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DÉCRYPTAGE - La perte du AAA français, un cataclysme ?


Cette fois, c'est fait. Un peu plus d'un mois après avoir mis sous surveillance la note de 15 pays de la zone euro, Standard & Poor's a livré son verdict. Neuf pays de la zone ont été dégradés. Particulièrement visés, l'Italie, le Portugal, l'Espagne et Chypre reculent de deux crans. La France et l'Autriche, qui figuraient parmi les six meilleurs élèves de la classe encore notés triple A, sont dégradées d'un cran, à AA+. En revanche, la Belgique (AA) et l'Irlande (BB+) passent à travers les gouttes.

La France, seul pays menacé de perdre deux crans parmi les triples A, évite donc le pire. Mais fait moins bien que l'Allemagne, la Finlande, les Pays-Bas ou encore le Luxembourg, qui conservent leur couronne. D'autant que la perspective attachée à la note à long terme de l'Hexagone est "négative", précise S&P, alors que celle de l'Allemagne est considérée comme "stable". En clair, il existe "au moins une chance sur trois pour que la note (française) soit de nouveau abaissée en 2012 ou en 2013".

Quelles pourraient être les conséquences de la décision de l'agence américaine, notamment pour la France ? En théorie, une dégradation de la note d'un pays entraîne un renchérissement de ses coûts de financement sur les marchés. Cela peut aussi avoir des conséquences sur le financement des grandes entreprises, notamment publiques, comme ADP ou EDF, car elles bénéficient de la garantie de l'État. Par ailleurs, aucune collectivité locale ne pourra conserver son triple A, car une grande partie de leur budget provient de l'État. Ces dernières pourraient donc avoir plus de difficultés à emprunter pour financer une route ou la construction d'un musée...

"Les marchés se fient relativement peu aux notes"

Mais pour Gunther Capelle-Blancard, directeur adjoint du Cepii (Centre d'études prospectives et d'informations internationales), "seules les surprises ont un impact sur les cours boursiers". Or, "tout le monde était persuadé que la France serait dégradée d'au moins un cran". Et depuis quelques mois déjà, "la France ne payait plus un taux d'intérêt d'un pays noté AAA", estime cet économiste, à l'image de nombreux analystes. Une preuve, selon lui, que "les marchés se fient relativement peu aux notes attribuées par les agences de notation pour ce qui est de la solvabilité des grands pays, mais se font leur propre opinion".

D'ailleurs, lorsque Standard & Poor's a dégradé la note des États-Unis en août, les coûts de financement de leur dette n'ont pas augmenté. Ils ont même reculé ! Autre élément qui plaide en faveur de la France, Fitch a annoncé mardi qu'elle n'avait pas l'intention de dégrader la note française en 2012. Les conséquences devraient donc également être relativement limitées pour les banques françaises, qui bénéficient pourtant de la garantie implicite de l'État, car elles ont déjà été dégradées par les agences.

En revanche, l'écart de notation entre la France et l'Allemagne ne devrait pas rassurer les marchés. Il montre à quel point les économies de la zone euro sont en train de diverger.

178 milliards à trouver pour la France

Et ce, au moment où les pays de la zone euro auront besoin de pas moins de 800 milliards d'euros cette année, dont 230 milliards rien qu'au premier trimestre. Ils pourraient donc se retrouver face à un manque de liquidités... Particulièrement l'Italie, dégradée de deux crans à BBB+. La péninsule, déjà confrontée à l'explosion de ses coûts de financement, pourrait donc de nouveau susciter la défiance des investisseurs après une brève période d'accalmie. Madrid également...

Pire, le pare-feu de la zone euro, le fameux FESF, chargé d'emprunter avec la garantie des États pour prêter ensuite à ceux en difficulté, pourrait se révéler insuffisant pour leur venir en aide : sa note pourrait bien être dégradée, à l'image des pays qui le garantissent. Dans ce cas, il devrait subir une hausse de ses coûts de financement ou revoir à la baisse son effet de levier. Et ce, juste au moment où la Grèce, à la peine pour la renégociation de sa dette détenue par les investisseurs privés, va avoir besoin d'au moins 130 milliards d'euros d'aide supplémentaire de la part des autres États de la zone euro et du FMI...

Une dette plus lourde à porter ?

La France, quant à elle, doit lever 178 milliards d'euros à moyen et long terme... Et pourrait avoir du mal à se financer aux mêmes conditions que l'année passée où elle avait récolté 184 milliards pour de 2,59 % d'intérêt, un taux bien plus intéressant que la moyenne observée avant l'éclatement de la crise financière, de 1998 à 2007 (4,15 %).

Or, selon les chiffres de la commission des Finances du Sénat, "un choc de 1 % sur l'ensemble des taux à compter de 2012 par rapport aux hypothèses actuellement retenues (3,7 % d'intérêt sur les taux à 10 ans) susciterait (...) une augmentation de la charge de la dette (...) de près de 2 milliards d'euros en 2012" pour l'État. Mais si ce choc devait perdurer, celle-ci s'envolerait alors au fur et à mesure du renouvellement du stock de dette pour atteindre 8,6 milliards en 2016 et 14 milliards d'euros en 2021 ! Largement de quoi remettre en cause l'objectif de retour à l'équilibre des finances publiques envisagé en 2016 par Nicolas Sarkozy et en 2017 par François Hollande.

Le Point.fr - Publié le 13/01/2012 à 20:12 -


16/01/2012
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