Bienvenue dans mon Univers

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BARUCH SPINOZA

L’être d’un être est de persévérer dans son être. – Baruch Spinoza

Il y sera parvenu et devenant par là même, un des plus grands philosophe de l’histoire. Né le 24 novembre 1632 dans l’actuelle capitale des Pays-Bas, Amsterdam, il reçut à la naissance le prénom de Baruch qui signifie en hébreux “ béni”. Le philosophe est également connu sous les noms de Bénédictus de Spinoza et Bentos de Spinoza. Bénédictus et Bento ne sont que les traductions latine et portugaise de son prénom.

En effet, Spinoza naquit dans la communauté juive portugaise de la ville qui en sa grande majorité était constituée de Marranes. Ces derniers sont des juifs qui vivaient dans la péninsule ibérique. Pour échapper à l’inquisition, ils se convertirent au catholicisme. Toutefois, ils n’hésitaient pas à revenir à leur religion d’origine lorsque les conditions le permettaient. Bien que parlant le néerlandais au quotidien, ils considéraient le portugais comme leur langue maternelle et l’employaient en famille. Quant au latin, il faisait office de langue universelle.

Spinoza entre à l’école rabbinique en 1639. Ses professeurs furent Saül Morteira et Menasseh Ben Israël. Un des évènements marquants de la vie du jeune fut le châtiment d’Uriel da Costa auquel il assista en 1647. Ce dernier après avoir nié l’immortalité de l’âme et s’être fait excommunié, décida de se repentir. Le châtiment des rabbins fut d’une sévérité rare. Flagellé en public, il se suicida quelques temps plus tard, après avoir à nouveau, et cette fois par écrit, renié l’immortalité de l’âme. Son oeuvre est intitulée Exemplar vitæ humanæ. Le jeune Spinoza achève les études rabbiniques en 1650 et entre à l’université de Leyde.

Tout comme ses contemporains, il se met à l’étude du latin et du grec, mais également des sciences, de la physique et des mathématiques. Il découvre, durant la même période, la philosophie. À la mort de son père en 1654, Spinoza et son frère prennent la tête de la maison commerce familiale. Quelques temps plus tard, il rencontre Daniel de Prado lors de  tertulias. Les tertulias sont des rencontres de juifs libéraux. En 1656, Spinoza est excommunié quelques temps après qu’il ait été victime, selon ses dires, d’une tentative d’assassinat. Il dira par ailleurs conserver le manteau qu’il portait ce jour-là, avec la trace de la lame du couteau, afin de se souvenir de l’influence néfaste que peuvent avoir les religions. Son ami, Daniel de Prado sera également excommunié.

L’ex-communion étant rarement pratiquée dans la communauté juive de l’époque, il semble logique de s’interroger sur les raisons qui ont été à l’origine de cette action punitive. En se référant au contexte prévalant, il est facile de comprendre que pour ce groupe qui avait du pendant longtemps vivre secrètement sa foi, Spinoza et ses idées représentaient un danger réel. En s’en prenant aussi violemment aux dogmes du judaïsme, il pouvait ébranler la foi des membres d’un groupe déjà assez restreint et fragile. En outre, ses positions sur le christianisme constituait un danger pour la survie de sa communauté. La démarche des rabbins pouvait donc revêtir un aspect purement théologique, politique ou un mélange des deux.

Spinoza continue à travailler dans l’entreprise familiale. Spécialiste dans la taille des verres optiques, il parvient même à se faire un nom. Toutefois, il se trouve bientôt enlisé dans les disputes familiales. Il est au prise avec son frère pour des questions d’héritage. Il gagnera le procès, mais finira malgré tout par tout lui céder volontairement. Il quitte Amsterdam pour Ouwerkerk. En 1660, il élit domicile à Rinjsburg, un village situé non loin de Leyde. Il n’est toujours pas célèbre en tant que philosophe, mais jouit déjà d’une renommée certaine dans celle de la taille des verres optiques.

La même année, il devient membre d’un cercle d’études, composé de personnes de différentes confessions religieuses. Ces derniers, les Collégiants, estiment que la foi en Dieu n’a pas besoin de dogme et que le véritable culte ne peut être qu’intérieur. Il s’y fait de nombreux amis, notamment Simon de Vries, Louis Meyer, Jan Rieuwertz, Jarig Jelles, Peter Balling et bien d’autres. Il se lie également d’amitié avec Henry Oldenburg qui deviendra, en 1663, premier secrétaire de l’Académie royale des sciences du Royaume Uni. Il aura une correspondance particulièrement riche avec ce dernier.

Spinoza ne se fait véritablement connaître comme philosophe que dans les années 60 du XVIIe siècle. Il présente sa première oeuvre à ses amis. Elle entrera dans l’histoire sous le nom de “Court Traité”. En 1661, il se lance dans la rédaction d’un “Traité de la réforme de l’entendement” qu’il n’achèvera jamais. En 1663, il s’installe à Voorburg. À cette époque, sa réputation de philosophe est déjà faite. Sa pensée attire vers lui de nombreux admirateurs dont Jean de Witt qui lui accorde une pension, mais encore plus d’ennemis. Il est de plus en plus traité d’athée. Ces oeuvres ne sont pas officiellement interdites, c’est uniquement parce qu’il les rédige non pas en néerlandais, mais en latin. En 1665, il commence la rédaction du “ Traité théologico-politique”.

