Bienvenue dans mon Univers

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RETROSPECTIVE DE 2016

Les événements les plus représentatifs de l'année 2016, en France et dans le monde, du plus tragique au plus léger.
 
La Corée du Nord teste la bombe à hydrogène (6 janvier 2016)

 

Les autorités nord-coréennes affirment avoir effectué un quatrième essai nucléaire dans leur site souterrain de Punggye-ri.

Il ne s'agirait plus cette fois-ci d'une bombe atomique ordinaire mais d'une bombe thermonucléaire ou bombe H.

De quoi inquiéter ses proches voisins sud-coréens et japonais... Mais les experts scientifiques se montrent sceptiques sur la réalité de l'essai.

 

L'Iran de retour dans le concert des nations (16 janvier 2016)

 

Après avoir conclu un accord sur le nucléaire iranien en juillet 2015, l'Union européenne et les États-Unis lèvent l'embargo économique qui pesait sur l'Iran depuis dix ans. Cette décision marque le retour en force de la République islamique dans la géopolitique régionale, comme alliée de la Russie et du régime syrien face à la coalition sunnite pilotée par l'Arabie séoudite.

L'Iran a accepté le contrôle international de ses installations nucléaires par un accord conclu à Genève, le dimanche 24 novembre 2013, avec les membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU ainsi que l'Allemagne.

Cet accord a été confirmé le 14 juillet 2015 à Vienne au terme de laborieuses tractations destinée à rassurer les autocraties arabes et le gouvernement israélien. En échange, l'Iran a obtenu la levée des sanctions économiques qui entravent son développement à dater du 16 janvier 2016.

Vers un renversement des alliances

L'accord de Genève doit en premier lieu libérer les potentialités économiques de l'Iran en levant l'embargo dont il est victime. Avec ses ressources en pétrole, quatre-vingt millions d'habitants, une main-d’œuvre nombreuse et une jeunesse très bien formée, attendons-nous à un spectaculaire bond en avant qui va renvoyer à leurs archaïsmes les monarchies pétrolières du Golfe.

En second lieu, l'accord gomme plusieurs décennies de malentendus et de rendez-vous manqués entre l'Iran  et l'Occident . Par ses implications géopolitiques, avec le revirement des États-Unis en faveur de l'Iran et au détriment des monarchies arabes, il restera sans doute comme le plus important acte diplomatique de ce début du siècle, avec des conséquences bénéfiques pour le Moyen-Orient ainsi que pour la paix et la lutte contre le terrorisme.

Ne nous attardons pas sur son aspect technique. L'essentiel est qu'il traduit la volonté commune de l'Iran et des États-Unis de normaliser enfin leurs relations. Les États-Unis y tiennent d'autant plus qu'ils ont  besoin de l'Iran chiite et de son affidé, le président irakien, pour repousser les djihadistes qui se sont emparés de Mossoul avec l'aide des monarchies arabo-sunnites du Golfe.

Grandeur de la civilisation persane

Pendant plus de deux millénaires, le Moyen-Orient a vécu sous la prédominance culturelle et politique de la Perse, un héritage de Cyrus le Grand (VIe siècle av. J.-C.).

À peine la Perse a-t-elle été conquise par les cavaliers musulmans surgis de la péninsule arabique qu'elle s'en est émancipée pour prendre le pouvoir au sein du califat de Bagdad . Et pour mieux marquer sa singularité, elle a adopté un islam schismatique, le chiisme duodécimain.

Depuis lors, les Perses ou Iraniens constituent l'une des trois grandes composantes ethniques du Moyen-Orient, au côté des Turcs et des Arabes, avec des ressources culturelles nettement plus performantes : ainsi le style Persan s'est-il diffusé du Tigre au Gange à la grande époque des  Séfévides ou Safavides .

Rendez-vous manqués Iran-Occident

Au XIXe siècle, sous la dynastie turque des Qadjars, la Perse tombe dans l'oubli. Sa capitale est transférée de la bellissime Ispahan à Téhéran, une bourgade sans intérêt des bords de la Caspienne.

Émus par la défaite de la Russie face au Japon en 1905, quelques intellectuels décident de se remuer. Ils imposent au souverain, le 6 août 1906, la convocation d'une assemblée nationale constituante. Un Parlement (Majlis) entre en fonction à la fin de l'année. C'est le premier Parlement du Moyen-Orient. Ainsi les Iraniens prennent-ils de vitesse leurs voisins turcs qui ne feront leur révolution qu'en 1908 !

Las, c'est le moment où Anglais et Russes s'intéressent à eux. Par l'accord du 31 août 1907, ils se partagent le pays en zones d'influence et mettent un terme à l'aventure libérale. Leur intérêt s'accroît brusquement avec la découverte le 26 mai 1908 d'un gisement de pétrole ! L'année suivante est créée l'Anglo-Iranian Oil Company.

Ce premier rendez-vous manqué avec l'Occident met fin à l'isolement de la Perse.

Le 31 octobre 1925, avec le soutien du clergé chiite, un officier se fait couronner sous le nom de Reza Chah Pahlévi . Dix ans plus tard, la Perse change de nom officiellement et devient l'Iran.

Le nouveau chahinchah (« Roi des Rois ») modernise à marches forcées le pays suivant l'exemple du Turc Moustafa Kémal. Mais il n'a pas la « chance » comme ce dernier de mourir avant la Seconde Guerre mondiale. Sa sympathie pour Hitler lui vaut d'être renversé en 1941 par les Anglais qui le remplacent par son fils Mohammad.

L'Iran va-t-il enfin retrouver la place qui lui est due dans le concert des nations, eu égard à sa longue et prestigieuse Histoire ? C'est compter sans l'avidité des Anglo-Saxons... Le 19 août 1953, le Premier ministre du chah d'Iran,  Mohammad Mossadegh  (73 ans), est démis de ses fonctions par les militaires, appuyés par les services secrets anglo-Saxons : la CIA américaine et le M16 britannique. Ces derniers l'accusent d'être à la solde des Soviétiques mais lui reprochent en fait d'avoir nationalisé les gisements pétroliers d'Iran et exproprié la puissante Anglo-Iranian Oil Company.

La compagnie est rebaptisée tout simplement British Petroleum (BP) et tout rentre dans l'ordre. Le jeune chah est désormais une marionnette entre les mains de ses « protecteurs ».

Ce deuxième rendez-vous manqué avec l'Occident va nourrir de profonds ressentiments chez les Iraniens et chez le chah lui-même, qui rejoint sans barguigner le mouvement de boycott des pays exportateurs de pétrole, après la guerre du Kippour, en 1973.

Cela ne lui ramène pas la faveur des Iraniens, tant des libéraux que des religieux. Les uns et les autres se coalisent et, à la suite du  "Vendredi noir (8 septembre 1978), le contraignent à l'exil.

L'ayatollah Khomeiny s'installe au pouvoir et évince les libéraux et les démocrates, privés du soutien des Occidentaux. En rupture avec la tradition chiite, qui prône la séparation de la religion et de la politique, il s'érige en « Guide Suprême » de la nouvelle République islamique d'Iran. Il exporte la révolution dans l'« arc chiite » du Moyen-Orient. C'est ainsi qu'est fondé le Hezbollah, en 1982, au Liban.

Les Occidentaux et en premier lieu les Américains s'opposent de toutes leurs forces au nouveau cours des choses et leurs menaces amènent la population à faire bloc autour du clergé. En 1980, la coalition des Américains et des monarchies arabes va sauver le régime des ayatollahs... de même que la coalition des souverains européens contre la France en 1792 a entraîné un raidissement de la Révolution et la Terreur.

Avec un cynisme rarement égalé, les démocraties occidentales ainsi que l'Union soviétique et les monarchies pétrolières du Golfe encouragent l'Irak de Saddam Hussein à  envahir l'Iran. Il s'ensuit huit ans d'une guerre excessivement meurtrière (plusieurs millions de morts). L'Iran fait front avec un seul allié... Israël ! Au nom du précepte selon lequel les ennemis de mes ennemis sont mes amis.

C'est le troisième rendez-vous manqué entre l'Iran et l'Occident.

Dans la foulée, abandonné par ses alliés, Saddam Hussein tente de se rembourser de ses frais en envahissant le Koweit  en 1991. Mais les Arabes et les Occidentaux, qui ont du cynisme à revendre, agressent l'Irak à leur tour.

En Iran, en 1989, Khamenei succède à Khomeiny dans la fonction de « Guide Suprême ». Avec une habileté déconcertante, il consolide le pouvoir du clergé en dépit de l'occidentalisation très rapide des mœurs et de la désaffection des mosquées, dans un mouvement contraire de celui du reste de l'islam.

Notons qu'en Iran, les filles sont plus nombreuses que les garçons dans les Universités et que l'indice de fécondité y est plus faible qu'en France (1,85 enfant par femme). Le cinéaste Asghar Farhadi (Une séparation, Oscar du meilleur film étranger en 2012) témoigne de la modernité de la société iranienne.

Surviennent alors les attentats du 11 septembre 2001. Ils sont perpétrés par des Arabes sunnites financés en sous-main par les Séoudiens, en théorie alliés de l'Occident.

Mais ces subtilités échappent au président américain George Bush Jr qui range l'Iran dans l'« Axe du Mal » au prétexte que ce pays voudrait se doter de l'arme nucléaire alors qu'il a signé le traité de non-prolifération nucléaire (TNP), en 1968, à l'initiative du shah.

Notons à ce propos que l'Inde et le Pakistan ont pu se doter de l'arme nucléaire sans provoquer d'esclandre parce qu'ils n'avaient pas, eux, commis l'imprudence de signer ledit traité TNP !...

Tandis que George Bush Jr diabolise une nouvelle fois l'Iran, le président Khatami, impatient de hisser son pays dans le club des grandes puissances, plaide pour le « dialogue des civilisations ». Le 18 décembre 2003, pour prouver sa bonne volonté, la République islamique d'Iran signe le protocole additionnel du traité de non-prolifération nucléaire qu'on lui reproche aujourd'hui de ne pas respecter.

Mais cette concession ne résout rien. Le président Bush Jr tout comme le président Sarkozy et son ministre Bernard Kouchner redoublent d'invectives à l'égard de l'Iran et le menacent de frappes militaires. Ils sont rejoints par les gouvernants israéliens qui se retournent contre leur ancien allié.

Contre tout bon sens, le nouvel homme fort de Jérusalem, Benyamin Netanyahou, fait valoir le risque d'une attaque nucléaire contre Israël. Hypothèse absurde car une bombe atomique ferait potentiellement plus de victimes chez les musulmans du Proche-Orient que chez les Juifs eux-mêmes et, surtout, l'on voit mal ce que les Iraniens chiites et républicains auraient à gagner à débarrasser leurs ennemis, les monarchies  arabes sunnites, de l'épine israélienne.

Faut-il alors s'étonner que les Iraniens, sevrés d'humiliations et décidément incompris, élisent à la Présidence de la République, en 2005, non pas le candidat de la modernité Rafsandjani, favori des pronostics, mais l'improbable Ahmadinejad, un trublion habité par la haine des États-Unis et des juifs ?

Ainsi l'Occident a-t-il manqué une quatrième fois son rendez-vous avec l'Iran.

Mauvaise pioche

De ce qui précède, il apparaît que l'Iran a été marginalisé tout au long du XXe siècle par les Occidentaux qui lui ont préféré les monarchies arabes du Golfe Persique, bien qu'étant le pays culturellement le plus avancé du Moyen-Orient.

Ainsi, en février 1945, au retour de la  conférence de Yalta , le président Roosevelt, à l'agonie, trouva le temps d'une halte à Suez pour rencontrer le roi Ibn Séoud et lui offrir sa « protection » en échange d'une cession des gisements pétroliers aux compagnies américaines.

Cette alliance contre nature entre la démocratie américaine et une monarchie adepte de la doctrine religieuse la plus attardée qui soit, le wahhabisme, a certes profité aux grandes compagnies pétrolières, les Sept Sœurs. Mais elle a aussi nourri le terrorisme islamiste et les attentats du 11-Septembre comme ceux de Londres et Madrid.

En finançant avec les royalties du pétrole le prosélytisme dans les banlieues occidentales et dans les pays pauvres d'Afrique et d'Asie tout comme les Frères Musulmans en Égypte, nos « amis » d'Arabie, du Quatar et des Émirats ont également déstabilisé de nombreuses sociétés. Ces déconvenues devraient être désormais reléguées dans le passé avec l'accord de Genève, qui exprime un revirement radical de la diplomatie américaine et réintroduit l'Iran dans le concert des nations.

Les conséquences de l'accord de Genève

On peut espérer enfin un peu de clarté dans cet « Orient compliqué » (de Gaulle), désormais dominé par l'Iran et la Turquie, deux grands États de 80 millions d'habitants, stables, modernes et alliés des États-Unis. 

Avec l'arrivée du pétrole iranien dans leurs raffineries, les Occidentaux vont pouvoir se libérer de leur dépendance à l'égard des monarchies du Golfe, de l'Arabie Saoudite comme du Quatar. Nul ne s'en plaindra et tant mieux s'il s'ensuit dans ces pays-là un sort meilleur pour les femmes et les travailleurs originaires du monde indien. Ramenés à leur véritable place, peut-être les autocrates du Golfe s'en tiendront-ils aux casinos de la Côte d'Azur et du Liban et délaisseront-ils les champs de bataille de la Syrie, du Sahel ou de la Centrafrique ?

Les régions arabophones communautarisées du Liban, de la Syrie et de l'Irak vont demeurer longtemps encore des lieux de tensions et d'affrontements, y compris entre les chiites pro-iraniens et les sunnites pro-arabes. Mais la tutelle conjointe de l'Iran et des États-Unis devrait limiter les débordements hors de ladite zone.

La guerre civile  qui meurtrit la Syrie est à un tournant avec la réhabilitation de l'Iran. Après la résolution de l'ONU du 28 septembre 2013 sur la destruction des armes chimiques, sous l'égide de la Russie et avec l'accord des Américains, les Occidentaux et bien sûr les monarchies du Golfe ont entamé à Genève des discussions avec le président Assad et ses alliés, à savoir la Russie, l'Iran et le Hezbollah libanais.

Tout change également pour Israël . L'État hébreu a bénéficié du soutien inconditionnel des États-Unis depuis sa fondation, en 1948. Ce soutien lui a fait défaut pour la première fois dans la gestion de la crise iranienne par Washington. Exclu des conversations de Genève, il est désormais renvoyé à ses affaires domestiques, dans le cadre restreint de la bande littorale qui s'étend entre le Jourdain et la Méditerranée.

Son différend avec les Palestiniens n'intéresse plus grand monde, en Europe comme au Moyen-Orient, où prédominent désormais les conflits entre sunnites et chiites et, au sein du monde arabo-sunnite, entre djihadistes et modérés. Peut-être, un jour prochain, les Russes se substitueront-ils aux Américains comme allié privilégié de l'État hébreu, eu égard à la minorité russophone très importante dans ce pays ? 

Bras de fer sur des centrifugeuses

L'accord de Genève clôt dix années de tensions nées de l'affirmation par Téhéran de développer ses recherches nucléaires et de l'opposition de Washington et Jérusalem à ce qui pouvait être interprété comme un premier pas vers l'obtention de la Bombe.

Il doit beaucoup à l'engagement du président américain Barack Obama et de son Secrétaire d'État John Kerry, qui ont négocié en secret pendant plusieurs mois avec leurs homologues iraniens, le nouveau président Hassan Rohani et son ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif. Il a aussi permis à l'Allemagne et à l'Union européenne, représentée par l'ineffable Lady Ashton puis par Federica Mogherini, de faire pour une fois acte de présence.

La France, partie prenante des négociations de Genève avec les autres membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU (États-Unis, Royaume-Uni, Russie et Chine) et l'Allemagne, a opposé son veto au premier texte de l'accord, début novembre, considérant qu'il était trop laxiste et pouvait de ce fait justifier des frappes préventives d'Israël sur les installations nucléaires iraniennes, notamment le réacteur à eau lourde en construction à Arak. Cette fermeté du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a, semble-t-il, payé...

L'accord du 23 novembre 2013 débute sur la promesse formelle de Téhéran qu'« en aucune circonstance, l'Iran ne cherchera à développer ni ne développera une arme nucléaire ». Par l'accord de Vienne du 14 juillet 2015, l'Iran s'engage à réduire de 19.000 à 5060 le nombre de centrifugeuses, pour l'enrichissement de l'uranium en vue de la fabrication d'une bombe atomique.

