Bienvenue dans mon Univers

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ACTUALITE

 

L'actualité, ce peut-être parfois un vacarme insensé,

 

Ce sont ces mille choses qui font de nos journées,

 

Des instants peints en rose, regards éberlués,

 

Elle est tantôt lointaine et nous atteint à peine,

 

Ou bien si près de nous,

 

Qu'elle nous rend un peu fou .

 

Faite d'évenements égrénes par le temps,

 

On se raccroche à elle pour exister vraiment !

 

MARTINE



MIGRER AU XIX e SIECLE

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20/09/2019
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LA BIODIVERSITE DISPARAIT DE JOUR EN JOUR

abeille

 

 

 

22 février 2019, Rome - Le premier rapport du genre sur l’état de la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture présente des preuves de plus en plus tangibles et inquiétantes que la biodiversité qui sous-tend nos systèmes alimentaires est en train de disparaître, menaçant gravement l'avenir de notre alimentation, de nos moyens de subsistance, de notre santé et de notre environnement.

 

 

Une fois perdue, prévient le rapport de la FAO diffusé aujourd'hui, la biodiversité pour l'alimentation et l'agriculture -- c'est-à-dire toutes les espèces qui sous-tendent nos systèmes alimentaires et soutiennent les personnes qui cultivent et/ou produisent notre nourriture -- ne peut plus être récupérée.

 

 

La biodiversité pour l'alimentation et l'agriculture comprend toutes les plantes et tous les animaux –sauvages et d’élevage – qui fournissent de la nourriture aux humains, des aliments pour les animaux, des combustibles et des fibres.

 

C'est aussi la myriade d'organismes qui soutiennent la production alimentaire par le biais de services écosystémiques et qu’on appelle la «biodiversité associée».

 

Cela inclut toutes les plantes, animaux et micro-organismes (tels qu'insectes, chauves-souris, oiseaux, mangroves, coraux, herbiers, vers de terre, champignons et bactéries du sol) qui maintiennent la fertilité des sols, pollinisent les plantes, purifient l'eau et l'air, gardent les poissons et les arbres en bonne santé, et combattent les parasites et les maladies des plantes et du bétail.

 

 

Le rapport, élaboré par la FAO sous la direction de la Commission des ressources génétiques pour l'alimentation et l'agriculture, examine tous ces éléments. Il s’appuie sur les informations fournies spécifiquement pour son élaboration par 91 pays et sur l'analyse des dernières données mondiales.

 

 

«La perte de la biodiversité pour l'alimentation et l'agriculture compromet sérieusement notre capacité à alimenter et à nourrir une population mondiale en croissance constante. Cela réduit notre efficacité face aux défis croissants du changement climatique et limite notre capacité à cultiver sans nuire à l’environnement», a déclaré notamment M. José Graziano da Silva, Directeur général de la FAO.

 

 

«Moins de biodiversité signifie que les plantes et les animaux sont plus vulnérables aux parasites et aux maladies. En plus de notre dépendance à l’égard d’un nombre décroissant d'espèces pour nous nourrir, la perte croissante de la biodiversité pour l'alimentation et l'agriculture met en péril notre sécurité alimentaire déjà fragile», a encore dit M. Graziano da Silva.

 

 

La base de nos systèmes alimentaires gravement menacée

 

Le rapport souligne la réduction de la diversité végétale dans les champs des agriculteurs, l’augmentation du nombre de races d’élevage menacées de disparition et la hausse de la proportion de stocks de poissons surexploités.

 

 

Sur quelque 6 000 espèces de plantes cultivées à des fins alimentaires, moins de 200 contribuent de manière substantielle à la production alimentaire mondiale et neuf d'entre elles seulement représentent 66% de la production agricole totale.

 

 

La production animale mondiale repose sur environ 40 espèces animales, dont une poignée seulement fournit la grande majorité de la viande, du lait et des œufs. Sur les 7 745 races de bétail locales répertoriées par pays dans le monde, 26% sont menacées d'extinction.

 

Près du tiers des stocks de poisson sont surexploités et plus de la moitié ont atteint leur limite de résistance.

 

 

Les informations provenant des 91 pays qui ont contribué au rapport révèlent que les espèces alimentaires sauvages et de nombreuses espèces contribuant aux services écosystémiques essentiels à l'alimentation et à l'agriculture, notamment les pollinisateurs, les organismes du sol et les ennemis naturels des parasites, disparaissent rapidement.

 

 

Par exemple, les pays signalent que 24% de quelque 4 000 espèces d'aliments sauvages – principalement des plantes, des poissons et des mammifères – diminuent fortement.

 

Mais la proportion des aliments sauvages en déclin serait encore plus importante, car l'état véritable de plus de la moitié des espèces d'aliments sauvages signalées est inconnu.

 

 

Le plus grand nombre d'espèces d'aliments sauvages en déclin est signalé dans des pays d'Amérique latine et des Caraïbes, suivis de pays situés en Asie-Pacifique et en Afrique. Cela s’expliquerait peut-être par le fait que les espèces d'aliments sauvages sont davantage étudiées et /ou font l'objet de plus de rapports dans ces pays que dans d'autres.

 

 

De nombreuses espèces associées à la biodiversité sont également gravement menacées. Elles comprennent les oiseaux, les chauves-souris et les insectes qui contribuent à contrôler les parasites et les maladies, la biodiversité des sols et les pollinisateurs sauvages, tels que les papillons, les abeilles, les chauves-souris et les oiseaux.

 

 

Les forêts, les pâturages, les mangroves, les herbiers marins, les récifs coralliens et les zones humides en général – des écosystèmes essentiels qui fournissent de nombreux services à l'alimentation et à l'agriculture et abritent d'innombrables espèces – connaissent également un déclin rapide.

 

 

Principales causes de perte de la biodiversité

 

Les principaux facteurs de la perte de la biodiversité alimentaire et agricole, cités par la plupart des pays déclarants, sont les changements dans l'utilisation et la gestion des terres et de l’eau, suivis par la pollution, la surexploitation et la surpêche, le changement climatique, la croissance démographique et l'urbanisation.

 

 

Dans le cas de la biodiversité associée, alors que toutes les régions signalent l'altération et la perte de l'habitat comme une menace majeure, les autres facteurs clés varient d'une région à l'autre.

 

Ce sont la surexploitation, la chasse et le braconnage en Afrique; la déforestation, les changements dans l'utilisation des terres et l'intensification de l'agriculture en Europe et en Asie centrale; la surexploitation, les parasites, les maladies et les espèces envahissantes en Amérique latine et dans les Caraïbes; la surexploitation au Proche-Orient et en Afrique du Nord et la déforestation en Asie.

 

 

Les pratiques favorables à la biodiversité sont en hausse

 

Le rapport souligne qu’il y a quand même un intérêt croissant pour les pratiques et approches respectueuses de la biodiversité.