Ses détracteurs s’emploient à lui créer des problèmes. En 1668 un de ses disciples  Adriaan Koerbagh est arrêté pour avoir rédigé une oeuvre critiquant le christianisme. Il refuse, bien que cela lui soit imposé de dénoncer Spinoza comme source d’inspiration. Cela lui vaudra une condamnation de 10 ans de prison qu’il n’achèvera jamais. Il mourut un an plus tard. En 1670, comprenant les conséquences désastreuses qu’aurait la sortie de son livre, Spinoza décida de le publier anonymement, en mentant même sur le lieu d’édition, qui devint Hambourg plutôt qu’Amsterdam. Ce livre fit l’effet d’une bombe, car non seulement il critiquait le clergé, mais il s’attaquait également au bien-fondé de l’existence des monarchies. Un an plus tard, il se résout de faire suspendre sa traduction en néerlandais. Malgré toutes les précautions prises, il est rapidement soupçonné d’être l’auteur.

En 1671, Spinoza déménage une fois de plus pour s’installer chez un ami, Hendrick Van der Spyck, à la Haye. Dans les années 70 du XVIIe siècle, la vie du philosophe, dont la réputation est des plus sulfureuses, se complique à la suite d’évènements politiques importants. L’Angleterre et la France entre en guerre et cette dernière annexe les Provinces-Unies. Son ami et protecteur Jean de Witt démissionne et quelques temps plus tard, est assassiné avec son frère. En 1673, on lui offre une place d’enseignant à l’Académie d’Heidelberg qu’il refuse. Un an plus tard, il décide de se rendre à Amsterdam pour y faire publier un de ses ouvrages “l’Éthique”. Toutefois, la véhémence des attaques dont il est la cible le pousse à renoncer. La même année, son Traité théologico-politique est officiellement condamné. Étant donné que le livre fut publié de façon anonyme, une enquête officielle est lancée en 1676 pour identifier formellement l’auteur. Elle n’y parviendra pas. Spinoza, déjà malade, s’éteint le 21 février 1677.

Contrairement à ce qui fut longtemps la version officielle, Spinoza ne fut pas si solitaire. Il eut un réseau assez important d’amis auquel on doit la publication de la majorité de ses oeuvres à titre posthume. Il s’agit notamment de l’Éthique, le Traité de la reforme de l’entendement, l’Abrégé de grammaire Hébraïque, les Lettres et réponses, ainsi que le Traité politique.

L’homme et son oeuvre

Toute idée qui en nous est absolue, autrement dit adéquate et parfaite, est vraie. - Baruch Spinoza

L’oeuvre de Spinoza est certainement l’une des plus marquantes qui puisse être et malgré le temps, elle demeure incroyablement actuelle. Les idées qu’il véhicule, pour son époque, sont tout simplement hérétiques. Il s’attaque à la fois à la vision chrétienne et judaïque de cette entité. Dans le christianisme, il critique le fait que l’on ait “personnifié” Dieu, car en lui donnant visage “humain”, on se sera également employé à dévaloriser la Nature. L’histoire du péché originel en est la démonstration. Quand au Dieu judaïque, c’est une personnalité particulièrement colérique et violente qui se comporte en juge sévère avec ses créatures et ne leur permet pas de jouir de la liberté qu’il leur a pourtant accordée.

Pour remédier à cet état de choses, le philosophe prive cette entité de personnalité. Il rejette définitivement l’hypothèse d’un Dieu transcendant le monde. Il ne nie pas son existence, mais l’associe à la Nature. Aucune tractation n’est désormais plus possible avec lui, contrairement à la vision judaïque. Dans le même ordre d’idées, l’être humain se trouve lavé du péché originel pour reprendre la conception chrétienne, car il ne peut avoir commis de “péché” vis-à-vis de la Nature. Spinoza s’oppose clairement au “Dieu des religions” qui, à son avis, n’a contribué qu’à asservir les êtres humains en les privant de leur individualité, tout en leur cultivant des passions pour le moins néfastes.

Dans le domaine politique, le philosophe  s’avère avoir une bonne longueur d’avance sur ces contemporains. D’après lui, il ne saurait exister de gouvernement idéal pour une humanité parfaite. Cela s’explique simplement par la nature de l’être humain elle-même qui est bien loin d’être parfaite. L’homme étant de tout temps en proie à ses passions, il est important que le gouvernement qui le guide en soit un de raison. À l’idée d’obéissance introduite par Hobbes, Spinoza oppose une notion de consensus. L’État d’après lui se doit de protéger les citoyens sans pour autant les priver de leur liberté.

Certaines personnes estiment que Spinoza a énoncé les bases de la démocratie telle qu’elle est vécue aujourd’hui. C’est un leurre. La vision de Spinoza dépasse largement ce que nous vivons de nos jours. Sa vision s’apparenterait plutôt à une forme de démocratie absolue qui pour l’instant n’est pas encore sur le point de voir le jour et n’a même que peu de chances d’être expérimentée dans un futur proche.

Parlant de Spinoza, il est une chose que l’on peut affirmer avec certitude : cet homme était largement en avance sur son époque. Il n’est pas surprenant qu’il ait eu autant de soucis avec ses contemporains. Par ailleurs, lorsqu’on prête un regard attentif et critique sur la société contemporaine, force est de remarquer que même de nos jours, ses points de vue restent encore assez révolutionnaires tant dans les dictatures que les sociétés dites civilisées.





05/08/2014
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