 
Le virus Zika envahit l'Amérique latine (20 janvier 2016)

 

Selon un communiqué de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), trois à quatre millions de personnes ont été contaminées dans les douze mois précédents avec, pour les femmes enceintes, le risque de donner naissance à des nourrissons microcéphales.

 

« Déclaration de la Havane » (12 février 2016)

 

Le pape François et le patriarche Cyrille de Moscou se sont rencontrés à La Havane (Cuba) pour plaider la cause des chrétiens d'Orient et demander à Dieu « qu'il protège sa création de la destruction et ne permette pas une nouvelle guerre mondiale ! »

L'intelligence artificielle surpasse le génie humain (12 mars 2016)

 

AlphaGo remporte une victoire écrasante sur Lee Sedol, 18 fois champion du monde du jeu de Go ! Le nouveau champion est un programme d'intelligence artificielle mis au point à Londres par Deepmind, une filiale de Google, qui promet de le rendre encore plus performant. Désespérant !

 

Accord Turquie-UE sur les migrants (18 mars 2016)

 

Entré en vigueur début avril, l’accord prévoit le retour en Turquie de tous les migrants arrivés après le 20 mars sur les îles grecques de la mer Égée. En retour, la Turquie se voit promettre une aide financière de six milliards d’euros, une libéralisation des visas pour ses ressortissants et la reprise des négociations d’adhésion à l’UE : des contreparties irréalistes pour un résultat nul. Si les flux de migrants via la mer Égée ont pratiquement cessé, ils ont par contre bondi en Méditerranée, au départ de l'Égypte et de la Libye avec de nouveaux flux de migrants illégaux en provenance d'Afrique noire et dirigés vers l'Italie et la France.

L'accord avec la Turquie a été négocié par la chancelière allemande sous la pression de son opinion publique, laquelle s'est retournée contre les migrants après les violences sexuelles commises par quelques centaines de jeunes réfugiés dans la nuit de la Saint-Sylvestre, à Cologne. Comme en août 2015, quand elle a annoncé son intention d'accueillir un million de réfugiés, Angela Merkel a agi de sa propre initiative, sans en référer à ses homologues européens.

 

 

Bruxelles frappée par le terrorisme (22 mars 2016)

 

Trois attentats quasi-simultanés frappent l'aéroport et le métro de la capitale belge. On dénombre 32 morts et pas moins de 340 blessés. Basés à Molenbeek, dans la banlieue de Bruxelles, les terroristes avaient d'abord projeté de sévir à Paris avec des voitures piégées mais l'arrestation de leur complice Salah Abdeslam les avait conduits à se rabattre sur Bruxelles.

Notons que Molenbeek était encore présentée en 2012 comme un modèle d'intégration grâce au droit de vote accordé aux étrangers aux élections locales

 

« Panama Papers » (3 avril 2016)

 

Plus de onze millions de documents confidentiels sont livrés aux journaux du monde entier. Ils révèlent l'existence d'un système massif de fraude fiscale au départ d'un cabinet panaméen, Mossack Fonseca.

Organisée par une institution américaine, cette fuite met en cause des sommités et des dirigeants de toute la planète, à l'exception remarquable des États-Unis... preuve que le gouvernement de Washington contrôle encore très bien les réseaux panaméens.

 

Tuerie de masse à Orlando (Floride) (12 juin 2016)

 

Un Américain de 29 ans d'origine afghane, se revendiquant de l'État islamique, tire à vue dans une boîte de nuit de la communauté homosexuelle. Cinquante personnes sont tuées, dont l'auteur du carnage. Il s'agit de la pire fusillade de l'histoire des États-Unis.

 

Les électeurs anglais défient l'Union européenne et les prophètes de mauvais augure (23 juin 2016)

 

Les Britanniques ont dit non à l'Union de Maastricht à 52%. Dès l'annonce des résultats, le Premier ministre David Cameron a pris acte de son échec personnel et annoncé sa démission en se gardant de critiquer le choix majoritaire de ses concitoyens.

C'est la preuve que la démocratie et l'État de droit se portent encore bien sur l'île où ils ont vu le jour il y a quelques siècles...

23 juin 2016

Brexit et la victoire amère de la démocratie

 

Le scrutin historique de ce jour donne un coup d'arrêt au projet issu du traité de Maastricht d'une Europe supranationale et postdémocratique, autour de la zone euro.

 

Brexit et les trois vies de l'Europe

 

Décidément,  les Anglais ne font rien comme tout le monde. Dès l'annonce des résultats du référendum du 23 juin sur le Brexit, le Premier ministre David Cameron a pris acte de son échec personnel et annoncé sa démission en se gardant de critiquer le choix majoritaire de ses concitoyens.

C'est la preuve que la démocratie et l'État de droit se portent encore bien sur l'île où ils ont vu le jour il y a quelques siècles. 

On ne peut en dire autant du Continent. En France, il faut remonter à la démission du président de Gaulle au soir du référendum de 1969 pour observer semblable panache. Aujourd'hui, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, si peu légitime qu'il soit et si contestable qu'ait été sa gestion des crises (migrants, Grèce, Brexit), ne voit aucun motif de proposer sa démission et personne ne se hasarde à la lui réclamer. Il ferait beau voir qu'un dirigeant coopté ou élu se tienne pour responsable de ses actes ! 

Confrontés à des échecs répétés et/ou à une impopularité abyssale, nos gouvernants se défendent en se posant en rempart contre le « populisme », ce terme désignant depuis une décennie tout mouvement d'opposition ou tout leader qui a le front de recueillir un soutien massif des citoyens. Dans les cercles dirigeants et les médias afférents, chacun y va de son couplet sur la méconnaissance des grands enjeux par les citoyens de base, trop jeunes, trop vieux, trop ignares, trop provinciaux, trop franchouillards ou trop pauvres. On en viendrait à regretter le bon vieux temps du suffrage censitaire, quand, à l'époque de Louis-Philippe, le droit de vote était réservé aux notables.

Depuis le début du millénaire, le fossé ne cesse de s'agrandir entre les citoyens européens et leurs gouvernants. Nous en voyons la raison dans le retournement brutal du projet européen, ainsi que nous l'avons exposé dans notre précédente analyse.

De l'Europe des petits pas au grand saut dans l'inconnu

Tournant le dos à l'Europe des petits pas de Jean Monnet (Politique agricole commune, Airbus, Arianespace, Erasmus, espace Schengen...), les Français Jacques Delors et François Mitterrand ont choisi il y a un quart de siècle le grand saut dans l'inconnu (supranationalité et monnaie unique) au nom de préjugés idéologiques très contestables : la « concurrence libre et non faussée » devait être un facteur d'équilibre et de prospérité ; la « monnaie unique » devait rapprocher les économies nationales et déboucher sur une fédération.

Confrontés à l'échec dramatique de leurs prévisions, les dirigeants européens n'ont eu de cesse depuis lors de tenter de faire plier la réalité à leurs désirs. Voilà vingt-cinq ans que le projet européen se résume à essayer de sauver envers et contre tout la monnaie unique. C'est au prix de la ruine des États les plus fragiles et de l'émigration de la jeunesse éduquée de Grèce, d'Espagne, du Portugal, de France... Que périssent les peuples pourvu que survive l'euro !

Nous avons détaillé il y a plusieurs années déjà les ressorts de ce désastre : la monnaie unique met dans le même sac des sociétés qui ont des comportements opposés, les unes - l'Allemagne - étant exportatrices et économes par nature, les autres - arc méditerranéen - importatrices et dépensières ; il s'ensuit des déséquilibres commerciaux croissants qu'aucun ajustement monétaire ne vient plus corriger. La monnaie unique ne protège pas pour autant nos économies contre les fluctuations monétaires : l'euro fluctue davantage par rapport au dollar américain et au renmibi chinois que ne fluctuaient le mark et le franc il y a vingt ans...

Il y aurait bien une issue élégante et audacieuse à la crise avec le remplacement de la monnaie unique par des monnaies strictement nationales et une monnaie commune dédiée aux échanges extra-européens, ainsi que nous l'avons exposé dans notre précédent essai. Mais elle reviendrait à reconnaître l'erreur initiale, ce à quoi ne se résignent pas nos dirigeants, qui craignent d'être sanctionnés par leurs concitoyens. D'où leur obstination à écarter tout débat démocratique.

Démocratie en péril

Plus que quiconque attachés à la démocratie, les Anglais ont choisi le grand large en raison du caractère de plus en plus cassant et antidémocratique des instances européennes, que l'on a vues à l'oeuvre dans la crise des migrants et la crise grecque. 

La rupture du lien entre les citoyens européens et leurs gouvernants s'observe depuis les référendums de 2005 sur le traité constitutionnel, quand, au terme d'un débat public très intense, Français et Néerlandais ont rejeté le traité car ils y voyaient un bric-à-brac qui éloignait les élus des électeurs et les plaçait sous la coupe des groupes de pression. C'est ce qu'a démontré avec prémonition la juriste Anne-Marie Le Pourhiet (qui veut de la post-démocratie?Le Monde, 12 mars 2005).

Les électeurs de 2005 ont rejeté également le présupposé idéologique selon lequel les États européens sont trop petits et doivent disparaître au sein d'une fédération pour espérer peser sur les affaires du monde. C'est ignorer que la taille ne fait rien à l'affaire : au XIXe siècle, l'Angleterre, avec dix à trente millions d'habitants, a dominé le monde comme aucun empire avant ou après elle ! C'est faire à tort de la puissance un objectif en soi : Singapour, la Suisse et l'Islande ne prétendent pas dominer le monde mais n'en affichent pas moins une prospérité enviable. C'est enfin croire que les États européens seront plus forts en gommant leur diversité : cette diversité est précisément ce qui a permis aux Européens de bâtir en un millénaire une civilisation plus féconde qu'aucune autre. Le respect de cette diversité est compatible avec l'union ainsi qu'il est dit dans la belle devise de l'Union européenne : « Unie dans la diversité ».

De fait, les dirigeants européens ayant contourné le vote démocratique et imposé le traité constitutionnel sous le nom de traité de Lisbonne, on en a vu les résultats : une Europe plus faible, plus divisée et plus absente que jamais de la scène géopolitique (Moyen-Orient, Israël-Palestine, Afrique, Ukraine...). 

Gagnants et perdants

Que pouvons-nous attendre maintenant du Brexit ? Les Britanniques disposent d'un délai de deux ans pour négocier leur sortie à partir du moment où ils auront invoqué l'article 50 du traité de Lisbonne qui en fixe les modalités. Autant dire qu'ils ne vont pas se presser et laisser traîner les choses. David Cameron a d'ores et déjà annoncé qu'il ne démissionnerait pas avant octobre 2016 et l'on peut penser que son successeur prendra également son temps et ne présentera pas sa demande avant décembre ou même janvier 2017.

Il y va bien sûr de leur intérêt car pendant ce temps et pendant toute la durée des négociations ultérieures (jusqu'en 2019 !), les Européens devront gérer le Brexit toutes affaires cessantes. Ils seront prêts à toutes les concessions pour en finir au plus vite et s'occuper des autres foyers d'incendie : crise grecque et crise de l'euro, crise des migrants, montée de l'euroscepticisme, appel des Néerlandais, des Suédois et même des Français à sortir à leur tour de l'Union.

Maîtres du temps, les Britanniques manifestent par ailleurs une habileté manoeuvrière attestée par quelques siècles d'Histoire. Faisons-leur confiance pour préserver leurs intérêts économiques, commerciaux et financiers tout en recouvrant leur souveraineté nationale. Ils n'ont rien à craindre du côté commercial et douanier : on imagine mal que Bruxelles, prêt à toutes les concessions avec Pékin et Washington, impose par contre de nouveaux droits de douane à Londres. L'enjeu le plus périlleux concerne les banques de la City qui risquent de perdre leur accès automatique à l'ensemble des marchés européens.

Pour les raisons exposées ci-dessus, nous croyons que le Brexit aura à moyen terme des conséquences plus dommageables pour l'Union européenne que pour le Royaume-Uni lui-même :

- Grexit :

Dès le mois de juillet, Bruxelles et Francfort vont une nouvelle fois se pencher sur le cas de la Grèce. Le jeune, beau, fougueux et charismatique Tsipras s'est couché l'an dernier devant les Allemands dans la crainte de voir son pays expulsé de l'Union. Pour quel résultat ? La Grèce est plus pauvre que jamais et qui plus est engluée dans le drame des migrants. Après le précédent britannique, sa sortie de l'Union européenne n'est plus un tabou.

- Isolement international :

En situation de divorce conflictuel avec le Royaume-Uni, cinquième puissance mondiale et principale puissance militaire et diplomatique du continent, l'Union européenne ne va plus être en état de discuter avec qui que ce soit sur la scène internationale pendant les deux ou trois années à venir. Traité de libre-échange avec les États-Unis, conflit ukrainien, échanges avec la Chine sont autant de domaines dans lesquels elle devra faire profil bas. Au Kremlin, il en est qui doivent avoir un sourire en coin.

- Rupture franco-allemande :

L'axe franco-allemand avait une signification réelle en 1963, quand la France était prospère et présidée par le général de Gaulle et l'Allemagne réduite à sa moitié occidentale et gouvernée par le sage Adenauer. Rien de tel aujourd'hui. Au président français pourrait s'appliquer le mot cruel de De Gaulle concernant le dernier président de la IIIe République : « Comme chef d'État, deux choses lui avaient manqué : qu'il fut un chef, qu'il y eut un État ». C'est bien, semble-t-il, l'avis de la chancelière allemande qui, déjà, prend ses distances avec François Hollande et évite de le rencontrer en tête-à-tête.

- Écosse :

La sécession de l'écosse  punira-t-elle les Anglais de leur insolence ? Rien n'est moins sûr aujourd'hui. Avec des redevances pétrolières en très forte baisse et surtout la perspective d'une crise majeure de l'Union européenne, les Écossais vont y réfléchir à deux fois avant de rompre leurs amarres avec l'Angleterre et de remonter sur le Titanic.

Qu'on nous pardonne ces insolences. L'Histoire, heureusement, n'est jamais écrite à l'avance et nous réserve toujours des surprises. Il n'empêche qu'aujourd'hui, nous voyons se poursuivre le processus de décomposition amorcé en 2015. Puissent nos dirigeants actuels et futurs en prendre toute la mesure afin d'y mettre un coup d'arrêt.

Joseph Savès
 
Un nouveau canal à Panama (26 juin 2016)

 

L'État panaméen a rétabli sa souveraineté sur toute la zone du canal le 1er janvier 2000 et, six ans plus tard, les citoyens ont adopté par référendum un projet d'agrandissement du canal pour un montant de plus de cinq milliards de dollars.

Le chenal élargi et les nouvelles écluses ont été inaugurés ce jour en présence de plusieurs chefs d'État américains. Le nouveau canal est désormais accessible à des cargos de type Panamax (366 mètres de long x 49 mètres de large) et d'une capacité de 14 000

conteneurs, soit plus du double de la capacité précédemment autorisée.

15 août 1914

Ouverture du canal de Panamá

 

Le 15 août 1914 a lieu dans la discrétion l'ouverture officielle du canal de Panamá. L'Europe, qui vient d'entrer dans la plus effroyable guerre de son Histoire, est indifférente à la portée de l'événement.

Une décennie plus tôt, les États-Unis ont fomenté sur l'isthme une insurrection en vue de détacher le territoire de la république de Colombie et le constituer en État vassal...

Alban Dignat
Inauguration du canal de Panama, avec le passage de l'Ancon

Un enjeu stratégique pour Washington

Le Panamá ayant l'insigne privilège d'être l'endroit le plus étroit de l'isthme qui unit l'Amérique du Nord à l'Amérique du Sud, les Européens ont, dès le XVIe siècle, l'idée d'y percer un canal pour relier l'océan Atlantique à l'océan Pacifique. Après l'échec de Ferdinand de Lesseps, les Américains relèvent le défi et, pour 40 millions de dollars, rachètent les droits des Français sur le canal.

Depuis leur guerre contre l'Espagne  (1898), les États-Unis veulent éviter le contournement de l'Amérique du sud par le détroit de Magellan et le cap Horn aux navires qui relient la Californie à la côte Est, le passage par l'isthme ramenant de 24 500 à 9 500 kilomètres le parcours entre San Francisco et New York. 

Ils songent d'abord à un canal qui passerait plus au Nord, par le Nicaragua, où l'isthme est plus large qu'à Panamá mais n'est pas traversé par une chaîne de montagnes. Finalement, ils se rallient au principe d'un canal à écluses à travers Panamá, selon la conception de l'ingénieur français Philippe Bunau-Varilla.