 

Quatre-vingt pour cent des 91 pays déclarants indiquent utiliser une ou plusieurs pratiques et approches respectueuses de la biodiversité, telles que

 

l’agriculture biologique,

 

la lutte antiparasitaire intégrée,

 

l’agriculture de conservation,

 

la gestion durable des sols,

 

l’agroécologie,

 

la gestion durable des forêts, l’agroforesterie,

 

les pratiques de diversification en aquaculture, l’approche écosystémique de la pêche et la restauration des écosystèmes.

 

 

Les efforts de conservation, à la fois sur site (par exemple, les zones protégées, la gestion de la ferme) et hors site (par exemple, les banques de gènes, les zoos, les collections de cultures, les jardins botaniques) augmentent également dans le monde, bien que les niveaux de couverture et de protection soient souvent inadéquats.

 

 

Inverser les tendances menant à la perte de la biodiversité

 

Bien que l’augmentation des pratiques respectueuses de la biodiversité soit encourageante, il reste encore beaucoup à faire pour mettre fin à l’érosion de la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture.

 

 

La plupart des pays ont mis en place des cadres juridiques, politiques et institutionnels pour l'utilisation durable et la conservation de la biodiversité, mais ils sont souvent inadéquats ou insuffisants.

 

 

Le rapport appelle les gouvernements et la communauté internationale à déployer davantage d’efforts pour renforcer les cadres habilitants, créer des incitations et des mesures de partage des avantages, promouvoir les initiatives en faveur de la biodiversité et s'attaquer aux principaux facteurs de perte de la biodiversité.

 

 

Des efforts plus importants doivent également être déployés pour améliorer l'état des connaissances sur la biodiversité pour l'alimentation et l'agriculture, car de nombreuses lacunes en matière d'information subsistent, en particulier pour les espèces associées à la biodiversité.

 

Nombre de ces espèces n'ont jamais été identifiées et décrites, en particulier les invertébrés et les micro-organismes. Plus de 99% des bactéries et des espèces protistes – et leur impact sur l'alimentation et l'agriculture – restent inconnues.

 

 

Il est nécessaire d'améliorer la collaboration entre les décideurs, les organisations de producteurs, les consommateurs, le secteur privé et les organisations de la société civile dans les secteurs de l'alimentation, de l'agriculture et de l'environnement.

 

 

Les possibilités de développer plus de marchés pour des produits respectueux de la biodiversité pourraient être explorées davantage.

 

 

Le rapport souligne également le rôle que le grand public peut jouer dans la réduction des pressions sur la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture. Les consommateurs devraient être en mesure d’opter pour des produits cultivés de manière durable, d’acquérir directement sur les marchés des producteurs ou de boycotter les aliments considérés comme non durables.

 

Dans plusieurs pays, les «citoyens scientifiques» jouent un rôle important dans la surveillance de la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture.

 

Exemples d'impacts de la biodiversité sur les pertes alimentaires et agricoles et pratiques favorables à la biodiversité:

  • En Gambie, les pertes massives d'aliments sauvages ont contraint les communautés à se tourner vers des aliments de remplacement, souvent issus de l'industrie, pour compléter leur régime alimentaire.
  •  
  • En Égypte, la hausse des températures entraînera des déplacements vers le nord des aires de répartition des espèces de poissons, avec des répercussions sur la production halieutique.
  •  
  • Au Népal, les pénuries de main-d'œuvre, les flux d'envois de fonds et la disponibilité croissante de produits alternatifs bon marché sur les marchés locaux ont contribué à l'abandon de cultures locales.
  •  
  • Dans les forêts amazoniennes du Pérou, les changements climatiques devraient conduire à une «savannisation», avec des impacts négatifs sur l’approvisionnement en aliments sauvages.
  •  
  • Les agriculteurs californiens laissent leurs champs de riz déborder en hiver au lieu de pratiquer le brulis après la saison de croissance. Cela fournit 111 000 hectares de zones humides et d'espaces ouverts à 230 espèces d'oiseaux, dont beaucoup sont en danger d'extinction. En conséquence, de nombreuses espèces se sont multipliées et le nombre de canards a doublé.
  •  
  • En France, environ 300 000 hectares de terres sont gérés selon les principes de l’agroécologie.

 

• A Kiribati, l’élevage intégré de poissons (holothuries de sable, chanidés), de concombres de mer et d’algues assure des revenus et un approvisionnement régulier en nourriture, car malgré les conditions météorologiques changeantes, au moins un élément du système produit toujours des aliments.


20/08/2019
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ARTICLE DU JOURNAL " THE HAMPSHIRE " DU 17 JUILLET 1852

En 1132 en Alsace les sources se tarirent et les ruisseaux s’asséchèrent. Le Rhin pouvait être traversé à pied.

 

En 1152 la chaleur était si intense que l’on pouvait faire cuire des œufs dans le sable.

 

En 1160, à la bataille de Bela (en Hongrie), un grand nombre de soldats moururent en raison de la chaleur excessive.

 

 En 1276 et 1277, en France, la récolte d’avoine et de seigle fut totalement détruite par la chaleur.

En 1303 et 1304 la Seine, la Loire, le Rhin et le Danube pouvaient être traversés à pied.

En 1393 et 1394 un grand nombre d’animaux tombèrent morts et les récoltes anéanties en raison de la chaleur. 

En 1440 la chaleur fut excessive.

En 1538, 1539, 1540 et 1541 les rivières européennes étaient littéralement asséchées. En 1556 il y eut une sécheresse généralisée dans toute l’Europe.

En 1615 et 1616 la canicule s’abattit sur la France, l’Italie et les Pays-Bas.

En 1646 il y eut en Europe 56 jours consécutifs de grandes chaleurs.

En 1676 des canicules à nouveau.

Les mêmes évènements se reproduisirent au XVIIIe siècle.

En 1718 il n’y eut aucune pluie entre les mois d’avril et octobre. Les récoltes furent brûlées, les rivières asséchées et les théâtres fermés à Paris par ordre du préfet de police en raison des températures excessives. Le thermomètre enregistra 36 degrés Réaumur (45 degrés C) à Paris. Dans les jardins de la banlieue arrosés, les arbres fruitiers fleurirent deux fois pendant la saison. 

En 1723 et 1724 les températures étaient extrêmes. En 1746 l’été fut particulièrement chaud et sec et les récoltes furent littéralement calcinées. Pendant plusieurs mois il n’y eut aucune pluie.

En 1748, 1754, 1760, 1767, 1778 et 1788 les chaleurs d’été furent excessives. En 1811, l’année de la comète, l’été fut très chaud et le vin très bon y compris à Suresnes.

En 1818 les théâtres parisiens restèrent fermés pendant un mois en raison des chaleurs excessives, la chaleur avait atteint 35 degrés C.

En 1830, alors que des combats avaient lieu, le thermomètre afficha des températures de 36 degrés C les 27, 28 et 29 juillet.

En 1832, lors de l’insurrection du 6 juin, le thermomètre releva une température de 35 degrés.

