 1421, le chœur roman de l’abbatiale s’effondre privant les moines de la partie la plus importante de leur église. 

Bombarde anglaise de 1434, Cour de l'avancée, Mont-Saint-Michel.En 1434, les anglais menés par Thomas de Scales sont sur le point de conquérir la place avant d’être finalement rejetés à la mer. 

À la fin de la guerre de Cent Ans, l’îlot placé sous la protection de l’archange, protecteur des Valois, devient ainsi un symbole de loyauté, de résistance et de victoire. Le roi Louis XI, fondateur de l’ordre de saint Michel (1469), visite le sanctuaire à trois reprises. Il y envoie les premiers prisonniers à la charge des moines.

L’institution de la commende qui laisse à des abbés peu scrupuleux la jouissance des biens du monastère entraîne comme dans les autres abbayes françaises la décadence de la vie communautaire.

Les frères qui ne sont plus dirigés sur place que par un prieur ont tendance à se relâcher. Ne dit-on pas qu’ils portent de la soie ou de la dentelle, mangent dans de la vaisselle d’argent ou entretiennent des chiens pour chasser sur leurs terres ? Un pèlerin de passage, Dom Louis de Camps, prétend même que les frères ne parviennent même plus à lire le français !

En 1622, l’abbaye, tout d’abord proposée à l’ordre de l’Oratoire, échut à l’ordre des bénédictins réformés de Saint-Maur. Les Mauristes s’y maintinrent jusqu’à la révolution française et l’abolition des vœux monastiques en 1790.

Le Mont-Saint-Michel et ses prisonniers, gravure anonyme extraite de l'ouvrage « L'Univers - collection des vues les plus pittoresques du globe » de Jules Janin, éd. 1840.

Devenue prison pour prêtres réfractaires puis maison centrale par décret impérial, l’abbaye connut une brève renaissance spirituelle avec les pères de Saint-Edme-de-Pontigny qui s’y installent en 1867.

Leur bail n’étant pas renouvelé en 1886, il fallut attendre les fêtes du millénaire monastique de l’abbaye en 1965-1966 pour que des moines reviennent, le temps des célébrations, animer les lieux.

Le père Bruno de Senneville venu de Bec Hellouin obtint à l’issue de cet anniversaire de pouvoir s’installer à demeure dans l’ancien monastère. Après y avoir passé plusieurs années seul, il devint le prieur d’une petite communauté à l’origine du véritable renouveau spirituel au Mont.

Le jour de la saint Jean, en 2001, douze membres des fraternités monastiques de Jérusalem sont venus à leur tour s’installer dans les murs de l’ancienne abbaye bénédictine du Mont-Saint-Michel.

Les fraternités continuent aujourd’hui d’accueillir visiteurs et pèlerins désireux de se recueillir à l’instar des anciens miquelots au sommet de l’îlot.

L’histoire de l’abbaye du Mont-Saint-Michel reste moins bien connue que celle d’autres célèbres abbayes bénédictines ou cisterciennes. La destruction des archives départementales de Saint-Lô en juin 1944 nous a, en effet, privé d’un grand nombre de documents essentiels à l’appréhension du site et de son passé. Mais que cela ne nous prive pas du bonheur d’arpenter ses ruelles et ses escaliers.

Village du Mont-Saint-Michel vu du Châtelet de Pierre le Roy.



Source : Hérodote
 
L'auteur : Olivier Mignon

Olivier MignonOlivier Mignon a comblé sa passion de jeunesse pour les vieilles pierres en devenant guide conférencier du Centre des Monuments Nationaux puis en approfondissant sa formation en histoire de l'Art à l’École du Louvre et à l’Institut d’Art de la Sorbonne.

Il a à ce jour accompagné une centaine de croisières en qualité de conférencier et publié de nombreux ouvrages consacrés au patrimoine architectural.



16/01/2017
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