Approché par Washington, le gouvernement de la Colombie, qui exerce sa souveraineté sur le territoire panaméen, s'oppose cependant au projet. Du coup, les États-Unis encouragent la bourgeoisie de Panamá à faire sécession le 3 novembre 1903.

Quinze jours plus tard, ils signent avec le nouvel État le traité Hay-Bunau-Varilla pour la construction du canal. Il porte le nom du secrétaire d'État américain Hay et de l'ingénieur Bunau-Varilla. Il prévoit la cession à perpétuité aux États-Unis d'une bande de 10 miles de large (16 kilomètres) en échange de 10 millions de dollars (une broutille).

Construction du canal de Panama

Des travaux éprouvants

Un médecin américain, William Gorgas, engage sans attendre la lutte contre les moustiques qui infectent la région et propagent la malaria. Malgré cela, sous le climat tropical, les travaux de construction du canal se révèlent éprouvants. Ils mobilisent jusqu'à 24 000 ouvriers essentiellement originaires des Antilles, sous la direction de l'ingénieur civil John Stevens.

Le canal, long de 80 kilomètres, comporte deux lacs artificiels et trois jeux d’écluses de 33 mètres de large : Miraflores, avec deux chambres inversées ; Pedro Miguel, avec une seule chambre ; Gatún avec trois chambres dénivelées. Les travaux auront coûté seulement 375 millions de dollars, soit 22 millions de moins que prévu !

L'inauguration, aa début de la Grande Guerre, le 15 août 1914, se traduit par la traversée du vapeur américain Ancon, en huit à dix heures.

Le trafic interocéanique passe de 2 000 navires par an pendant la Grande Guerre à 14 000 par an au début du XXIe siècle, avec un tonnage supérieur à 200 millions de tonnes. Il représente à ce moment-là 6% du trafic maritime mondial mais sa progression est freinée par la capacité insuffisante des écluses et la largeur du chenal.

Le canal du IIIe millénaire

Le 1er janvier 2000, l'État panaméen a la satisfaction de rétablir sa souveraineté sur toute la zone du canal suite aux traités Torrijos-Carter signés en 1978 entre le président panamén Omar Torrijos et le président américain Jimmy Carter.

Le 22 octobre 2006, par référendum, les Panaméens approuvent un projet d'agrandissement du canal, pour un montant de plus de cinq milliards de dollars. Le chenal élargi et les nouvelles écluses sont inaugurées le dimanche 26 juin 2016, après huit ans de travaux, en présence de plusieurs chefs d'État américains.

Le nouveau canal est désormais accessible à des cargos de type Panamax (366 mètres de long x 49 mètres de large) et d'une capacité de 14 000 conteneurs, soit plus du double de la capacité précédemment autorisée.

 

L'armée irakienne reprend la ville de Falloujah (26 juin 2016)

 

À 70 km à l'ouest de Bagdad, la ville de Falloujah (300.000 habitants) était tombée aux mains du groupe Etat Islamique   en janvier 2014.

Sa reprise par l'armée irakienne, appuyée par l'aviation américaine, marque un tournant dans la guerre d'Irak. Les djihadistes ne tiennent plus désormais que la ville de Mossoul, au nord du pays, dont la chute est prévue début 2017.

 

Tensions belliqueuses en mer de Chine (12 juillet 2016)

 

Saisie par les Philippines, la Cour permanente d’arbitrage du droit de la mer s'est prononcée sur le différend qui oppose les pays du Sud-Est asiatique à la Chine.

Les cinq juges de ont estimé que la Chine n’a « aucune base légale » pour revendiquer des droits historiques sur les ressources maritimes de la Mer de Chine du Sud ou plus précisément sur la zone dite de la « ligne des 9 traits » qui recouvre 90% de cette mer. Pékin n'entend en aucune façon se soumettre à leur décision. Les îlots inhabités de la mer de Chine ne sont sans doute pas près de quitter les feux de l'actualité.

17 octobre 2015 (mise à jour : 12 juillet 2016)

Tensions belliqueuses en mer de Chine

 

La mer de Chine méridionale est devenue en ce début du XXIe siècle un foyer de tensions militaires du fait des revendications de la Chine, du Vietnam et des autres pays riverains sur les îlots et récifs qui la bordent.

Pour Pékin, il s'agit d'un enjeu géostratégique majeur comme le révèle le survol de la carte : les différents archipels forment le long de la côte chinoise une barrière virtuelle susceptible de couper l'Empire du Milieu de toute ouverture vers le grand large !

Revendications en mer de Chine (source : Atlas géopolitique des espaces maritimes, Paris, Technip, 2010), DR

Des enjeux économiques et militaires

Selon le droit de la mer, chaque pays dispose d'une zone économique exclusive (ZEE) de 200 milles marins au-delà de ses côtes. À l’intérieur de cette zone, la navigation internationale est autorisée mais l’exploitation des ressources halieutiques, minérales et énergétiques est exclusivement réservée au pays qui la possède.

Or, en mer de Chine méridionale, ces ZEE apparaissent très difficiles à délimiter du fait du grand nombre d'îlots. Et elles sont d'autant plus convoitées qu'elles contiennent de riches gisements de pétrole et de gaz, plus particulièrement aux environs des îles Spratly (ou Spratleys), et se situent sur des voies maritimes parmi les plus fréquentées du monde.

Depuis la publication d’une carte de la région en 1947, la Chine délimite unilatéralement sa ZEE par une ligne qui englobe rien moins que 85,7% de la superficie totale de la mer de Chine méridionale (1,7 million de km2).

Quelles revendications ?

Le cas des îles Spratly est particulièrement complexe puisque les revendications exprimées par les différents pays ne concernent pour certains (Malaisie, Brunei, Philippines) qu’une partie des îles et pour d’autres, à savoir la Chine, Taiwan et le Vietnam, l’archipel dans sa totalité.

Une partie de cet ensemble de plus de deux cents îlots et récifs est déjà physiquement occupée par ces pays. En effet, dès 1956, Taiwan a installé une garnison sur l'un des deux cents îlots de l'archipel et son initiative a été rapidement imitée par les autres pays riverains.

Depuis 2010, le gouvernement chinois accroît à son tour la présence de sa flotte dans l'archipel et, sans en référer à quiconque, construit des installations à usage militaire sur les îlots contestés.

En 2014, des images satellites ont montré que la Chine a commencé à remblayer le récif de Fiery Cross pour y construire une piste d’atterrissage ainsi qu’un port et qu’elle construit également une seconde piste d’atterrissage sur le récif de Subi. Enfin, elle bâtit d’autres installations militaires sur différents récifs des Spratly, créant ainsi ce que la presse compare à une « grande muraille de sable ».

Les installations chinoises sur Fiery Cross (DR)

Certains des récifs que la Chine remblaye et construit sont sous le niveau de la mer lors de la marée haute. À leur état naturel, ils ne peuvent donc pas accueillir d’habitants et avoir une vie économique propre. Or, l’article 121 de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer affirme que « les rochers qui ne se prêtent pas à l’habitation humaine ou à une vie économique propre n’ont pas de zone économique exclusive ». En aménageant des îles artificielles à ces emplacements, la Chine ne pourra pas bénéficier légalement d’une ZEE.

Il y a donc un changement significatif dans le comportement de la Chine qui, au début des années 2000, mettait en avant une politique de bon voisinage. Dans ce cadre, elle avait signé un accord de bonne conduite en mer de Chine méridionale en 2002 avec les pays de l’ASEAN (Association des nations de l'Asie du Sud-Est), suivi l’année suivante d’un traité d’amitié et de coopération visant à instaurer un règlement pacifique des différends. Ses travaux d’aménagement montrent que cette période est bel et bien révolue.

Les autres pays riverains en ont pris acte. Ils sont entrés à leur tour dans la course aux armements avec le soutien des États-Unis et du Japon.

Outre le cas des Spratly, les différends en mer de Chine méridionale concernent également l’archipel des Paracels sous souveraineté chinoise mais revendiqué par le Vietnam, ainsi que les Pratas qui sont un ensemble de trois îles occupées par Taiwan mais revendiqué par la Chine, et le récif de Scarborough revendiqué par Taiwan, la Chine et les Philippines.

Ces dernières années, les incidents tendent à se multiplier dans la région. Déjà en 1988, une confrontation entre navires chinois et vietnamiens avait occasionné la mort d'environ 70 marins vietnamiens aux Spratly. On reste aujourd'hui à la merci d'un nouvel incident de ce type.

Notons que la Chine n’est pas seulement engluée dans des différends en mer de Chine méridionale mais aussi en mer de Chine orientale où elle est au cœur d’un conflit territorial avec le Japon pour les îles connues en chinois sous le nom de Diaoyu et en japonais sous le nom de Senkaku.

Quelle perspective de règlement ?

La Convention des Nations Unies sur le droit de la mer a été signée en 1982 à Montego Bay en Jamaïque. Cette convention a établi un Tribunal international du droit de la mer pour traiter les différends relatifs à l’interprétation et à l’application de la Convention. Les Philippines l’ont signée en 1984, le Vietnam en 1994, la Malaisie, Brunei et la Chine en 1996. Taiwan, n’étant pas membre de l’ONU, ne l’a pas signée.

En janvier 2013, les Philippines ont ouvert une procédure auprès de ce tribunal contre les revendications excessives de la Chine établies sur la base de sa ligne aux neuf points. Néanmoins, la Chine a fait savoir en décembre 2014 qu’elle estimait que le tribunal d’arbitrage n’avait pas la juridiction nécessaire et qu’elle n’accepterait donc pas cet arbitrage.

La décision est tombée le 12 juillet 2016 : les cinq juges de la Cour permanente d’arbitrage ont estimé que la Chine n’a « aucune base légale » pour revendiquer des droits historiques sur les ressources maritimes de la Mer de Chine du Sud ou plus précisément sur la zone dite de la « ligne des 9 traits » qui recouvre 90% de cette mer. Pékin n'entend en aucune façon se soumettre à leur décision. Les îlots inhabités de la mer de Chine ne sont sans doute pas près de quitter les feux de l'actualité.

Cécilia Nantier
 
 
Nuit de terreur sur la Promenade des Anglais à Nice (14 juillet 2016)

En ce jour de Fête nationale, un terroriste islamiste profite des failles des services de sécurité et se lance dans la foule au volant d'un semi-remorque. Malgré l'intervention policière, l'attentat fait 86 victimes, dont 10 enfants.

 

 

Tentative de coup d'État en Turquie (15 juillet 2016)

 

Environ 8 000 militaires, soit environ 1,5% des forces armées turques, participent au coup d'État. Ils coalisent des kémalistes (laïcs) et des gülenistes (partisans de la confrérie religieuse du prédicateur Fethullah Gülen). Ankara et Istanbul sont dans la soirée affectées par des bombardements aériens et des tirs de chars et d'hélicoptères. Le président Erdogan, en villégiature à Marmaris, échappe in extremis à l'attaque des putschistes grâce aux services de renseignements russes ! Revenant à la hâte à Istanbul, il reprend l'initiative avec les troupes restées fidèles. Le bilan de cette folle nuit est de près de 300 morts.

Recep Tayyip Erdoğan, né le 26 février 1954 à Istanbul (DR)Dès le lendemain, le président turc proclame l'état d'urgence et entame des purges très sévères dans l'armée et l'administration : près de 150 000 personnes sont révoquées ou arrêtées. Ayant renforcé son autorité sur le pays, Recep Tayyip Erdogan va dès lors se consacrer aux défis extérieurs : rébellion kurde, agressions du groupe État islamique, réfugiés syriens.

L'Union européenne et l'OTAN, dont la Turquie fait partie, n'émettent aucune protestation quant aux violations des règles de droit et de la démocratie. Tout au plus s'inquiètent-elles d'un possible rétablissement de la peine de mort par leur incontournable « allié ».

4 juin 2010 - 7 juin 2015

Turquie : le réveil ottoman

 

La Turquie change. Le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan (AKP, islamiste) a mis au pas l'armée, s'est rapproché de l'Iran et éloigné d'Israël et de l'Europe. La nostalgie de l'empire ottoman revient en force...

Les Européens croyaient avoir affaire à un État pauvre, désireux de se fondre dans l'Union européenne et de bénéficier de sa manne financière, comme en d'autres temps la Grèce, l'Espagne et le Portugal.

En 2010, ils découvrent un peuple « fier et sûr de lui », qui défie les Occidentaux en débattant avec le Brésil et l'Iran de l'avenir nucléaire de ce dernier (17 mai 2010) puis jette aux orties son amitié avec Israël et défie l'État hébreu en tentant de forcer le blocus de Gaza avec une flottille « humanitaire » (31 mai 2010).

Ces événements prennent tout leur sens dès lors qu'on les rattache à l'Histoire longue de la Turquie (75 millions d'habitants sur 780.000 km2 en 2010, avec une densité comparable à la France).

L'oeuvre d'Atatürk

La République Turque a été fondée le 23 octobre 1923 sur les décombres de l'empire ottoman par le général Moustafa Kémal. Surnommé Kémal Atatürk (« Père des Turcs ») ou le Ghazi (le « Victorieux »), cet émule de Mussolini voulait libérer son peuple de l'emprise de l'islam et bâtir un État-Nation sur le modèle occidental. Son principal soutien était l'armée, qui lui était reconnaissante de ses victoires sur les Grecs.

En 1937, un an avant sa mort, Atatürk fit inscrire le principe de laïcité dans la Constitution. Ses successeurs peinèrent toutefois à le mettre en application. Mécontents des dérives du régime, les généraux commirent trois coups d'État en 1960, 1971 et 1980.

- 1980 : la tentation européenne

Encore instable et fragile, la Turquie kémaliste joue à fond la carte occidentale. Elle ne perçoit pas d'autre choix, avec une économie en dents de scie, une rébellion persistante dans les régions kurdes (25% de la population totale) et la montée des mouvements islamistes dans les campagnes.

Membre de l'OTAN et du Conseil de l'Europe, partenaire privilégiée d'Israël, elle voit sa candidature à l'Union européenne agréée au sommet d'Helsinki en décembre 1999. Ses élites, à Instanbul et Ankara, rêvent à haute voix d'une prochaine entrée dans l'Union européenne, comme la Grèce voisine, rivale jalousée.

- 1990 : la tentation « pantouraniste »

Suite à l'éclatement de l'URSS et à l'émancipation des républiques turcophones d'Asie centrale, la Turquie a, brièvement, la tentation de renouer avec le « pantouranisme » d'Enver Pacha, rival malheureux de Moustafa Kémal : il s'agirait d'unir tous les peuples issus des nomades turcs originels, si différents soient-ils par leur histoire, leur environnement culturel et même leur apparence physique !

- 2002 : le renouveau avec Erdoğan

Là-dessus, coup de théâtre. Le Parti de la Justice et du Développement (AKP), qualifié d'« islamiste conservateur » ou « islamiste modéré », arrive au pouvoir à la faveur des élections législatives du 3 novembre 2002. Les militaires y voient une menace pour la République laïque de Moustafa Kémal.

L'oeuvre d'Erdoğan

Le nouveau Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan peut compter sur le soutien populaire. Il consolide les institutions démocratiques. Il fait des ouvertures en direction des Kurdes et autorise les langues minoritaires dans les médias. Il impose l'élection au suffrage universel du président de la République, contre l'avis de l'armée.

À l'extérieur, il pacifie les relations de la Turquie avec ses frères ennemis, la Grèce et l'Arménie, pour ne plus les avoir contre lui et couper l'herbe sous le pied des militaires. Il donne aussi quelques gages à l'Europe en abolissant la peine de mort mais se montre ferme sur la question chypriote . Ainsi la Turquie, prétendûment candidate à l'Union, maintient-elle en état de guerre l'un des États de cette Union...

Il modernise la Turquie avec un doublement du Produit Intérieur Brut et du revenu par habitant depuis 2002. L'Anatolie se dote d'infrastructures modernes tandis qu'Istamboul et Ankara feraient pâlir d'envie bien des métropoles de la vieille Europe par leur modernisme tonitruant. Cela montre que le pays n'a pas besoin de faire allégeance à l'Union européenne pour prospérer. Le revers de cette modernisation est la montée de la corruption, jusque dans l'entourage du Premier ministre et président...

Fort de ces succès, Erdoğan met l'armée au pas. Pas moins de 200 arrestations en deux ans jusqu'au coup de force du 22 février 2010. Ce jour-là, la justice turque arrête cinquante officiers de haut rang. Ce coup de filet sans précédent met un point final à la guerre d'escarmouches que mène l'état-major laïciste contre le gouvernement islamiste.