En 1835 la Seine était presque à sec. En 1850, au mois de juin, au cours de la seconde épidémie de choléra de l’année le thermomètre afficha 34 degrés ». 


09/08/2019
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1911 - LA FRANCE SUFFOQUE

L’été 1911 est marqué par une redoutable sécheresse accompagnée de températures anormalement élevées : qualifiée de canicule sans que l’on crie encore au réchauffement climatique, la vague de chaleur qui déferle sur l’Europe compte parmi les plus longues de l’Histoire, et est à l’origine de la mort de 40 000 personnes après avoir sévi quelque 70 jours, du 5 juillet au 13 septembre

 

 

Début juillet : la canicule prend ses marques

 


Début juillet, les journalistes s’émeuvent et s’inquiètent de la chaleur excessive s’installant en France. Dans un article non dénué d’humour signé Claude Berton et intitulé La vague du numéro du 9 juillet 1911 de Gil Blas, on peut lire :

 

Paris compte depuis quelques jours une voyageuse inattendue et dont la visite l’a fort surpris, une voyageuse venue de très loin : la vague de chaleur. En arrivant, elle tombe des nues cette fille des tropiques apportant dans les plis de sa robe ces deux enfants : le siroco et le simoun.

 

Les Parisiens, si accueillants aux étrangers lui ont fait la grimace, puis comme c’est l’époque des étrangers, ils tâchent de s’accoutumer à elle. Pourtant elle est encombrante, envahissante, indiscrète, partout elle pénètre, elle s’insinue, elle se glisse, et sa présence pesante, alourdissante, migraineuse, se fait sentir, s’impose impérieusement. Personne et rien ne lui échappe.

 

 

 

chaleur-1884

chaleur-1884

 

Paris pendant la canicule de 1884 : place du Théâtre-Français.
Illustration de couverture du Monde illustré du 23 août 1884

 

 

 

Il arrive parfois qu’un souverain aimable mais un peu ennuyeux vient visiter Paris. Toute la ville est bouleversée pour sa réception ; les rues sont barrées, l’Opéra change son. spectacle, les journaux sont remplis de comptes rendus insipides sur ses faits et gestes. Il arrête la vie.

 

Ainsi fait la vague de chaleur, mais son pouvoir est bien plus considérable. Elle fait haleter dans la rue les pauvres chevaux recrus de fatigue et en même temps elle essouffle les moteurs des autos qui chauffent et ne peuvent refroidir leur circulation d’eau, elle fait éclater les pneus et craquer les vieux meubles.

 

Les très anciens bois réchauffés croient sentir tout d’un coup la sève remontée en eux ; ils se dilatent de joie et, crac ! ils se fendent.

 

 

Les femmes la haïssent cette révélatrice des teints artificiels, des teintures et des fards, cette empêcheuse de mettre des corsets trop étroits et des chaussures trop justes et des gants trop serrés.

 

Elle est brutale avec les dames, comme ces assistantes des douanes commises à la fouille des femmes : « Allons, ma petite, ne mets pas tant de noir autour de tes yeux, il fondra et tu auras l’air de pleurer du cirage.

 

Un corset cuirassé ? Tu es folle. Tes petits souliers, tes gants à la pointure étroite ?... Folle ! folle ! tu ne pourras ni respirer, ni marcher, ni faire un mouvement. Il faut t’habiller à la forme de ton corps et non à la forme de la mode ».

 

Elle passe aux terrasses des cafés et les gros hommes buvant la saluent de cet axiome : « Je marche, donc je sue ».

 

Elle vide les maisons de leurs habitants qui viennent dans les rues pour la fuir. Mais dans les rues, ils la retrouvent encore. Elle fait vaciller sur sa base la glace que le maître d’hôtel grave présente aux convives, rouge comme un homard cuit ; elle sèche les fleurs du surtout ; elle donne aux meilleurs vins une tiédeur écœurante, et quand elle n’est pas un sujet de conversation, elle ralentit les propos et les rend déliquescents et vagues comme la crème des petits fours dont elle fond le granité et dont elle fait transsuder le beurre et le sucre.

 

Elle fait tourner les sauces et elle fripe, casse et ramollit les cols et les plastrons les plus blancs et les plus rigides.

 

Elle rôtit le couvreur sur son toit, le batelier dans sa barque, l’arroseur lui-même qui croit la combattre avec sa lance. Elle endort les gardiens de musées, les sergents de ville en faction, les midinettes à leur travail, et même sur les fortifs, les bandits vautrés dans l’herbe, ferment leurs yeux, cédant à son invincible torpeur.

 

Les Parisiens la maudissent, mais elle leur répond : « Ingrats, taisez-vous, subissez-moi sans murmurer, je suis la grande pourvoyeuse du monde entier, la grande rôtisseuse, la grande cuisinière de la nature.

 

Je rôtis, je grille, je rissole, je fais bouillir, mitonner, braiser, votre nourriture, vos grains, vos fruits, vos légumes, et la pâture de vos animaux.

 

L’immense menu que la Providence vous dispense, c’est moi qui suis chargée de vous le servir à point. C’est votre vie que je réchauffe. Bénissez-moi. »

Ô Parisiens qui murmurez, un illustre et charmant poète a chanté la grande saison avec reconnaissance. Ronsard a dit :

 

 

Je te salue, Été, le prince de l’année,
Fils du soleil, auteur de toute chose née,
Père alme [bienfaisant], nourricier, donne-blé, donne-vin,
Mâle parfait, entier, tout grand et tout divin.

 

 

Fin juillet : la vague de chaleur s’enracine


Le 23 juillet, il fait 40 degrés à l’ombre dans toute la France, et la chaleur ne faiblissant pas, le chroniqueur scientifique Max de Nansouty du quotidien Les Annales politiques et littéraires commente dans un article scientifique intitulé La chaleur en juillet 1911 du numéro 30 juillet les effets de cette persistance :

 

Le mois de juillet 1911 nous laissera le souvenir d’une chaleur des plus désagréables, accompagnée d’une sécheresse dont l’agriculture a été ravie. Comme le dit le vieux proverbe : « Ce qui fait le malheur des uns, fait le bonheur des autres. »

 

Soyons d’accord cependant à constater que cette période fut profondément « inconfortable », pour employer le terme désormais admis. Que peut-on en dire au point de vue scientifique, en interrogeant, dans une ardente veille, les annuaires météorologiques remplis de tableaux statistiques et de chiffres ? Faisons comparaître ce mois de juillet coupable d’excès de température, et interrogeons-le sévèrement. Voici comment il établit ses moyens de défense.

 

Tout d’abord, poursuit Max de Nansouty, il n’y a pas eu surprise, ni guet-apens. La façon systématique avec laquelle soufflèrent en juin les vents d’Est, du Nord-Est et du Nord, devait nous faire prévoir que l’on ne pouvait éviter, en juillet, une grande sécheresse ; et cela, aux approches de la canicule, fixée, depuis l’antiquité, vers le 20 juillet, et dont les anciens disaient : Bibit ardens Canis (Le Chien céleste est assoiffé).