Erdoğan a dès lors les mains libres pour mener une diplomatie selon ses vœux : rapprochement avec l'Iran, rupture avec Israël, éloignement de l'Europe... Dans le même temps, le Premier ministre turc exalte le « glorieux passé » de la Nation et invite ouvertement ses compatriotes établis dans les pays occidentaux, en France comme en Allemagne, à rester fidèles à leurs racines. « L'assimilation est un crime contre l'humanité », lance-t-il à ses compatriotes de Cologne, en 2008.

Retour aux racines ottomanes

On assiste au retour en force d'un « néo-ottomanisme » qui magnifie le passé ottoman et la prise de Constantinople par les Turcs  (29 mai 1453). Ce courant orientalisant était déjà manifeste dans l'exposition « De Byzance à Istanbul », qui s'est tenue en 2009 au Grand Palais, à Paris.

Seul de tous les médias français, nous nous étions étonnés dans la lettre d'Herodote.net que la conservatrice turque de cette exposition ait souligné à gros trait la césure de 1453. Ainsi l'exposition présentait-elle au rez-de-chaussée la capitale byzantine et au premier étage la capitale ottomane. L'escalier monumental qui mène les visiteurs à l'étage était orné par la lourde chaîne qui barrait la Corne d'Or lors du siège de 1453 par les Turcs. Tout un symbole !

Qui plus est, l'exposition n'évoquait nulle part Sainte Sophie , trait d'union majeur entre toutes les civilisations qui se sont succédé dans la ville. Cet « oubli » reflétait tout simplement le point de vue dominant dans la Turquie d'aujourd'hui, à savoir que celle-ci est fille de l'empire ottoman, en opposition avec l'Occident.

D'Atatürk à Erdoğan

Par ses choix politiques, Erdoğan se pose en héritier d'Atatürk plus sûrement que ses officiers d'état-major laïcs.

Atatürk a créé la Turquie sur le modèle des prestigieux États-Nations européens d'avant 1914 pour la détacher de ses racines orientales et lui éviter de perdre son identité dans un fumeux « panislamisme ».

Nullement désireux pour autant se mettre à la remorque des Occidentaux, il n'a pas craint non plus de défier les vainqueurs de la Grande Guerre en déchirant le Traité de Sèvres.

Erdoğan, quant à lui, encourage l'islamisation de son pays pour prévenir sa dissolution et la perte de sa singularité dans l'Europe anomique d'aujourd'hui. Mais, tout musulman qu'il soit, c'est, comme Atatürk, un nationaliste résolu, aux antipodes du panislamisme d'al-Qaida. 

C'est aussi, sans doute, un démocrate, mais qui aspire à une démocratie vigoureuse, respectueuse des intérêts nationaux et de l'identité religieuse ; tout le contraire des démocraties européennes actuelles.

D'ailleurs, les cercles dirigeants européens pourraient-ils sérieusement s'accommoder d'une « laïcité » turque qui interdit à tout citoyen né dans la religion d'État (l'islam) de renoncer à celle-ci et oblige tout citoyen de cette même religion qui épouse un(e) non-musulman(e) à élever ses enfants dans l'islam ?...

Dans ses rapports avec Chypre, l'Iran et Israël, Erdoğan ne craint pas de défier les Occidentaux lorsqu'il y va selon lui de l'intérêt national. Autant de raisons qui lui valent une grande popularité non seulement en Turquie mais aussi dans les pays arabes.

Équivoque européenne

Arrivé au pouvoir alors que la Turquie était déjà en train de négocier son entrée dans l'Union Européenne, Erdoğan a laissé le processus se poursuivre cahin-caha pour ne contrarier ni l'armée ni la bourgeoisie d'affaires d'Istanbul. Il n'a rien fait non plus pour hâter les choses et, aujourd'hui, a tout lieu de s'en féliciter.

Beaucoup de Turcs, il y a dix ans, fondaient leurs espoirs sur la générosité de l'Union européenne. Ils attendaient d'en profiter comme, avant eux, la Grèce, l'Espagne, le Portugal et l'Irlande. Submergés par l'argent « gratuit » de Bruxelles, ces pays sont aujourd'hui au bord de la faillite et sous tutelle de la Commission et du FMI. L'Union est elle-même à la dérive après avoir désarmé les États-Nations qui faisaient sa force.

Revenus de leurs illusions devant le désastre grec, les Turcs ne rêvent plus d'une intégration dans l'Union européenne mais se gardent de le dire à haute voix à leurs homologues européens. Ces derniers supportent sans protester les piques turques, y compris l'organisation d'une filière d'immigration clandestine via la frontière gréco-turque (voir ci-dessous) et le soutien feutré aux djihadistes  de Syrie et d'Irak.

Plaque tournante de l'immigration vers l'Europe

Le gouvernement Erdogan a sciemment transformé la Turquie en plaque tournante de l'immigration clandestine vers l'Union européenne. Année après année, quelques centaines de milliers d'Africains et d'Orientaux traversent le pays avec la complaisance des autorités qui les poussent vers la frontière grecque. Les migrants accédent ainsi à la zone Schengen de libre circulation sur tout le territoire européen.

Tétanisés par la crainte de déplaire à un gouvernement qu'ils persistent à voir comme un allié et même un futur membre de l'Union européenne, les dirigeants du Vieux Continent n'osent réagir. Erdogan qui, lui, ne mâche pas ses mots quand l'identité turque ou islamique est en cause, a tout lieu de se féliciter de ce jeu de dupes qui affaiblit l'Union.

Usure du pouvoir ou rebond ?

Recep Tayyip Erdoğan, né le 26 février 1954 à Istanbul (DR)Les Turcs ont découvert de nouveaux motifs de satisfaction dans les offensives diplomatiques de leur Premier ministre qui en ont fait, au moins pour Herodote.net, la personnalité de l'année2010,rapprochement avec l'Iran ou encore le Brésil, tentative de briser le blocus de Gaza, soutien au Syrien Assad etc). 

Ensuite sont venues les déconvenues et notamment un brutal ralentissement de la croissance économique. 

On a pu croire que Recep Tayyip Erdogan allait être ébranlé par les manifestations des citadins de la place Taksim, à Istamboul, en 2013 (comme de Gaulle en son temps).

Il a toutefois montré une étonnante capacité de rebond grâce au soutien du « pays réel » jusqu'à se faire élire au suffrage universel dès le premier tour à la présidence de la République, ce dimanche 10 août 2014.

Erdoğan, à seulement 61 ans, rêve peut-être de devenir le nouveau « sultan » d'une Turquie régénérée. À défaut, il aura au moins ramené son pays au premier plan de la scène euro-méditerranéenne.

Joseph Savès
 
 
Jacques Hamel, le martyr de Saint-Étienne-du-Rouvray (26 juillet 2016)

 

Pour la première fois en France, des islamistes s'en prennent à un prêtre et l'égorgent au pied de l'autel. Immense émotion dans le pays. Embarras des autorités ecclésiastiques. Par souci d'éviter « l'amalgame », le pape François ébauche un parallèle pour le moins maladroit entre violences islamiques et violences chrétiennes (meurtre d'une belle-mère...) dans l'avion qui le ramène de Cracovie le 1er août suivant.

 

Solar Impulse boucle le premier Tour du monde à l'énergie solaire (26 juillet 2016)

 

L'aéronaute suisse Bertrand Piccard atterrit à Abou Dhabi aux commandes du premier avion mû à l'énergie solaire. Parti le 9 mars 2015 du même endroit, il a pu effectuer avec son collègue de l'École Polytechnique Fédérale de Lausanne André Borschberg un tour complet de la Terre en plusieurs étapes.

C'est l'aboutissement d'un projet de treize ans et la promesse, peut-être, de transports « écologiques ».

 

 

Un marathonien défie le régime éthiopien (22 août 2016)

 

Des Jeux Olympiques de Rio, on retient le geste de l'Éthiopien Feyisa Lilesa, médaille d'argent au marathon. Il défie son gouvernement à l'imitation des gens de son ethnie, les Oromos. Le gouvernement d'Addis-Abeba, aux mains de l'ethnie tigréenne, est en effet confronté depuis quelque mois à une rébellion des ethnies rivales Oromos et Amhariennes, qui représentent chacune près d'un tiers des 90 millions d'Éthiopiens.

Ces tensions menacent le décollage économique du pays, l'un des plus prometteurs d'Afrique. Elles surviennent au moment où l'Afrique subsaharienne connaît une brutale panne de croissance. La baisse des prix sur les matières premières et les crises internes ont en effet ramené en 2016 son taux de croissance moyen autour de 1,4 à 1,6% selon un rapport du FMI en date du 24 octobre 2016. Ce taux, le plus bas depuis 1999, est très insuffisant pour maintenir le niveau de vie d'une population qui croît en moyenne de 3% par an.

 

Destitution de la présidente du Brésil Dilma Rousseff (31 août 2016)

 

Candidate du Parti des travailleurs (gauche), Dilma Rousseff accède en 2011 à la présidence du Brésil, succédant sans difficulté à son mentor, le populaire Lula. Elle est réélue de justesse en 2014. Mais son inexpérience, ses maladresses et l'implication de Lula lui-même dans des affaires de corruption l'entraînent très vite dans une impopularité abyssale.

La droite sénatoriale, pas moins corrompue, obtient néanmoins le 12 mai 2016 l'ouverture d'une procédure de destitution pour avoir maquillé les comptes publics : la présidente est aussitôt suspendue de ses fonctions ! Michel Temer (76 ans), nommé président par intérim, ouvre à sa place les Jeux Olympiques de Rio le 5 août 2016, accompagné de sa ravissante épouse, de 42 ans sa cadette. Il devient président de plein droit dès le vote de la destitution. C'est la fin d'un interminable feuilleton.

 

Le parti d'Angela Merkel devancé par l'extrême droite dans une élection régionale (4 septembre 2016)

 

La chancelière Angela Merkel essuie une cuisante défaite dans son Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale (sur le littoral de la Baltique). Son parti, la CDU (Union chrétienne-démocrate), recule à la 3e place derrière le SPD (Parti social-démocrate) et un nouveau-venu, l'AFD (Alternative pour l'Allemagne), qui s'assure une deuxième place avec 20% des voix. Ce parti hostile à l'immigration exprime les craintes d'une fraction croissante de l'électorat face à la politique d'ouverture de la chancelière.

 

Attaque suicide au Cachemire (18 septembre 2016)

 

À Uri, près de la frontière avec le Pakistan, quatre terroristes ont attaqué un camp de l'armée indienne et tué 18 soldats avant d'être eux-mêmes tués. Cet incident ravive les tensions dans une région frontalière toujours revendiquée par le Pakistan.

 

La Colombie renoue avec la paix (26 septembre 2016)

 

À Carthagène, en Colombie, un accord de paix met fin à 42 années d'un conflit qui aura fait 260 000 morts et 45 000 disparus. Au terme de cet accord, les guérilleros des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) s'engagent à déposer les armes dans un délai de six mois en échange d'une amnistie.

L'accord n'a pas totalement convaincu les Colombiens qui l'ont rejeté par référendum le 2 octobre mais le président Juan Manuel Santos a passé outre en le faisant valider par le Congrès. Sa ténacité lui a valu le Prix Nobel de la Paix.

XVIe-XXIe siècles

Colombie, le pays de l'Eldorado

 

Qui connaît la Colombie ? Ce grand pays n'est pas l'héritier d'une grande civilisation amérindienne comme le Pérou et le Mexique et l'on a généralement oublié qu'il est à l'origine du mythe de l'Eldorado. Il n'a pas de richesses naturelles, si ce n'est son café Arabica qui lui a permis dans les années 1990 de devenir le deuxième exportateur mondial après le Brésil. Il n'a pas non plus de figure charismatique comme le Cubain Fidel Castro ou le Vénézuélien Simon Bolivar  mais s'est acquis une place dans la littérature avec Gabriel García Márquez, né en 1927, prix Nobel 1982, auteur de Cien años de soledad (Cent ans de solitude).

La Colombie n'a pas connu de coup d'État spectaculaire comme au Chili et, depuis un siècle et demi, ce sont presque toujours les deux mêmes partis qui se disputent le pouvoir : les conservateurs, émules de Bolívar, partisans de la centralisation, et les libéraux ou fédéralistes.

Mais le pays s'est acquis une réputation de violence endémique et s'est tristement rendu célèbre dans les années 1980 avec les méfaits des narcotrafiquants de Medellín et plus récemment avec les enlèvements de personnalités par les guerilleros des FARC (Forces armées révolutionnaires colombiennes), la plus ancienne guerilla du monde contemporain.

André Larané
 
Un pays discret

Drapeau de la ColombieGrande comme deux fois la France (1,140 million de km2) et peuplée de 45 millions d'habitants (2008), la Colombie est en population le deuxième pays hispano-américain (après le Mexique) et le deuxième pays d'Amérique du Sud (après le Brésil). C'est aussi l'un des plus discrets. Comme le Mexique, la Colombie est un pays très métissé. Les Blancs, descendants des colons espagnols, constituent 20% de la population, les Noirs et mulâtres également 20% et les Indiens et métis 60%. Il n'y a pas d'affrontement racial même si l'oligarchie d'origine européenne conserve le haut du pavé.

Seul pays sud-américain bordé à la fois par l'océan Pacifique et l'océan Atlantique, la Colombie se présente comme un quadrilatère orienté Sud-Ouest/Nord-Est. La côte pacifique, adossée à la cordillère des Andes, demeure difficile d'accès au contraire de la côte atlantique, plate, qui abrite de beaux ports riches en témoignages architecturaux de la conquête espagnole (début du XVIe siècle) : Cartagena et Santa Marta.

Les Andes occupent le tiers du territoire mais abritent 90% de la population totale. Elles sont formées de trois chaînes de montagnes séparées par de hauts plateaux sur lesquels se tiennent la capitale Bogotá (8 millions d'habitants, à 2600 mètres d'altitude !) et la deuxième ville, Medellín (3 millions d'habitants).

Les deux tiers du territoire, à l'ouest, sont des plaines drainées par les affluents de l'Orénoque et de l'Amazone. Presque totalement inhabitées, elles sont recouvertes par la forêt équatoriale au sud et par une savane marécageuse, les Llanos, parcourue de troupeaux, au nord, le long de la frontière avec le Venezuela.

Le temps des conquistadors

Lorsque les premiers Espagnols accostent sur le rivage de la future Colombie, la plus grande partie du territoire est occupée par des tribus clairsemées d'Amérindiens mais sur les hauts plateaux andins, toutefois, vit un peuple d'une culture relativement avancée, les chibchas, qui extrait du sous-sol des émeraudes et surtout cultive un précieux tubercule encore inconnu des Européens, la pomme de terre.

Le premier Espagnol à toucher le rivage sud-américain, en 1499, est un ancien compagnon de Christophe Colomb, Alonso de Ojeda, accompagné du cartographe basque Juan de la Cosa et du pilote florentin Amérigo Vespucci dont le prénom viendra à désigner le continent !

L'expédition ramène des émeraudes qui font forte impression à la cour des rois d'Espagne. Une deuxième expédition, en 1501, avec le futur découvreur du Pacifique,  Vasco Nünez de Balboa, explore le littoral, y compris la rade de Carthagène, la sierra Nevada et l'embouchure du principal fleuve colombien, la Magdalena.

6 avril 1536 : Gonzalo Jimenez de Quesada entre dans l'arrière-pays avec 600 hommes. Il rejoint le fleuve Magdalena et gagne les hauts plateaux après d'immenses difficultés. Heureusement, les Indiens locaux ne lui opposent guère de résistance.

Il arrive ainsi au coeur de la civilisation chibcha et a la chance de découvrir de l'or et des émeraudes en abondance. Dans une vallée gouvernée par un roi du nom de Bogotá, il fonde en août 1538 une cité appelée Santa Fé de Bogotá et baptise la contrée Nouveau royaume de Grenade (Nouvelle-Grenade) en souvenir de sa ville natale. Autant de noms qui seront consacrés par la postérité !

Une colonie négligée

Comme les autres colonies espagnoles, la Nouvelle-Grenade est soumise au régime de l'encomienda . Sous prétexte d'évangélisation et en violation des règlements officiels, les colons soumettent les Indiens au travail forcé.

La population indigène, victime des mauvais traitements et surtout du choc microbien (nouvelles maladies importées à leur insu par les Européens), s'effondre comme partout ailleurs.

La colonie est administrée par le Conseil des Indes, une administration qui siège à Séville. Celle-ci élabore la législation locale, fait office de tribunal suprême, propose aux souverains des candidats pour les principales fonctions civiles et religieuses, enfin organise périodiquement une « visite générale » de la colonie pour en contrôler l'administration.

Le système s'avère au final lent et inefficace. Les descendants des colons espagnols, sur place, n'en font qu'à leur tête comme le montre leur résistance aux Nouvelles Lois édictées par Charles Quint en 1542 en vue d'humaniser les encomiendas.

Au XVIIIe siècle, la dynastie espagnole des Bourbons rassemble ses colonies latino-américaines en trois puis quatre grandes vice-royautés.

La vice-royauté de Nouvelle-Grenade est fondée en 1717, non sans susciter de vives oppositions des créoles qui craignent de perdre leur autonomie. Cette vice-royauté inclut selon les périodes la capitainerie générale du Venezuela, l'Audience de Quito (Équateur actuel) et la province du Panamá actuel.

Les indépendances en Amérique du Sud (1783-1939)


L’indépendance des États-Unis d’Amérique (1783) réveille les aspirations autonomistes de la bourgeoisie créole dans les colonies espagnoles d’Amérique ainsi qu'au Brésil sous tutelle portugaise.

En 1810, les trois grandes vice-royautés espagnoles d'Amérique du sud (Nouvelle-Grenade, Pérou et Rio de la Plata) vont échouer une première fois à se libérer. Elles vont enfin y arriver au terme d'une seconde série de guerres d'indépendance (1816-1829). Mais celles-ci vont ensuite déboucher sur un éclatement de l'Amérique espagnole en de nombreux États rivaux ...

Les guerres d'indépendance

La Nouvelle-Grenade va être conduite à l'indépendance   par le « Libertador » Simon Bolivar, originaire de Caracas (Venezuela), et son lieutenant Francisco de Paula Santander, un créole originaire de Cúcuta (Colombie).

En mai 1819, par une opération d'une grande audace, ils franchissent un plateau andin à 5000 mètres d'altitude avec 2 100 hommes, dont 1300 cavaliers, et tombent par surprise sur les troupes espagnoles au pont de Boyacá, près de la ville de Tunja, le 7 août 1819. Trois jours plus tard, le « Libertador » entre à Bogotá d'où s'enfuit précipitamment le vice-roi Juan Sámano, déguisé en Indien !

Un congrès réuni à Angostura (Venezuela) concède à Bolívar les pouvoirs de président et dictateur militaire et, le 17 décembre 1819, proclame l'avènement d'une « République de Grande-Colombie » qui réunit théoriquement trois départements : Venezuela, Nouvelle-Grenade et Quito (Équateur). Ce nom, hommage au découvreur du Nouveau Monde, a été inventé par un héros de l'indépendance vénézuélienne,Francisco de Miranda en 1806.

Il va falloir encore quelques mois de dures batailles à Bolívar et ses lieutenants Sucre et Santander pour évincer les partisans de Madrid de tous ces territoires. En 1825 prennent fin les guérillas royalistes.

Entre-temps, préoccupé par la libération de l'ensemble du continent, Bolívar délègue à Santander le gouvernement de la Grande-Colombie. Honnête et respectueux de la légalité, Santander se tire bien de l'épreuve. Il restaure l'administration, abolit certains aspects critiquables de l'ère coloniale (Inquisition, censure religieuse...).

Mais des tensions ne tardent pas à surgir, du fait des rêves mégalomaniaques de Bolívar. Ainsi les Vénézueliens refusent-ils d'envoyer des troupes pour la conquête du Pérou et se plaignent-ils comme les Équatoriens d'être négligés par Bogotá.

En 1826, en désespoir de cause, Santander fait appel à Bolívar. Celui-ci, qui a libéré le haut-Pérou, depuis lors appelé Bolivie, se pose plus que jamais en dictateur partisan de la manière forte et d'une forte centralisation du pouvoir. Santander ne tarde pas à s'affronter à lui. Il se résout à l'exil après que des officiers eurent proclamé Bolívar dictateur de la Grande-Colombie en juin 1828.

En définitive, le Venezuela fait sécession début 1830, suivi par l'Équateur. C'est la fin du rêve panaméricain de Bolívar, lequel meurt malade et abandonné de tous à Santa Marta le 17 décembre 1830.

L'ère des caudillos

Suite à la sécession de l'Équateur et du Venezuela, le pays prend le nom de République de Nouvelle-Grenade, puis en 1853, celui de Confédération grenadine et, en 1863, celui d'États-Unis de Colombie. En 1886, enfin, il adopte son nom actuel de République de Colombie.

Considérablement appauvri, le pays, durant toute cette période, est balloté par les conflits entre factions, chacune conduite par un caudillo, chef militaire ou riche notable de province. Mais ces conflits, bien que violents, se déroulent le plus souvent dans le cadre constitutionnel. Il y a peu de coups d'État à la différence des autres pays hispano-américains.

Au milieu du XIXe siècle, ces conflits s'ordonnent autour de deux grands partis : les conservateurs, disciples de Bolívar, partisans de la centralisation et d'un pouvoir fort, surnommés les godos (« Goths ») par leurs adversaires, et les libéraux, disciples de Santander, partisans du fédéralisme, surnommés les cachiporros (« matraques » ) par les précédents. L'esclavage est officiellement aboli en 1851 lors d'une brève guerre civile (sans aucun caractère social).

Les libéraux, guidés par Tomás Cipriano de Mosquera, l'emportent en 1863 et, par la « convention de Rionegro », donnent au pays une forme fédérale. Leurs adversaires, sous la conduite de Rafael Núñez, prennent leur revanche en 1886 avec une nouvelle constitution.

La première guerre civile de grande ampleur survient en 1899. C'est la la guerra de los Mil Días (« guerre des Mille Jours »). Elle va coûter la vie à cent mille personnes, soit tout de même 3,5% de la population de l'époque.

Emprise de la Violence

En 1903, au sortir de la guerre des Mille Jours, le gouvernement colombien est approché par Washington qui souhaite creuser un canal à travers l'isthme de Panamá. Il se voit promettre une confortable indemnité en échange de la concession d'une bande de terrain pour une durée de cent ans. Mais les parlementaires colombiens, au dernier moment, refusent d'aliéner leur souveraineté et s'opposent au traité.

C'est un coup dur pour les habitants de Panamá, qui plaçaient beaucoup d'espoirs dans cette opportunité et craignent que les États-Unis ne se rabattent sur le projet alternatif du Nicaragua.

Ils font sécession le 3 novembre 1903 avec le soutien de Washington et concluent trois jours après un traité qui concède à perpétuité une large bande de terrain à Washington. En 1909, les États-Unis proposent un dédommagement à la Colombie mais celle-ci refuse. Elle se ravise enfin en 1922 et reçoit 25 millions de dollars ainsi que les « regrets sincères » de Washington.

Au cours du siècle précédent, les latifundiaires (exploitants d'immenses exploitations héritées de l'ère coloniale, les latifundias), passaient d'une culture à l'autre en fonction des mouvements spéculatifs de l'économie mondiale : le tabac ou encore les bananes eurent ainsi leur heure de gloire.

À l'orée du XXe siècle, ils découvrent les vertus du café. Sa culture va conquérir les hauts plateaux colombiens et faire durablement la fortune du pays. Comme le caféier est une plante robuste, qui ne nécessite pas de soins particuliers, et que la cueillette des grains se fait nécessairement à la main, les petits planteurs entrent à leur tour dans l'aventure sans craindre d'être concurrencés par les latifundiaires. Leur enrichissement relatif va à son tour susciter la création d'une industrie manufacturière locale... Il ne va pas pour autant corriger les très grandes inégalités foncières, 1% des propriétaires possédant environ la moitié des terres agricoles utiles, comme dans la plupart des autres pays latino-américains.

À la suite de la crise économique de 1929 , les libéraux reviennent au pouvoir jusqu'en 1946. Alors est élu à la présidence un conservateur, Ospina Pérez.

Mais voilà que se hisse à la tête du camp libéral une personnalité hors norme. C'est un quinquagénaire énergique, Jorge Eliécer Gaitán. Il indispose les élites et séduit les classes populaires par ses manières brusques et son langage à l'emporte-pièce. On le compare à son contemporain argentin, le dictateur Juan Domingo Peron . Son succès aux présidentielles à venir ne fait pas de doute quand survient un drame : il est assassiné à Bogotá par un inconnu le 9 avril 1948 !

Ce « Bogotazo » (« coup de Bogota ») bouleverse la société colombienne. Il s'ensuit une émeute violente que le pouvoir a du mal à contenir. Dans les mois qui suivent, le pays va entrer dans une longue période de troubles, la « Violencia », qui va faire 300 000 morts avec, dans les campagnes, des violences d'une cruauté inouïe. La réputation de violence endémique propre à la Colombie remonte à cette période.

Devant l'incapacité des grands partis à maîtriser cette violence, le général Gustavo Rojas Pinilla s'empare du pouvoir en juin 1953. Il va le conserver jusqu'en 1958, date à laquelle les politiciens se mettent d'accord sur le principe d'un Front national tout à fait inédit...

Une nouvelle constitution approuvée par référendum le 1er décembre 1957 stipule que, jusqu'en 1974, le gouvernement sera partagé entre les deux partis et qu'un libéral et un conservateur devront se succéder à la présidence ! Il en sera ainsi jusqu'à la victoire d'un libéral aux présidentielles de 1974.

Le coup d'État de 1953 et le Front national de 1958-1974 n'ont pas suffi à éradiquer la violence héritée du « Bogotazo » de 1948. En 1964, des agitateurs essentiellement communistes ou d'affiliation libérale rescapés de la Violencia se fédèrent autour d'une idéologie marxiste et forment les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie). Ils se développent à partir de 1979 sous l'impulsion d'un syndicaliste de 50 ans, Manuel Marulanda Vélez, joliment surnommé Tirofijo (« Tir fixe ») !

Une autre guérilla, le M19 (« Mouvement du 19 avril »), est créée en 1970 pour protester contre la fraude électorale qui prive cette année-là le général Rojas Pinilla de sa victoire à l'élection présidentielle. Elle aura son heure de gloire le 27 février 1980 avec l'occupation de l'ambassade dominicaine et la prise d'une quarantaine d'otages, dont 14 ambassadeurs, pendant deux mois.

Une éclaircie bienvenue

L'élection d'Alvaro Uribe (49 ans), candidat de la droite, en 2002, marque un tournant. Par sa détermination, le nouveau président réduit aux abois les FARC, qui ne sévissent plus guère que sur 15% du territoire national. Il rend le sourire à ses concitoyens et, conséquence du retour à la sécurité, le pays jouit d'un taux de croissance économique appréciable. Plus de la moitié des Colombiens se rangent désormais dans les classes moyennes et le revenu annuel par habitant, de l'ordre de 8.000 dollars par an (2007), rattrappe celui du Brésil ou de l'Amérique latine dans son ensemble. La libération d'Ingrid Betancourt en 2008 consacre son triomphe.

Tandis que les narcotrafiquants de Medellin et leur chef Pablo Escobar (1949-1993) entrent dans la légende noire, les FARC ne cessent plus de reculer. Leur chef « Timochenko » se résout à signer un traité de paix avec le nouveau président colombien Juan Manuel Santos, le 26 septembre 2016. Bien que rejeté par la population consultée par référendum, ce traité met fin à cinq ans de guerre civile, avec au bilan 260 000 morts et sept millions de personnes déplacées. Tandis que le président colombien reçoit le Prix Nobel de la Paix, on peut souhaiter que la Colombie échappe enfin au cycle infernal de la violence pour devenir un pays émergent.

Bibliographie

Il existe peu de livres complets sur la Colombie en langue française. Citons Histoire de la Colombie de la conquête à nos jours, par Jean-Pierre Minaudier (L'Harmattan, 1992), auquel cet article s'est beaucoup référé.

 

Disparition de Bhumibol, le « roi qui ne sourit jamais » (13 octobre 2016)

 

 Bhumibol (Rama IX)La Thaïlande vient de perdre son souverain, le roi Rama IX. Âgé de 86 ans, il a régné 70 ans sur le « royaume du sourire », où son sérieux et sa dignité lui ont valu l'estime générale.

Il n'est pas sûr que son fils et héritier, autrement plus fantasque, bénéficie de la même affection de ses 65 millions de sujets.

Déstabilisé d'autre part par des coups d'État en série, le pays entre dans une période de grande incertitude...

Thaïlande

Le « royaume du sourire »

 

La Thaïlande est une monarchie parlementaire depuis 1932. « Le roi, la nation, la religion » sont objets d'une même vénération. Il n'empêche que le pays fait régulièrement les gros titres de la presse internationale en raison de son instabilité politique chronique et de la propension de ses militaires à renverser les gouvernements civils.

Au « royaume du sourire », pays de tous les contraires, la modernité de Bangkok, métropole parcourue de métros aériens et souterrains et hérissée de gratte-ciels, cohabite avec les images de cartes postales, marchés flottants, temples mêlant influences chinoises, indiennes et khmers, éléphants caparaçonnés d'or et montagnes noyées dans la brume.

Béatrice Roman-Amat
 
Le carrefour siamois

La Thaïlande a été connue sous le nom de royaume de Siam avant que le 20 juillet 1948, l'Assemblée constituante change son nom pour celui de l'ethnie dominante, Thaïlande ou « terre des Thaïs ».

D'une superficie légèrement plus petite que la France, le pays abrite environ 65 millions d'habitants (2008). Située au carrefour de l'Asie du sud-est, il est bordé par la Birmanie à l'ouest et au nord, le Laos au nord et à l'est, la Cambodge au sud-est et la Malaisie au sud.

Soumis au régime des moussons, le pays se divise entre les zones montagneuses du nord qui culminent au Doi Inthanon, à 2595 m, puis une vallée centrale, la longue péninsule baignée par l'océan indien au sud et un plateau au sol ingrat du nord-est. Le Mékong dessine à l'est la frontière entre la Thaïlande et le Laos.

Le riz (premier exportateur mondial), le caoutchouc, la canne à sucre, le tabac, le coton et le maïs constituent les cultures principales. La Thaïlande produit également beaucoup de poissons et de crustacés. L'agriculture occupe encore plus de 50% de la population mais ne fournit que 10% du PIB. L'industrie (45% du PIB) se concentre en grande partie sur le textile, l'agroalimentaire et l'électronique. Le tourisme constitue aussi une source importante de revenus.

Les Thaïs constituent les 4/5 de la population thaïlandaise. Ils seraient originaires de la Chine du nord-ouest et auraient commencé à descendre vers le sud au XIIe siècle, pour échapper aux incursions de Gengis Khan. Le pays compte aussi des minorités chinoises, musulmanes malaises (4% de la population) et khmers dans le nord-est, ainsi qu'une vingtaine de groupes ethniques vivant dans les montagnes. La population est bouddhiste à 95% et suit la tradition du Petit Véhicule.

Village siamois au début du XXe siècle

Une civilisation florissante

À partir de 1238, le royaume thaï de Sukhothaï (« aube de la félicité ») s'épanouit dans la vallée du Mékong, au nord de la Thaïlande actuelle, profitant du déclin de l'empire khmer. Ce premier vrai royaume unifié s'étend progressivement vers le sud, au détriment des Môns.

Vers 1350, il est cependant éclipsé par la puissance des rois thaïs d'Ayuthaya (au nord de Bangkok). Ceux-ci progressent vers l'est, jusqu'à faire tomber  Anghor, la capitale khmer.

Ayuthaya devient pour quatre siècles la capitale rayonnante du Siam. Proche de la mer, elle favorise le développement des activités commerciales. Un pouvoir centralisateur se met en place, tandis que s'épanouissent les arts -théâtre, sculpture, danse, peinture...- . Le bouddhisme du Petit Véhicule, venu du Sri Lanka, est décrété religion officielle du royaume.

Pendant cet Âge d'Or, le pays des éléphants de combat multiplie les guerres avec ses voisins. Il étend  ainsi son influence sur le nord de la péninsule malaise. Mais au XVIe siècle, il est mis en difficulté par les Birmans, au nord du royaume. Ceux-ci vont même soumettre le Siam pendant quinze ans avant d'être enfin repoussés en 1584.

Versailles et la cour siamoise

Le XVIe siècle est également marqué par les premiers contacts avec les Européens : les Portugais sont les premiers à envoyer une ambassade à Ayuthaya, bientôt suivis des Hollandais et des Anglais qui y installent des comptoirs commerciaux. Cependant, les Hollandais deviennent rapidement trop envahissants aux yeux du pouvoir siamois.