 

La sécheresse, associée à un soleil resplendissant, devait aboutir, logiquement, à une grande élévation de température. Cela n’a pas manqué. Depuis le 2 juillet, date à laquelle on reçut quelques ultimes gouttes de pluie, jusqu’au 23 du mois, l’arrosage céleste a été interrompu. Il convient de constater, d’ailleurs, que la quantité de pluie tombée depuis le 1er janvier en 1911, est de 202 millimètres, alors que la normale, la moyenne, aurait dû être de 303 millimètres. C’est donc bien la sécheresse : mais ne nous exclamons pas trop ! Au grand courant « à base d’Est » que nous venons de supporter succédera logiquement un « courant d’Ouest » compensateur ; il faudra bientôt probablement consoler les gens de ne pouvoir sortir sans parapluie. Attendons un peu et méfions-nous du « virage météorologique ».

La température de ces jours derniers a été incontestablement excessive. A-t-elle été anormale ? s’interroge Max de Nansouty. Non. Car les maxima qui se produisent presque toujours, à Paris du moins, en juillet et août, varient, de temps immémorial, entre 36°1 C et 39° C. Nous avons observé 39° C récemment, lors de l’Exposition universelle de 1900.

 

On trouve, à la vérité, des chiffres plus élevés dans les documents historiques ; mais ils sont suspects. Pour relever des chiffres météorologiques, il faut beaucoup de conscience et aussi des instruments extrêmement précis, deux choses que ne possédaient pas du tout nos anciens. De là à conclure que notre supplice thermique de ces jours derniers était tout à fait régulier, il y a un abîme. Il n’était pas régulier du tout, vu que les grands « coups de chaleur » peuvent se produire de juin à juillet, à des dates variables. Le 24 juillet 1870, il y a eu, à Poitiers, d’après ce que nous apprend M. A. Angot, un maximum de 41° 2 ; ce fut une des horreurs de cette affreuse année. Mais on ne revit plus, les années suivantes, cette horrible température qui paraît, d’ailleurs, avoir été localisée.

 

 

 

canicule-1911-2

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La chaleur à Paris en 1911 (groupe de personnes se faisant servir de l’eau
près d’une fontaine Wallace). © Crédit photo : Agence Rol

 

 

En thèse générale, une forte chaleur, durant deux ou trois jours, se supporte toujours assez allègrement, de même qu’un froid excessif. Où l’ennui et la fatigue commencent, c’est lorsque l’élévation thermique s’obstine et prend, sans motif valable, des allures de fonctionnement climatérique. C’est notre cas, en la présente occasion. On supporte bien quelques journées au cours desquelles « le baromètre est piqué », et où le thermomètre se tient à 26, 27, 28 degrés. Mais si, après avoir résisté, on est soumis à des journées de 30 à 36 degrés et à des nuits sans fraîcheur, la fatigue commence réellement ; on dort mal, l’appétit disparaît : il y a vraiment dépression. L’énergie morale a besoin de venir compenser ce que perd, avec prodigalité, l’énergie physique.

 

D’où nous vient cette chaleur ? demande Max de Nansouty. Elle paraît consécutive d’une grande « vague de chaleur » qui a passé ces temps derniers sur les États-Unis. Mais la vague de chaleur des Etats-Unis, d’où vient-elle elle-même ? 

 

Nous croirions assez volontiers aux « taches du Soleil », qui ont été observées depuis longtemps par notre éminent maître Camille Flammarion et par l’abbé Moreux. Ces savants astronomes nous disent que d’effroyables éruptions volcaniques se sont produites sur le Soleil, sur notre Soleil (car il y en a vraisemblablement une infinité). Lorsque le volcan solaire fait son explosion, c’est un déversement de chaleur, de lumière et, surtout, d’électricité, d’ions électriques, qui enveloppent notre petite planète de Terre. L’ion électrique (et hypothétique) est une lettre de change céleste, immédiatement payable à vue en calories, c’est-à-dire en chaleur. Lorsqu’il « pleut des ions », il faut ouvrir des parasols et des ombrelles ; mais, il n’est pas mauvais de s’assurer aussi de l’état de son parapluie : car ce fulgurant « ion » est un grand condensateur des vapeurs de l’atmosphère, et sous forme d’orages, de tourbillons et de cyclones, il ne tarde jamais à inonder ce qu’il a grillé.

 

Comme conclusion pratique, constatons que, déjà, quelques orages tendent à détendre nos relations surchauffées avec le Soleil. Une entente paraît probable sous la forme d’un mois d’août acceptable et d’un mois de septembre poétique et charmant, conclut le chroniqueur scientifique.

 

 

Août : après une brève accalmie, la chaleur frappe de nouveau

 

Sous le pseudonyme du Diable boiteux, un chroniqueur du Gil Blas moque les météorologistes dans le numéro du 10 août :

 

Dire que dans le mot température, il y a le mot tempéré ! Ceci est d’une philologie assez douteuse et je pense bien que M. Brunot me ferait un cours de plusieurs quarts d’heure, qui tournerait à ma confusion de pauvre diable ! Mais il fait si chaud depuis deux jours !

 

D’ailleurs, ce qui n’est pas gai, c’est que les météorologistes officiels annoncent une baisse sensible de la pression barométrique. Et v’lan, nous sommes bons pour une nouvelle vague de chaleur puisque ces messieurs — qui ne .sont jamais trompés ! à condition qu’on prenne le contrepied de leurs prédictions — nous font espérer la fraîcheur !

Sur le boulevard, hier, le thermomètre marquait à midi, exactement 47 degrés. À trois heures, il n’y en avait plus que 37. C’est plutôt suffisant, n’est-il pas vrai ?

 

 

Août 1911 : l’un des mois les plus chauds de l’Histoire, notamment à Paris


En ce mois d’août 1911, les températures sont supérieures à 30° C pendant 14 jours consécutifs. Des records sont battus, et l’académicien Jules Claretie y va de son article au sujet de la canicule telle qu’on la vit à Paris, dans le numéro du 20 août 1911 des Annales politiques et littéraires :

 

C’est une gloire comme une autre pour nos contemporains d’avoir « vécu » la plus chaude journée du siècle. Le malheur est qu’un certain nombre de braves gens en sont morts. Mais la vie est une bataille ; elle était même une mêlée féroce avant Darwin, et lorsque les hommes ne se chargent pas de la rendre meurtrière, les éléments y mettent leurs soins. Dame Nature est ironique et se moque des créatures. Elle les gèle en hiver, elle les étouffe en été. C’est une mère qui tourne facilement à la marâtre. Barbey d’Aurevilly, qui aimait ce vieux mot, eût dit volontiers : « C’est une « bourrelle ».