En 1662, deux évêques français arrivent au Siam, pourvus d'une lettre du pape et d'une autre de Louis XIV. Ils sont reçus à la cour, véritable Versailles de l'Orient. Quelques années plus tard, la France obtient le monopole du commerce des épices dans le royaume. Des jésuites s'y installent et se lancent dans un prosélytisme énergique qui ne tarde pas à mécontenter le pouvoir siamois.

En 1687, Louis XIV tente d'imposer la présence de garnisons françaises à Bangkok. La réponse siamoise ne se fait pas attendre : les Français et les autres Européens sont boutés hors du royaume ! La phase de xénophobie qu'inaugure cet épisode durera 150 ans.

À la fin du XVIIIe siècle, les Birmans reprennent leurs attaques contre le Siam. Ils détruisent Ayuthaya, brisent les statues des temples et réduisent 10 000 Siamois en esclavage. Un général sino-thaï, Taksin, parvient finalement à les repousser et à rétablir la domination siamoise sur l'ancien royaume.

Taksin se proclame roi mais devient rapidement paranoïaque et mégalomane, se prenant pour le nouveau Bouddha. Il est assassiné par l'un de ses généraux, lequel se fait couronner le 6 avril 1782 sous le nom de Rama 1er. Premier roi de la dynastie Chakri, encore au pouvoir aujourd'hui, il déplace sa capitale à Bangkok.

Modernisation et nationalisme

Rama Ier écarte la menace birmane et asseoit la domination thaïe au Cambodge. Cependant, le Siam est de plus en plus encerclé par les Européens : Anglais en Birmanie et en Malaisie, Hollandais en Indonésie, Français dans la péninsule indochinoise, concessions étrangères en Chine.

Lorsque Rama II tente de poursuivre l'expansion territoriale du royaume vers la Malaisie, il trouve les Britanniques sur sa route.

Au milieu du XIXe siècle, Rama IV, ancien moine bouddhiste, ouvre le pays aux influences occidentales et signe des accords commerciaux avec les pays européens et les États-Unis.

Le roi de Siam Rama VISon pays échappe à la colonisation en jouant le rôle d'État-tampon entre les possessions françaises et britanniques.

En 1893, la France exige toutefois le rattachement au Laos de provinces qui s'étendent à l'ouest du Mékong. Le Siam est contraint de les lui céder. En 1907, il abandonne le Cambodge à la France, puis, en 1909, cède des États malais à la Birmanie britannique.

Au tournant du siècle, le roi Rama V entreprend une importante œuvre de modernisation inspirée d e l'ère Meiji japonaise. Il abolit l'esclavage, développe l'enseignement, réforme l'armée et la justice, fait construire des voies ferrées et des routes.

Son fils Rama VI continue son œuvre mais se heurte à une forte poussée de nationalisme thaï et à une tentative de putsch militaire, en 1912 - première d'une longue série. Il refuse l'adoption d'une Constitution.

La fin de l'absolutisme

Le Siam participe à la Première Guerre mondiale aux côtés des Alliés.

Sous le règne de Rama VII, la crise de 1929  frappe de plein fouet le royaume, entraînant l'effondrement des prix du riz. Ce contexte favorise l'opposition libérale, menée par des étudiants formés à Paris. 14 juin 1932 : un coup de force sans effusion de sang aboutit à l'établissement d'une monarchie constitutionnelle, avec partage du pouvoir entre civils et militaires.

Las du pouvoir, Rama VII abdique en 1935 et part pour l'Angleterre, laissant le pouvoir à son neveu âgé de seulement dix ans et lui-même en exil. Dès lors, l'emprise des militaires nationalistes sur le gouvernement devient quasi-totale. 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, ils se rangent du côté des envahisseurs japonais et déclarent la guerre à la Grande-Bretagne et aux États-Unis. La présence japonaise au Siam est immortalisée par le film Le pont de la rivière Kwaï.

Certains artisans de la révolution libérale de 1932 luttent néanmoins contre la ligne pro-japonaise. Ils renversent le gouvernement militaire à la fin de la guerre et se rapprochent sans attendre des Alliés, ce qui permettra au Siam de ne pas figurer parmi les vaincus !

Marché flottant thaïlandais au début du XXIe siècle (DR)

Le temps de militaires

En 1946, quelques mois après son retour d'exil, le jeune roi Rama VIII est retrouvé mort dans sa chambre, tué par balle dans des circonstances jamais éclaircies. Son jeune frère Bhumibol lui succède le 9 juin 1946. Réservé, économe de ses émotions et de ses sourires, le nouveau souverain, couronné le 5 mai 1950 à 23 ans sous le nom de Rama IX, va très vite gagner l'estime de ses sujets.

Le maréchal Pibul Songgram, au pouvoir avant la guerre, revient au gouvernement. La Constitution est suspendue et et le Siam baptisé Thaïlande ou « terre des Thaïs ». Résolument anti-communistes, les militaires mènent une politique proaméricaine : la Thaïlande participe à la guerre de Corée au côté des États-Unis et leur fournit des bases pendant la guerre du Vietnam.

Au cours des décennies suivantes, les coups d'État militaires se succèdent. En 1958, le général Sarit Thanarat prend le pouvoir, dissout le parlement et interdit toute opposition. Il se maintient au sommet de l'État jusqu'à sa mort en 1963. Des officiers prennent le relais jusqu'en 1973, quand surviennent de grandes manifestations d'étudiants contre la dictature.

Un gouvernement civil de coalition se met alors en place. Il abolit les lois anticommunistes et orchestre le départ des troupes américaines. Mais dès 1976, les militaires reprennent le pouvoir, écrasant dans le sang les manifestations d'étudiants, malgré la tentative de médiation du roi. De nombreux étudiants et intellectuels rejoignent alors les groupes communistes armés retranchés dans les montagnes.

Dans les années 1980, le pouvoir militaire entame un timide processus de démocratisation et de réconciliation avec les maquisards. En 1988, les élections portent au pouvoir un gouvernement civil.

Bangkok au début du XXIe siècle (DR)

Une démocratisation laborieuse

Entraînée dans le décollage de l'Asie, l'économie thaïlandaise connaît à la fin du XXe siècle une croissance à deux chiffres. Cette croissance est facilitée par les investissements japonais qui alimentent le développement de l'industrie légère (textile, électronique...), mais elle va de pair avec une corruption plus massive que jamais.

En 1991, les militaires renversent le gouvernement - il s'agit du 17e coup d'État depuis la mise en place du régime parlementaire ! Ils le remplacent par un « Conseil national de maintien de la paix » mais en 1992, des manifestations monstres ramènent les civils au pouvoir, avec une nouvelle Constitution.

L'euphorie qui accompagne le boom économique se heurte brutalement à la crise financière asiatique de 1997. Le système bancaire et monétaire thaïlandais s'effondre, le chômage et l'inflation explosent.

En 2001, le milliardaire populiste Thaksin Shinawatra devient Premier ministre, notamment grâce aux votes des classes défavorisées. Ses partisans, les « Chemises rouges », n'hésitent pas à descendre dans la rue pour réclamer des changements plus rapides ou protester contre les restrictions imposées par le FMI.

Le roi Bhumibol en 2014 (DR)Impliqué dans des affaires de corruption, Thaksin est renversé par l'armée le 19 septembre 2006 et contraint à l'exil, au grand soulagement des investisseurs et des classes moyennes.

Mais l'agitation ne faiblit pas. Elle oppose les « Chemises jaunes » aux partisans de l'ancien Premier ministre. Les élections du 3 juillet 2011 amènent au pouvoir sa propre soeur, Yingluck Shinawatra. Elle est à son tour renversée par l'armée le 22 mai 2014, conformément à une tradition nationale bien ancrée.

13 octobre 2016 : la mort du populaire roi Bhumibol (Rama IX) après 70 ans de règne, relance les inquiétudes sur l'avenir de la monarchie et l'espoir d'un rétablissement de la démocratie.

L'atterrisseur Schiaparelli de la mission ExoMars s'écrase sur la planète rouge (19 octobre 2016)

 

L'Agence spatiale européenne (ESA), en collaboration avec l'agence russe RosCosmos, a lancé le 14 mars 2016 un « atterrisseur » baptisé Schiaparelli avec mission de tester les conditions d'atterrissage sur Mars. L'orbiteur ExoMars a transporté l'appareil au plus près de la planète. L'atterrisseur, d'un poids d'environ 600 kg, a ensuite entamé sa descente en parachute. Trop rapide, trop brutale. L'ESA y voit un semi-échec et va en tirer les enseignements pour une nouvelle mission dans quatre ou cinq ans.

 

Grève générale au Venezuela (26 octobre 2016)

 

Ugo Chavez (Sabaneta, 28 juillet 1954 - Caracas, 5 mars 2013) Le Venezuela (30 millions d'habitants, 900 000 km2) est aujourd'hui un pays ruiné et au bord de la guerre civile. La faute au pétrole dont il possède la première réserve mondiale !

Arrivé au pouvoir en 1999, le charismatique Hugo Chavez a généreusement redistribué au petit peuple (et à ses amis) les revenus de l'or noir. Mais quand les cours se sont effondrés après 2008, cette politique stérile a conduit le pays au désastre.

En 2013, à la mort de Chavez, son dauphin Nicolas Maduro lui a succédé de justesse à la présidence de la République. Passé à l'opposition, le Parlement n'a pas tardé à réclamer sa démission. Les citoyens eux-mêmes l'ont demandée par référendum. Mais le parti chaviste, qui tient solidement tous les rouages de l'État, fait de la résistance. Tragique illustration de la malédiction de l'or noir....

15 avril 2013

Chavez, héritier de Bolivar ou de Peron ?

 

De justesse, les Vénézuéliens ont porté à la présidence un fidèle du président Chavez. Mais le clientélisme de ce dernier laisse le pays au bord du gouffre, en dépit de sa richesse pétrolière.

On peut y voir beaucoup de similitudes avec la situation de l'Argentine à la mort d'Evita Peron, en 1952...

Ugo Chavez (Sabaneta, 28 juillet 1954 - Caracas, 5 mars 2013) Le Venezuela est « orphelin » du charismatique Hugo Chavez, lieutenant-colonel métis porté à la présidence il y a quatorze ans, après un coup d'État raté, mort d'un cancer le 5 mars 2013 à Caracas, à 58 ans.

Adoré par les masses populaires de Caracas et des grandes villes, le président avait vu ses résultats électoraux progresser d'une élection à l'autre.

Mais Nicolas Maduro, le candidat de son parti qui s'est présenté pour lui succéder le 15 mars 2013, n'a bénéficié pour sa part que d'une victoire d'extrême justesse, ce qui permet à son rival conservateur d'espérer l'emporter au prochain scrutin, après que le chavisme aura épuisé sa magie.

Un bilan très mitigé

Puisant à pleines mains dans les revenus du pétrole, dont le pays est le cinquième producteur mondial, Chavez l'a généreusement redistribué au petit peuple des villes sous forme de subventions et aides en tous genres. De la sorte, il a fait reculer spectaculairement la pauvreté et l'analphabétisme ; une attitude autrement plus généreuse que celles des autocrates arabes, du Quatar et d'ailleurs.

Mais le défunt Commandante a par ailleurs négligé de développer les infrastructures du pays et de soutenir son secteur productif. Il n'a pas pu ou voulu maîtriser la corruption, de sorte que le Venezuela, tout entier dépendant des revenus pétroliers, a perdu ses usines et son agriculture, est devenu un haut lieu de la corruption, laquelle a gangréné aussi les cercles du pouvoir et la famille du président, et surtout un champion mondial de la criminalité avec plusieurs milliers d'homicides par an, soit davantage que dans l'Afghanistan ou la Syrie en guerre.

Ainsi le pays n'aura-t-il pas échappé à la malédiction de l'or noir, avec une richesse en trompe-l'oeil qui crée plus d'injustices, de violences et de misère qu'elle n'apporte de bien-être. Les syndicats ouvriers, tout comme les intellectuels  « de gauche » et les étudiants ne s'y sont pas trompés ; les uns et les autres demeurant massivement hostiles au Commandante, tout comme la bourgeoisie conservatrice et libératrice.

Une longue tradition latino-américaine...

Simon Bolivar à Haïti en 1816 (Caracas, 24 juillet 17831 - Santa Marta, Colombie, 17 décembre 1830)Le président Chavez s'est modestement présenté comme un disciple de Simon Bolivar (1783-1830), qualifiant sa politique de « bolivarisme », un concept au contenu très vague, d'autant que le « Libertador » sud-américain a connu bien plus d'échecs que de succès et témoigné d'un humanisme très relatif mais ce n'est pas le lieu ici de déboulonner le mythe.

À vrai dire, s'il est exclu de comparer Chavez à d'authentiques dictateurs comme Castro, qui ont pratiqué les exécutions sommaires et ne se sont jamais soucié des urnes, on peut plus justement le comparer à un autre « caudillo » sud-américain, très populaire en son temps et dont se réclament encore les dirigeants actuels de son pays : Juan Péron, président de la République argentine de 1946 à 1955.

Juan Peron  (8 octobre 1895 - 1 juillet 1974)Avec son épouse Evitá, cet ancien général argentin a appliqué la recette que reprendra Chavez un demi-siècle plus tard, à savoir redistribuer aux classes populaires les colossaux revenus tirés des exportations du pays (blé et viande pour l'essentiel).

Ce clientélisme lui valut une très durable popularité chez les déshérités (les « descamisados » ou sans-chemise), y compris, fait notable, dans la classe ouvrière, qui a bénéficié du protectionnisme douanier. Mais elle ruina le pays pour plusieurs décennies. À cause de cela, l'Argentine, qui était après la Seconde Guerre mondiale le pays le plus développé d'Amérique latine, se traîne aujourd'hui derrière le Brésil et quelques autres.

Le péronisme, réduit à quelques formules de bon aloi, n'en survit pas moins comme référence politique incontournable, un peu à l'image du gaullisme en France et avec plus de succès que celui-ci comme l'attestent les élections à la présidence de Carlos Ménem et des époux Kirchner.

Parions que le Venezuela d'après-Chavez suivra le même sort.

 

Xi Jiping renoue avec le culte de la personnalité (27 octobre 2016)

 

Xi JipingLe président de la République Xi Jinping (63 ans) est honoré du titre de « leader central » du Parti communiste chinois. Cet honneur, seulement attribué à Mao par le passé, traduit le renforcement de ses pouvoirs et le retour au culte de la personnalité.

Avec tout de même certaines limites : Xi Jiping a été porté à la présidence de la République en mars 2013 pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. Il devra donc abandonner ses fonctions en 2023. D'autre part, en tant que fils d'un compagnon de route de Mao, c'est un « prince héritier » qui ne peut se prévaloir de ses seuls mérites...

Le Parlement wallon accepte in extremis l'accord de libre-échange avec le Canada (CETA) (28 octobre 2016)

 

Sonnés par le Brexit, les dirigeants européens ont prudemment mis en veilleuse le très contesté accord de libre-échange entre les États-Unis et l'Union européenne (NAFTA). Ils ont en contrepartie réactivé l'accord avec le Canada (CETA). Négocié dans l'ombre, celui-ci a été validé par tous les Parlements sans avoir donné lieu à des débats publics.

Toutefois, le Parlement de Wallonie présidé par Paul Magnette a donné des sueurs froides aux technocrates de Bruxelles : pendant deux semaines, il a menacé d'invalider le projet faute d'en avoir été dûment informé. Il a fini par se soumettre comme les autres...

 

Donald Trump président des États-Unis d'Amérique (8 novembre 2016)

 

Donald Trump, né le 14 juin 1946 à New York, élu à la Maison Blanche le 8 novembre 2016En dépit de ses frasques, le candidat du parti républicain l'emporte nettement avec 279 grands électeurs contre 228 à sa rivale démocrate Hillary Clinton. Celle-ci, du fait d'un électorat plus concentré dans les métropoles, a néanmoins recueilli deux millions de voix de plus que l'heureux élu : 64 millions contre 62 pour ce dernier.

9 novembre 2016

Donald Trump, une surprise ? Pas vraiment

 

Après les référendums de 2005  (France et Pays-Bas) et le Brexit (2016), voici une nouvelle surprise avec l’élection de Donald Trump par une franche majorité d’Américains. À chaque fois, le suffrage universel a eu raison des médias, des sondeurs et de leurs commanditaires. On peut au moins se réjouir de cette vitalité démocratique...

Andrew Jackson (1767-1845), président des États-Unis de 1829 à 1837Donald Trump, né le 14 juin 1946 à New York, élu à la Maison Blanche le 8 novembre 2016Le 23 octobre 2016, nous avons titré notre lettre sur des élections pleines de surprises aux États-Unis et évoqué un précédent largement ignoré : l’élection du candidat « populiste » et « anti-système » Andrew Jackson , en 1828.

Il n'était pas sans ressembler au nouveau président des États-Unis. Brutal et rugueux comme lui, il s'en distinguait toutefois par ses origines modestes et son expérience de la guerre.  

Plébiscité par les classes pauvres et ouvrières de l'Ouest, hostiles aux financiers de New York et à l'aristocratie du Sud, Andrew Jackson a, comme Donald Trump, été rejeté par les instances de son parti et honni par les élites de la côte Est.

Désindustrialisation et multiculturalisme mal assumé

C’est en partie pour s'opposer au libre-échange prôné par ces élites que les électeurs américains ont aujourd'hui voté Donald Trump. Celui-ci a su capter leur colère sourde, tout comme d'ailleurs le candidat démocrate Bernie Sanders, rival malheureux d'Hillary Clinton.

Les classes laborieuses, laminées par le libre-échange et la concurrence des nouveaux immigrants, ressentent jusque dans leur chair l'épuisement d'une politique d'ouverture tous azimuts conduite depuis les années 1980.

En 2015, des chercheurs de Princeton ont ainsi mis en évidence la baisse de l'espérance de vie parmi les hommes blancs de 45 à 54 ans, une première depuis deux siècles. La dégradation des conditions de vie et l'explosion des inégalités ont été dissimulées de 1980 à 1998 par une progression du revenu médian des ménages, celle-ci étant due à l'entrée massive des femmes sur le marché du travail, avec un salaire qui venait compenser la stagnation ou la baisse du salaire de l'époux. De 1998 à 2014, ce trompe-l'oeil a disparu et mis à nu la l'échec des politiques inspirées par des économistes aveuglés par leurs préjugés idéologiques .

L’autre motif qui a conduit à la victoire de Trump et à l'élimination de Sanders tient à l'exaspération d'une majorité de citoyens face aux tromperies de l’utopie « multiculturaliste » et de la société « ouverte ». À preuve le vote de l'Iowa en faveur de Donald Trump : dans cet État plutôt prospère, avec un faible taux de chômage, c'est évidemment l'enjeu multiculturaliste qui a fait basculer les électeurs.

L’élection en 2008 d’un président noir n’a pas empêché le retour à de nouvelles formes de ségrégation raciale, mises à jour par les tensions entre police et Afro-Américains.

La candidate démocrate Hillary Clinton a tenté de jouer la carte « racialiste » en cajolant les électeurs afro-américains et latinos (les deux groupes représentent chacun 12,5 à 15% des 320 millions d'Américains). Mais sans doute s’est-elle trompée dans son évaluation du vote latino : beaucoup d’Étasuniens latino-américains aspirent à leur intégration dans la classe moyenne et ne se sentent guère solidaires des Afro-Américains. Leurs conditions de vie ne sont pas comparables comme l'atteste la mortalité infantile : cet indicateur-clé du bien-être est bien plus faible chez les latinos que chez les noirs et même que chez les blancs ordinaires !

Quels enseignements pour l'Europe ?

En Europe de l'ouest, les dernières élections (législatives en Allemagne et référendum en Angleterre), ont témoigné de tensions similaires, sous l’effet de la crise sociale, de la désindustrialisation, d'une Union Européenne à bout de souffle  mais aussi d'un emballement migratoire sans précédent dans l’Histoire. Les nouveaux arrivants font bloc avec leur « communauté » dans les quartiers. Ils compromettent ce faisant l’intégration des immigrants plus anciennement installés . À quoi les classes dirigeantes répondent par des propos hors-contexte sur le vivre-ensemble et l'occultation de la mémoire.

La chancelière Angela Merkel et même le pape François semblent avoir pris la mesure du danger dans leurs déclarations des derniers jours . Les élus français feraient bien d'ouvrir les yeux à leur tour sur l'exaspération populaire face à l'échec du néolibéralisme financier et à un multiculturalisme non maîtrisé, face également à l'échec de la monnaie unique  Ils se doivent de nommer et analyser les phénomènes sans faux-semblants, et de préconiser des solutions respectueuses de la démocratie .

Joseph Savès
Mort de Fidel Castro (90 ans) (25 novembre 2016)

 

Fidel CastroL'inoxydable « Líder Máximo » a dirigé Cuba d'une main de fer de janvier 1959 à février 2008, pendant près de cinquante ans.

À 82 ans, usé par l'âge et les excès en tous genres, il a passé la main à la jeune génération, en l'occurrence son frère Raùl, l'homme des basses œuvres, un jeunot de 77 ans (85 aujourd'hui). L'avenir sourit aux Cubains.

 

1er janvier 1959

Fidel Castro s'empare du pouvoir à Cuba

 

 

Dans l'euphorie de la décolonisation, l'année 1959 s'ouvre sur la fuite d'un dictateur corrompu et méprisé, Fulgencio Batista et le triomphe d'un jeune guérillero romantique, rieur et barbu. Cela se passe à Cuba la perle des Antilles, une île tropicale évocatrice de tous les plaisirs de la terre.

La prise de pouvoir de Fidel Castro , au terme d'une campagne-éclair de deux ans, offre l'espoir d'un nouveau départ de l'Amérique latine, un espoir bien vite trahi.

André Larané
 
Fidel Castro après sa prise de pouvoir (1959)
La perle des Antilles

À la veille de la prise de pouvoir de Fidel Castro, Cuba compte 6 millions d'habitants dont un tiers de Noirs et métis. Grâce au sucre, au tabac (les célèbres cigares Havane) et au tourisme de luxe, le pays figure parmi les plus prospères d'Amérique latine derrière l'Argentine, l'Uruguay et le Chili.

Dans les années 1950, la population est déjà alphabétisée à 80%. La capitale, La Havane, est encore considérée comme l'une des plus belles villes du monde. Elle a une réputation sulfureuse mais la prostitution est loin d'y atteindre l'ampleur qu'elle aura au début du XXIe siècle en République dominicaine, en Thaïlande... ou à Cuba même.

Parcours inattendu d'un enfant de la bourgeoisie

Fils d'un riche planteur cubain d'origine espagnole, Fidel Castro fait des études de droit et se marie en 1948 avec la fille d'un avocat proche de Fulgencio Batista, l'homme fort du pays. Ce métis a débuté comme sergent et s'est gagné une immense popularité grâce à son talent de démagogue (son parcours ressemble assez à celui d'Hugo Chavez, homme fort du Venezuela en 2008).

Après le coup d'État de Batista, le 10 mars 1952, le jeune Fidel Castro se lance avec fougue dans l'action politique, mû avant tout par la haine de l'impérialisme américain. Avec une centaine de partisans, il attaque le 26 juillet 1953 la caserne de Moncada, à Santiago-de-Cuba. C'est un fiasco sanglant. Arrêté ainsi que son frère cadet Raul, il est condamné à 15 ans de prison.

Libéré dès 1954 à la faveur d'une amnistie, il se réfugie au Mexique où il fonde le « Mouvement du 26 juillet » ! Il rencontre à cette occasion Ernesto Guevara , un jeune médecin argentin surnommé le Che (l'Homme). Comme Raul Castro, ce dernier se déclare marxiste-léniniste et confesse sa proximité avec l'Union soviétique mais il n'arrive pas à faire partager ses opinions par Fidel.

Dès le 2 décembre 1956, Fidel Castro revient clandestinement à Cuba à bord d'un petit bateau de fortune, le Granma. Il débarque sur une plage de l'Oriente, la côte méridionale de l'île, avec 81 compagnons au total. Une semaine plus tard, traqués par l'armée cubaine, ils ne sont plus que douze. Comme les apôtres ! Ces rescapés prennent le maquis dans la Sierra Maestra. Parmi eux Ernesto Che Guevara et Raul Castro. Quelques jeunes gens, paysans ou bourgeois comme eux, les rejoignent. Avec un effectif d'une trentaine d'hommes, Fidel Castro se permet d'attaquer une caserne. C'est alors le début d'une longue marche triomphale...

 

Une marche triomphale

Fidel Castro et ses partisans dans la Sierra MaestraComme le Cid, Fidel voit très vite grossir les rangs de son armée. L'insurrection s'étend et de plus en plus de jeunes Cubains, exaspérés par la corruption du régime et la dérive autocratique de Batista, rejoignent les rebelles. Ils sont plusieurs milliers pour le coup de grâce final, la fuite de Batista, le 1er janvier 1959.

Les « barbudos » triomphent. Pris de court par la fuite impromptue du dictateur, Fidel Castro ne veut pas hâter les choses. Descendant de la Sierra Maestra, il entre le soir du 1er janvier 1959 à Santiago-de-Cuba, deuxième ville du pays, sous les acclamations populaires... et devant les caméras du monde entier. Les États-Unis eux-mêmes lui apportent leur soutien. Il est vrai que Castro se présente en démocrate et rejette toute collusion avec les Soviétiques, ennemis mortels des Américains.

Le 8 janvier enfin, il entre à La Havane et pour démontrer sa bonne foi démocratique, supervise la formation d'un gouvernement civil. L'euphorie est de mise, à Cuba et dans le monde entier. L'île et ses habitants sont relativement prospères et rien ne semble devoir ternir le triomphe d'un chef aussi avenant ; une épopée comme en rêve Hollywood !

Tous les démocrates voient l'événement avec sympathie et même enthousiasme. C'est l'époque où les intellectuels et les poètes, tel le Chilien Pablo Neruda, dénoncent la subordination des dictateurs sud-américains au gouvernement de Washington et la mainmise des multinationales étasuniennes sur les « républiques bananières », ainsi appelées parce que leur économie est dépendante des plantations de bananes détenues par la firme United Fruit.

Un caudillo marxiste-léniniste

Le jeune Fidel, qui se fait appeler « Líder Máximo », s'inscrit dans la tradition latino-américaine du caudillisme, autrement dit un pouvoir dictatorial acquis par les armes, avec des visées sociales et le soutien passionné des masses populaires.

Il liquide les partisans de l'ancien dirigeant ainsi que ses opposants au terme de procès expéditifs, avec une brutalité qui ne manque pas de surprendre même ses soutiens étrangers. Dès 1960, on enregistre plus d'une centaine de fusillés et 70 000 prisonniers politiques sur une population de cinq millions d'habitants. C'est pour les opposants le début d'un exode massif vers Miami, en Floride.

Très vite, par souci de justice sociale, Fidel Castro lance une vaste réforme agraire. Puis il nationalise les plantations de canne à sucre, dont la moitié appartiennent à des groupes étasuniens. Pour manifester son indépendance à l'égard de son très puissant voisin, il a aussi le front de rétablir des relations diplomatiques avec l'Union soviétique. C'est plus que n'en peuvent supporter les États-Unis. Le président Dwight Eisenhower décrète un embargo et interdit aux entreprises américaines et alliées de commercer avec Cuba.

La menace est sérieuse. Castro connaît comme tout un chacun les précédents de l'Iran et du Guatemala dont les gouvernants ont été renversés par la CIA (les services secrets américains) pour avoir voulu retrouver leur indépendance économique : Mossadegh en 1953 et Arbenz en 1954. Pour échapper à leur sort, il n'a d'autre choix que de se jeter dans les bras de son nouvel allié.

Devenu une base avancée de Moscou à 150 km de la Floride, son régime suscite l'effroi aux États-Unis. Après le fiasco du  débarquement de la baie des cochons et la crise des fusées , qui fait craindre une guerre nucléaire, Cuba passe sous l'entière dépendance de l'URSS dont Castro devient le représentant auprès de tous les rebelles du tiers monde.    

Jean-Paul II et Fidel Castro en 1998 (DR)En ce début du XXIe siècle, les désillusions sont immenses mais le régime castriste se maintient envers et contre tout. Nostalgie aidant, le vieux « Líder Máximo » s'offre même le luxe de recevoir des hommages du monde entier, y compris du pape Jean-Paul II en 1998 !

Le 24 février 2008, il passe les rênes du pouvoir à son frère Raúl, son compagnon de tous les moments, de cinq ans plus jeune (il est né le 3 juin 1931).

En Amérique latine, où l'on espérait que la démocratie l'emporterait enfin, on voit au même moment émerger une nouvelle forme de caudillisme portée par des disciples de Fidel : Ortega au Nicaragua, Morales en Bolivie, Chavez au Venezuela.

 
François Fillon désigné candidat de la droite aux présidentielles (27 novembre 2016)

 

Personne ne l'attendait, et pourtant il l'a fait. Avec 69,5 % des suffrages exprimés, François Fillon remporte haut la main la primaire de la droite et du centre. Pour le candidat des Républicains à la présidentielle de 2017, il s'agit d'une « victoire de fond, bâtie sur des convictions ». Cette primaire aura rassemblé plus de 8,5 millions de votants au total des deux tours et rapporté 9 millions d'euros au parti LR.

 

Matteo Renzi, désavoué par les électeurs, renonce à diriger le gouvernement italien (4 décembre 2016)

 

Le jeune et bouillant maire de Florence (39 ans) est arrivé à la Présidence du Conseil en février 2014. Soucieux de respecter le cadre budgétaire imposé par Bruxelles, il n'a pas su répondre aux inquiétudes de l'électorat ni remettre l'économie d'aplomb. Ses atermoiements ont ouvert un boulevard au Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo, autour de thèmes écologiques et antiparlementaires.

Soucieux de regagner la confiance des électeurs, Matteo Renzi a lancé un projet de réforme du Sénat et des Régions et l'a soumis à référendum. Mais le scrutin s'est vite mué en plébiscite pour ou contre le Président du Conseil. Sans illusion après les bourrasques électorales du Royaume-Uni et des États-Unis, Matteo Renzi a démissionné sitôt connu le résultat du référendum sur la réforme (59% de non).

 

Ouverture de Lascaux IV

 

Depuis sa découverte, en 1940, la grotte de Lascaux a pris place parmi les plus anciens et plus admirables chefs-d'œuvre de l'humanité. Mais la « Sixtine de la préhistoire » (Henri Breuil) a été très vite débordée par son succès.

Pour la protéger, on a lancé à proximité immédiate la création d'un fac-similé, Lascaux II.

Le 9 décembre 2016, Lascaux II, au bord de la saturation et trop proche de la grotte originelle (risques de dégradations) a cédé la place à un Centre international de l'Art pariétal, au pied de la colline de Lascaux.

Lascaux

La « Sixtine de la Préhistoire »

 

Le 12 septembre 1940, dans une colline proche du village de Montignac, au coeur du Périgord noir, le jeune apprenti mécanicien Marcel Ravidat (18 ans) élargit avec son couteau un orifice qu'il a découvert quatre jours plus tôt avec son chien Robot. Il soupçonne à juste titre que l'orifice recèle des surprises.

Accompagné de trois garçons qu'il a rencontrés sur le chemin, Georges Agnel, Simon Coencas et Jacques Marsal, il se glisse dans la cavité et, avec sa lampe de poche, entrevoit de mystérieuses peintures sur les parois. Il fait part de la découverte à l'ancien instituteur du village, l'érudit Léon Laval, lequel en informe l'abbé Henri Breuil (63 ans), éminent spécialiste de la Préhistoire. Celui-ci se rend sur le site, appelé Lascaux, cependant que déjà les curieux s'y pressent déjà en foule.

Au terme de patients relevés, à la lueur d'une bougie, l'abbé identifie des peintures rupestres vieilles de 18000 ans  d'une qualité exceptionnelle, d'où le surnom qu'il donne à la grotte : la « Sixtine de la Préhistoire », en référence au chef-d'oeuvre de Michel-Ange. Le site est classé monument historique dès le 27 décembre suivant...

Léon Laval, Marcel Ravidat, Jacques Marsal et l'abbé Henri Breuil (28 février 1877, Mortain ; 14 août 1961, L’Ile Adam) devant l'entrée de la grotte de Lascaux

Chef-d'oeuvre en péril

Depuis sa découverte, la grotte de Lascaux a pris place parmi les plus anciens et plus admirables chefs-d'oeuvre de l'humanité. Immédiatement classée Monument historique et inscrite en 1978 au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO avec l'ensemble de la vallée de la Vézère, la « Sixtine de la préhistoire » (Henri Breuil) a été très vite débordée par son succès.

L'aménagement de l'entrée de la grotte, après la guerre, a permis aux visites de se multiplier (jusqu'à 1 800 personnes par jour !) mais avec un excès de gaz carbonique dangereux pour les peintures : «  maladie blanche » (formation de calcite sur les peintures) et « maladie verte » (apparition de microorganismes).