 

 

Donc nous avons eu — et nous aurons peut-être encore — une température de Sénégal. Les Sénégalais ont sur nous cet avantage qu’ils y sont accoutumés. Ils bravent la chaleur en faisant la sieste. Ils ne luttent pas avec le soleil. Ils s’étendent à l’ombre des grandes feuilles formant parasol et dorment. Hélas ! les Sénégalais d’Europe (j’entends, pour ne parler que de nous, les Parisiens condamnés à la température sénégalaise) ne peuvent pas jouir du repos que trouvent tout naturellement les bons nègres. La vie, telle qu’ils la pratiquent, le leur interdit. Condamnés à la tâche quotidienne, il leur faut travailler, travailler sans cesse, et l’élévation de la température n’aurait pour résultat, si les travailleurs s’« écoutaient », comme on dit, que la diminution des salaires.

 

Nous avons beau traverser les plus chaudes journées du siècle, les devoirs de chaque jour n’en sont pas moins exactement les mêmes, et, quelque brûlée du soleil qu’elle soit, roussie, rissolée et rôtie, il faut que la Terre tourne et que ceux qui la cultivent travaillent.

 

Ce qui me paraît assez narquois dans les journaux qui donnent volontiers des conseils aux gens — conseils politiques ou conseils pratiques, au choix —, c’est le commandement formel que dictent au public les docteurs d’occasion pour la « traversée » de ces heures de chaleur torride :

 

Avis important. — Il est plusieurs moyens d’éviter l’insolation. Le plus sûr est de rester bien tranquille chez soi pendant la journée et de ne sortir que le soir.

 

Rien de plus simple, en effet. Il fait chaud : faites la sieste. L’atmosphère est étouffante : prenez du repos. Ne vous chagrinez pas, ne vous préoccupez pas, ne vous surmenez pas. La prescription me rappelle le conseil souriant que donnent volontiers les sages, proches parents des indifférents, aux gens qui ont quelque gros souci en tête ou quelque lourde tâche à accomplir :

 

« Mais pourquoi y attacher tant d’importance ? Prenez le temps comme il vient et les choses comme elles sont ! »

 

Imaginez un pauvre diable d’ouvrier lisant, le matin, le conseil en question, à l’heure où il lui faut aller tourner sa machine ou se courber sur l’établi : « Ne sortir que le soir ! »

 

Eh ! sans doute, et prendre le frais au Bois, ou encore respirer à l’aise en se promenant doucement sous les platanes du boulevard Haussmann ! Attendre que la chaleur soit tombée et qu’il ne reste dans Paris qu’un peu de poussière, l’air du soir et la clarté des étoiles.

 

 

 

canicule-1911- 2

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Les méfaits de la chaleur : une victime de l’insolation. Illustration de couverture
du Petit Journal : supplément illustré du 13 août 1911

 

 

Ce remède à l’insolation, remède préventif, est facile à suivre, en effet, mais seulement pour les oisifs, caste spéciale, et jamais peut-être, jamais Paris n’a plus travaillé qu’il ne travaille à présent.

 

Et c’est à ces pauvres diables harassés de chaleur, c’est à ces forçats du travail que les hygiénistes ironiques viennent dire le plus naturellement du monde : « Restez chez vous tout le jour, c’est plus sain, et ne sortez que le soir ! »

 

 

À cela j’entends Gavroche répondre avec son accent d’éternelle gouaillerie : « Eh bien, et du pain ? »

 

Eh ! certes, chacun de nous ne souhaiterait qu’une possibilité : rêver à l’ombre pendant la journée chaude et respirer au frais, la journée finie.

 

Mais il faut que l’immense Paris vive, même en ces temps de fournaise. Et ceux qui le font vivre, qu’ils pétrissent son pain quotidien ou qu’ils lui fredonnent le couplet du jour, sont tenus d’être à leur poste, à leur tâche, à leur fourneau ou à leur tréteau. Ils y sont. Qu’on salue ces braves !

 

 

L’homme moderne est une petite machine nerveuse très résistante ; cependant, à la fin, elle s’use et se brise, et la vie parisienne, un peu bien exotique par sa température, manque décidément de sieste, conclut Jules Claretie.

 

 

Début septembre, après une nouvelle brève accalmie, la vague de chaleur récidive, et on peut lire dans un entrefilet intitulé De plus en plus chaud ! du numéro du 10 septembre du Petit Parisien :

 

 

Hier, 35°6 à l’ombre ! Le thermomètre ne désarme pas !... Hier, à l’observatoire de Montsouris, le maximum de 35°6 fut constaté à 2h10 de l’après-midi. À la tour Saint-Jacques, où les observations sont faites à une certaine hauteur, les extrêmes ont été : 18°3 à 6h35 du matin, et 35°4, à 1h55 du soir. La moyenne thermométrique 26°8 a été supérieure de 8°4 à la normale. Le baromètre est en hausse à 763 mm. Temps probable pour aujourd’hui : quelques nuages, température élevée. Encore !

 

 

D’après « Gil Blas » des 9 juillet et 10 août 1911,
« Les Annales politiques et littéraires » des 30 juillet et 20 août 1911
et « Le Petit Parisien » du 10 septembre 1911)


09/08/2019
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EOLIENNES LE VENT DE LA REVOLTE

 

Partout en France, un vent de révolte s’élève contre les éoliennes : jugées bruyantes, trop coûteuses, inutiles, elles sont aussi soupçonnées de favoriser la corruption des élus.

 

A Flers, dans les Hauts-de-France, Erik ne les supporte plus : cinq éoliennes de 110 mètres de haut lui gâchent la vue quand il ouvre les fenêtres de son château classé monument historique.

 

Depuis des années, il a tout tenté devant les tribunaux pour se débarrasser de ce qu’il considère être "une verrue" dans son paysage.

 

Dans la baie de Saint-Brieuc, Julien, pêcheur de homards et de coquilles Saint-Jacques a peur, lui, de perdre son gagne-pain : il se bat contre l’implantation d’un parc de 62 éoliennes géantes en pleine mer, au beau milieu de sa zone de pêche.

 

Pourquoi tant de haine contre ce symbole de l’énergie propre ?

 

A l’heure où la loi de transition énergétique prévoit de doubler le nombre d’éoliennes d’ici 2023, reportage dans cette France qui n’en veut pas.

 

Un reportage de Raphaële Schapira, Emilie Gouveia Vermelho et Frédérique Prigent.

 

Source : YouTube


23/07/2019
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PLAIDOYER POUR NOTRE DAME DE PARIS

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plaidoyernotredame.pdf


06/05/2019
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LES MAUVAIS GONES

 

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Valérie ma fille  avec Fabrice ( photographe Lyon-People) devant la fresque qu'elle a réalisée pour le festival "Les mauvais gones" dont la première projection a eu lieu hier au soir à l 'UGC Confluence. Chapeau bas l'artiste !