En conséquence, en 1963, le ministre des Affaires culturelles André Malraux a fermé le site au public... Cette précaution n'a pas suffi cependant à sauver la grotte. L'installation en 1999-2000 d'une trop puissante machine de conditionnement d'air a détruit son équilibre climatique et biologique. Les traitements qui ont suivi n'ont rien arrangé. Des moisissures, sous forme de taches noires, sont venues dégrader les peintures, au point que l'UNESCO a un moment envisagé de déclarer le site «  chef-d'œuvre en péril » ! Il semble aujourd'hui hors de danger.

Ateliers de fac-similé de l'art pariétal à Montignac (Dordogne), doc : Semitour

Plus vrai que nature (ou presque)

Pour le public, en compensation, on a lancé la création d'un fac-similé de la grotte à proximité de celle-ci. Le projet, sous l'égide du préhistorien André Leroi-Gourhan, a été confié au peintre Monique Peytral et au sculpteur Pierre Weber, qui avaient déjà réalisé des peintures volumiques. Pour la reconstitution au plus juste de la grotte, ils ont utilisé le relevé de stéréophotogrammétrie réalisé par l'Institut Géographique National.

Lascaux II a pu ainsi être ouvert au public le 18 juillet 1983, avec 200 mètres de galeries sur 17 mètres de haut qui représentent 90% des peintures originelles (la rotonde des taureaux et le diverticule axial).

Centre International d'Art pariétal de Montignac-Lascaux (Lascaux IV, ouverture : été 2016)Mais à son tour, Lascaux II, au bord de la saturation et trop proche de la grotte originelle (risques de dégradations) a cédé la place à un Cnetre National de l'Art Pariétal, avec de nouveaux fac-similés de plus grande ampleur, au pied de la colline de Lascaux et à proximité immédiate du village de Montignac.

Dans ce futur Centre, aussi appelé Lascaux IV (Lascaux III désigne une exposition itinérante), on admire non plus seulement les peintures mais aussi les centaines de gravures plus ou moins distinctes qui décorent les diverticules de la grotte originelle.

D'une beauté saisissante, ces reconstitutions nous offrent une vision tridimensionnelle de l'ensemble pictural, ce qu'aucune photographie ni même la visite de la grotte véritable avec une simple lampe ne pourraient nous apporter.

Seul regret : le minutage strict des parcours, pour cause d'affluence. Il ne permet pas de s'imprégner autant qu'on le voudrait de ces peintures et gravures. 

La découverte des oeuvres en fac-similé s'intègre dans un parcours de visite beaucoup plus fourni qu'à Lascaux II, avec outils interactif et multimédia comme notre époque en raffole.

La visite du site de Lascaux peut être complétée par la visite d'autres sites préhistoriques de la vallée de la Vézère et du département de la Dordogne, éventuellement aussi du musée de la Préhistoire aux Eyzies de Tayac et du parc du Thot (la Préhistoire pour tous les âges).

Le fac-similé de Lascaux 2

[En savoir plus]
 
Scène d'horreur sur le marché de Noël de Berlin (19 décembre 2016)

 

Les Allemands découvrent à leur tour le terrorisme islamiste : un camion-bélier écrase la foule du marché de Noël. On compte douze morts. Le terroriste, en fuite, est abattu quelques jours plus tard lors d'un contrôle de police à la gare de Milan.

 

Le vrai visage de l'« ubérisation » (20 décembre 2016)

 

En 2011, l'arrivée en France de la plateforme américaine de transport avait suscité les commentaires dithyrambiques de la presse. Les uns y voyaient une flexibilité propice aux travailleurs et aussi une façon de contourner les blocages de la profession de taxis et les rigidités du code du travail ; les autres prédisaient l'avènement d'une économie collaborative en réseau, non hiérarchisée... le paradis sur terre grâce à Internet et à la Silicon Valley !

Au final, les chauffeurs Uber se voient étouffés par une pieuvre vorace qui grignote leurs marges et impose une augmentation de sa commission de 20 à 25%. Dépourvus d'armes juridiques, ils n'ont d'autre recours que de bloquer les accès aux aéroports parisiens pour obtenir une intervention des pouvoirs publics. Le paradis sur terre ?...

 

 
Poutine ordonne le cessez-le-feu en Syrie (29 décembre 2016)

 

Poutine et Erdogan (2 décembre 2014), DRLe président russe Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan ont convenu d'un cessez-le-feu en Syrie entre les forces gouvernementales et les rebelles « modérés ». L'Iran, principal soutien du gouvernement de Damas, s'est associé à l'accord. Celui-ci constitue un camouflet cinglant pour la diplomatie américaine, exclue du jeu, pour ne rien dire de la diplomatie européenne, inexistante.

Le président Obama paie au prix fort ses hésitations et ses revirements, notamment le refus de frapper le régime Assad quand celui-ci a fait usage d'armes chimiques en 2012. Le président Poutine, au contraire, a su se montrer constant et ferme dans ses engagements et ses alliances, y compris avec le piteux président syrien. Il a engagé son aviation sans état d'âme dans le siège d'Alep, la seconde ville du pays. Une fois celle-ci « libérée », il a pu enfin négocier en position de force un cessez-le-feu entre les belligérants (à l'exclusion du groupe État islamique).

Désormais, les dirigeants du monde entier, en particulier ceux qui ont des difficultés de voisinage, savent sur qui pouvoir compter en cas de coup dur. C'est ce que l'on appelait du temps de Bismarck la Realpolitik.

28 mai 2014

« La Russie nous surprendra toujours »

 

L'historien Emmanuel Todd a entrevu en 1976 la fin de l'URSS avec un essai au titre provoquant : La chute finale. Aujourd'hui, dans un entretien inédit avec Herodote.net, il prend à nouveau l'opinion à rebrousse-poil en annonçant la renaissance de la Russie et l'effondrement de l'Ukraine . Avec des chiffres que nos dirigeants auraient intérêt à méditer.

 

Herodote.net : Vous tentez de comprendre les sociétés humaines et entrevoir leur futur à travers leurs indicateurs démographiques. Depuis quarante ans, la Russie est l'un de vos terrains de chasse favoris. Cela tombe bien. Au moment où elle fait à nouveau trembler l'Europe, dites-nous comment vous la percevez.

Emmanuel Todd : En 1976, j'avais découvert que la mortalité infantile était en train de remonter en URSS et ce phénomène avait troublé les autorités soviétiques au point qu'elles avaient renoncé à publier les statistiques les plus récentes. C'est que la remontée de la mortalité infantile (décès avant l'âge d'un an) témoignait d'une dégradation générale du système social et j'en avais conclu à l'imminence de l'effondrement du régime soviétique.

Aujourd'hui, disons depuis quelques mois, j'observe à l'inverse que la mortalité infantile dans la Russie de Poutine est en train de diminuer de façon spectaculaire. Parallèlement, les autres indicateurs démographiques affichent une amélioration significative, qu'il s'agisse de l'espérance de vie masculine, des taux de suicide et d'homicide ou encore de l'indice de fécondité, plus important que tout. Depuis 2009, la population de la Russie est repartie à la hausse à la surprise de tous les commentateurs et experts.

C'est le signe que la société russe est en pleine renaissance, après les secousses causées par l'effondrement du système soviétique et l'ère eltsinienne, dans les années 1990. Elle se compare avantageusement, sur de nombreux points, à bien des pays occidentaux, sans parler des pays d'Europe centrale ou de l'Ukraine, laquelle a sombré dans une crise existentielle profonde.

La mortalité infantile

La mortalité infantile (décès avant l'âge d'un an pour mille naissances) est sans doute l'indicateur le plus significatif de l'état réel de la société. Il dépend en effet tout à la fois du système de soins et des infrastructures, de la nourriture et du logement dont disposent les mères et leurs enfants, du niveau d'instruction des mères et des femmes en général...

Le graphique ci-dessous témoigne des progrès spectaculaires accomplis par les trois pays issus de l'ancienne URSS depuis la fin du XXe siècle. La Russie, partie de très haut (plus de 20 décès pour mille naissances) a rattrapé l'Ukraine et se situe à peine au-dessus des États-Unis.

Plus déroutants encore sont les progrès de la Biélorussie, qui se situe désormais au niveau de la France (3 pour mille). Qui l'eut cru de ce « trou noir » au milieu de l'Europe, dirigé par un obscur autocrate ? On verra qu'en tous points la Biélorussie colle à la Russie. Les deux pays ont des structures familiales similaires et la Biélorussie, au contraire de l'Ukraine, se satisfait d'une indépendance restreinte.

Mortalité infantile comparée en Russie, en Ukraine, en France... (Herodote.net, 2014)

Herodote.net : Mais quelle fiabilité pouvons-nous accorder à ces statistiques ?

Emmanuel Todd : La plus grande qui soit. Les données démographiques ne peuvent pas être trafiquées car elles ont leur cohérence intrinsèque. Les individus dont on a enregistré un jour l'acte de naissance doivent se retrouver dans les statistiques à tous les grands moments de leur existence et jusqu'à leur certificat de décès. C'est pour cela que le gouvernement soviétique a cessé de publier les taux de mortalité infantile quand ils lui ont été défavorables.

Ça n'a rien de comparable avec les données économiques ou comptables que l'on peut allègrement trafiquer comme l'ont fait le gouvernement soviétique pendant plusieurs décennies ou les experts de Goldman Sachs quand ils ont dû certifier les comptes publics de la Grèce pour lui permettre d'entrer dans la zone euro...

Les cigognes retrouvent le chemin de la Russie

L'indice de fécondité (nombre moyen d'enfants par femme) témoigne du renouveau démographique de la Russie même s'il est encore inférieur au seuil de remplacement des générations (comme dans tous les pays développés). Relevons dans les comparaisons ci-dessous l'effondrement de la Pologne catholique qui, visiblement, n'a pas profité de son entrée dans l'Union européenne.

   
Russie
Biélorussie
Ukraine
Pologne
France
Allemagne
États-Unis
1993
1,7
1,8
1,8
2,0
1,8
1,4
2,0
1999
1,2
1,3
1,3
1,5
1,7
1,3
2,0
2005
1,4
1,2
1,2
1,2
1,9
1,3
2,0
2013
1,7
1,6
1,5
1,3
2,0
1,4
1,9

Source : World Population Data Sheet / INED, Population & Sociétés.

Herodote.net : Ce regain de vitalité de la Russie est donc une surprise pour vous ?

Emmanuel Todd : Oui, tout à fait. Dans Après l'Empire, un essai consacré aux États-Unis et publié en 2003, j'ai envisagé cette éventualité dans un chapitre intitulé « Le retour de la Russie » mais je n'avais aucune donnée statistique me permettant de l'étayer. Je faisais seulement confiance à ma perception de la société russe, de ses structures familiales et étatiques.

C'est peu dire qu'elle n'est pas partagée par mes concitoyens. Dans les dernières années, j'ai été exaspéré par le matraquage anti-russe de la presse occidentale et en particulier française, avec Le Monde au coeur du délire !

Herodote.net : Vous exagérez !

Emmanuel Todd : Pas du tout. Ces médias ont réussi à aveugler l'opinion sur le redressement spectaculaire de la première puissance militaire du continent européen ! Ce faisant, je ne crains pas de le dire, ils nous ont mis en situation de risque.

La CIA s'est elle-même laissée abuser par ses préjugés. En se focalisant sur le désastre démographique des dernières décennies du XXe siècle, elle a cru à la disparition prochaine de la Russie. De même que l'Union européenne, elle a mal évalué les nouveaux rapports de force entre la Russie et ses voisins et c'est comme ça que, de maladresse en maladresse, on a abouti à l'annexion de la Crimée et à la guerre civile en Ukraine.

Herodote.net : Vous oubliez Poutine, sa brutalité, son homophobie...

Emmanuel Todd : Sur l'homophobie, je ne suis pas compétent, même si je suis à titre personnel favorable au mariage pour tous. Le magazine Marianne m'a confié il y a quelques semaines l'analyse d'un sondage sur la sexualité politique des Français et j'avoue que ça m'a beaucoup amusé...

Plus sérieusement, c'est vrai que le président russe n'a rien d'un social-démocrate ou d'un libéral. Interrogé par Le Point en 1990, j'avais dit qu'il ne fallait pas imaginer que la Russie devienne un jour une démocratie à l'anglo-saxonne. Ses structures familiales et étatiques s'y opposent tout autant que la violence inscrite dans son Histoire.

Mais la « poutinophobie » ambiante nous a masqué l'essentiel, ce que révèlent de façon claire les indicateurs démographiques : la chute de l'URSS a accouché d'une grande société moderne et dynamique, avec notamment un haut niveau d'éducation hérité de l'ère soviétique, des filles plus nombreuses que les garçons à l'Université et un bilan migratoire positif qui atteste de la séduction qu'exerce encore la société russe et sa culture sur les populations qui l'environnent.

Cela débouche sur ce que je qualifie faute de mieux de « démocratie autoritaire » ; un régime fort et même brutal, qui a néanmoins le soutien implicite de la grande majorité de la population.

Les filles à l'assaut de l'Université

Le pourcentage de filles par rapport aux garçons dans l'enseignement supérieur est un indicateur intéressant du degré de modernité d'une société et de la place qu'y tiennent les femmes ou qu'elles sont appelées à y tenir (source : OCDE, 2013).

  Suède
Russie
France    
États-Unis
Allemagne
140 filles pour 100 garçons
130
115
110
83

Herodote.net : Permettez-moi d'insister mais un président issu du KGB, la police politique soviétique, ça n'a rien de très moderne.

Emmanuel Todd : Et alors ? Le KGB et son avatar actuel, le FSB, sont des viviers pour les élites russes. Hélène Carrère d'Encausse a dit, en ironisant, qu'ils sont l'équivalent de l'ENA pour la France. Disons qu'ils participent de la nature violente du pays !

Le spectre d'Ivan le Terrible s'éloigne

Sur le chapitre des moeurs, on note de lentes améliorations en Russie, qu'il s'agisse des taux de suicide et d'homicide ou de l'espérance de vie masculine, longtemps plombée par l'alcoolisme et la violence.

   
taux de suicide (décès pour 100.000 habitants)
taux d'homicide (décès pour 100.000 habitants)
espérance de vie masculine
1998
35,5
22,9
61 ans
2010
30
10
64 ans

Pour rappel, le taux de suicide est de 16 pour 100.000 habitants en France (2008) ; le taux d'homicide est de 4,2 pour 100.000 habitants aux États-Unis et de 1 pour 100.000 habitants en France (2013).

Les graphiques ci-dessous représentent l'espérance de vie à 60 ans des femmes et des hommes. Ils témoignent du retard accumulé par l'URSS depuis les années 1950 et du redressement récent, qui demeure fragile.

Espérance de vie à 60 ans (Herodote.net, 2014)

Herodote.net : Vous nous assurez que la société russe se porte plutôt bien mais son économie, elle, va mal.

Emmanuel Todd : En matière d'économie, je ne veux pas trop m'engager. Notons simplement que les 1,4% de croissance de la Russie et son taux de chômage de 5,5% feraient pâlir d'envie le président Hollande. Et pour ne pas l'accabler, je ne dirai rien de l'indice de popularité de son homologue russe.

Mais il est vrai que la Russie vit pour l'essentiel sur une économie de rente fondée sur l'exploitation de son sous-sol et, de plus en plus, sur son agriculture. Pour le reste, elle s'en tient à une politique protectionniste destinée à protéger ce qui reste de son industrie.

Le pays a deux atouts : un territoire immense de 17 millions de km2 plein de richesses potentielles et une population de 144 millions d'habitants (2013) qui compte encore beaucoup de scientifiques de haut niveau, malgré le départ de 800.000 juifs pour Israël.

Ces deux atouts déterminent la stratégie de Poutine : protéger le territoire et ses ressources avec une armée performante, en attendant que l'économie mondiale achève sa transition vers l'Asie et les nouvelles technologies. On le voit mal faire un autre choix comme d'accueillir des industries de main-d’œuvre ou développer des entreprises exportatrices de biens de consommation.

Mais je m'en tiens là-dessus à des hypothèses. Ce qui, par contre, ne relève pas de l'hypothèse mais du réel, c'est le réconfortant redressement de la démographie russe. Il témoigne d'une santé qui ferait envie à de nombreux pays européens...

Cela dit, n'exagérons rien. Si par malheur, il devait arriver que je sois chassé de ma patrie, ce n'est pas en Russie que je me réfugierais mais aux États-Unis selon une tradition familiale bien établie !

Propos recueillis par André Larané pour Herodote.net, le 28 mai 2014
 
Source : Hérodote
 

 



16/01/2017
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