 

http://www.lyonpeople.com/les-fetes/3e-edition-des-mauvais-gones-arnaud-thomas-promu-caid-du-grand-banditisme-2019-04-04.html


04/04/2019
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MORT D'UN DANDY

Le monde de la mode pleure. Karl Lagerfeld est mort mardi 19 février. L'état de santé du couturier a commencé à inquiéter lorsqu'il ne s'est pas présenté pour saluer à la fin du défilé Chanel haute couture printemps-été 2019, fin janvier. Depuis ses débuts comme directeur artistique chez Jean Patou à la fin des années 1950, il a gravi les échelons jusqu'à prendre la tête de la maison Chanel en 1982.

 

Touche-à-tout capable de créer des collections haute couture pour Fendi et Chanel, de collaborer avec H&M ou de dessiner le maillot de l'équipe de France de football, Karl Lagerfeld a réussi, en soixante ans de carrière, à bâtir un empire. Il était aussi une icône, avec ses lunettes noires, son catogan poudré au shampooing sec et son style de dandy. Franceinfo revient sur la vie de ce génie de la mode en sept anecdotes.

Enfant, il portait déjà la cravate et les cheveux longs

Karl Lagerfeld est né en Allemagne, à Hambourg, dans les années 1930. Mais les horreurs de la guerre lui seront épargnées. "J’ai eu de la chance, il ne s’est rien passé", répétait-il à longueur d'interviews, rappelle Le Monde (article abonnés). Son père, Otto Lagerfeld, allemand d'origine suédoise, "qui parle douze langues", selon Libérationa fait fortune grâce à l'importation de lait concentré. Le jeune Karl vit ainsi une enfance à l'abri du besoin, dans une vaste propriété à une quarantaine de kilomètres de Hambourg, entouré de ses parents, de sa sœur Martha Christiana et de sa demi-sœur Thea.

 

 

Très vite, il se distingue des autres élèves avec ses cheveux longs quand tous ses camarades de classe les portent courts. Il se mélange peu, dessine "sans cesse pendant les cours" et adopte très tôt un style de dandy. "A 5 ans, il exige, en vrac, un valet, des boutons de manchettes et l'achat d'un tableau vu dans la vitrine d'un antiquaire [représentant] Voltaire et Frédéric II dînant au château de Sans-Souci", raconte Libération. A 11 ans, il se met à porter chaque jour une cravate, un style qui dénote et lui attire des moqueries. "Il était différent, très particulier, rien à voir avec les gamins de la campagne", se souvient ainsi une ex-camarade de classe citée par Le Monde. 

Il admirait sa mère malgré ses remarques acerbes 

Si son père a eu peu d'influence sur lui, sa mère en revanche a joué un rôle primordial. Pendant que son père travaille et que ses sœurs sont en pension, Karl Lagerfeld est élevé par Elisabeth. "Elle menait tout le monde à la baguette, c’était une femme très dominatrice. Elle tenait à ce que Karl fasse carrière", a confié son cousin Kurt Lagerfeld à la journaliste Alicia Drake, auteure de Beautiful People - Saint Laurent, Lagerfeld : splendeurs et misères de la mode (Denoël 2008).

 

Dans une interview à Paris Match, son fils la décrit comme une passionnée de lecture. Mais, plus que son goût pour les livres, Karl Lagerfeld retiendra de sa mère les remarques acerbes qu'elle lui adressait. "Elle me disait toujours que j’avais de trop grosses narines et qu’on devrait téléphoner à un tapissier pour qu’il y installe des rideaux, avait-il raconté au Monde. Et à propos de mes cheveux, qui étaient de couleur marron-acajou : 'Tu ressembles à une vieille commode'."

Reste que, selon lui, cette éducation à la dure a forgé son succès : "Elle avait raison : ça a marché pour moi, disait-il au Point. Bon, c'est vrai que d'autres ont été traumatisés. Mes sœurs, elle les a tuées. Mais j'ai toujours bavé d'admiration devant son pragmatisme méchant et drôle." 

Il a toujours caché son âge

Pour Karl Lagerfeld, le temps qui passe a toujours été le sujet à éviter. "Merci de me rappeler mon ancienneté", avait-il lâché, agacé, à une journaliste qui l'interrogeait sur sa longévité dans le milieu de la mode. Le créateur a toujours fait en sorte de garder secrète sa date de naissance, livrant des chiffres différents dans ses interviews. Seule certitude : le couturier serait né entre 1930 et 1940. En 1990, face à Thierry Ardisson, il affirmait avoir vu le jour en 1938. Une fête a d'ailleurs célébré ses 70 ans le 10 septembre 2008.

 

 

Mais, d'après le journal allemand Bild am Sonntag, qui s'appuie sur la publication d'"un extrait de son acte de baptême où figurent sa date de naissance ainsi que les témoignages d’anciens camarades de classe et d’une institutrice", rappelle Le Monde, Karl Lagerfeld serait né le 10 septembre 1933. L'intéressé n'a jamais ni confirmé ni infirmé. Et s'est même amusé à entretenir la confusion. 

 

En 2013, il expliquait ainsi à Paris Match n'être né ni en 1933, ni en 1938, mais "au milieu : 1935". "Ma mère avait changé la date. C’était plus facile de faire un 3 ou un 8", avance celui qui a gardé le secret jusqu'au bout, comme il se l'était promis : "Je ne le dirai jamais, et puis il y a des choses que je ne sais pas moi-même."

Il a été l'ami puis l'ennemi d’Yves Saint Laurent

Retour en 1954 : alors qu'il est installé à Paris depuis deux ans, Karl Lagerfeld participe à un concours organisé par le Secrétariat international de la laine et l'entreprise Woolmark. Il remporte le premier prix pour un manteau ; à ses côtés, un certain Yves Saint Laurent remporte le premier prix pour une robe. Les deux génies de la mode commencent ensemble leur carrière, mais leurs trajectoires s'éloignent. Dans les années 1960, Yves Saint Laurent est déjà une star, pas Karl Lagerfeld. "Je n’étais pas jaloux, assure ce dernier dans Le Monde. Yves, [Pierre] Bergé et moi étions allés voir une cartomancienne turque dans un entresol de la rue de Maubeuge. Elle avait dit à Yves : 'C’est bien, mais cela se termine assez vite'. Et à moi : 'Ça commence quand ça se termine pour les autres'."

S'ils sont amis au départ, les liens vont se distendre. Il ne pouvait en être autrement, selon la journaliste britannique Alicia Drake. "Yves a triomphé à 21 ans, remportant un succès précoce et incontestable qui ne pouvait que rendre fou son rival. Jamais ces deux immenses talents concurrents ne pourront se satisfaire de partager le même plateau. Leurs ambitions sont trop proches pour supporter pareille proximité. Ce destin commun n'a d'autre issue qu'une opposition totale", résume-t-elle dans son livre.

 

Mais c'est surtout un homme qui va rompre les liens entre les deux créateurs : Jacques de Bascher. Grand amour du couturier allemand, qui le qualifiait de "diable fait homme avec la tête de Garbo", ce dandy, emporté par le sida en 1989, fut en parallèle l'amant d'Yves Saint Laurent. Les années n'effaceront pas les rancœurs. La nomination de Karl Lagerfeld chez Chanel, en 1982, est une revanche sur son rival, qui admirait la maison de la rue Cambon. "Pour Karl, ce n’était pas seulement un immense bond en avant, c’était aussi un coup de poignard contre Yves", raconte la créatrice de mode Paloma Picasso à Alicia Drake.

 

 

En janvier 2017, dans l'émission "Stupéfiant" sur France 2, Karl Lagerfeld envoyait encore une pique en direction d'Yves Saint Laurent, mort neuf ans plus tôt : "Il n’était pas trilingue." Une insulte pour celui qui considérait que "les gens qui ne sont pas au moins trilingues sont des ruraux", souligne Le Monde.

Il a donné une seconde vie à Chanel

En 1982, Karl Lagerfeld, alors directeur artistique de Fendi et Chloé, est approché par les frères Wertheimer, propriétaires de Chanel. A l'époque, la marque est dans le creux de la vague, mais l'Allemand accepte de relever ce "challenge". "Un an avant l’arrivée de Karl, j’avais fait un sujet pour le magazine allemand Stern, photographié par Peter Lindbergh : 'Les dix classiques de la mode' (...) Lorsque j’avais proposé le tailleur Chanel, Lindbergh m’avait répondu : 'Ça existe encore, ce truc ?'" se souvient Florentine Pabst, journaliste allemande et amie de Lagerfeld, dans Le Monde (article abonnés). 

Pour relancer la marque, le couturier négocie "100 000 dollars en vêtements pour habiller les 'éditrices de la presse mode et des amies'", écrit Le Monde. Il veut dépoussiérer le mythe, a carte blanche pour cela, et veut éviter que Chanel "reste le tailleur de la bourge avec des petits nœuds", cite France Soir. 

 

Karl Lagerfeld mise tout sur la communication, et parie sur les deux C entremêlés du logo. "Je les ai poussés, exagérés (…), fait rentrer dans les têtes des gens comme si ça avait toujours existé." Pour son premier défilé au siège de la rue Cambon, il convie les stars de l'époque : Isabelle Adjani, Jean-Claude Brialy, la baronne Marie-Hélène de Rothschild…

 

Il fait aussi signer un contrat d'exclusivité à une jeune mannequin française : Inès de la Fressange. Une première à l'époque, qui modernise l'image de la marque. Le créateur lui accorde une grande liberté. "Pendant les défilés, j'ai beaucoup fait le pitre. J'arrivais en pyjama, avec mon oreiller, mon chien. L'idée était de ne pas se prendre au sérieux", se souvient-elle dans Vogue

 

Cela fonctionne : dès 1984, les ventes s'envolent, et la suite valide la stratégie du couturier. Trente-cinq ans après son arrivée chez Chanel, Karl Lagerfeld laisse un empire en pleine santé dont le chiffre d'affaires a atteint plus de 8 milliards d'euros en 2017. Même si son travail n'aurait pas forcément plu à Gabrielle Chanel : "J'imagine qu'elle n'aurait pas été d'accord avec moi. Elle aurait détesté", déclare-t-il à la presse à la veille de l'ouverture, en octobre 2015, de l'exposition "Mademoiselle Privé" à la Saatchi Gallery, à Londres. 

Il a perdu 42 kg pour porter des slims

 

Il suffit de regarder les photos : à la fin des années 1990, Karl Lagerfeld n'affiche pas encore le corps svelte des dernières années de sa vie. Mais la vague du slim, cette coupe de vêtements près du corps, va bientôt déferler sous l'impulsion d'Hedi Slimane, à la tête de Dior Homme.

 

Le 28 janvier 2001, dans les coulisses du premier défilé du jeune créateur, Karl Lagerfeld déclare : "Je veux être le premier à porter cette collection." "J'ai remarqué que pour porter ses vêtements, il fallait être mince, alors je me suis mis au régime", explique-t-il à V Magazine.

 

En treize mois, Karl Lagerfeld perd 42 kg avec le régime Spoonlight, inventé par le docteur Jean-Claude Houdret. "Il lui a fallu une volonté d’acier", commente ce dernier dans Capital. Car ce régime controversé, basé sur la prise de protéines en sachets, est extrêmement restrictif.

 

Dans Le meilleur des régimes, coécrit avec son médecin, Karl Lagerfeld se livre d'ailleurs sur les privations et les rituels qu'il a suivis. "S’ils ne font pas partie du régime, je n’y crois pas. Cela doit être une sorte de punition, quelque chose que vous êtes obligés de faire", écrit-il

Il vouait un culte à sa chatte… plus riche que vous

Karl Lagerfeld vivait un amour passionné avec Choupette, une chatte que lui avait confiée le mannequin Baptiste Giabiconi en 2011. "Choupette ne m'a pas été donnée. Choupette appartenait à un ami à moi, qui a demandé à ma domestique si elle pouvait s'en occuper durant ses deux semaines de déplacement. 

A son retour, il n'a pas récupéré Choupette", racontait le couturier dans Vanity Fair. Ce dernier ne la quittait plus, la photographiant sans arrêt.

 

Lorsqu'il partait en voyage, on lui envoyait même "une image toutes les heures", comme il le racontait dans une interview au Point. Des clichés à admirer sur le compte Instagram de la chatte, suivi par plus de 100 000 personnes.

"C'est une présence divertissante, élégante, drôle et intéressante, mais pas tendre, ce n'est pas comme un chien, décrivait-il dans Marie Claire. Choupette est très élégante et très chic. Si l'on me demande quelle est la femme la plus élégante du monde, je dirais que c'est elle. Personne ne porte un manteau de fourrure comme elle." Le maître en a d'ailleurs fait "une petite fille riche", comme il le confiait en 2015, sur le divan de Marc-Olivier Fogiel. Rien qu'en 2014, la chatte a amassé trois millions d'euros, grâce à des contrats avec "une marque de voiture allemande" et une marque "de produits de beauté japonais", précise Vanity Fair.

"S'il m'arrive quelque chose, Choupette est mon héritière, avait révélé Karl Lagerfeld dans la même émission. Elle a sa propre petite fortune. La personne qui s'occupera d'elle ne sera pas dans la misère."

 


19/02/2019
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L'HERITAGE DE JOHNNY UNE PASSION BIEN FRANCAISE - DANIELE GODARD-LIVET

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'héritage de Johnny fait la une depuis plusieurs semaines et chaque jour apporte de nouvelles révélations. Les magazines people les relayent mais cela va plus loin : Michel Onfray se prononce https://youtu.be/jMiz7ArULzg , la revue Capital nous explique…on appelle sur les plateaux des notaires et des avocats, mais aussi des conseillers familiaux et des sociologues de la famille...ce qui n'a jamais été le cas concernant les dispositions testamentaires de Liliane Bettencourt.

 

Les titres sont frappants et les prises de position tranchées :

 

 

  • Johnny Halliday aurait-il commis l’irréparable en déshéritant ses enfants ?

  • 73 % des Français ne comprennent pas le testament de Johnny.

  • Lætitia, ange ou démon ?

  • Deux clans opposés.

  • Qui soutient qui dans la famille ?

  • Un affrontement de ténors du barreau.

  • Loi française contre loi californienne.

  • Un mystérieux trust gérera son héritage.

  • Comment Brigitte Macron a convaincu David et Laura d’assister à l’hommage à la Madeleine.

  • La lettre posthume de Laura à son père.

  • Héritage de Johnny : Bercy s’en mêle

 

Et timides sont les interrogations sur l’importance du patrimoine, possiblement grevé de dettes (fiscales ou autres) importantes elles aussi.

Mais des petits malins ont déjà lancé une fausse cagnotte sur "leetchi" pour aider les héritiers désavantagés !!!!

 

Au tout début, le sujet ne m’intéressait pas, aujourd’hui il me passionne pour ce qu’il dit de notre rapport bien français à l’héritage et pour ce qu'il nous oblige à apprendre d'autres cultures. L’héritage est en France un sujet éminemment politique :

– dont les règles actuelles de transmission prioritaire par filiation et d’égalité entre les enfants nous viennent de la révolution française.

– règles d’imposition des transmissions sur lesquelles les Français sont très mal informés et qu'ils jugent souvent confiscatoires, alors qu'elles sont plutôt légères (du moins en ligne directe des ascendants vers leurs descendants)

 

Les règles successorales ont une histoire et ne sont pas partout les mêmes

 

Avant la révolution française, en droit écrit comme en droit coutumier, il existait toujours une part réservataire (la légitime) limitant la liberté de la personne partageant son patrimoine ; elle était du tiers ou de la moitié des biens selon le nombre d'enfants et s'étendait aux ascendants ou aux collatéraux en l'absence de descendants.

 

C'était la seule limite à la liberté du détenteur du patrimoine, limite que l’on s'efforçait de contourner (grâce à des clauses préciputaires et un régime dotal pour les filles) pour éviter le morcellement du patrimoine, soit par testament (en pays de droit écrit), soit par contrat de mariage de l'héritier choisi (en pays de droit coutumier).

 

 

La Convention décrète, le 7 mars 1793, que « la faculté de disposer de ses biens, soit à cause de mort, soit entre vifs, soit par donation contractuelle en ligne directe, est abolie, et que, en conséquence, tous les descendants auront une portion égale sur les biens des ascendants ».

Les révolutionnaires pensent ainsi abolir une pratique considérée comme aristocratique (à travers le droit d'aînesse et les clauses préciputaires)….alors qu'elle était largement répandue chez les bourgeois et les paysans, pour peu qu'ils aient du bien.

 

 

Progrès notable vers l'égalité certes, quand on se rappelle que les femmes étaient souvent lésées dans les héritages et leurs dotes souvent payées avec retard ou pas du tout ; progrès aussi quand on sait qu'en Tunisie (pays où pourtant la constitution reconnaît l'égalité entre hommes et femmes), aujourd'hui encore, une femme n'hérite que d'une demie part par rapport à un homme.

 

 

Toutefois en s'étonnant que d’autres pays accordent une totale liberté dans la répartition du patrimoine, on fait juste étalage de notre ignorance et de notre franco-centrage post-révolutionnaire.

 

Les droits successoraux en ligne directe ne sont pas confiscatoires en France. Des transmissions plus précoces et une progressivité de l'imposition en fonction des montants transmis pourraient être imaginés.

 

Les droits successoraux perçus par l'état varient en France entre 5 % et 60 % et sont essentiellement fonction du lien de parenté avec le donateur et le défunt et non, pour bien des transmissions, de l'importance des montants transférés dans le temps. De plus, les régimes d'exonération totale ou partielle existant (contrats d'assurance-vie, transmission d'entreprises….) et les abattements accordés (100 000 euros en ligne directe) profitent essentiellement aux détenteurs de patrimoine déjà important.

 

 

Pourtant les Français pensent souvent l’imposition des transmissions comme confiscatoire (et Michel Onfray ne fait pas exception parlant du chèque de 30 euros qu’il a reçu de son père après son décès et jamais daigné toucher et du taux d’imposition de 60 % de l’héritage) et François Hollande n’est pas revenu sur les allègements décidés par Nicolas Sarkozy pendant son quinquennat.

 

Quelques voix s'élèvent pour craindre qu'on aboutisse à une « société d'héritiers » aggravant dramatiquement les inégalités et pour souhaiter changer les règles actuelles de la transmission. « Le think tank institutionnel France Stratégie part d'un constat : le système d'imposition des donations et des successions en France accentuerait les inégalités de patrimoine.

 

Les actifs provenant des héritages représentent aujourd'hui 19 % du revenu net global des ménages contre 8,5 % voilà 35 ans et devraient peser pour un quart des revenus d'ici 2050. De plus, ce sont les seniors qui ont le plus bénéficié de ces transferts. Grâce aux transmissions à titre gratuit les sexagénaires sont quatre fois plus riches que les trentenaires alors que l'écart n'était que de 1 à 2 dans les années 80. Et ce phénomène devrait s'accentuer puisque l'allongement de la durée de la vie, on hérite de plus en plus tard, à 50 ans en moyenne aujourd'hui, soit huit ans de plus qu'en 1980 . 

 

Pour éviter que le patrimoine soit hérité à un âge avancé par une petite partie de la population, France Stratégie propose notamment une modification des règles d'abattement et de taux d'imposition. Ces derniers seraient fonction du patrimoine global hérité par les individus au cours d'une vie et non fonction des montants perçus à chaque transmission. Autrement dit plus un donataire et/ou héritier percevrait d'un donateur et/ou défunt au cours de leur vie respective, plus il serait taxé.

 

Il s'agit ainsi "d'inciter les détenteurs de patrimoine à disperser leur héritage".(source l'express Successions et donations : les propositions révolutionnaires de France Stratégie Par Robin Massonnaud, janvier 2017)

 

Personne ne sait comment la justice tranchera l'affaire de l'héritage de Johnny. Mais il est certain que c'est une affaire de famille et qu'à ce titre, elle rejoint toutes les affaires de famille que chacun peut avoir rencontré dans sa famille actuelle ou dans sa généalogie et à laquelle il peut s'identifier.

 

 

Une histoire d'argent ? Une histoire de reconnaissance ? Une histoire de transmission ? Sans doute tout cela à la fois. Avec en plus une plongée au plus profond de notre inconscient avec les thèmes bien connus de la punition de la mégère comme dans les contes de fée ou celui de la préservation de l'image parfaite et inattaquable du père comme dans une tragédie grecque.

 

 

Il est certain que l'histoire du testament de Johnny plonge au plus profond de notre imaginaire et qu'on en entendra parler longtemps encore.


03/04/2018
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DIALOGUE ENTRE COLBERT ET MAZARIN - LE DIABLE ROUGE


06/01/2018
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