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LE CHATEAU DU HAUT-KOENIGSBOURG

 

 

Passer la haute porte du Haut-Koenigsbourg, c'est plonger dans l'univers du Moyen Âge. De la cour basse avec son auberge, sa forge et son moulin, aux escaliers en colimaçon, qui mènent aux appartements meublés du seigneur, découvrez une architecture, un mobilier, une atmosphère chargés d'histoires.

Ponts-levis, salle d'armes, donjon et canons rappellent à chaque instant la vocation de cette forteresse de montagne qui fut assiégée, détruite et pillée.
 
 
Abandonné après 1633, ce château fort prestigieux est offert par la ville de Sélestat à Guillaume II de Hohenzollern en 1899. Rêvant de ressusciter l'ancien empire germanique, il assouvit sa passion du Moyen Âge en confiant la restauration du château à l'architecte Bodo Ebhardt, spécialiste de la fortification médiévale.
 
 
Au début du 20e siècle, la dimension politique de ce grand chantier doit légitimer la toute jeune dynastie impériale des Hohenzollern et affirmer aux yeux du monde la puissance du nouvel empire. Aujourd'hui, on admire davantage l'aspect pédagogique d'une restauration qui, sans être incontestable, est la plupart du temps vraisemblable.
 

Un modèle de château fort

Ainsi restauré, pour le plus grand bonheur des amateurs de châteaux forts, le Haut-Koenigsbourg propose une vision remarquable de ce qu'était une forteresse de montagne au 15e siècle en Alsace.
 

Depuis la plate-forme d'artillerie ou Grand Bastion, ce monument d'exception à la silhouette caractéristique, offre un panorama unique sur la plaine d'Alsace, les Vosges, la Forêt-Noire, et par temps clair, les Alpes…

Elément majeur du patrimoine d'Alsace, témoin d'une histoire européenne, le château du Haut-Koenigsbourg permet aujourd'hui à des publics très divers de se familiariser avec l'architecture castrale, le Moyen Âge et la restauration du début du 20e siècle à travers un large choix de visites, d'activités et d'événements. 

La visite est un point d'orgue inoubliable de tout séjour en Alsace, d'autant que sa situation géographique - au centre de l'Alsace - et les infrastructures touristiques à proximité permettent de l'intégrer facilement à un itinéraire plus complet. Ce n'est pas un hasard si le château accueille chaque année plus d'un demi-millions devisiteurs ! Il compte parmi les monuments les plus visités en France.
 
 
Au commencement était la montagne

Si le château du Haut-Koenigsbourg a été bâti à cet endroit, c'est tout d'abord parce que, très longtemps auparavant, les forces de la nature avaient préparé un emplacement idéal



Le site - un promontoire rocheux majoritairement constitué de grès rose - sur lequel le château du Haut-Koenigsbourg a été érigé est le fruit du temps long, celui de l'histoire géologique de la région.

 

Des centaines de millions d'années au cours desquelles les forces tectoniques, puis l'érosion, ont façonné un site qui culmine aujourd'hui à plus de 700 mètres et s'étire - avec une pente parfois abrupte - en direction de la plaine. 


Un site d'où la vue porte par temps clair sur plusieurs dizaines de kilomètres, et sur près de 360°.

 

Mais un site n'est occupé que si sa situation est favorable, c'est-à-dire si son environnement est propice à l'installation d'un groupe humain. Pour cela il est nécessaire qu'un certain nombre de critères soient réunis, parmi lesquels l'indispensable présence de l'eau, ou les voies de communication…
 


Les premières pierres

L'existence d'un château fort construit par les Hohenstaufen est attestée par écrit dès l'an 1147. Alors appelé Castrum Estuphin, il domine la plaine d'Alsace à plus de 700 mètres d'altitude.

Situé sur un promontoire rocheux, le château est en fait un observatoire idéal des principales routes commerciales de la région qui se croisaient aux environs de la ville de Sélestat : la route du blé et du vin qui reliait l'Italie aux actuels Pays-Bas et la route du sel et de l'argent reliant les provinces de Lorraine - par les cols de Sainte-Marie-aux-Mines, d'Urbeis ou de Steige - aux régions germaniques situées à l'est du Rhin.

De fait, ce château fort représente aussi un point de repli stratégique. Ce fut là sans doute un des principaux rôles du château à l'époque de sa construction.

Ce château fort prend le nom de Koenigsburg (château royal)
à partir de 1157.
 


L'arrivée des Tierstein

Détruit en partie suite à un premier siège mené en 1462, les Habsbourg confient en 1479 ce château fort aux Tierstein, une famille seigneuriale originaire de l'actuel Jura suisse, en remerciement pour leurs services rendus.

Ceux-ci le reconstruisent et l'agrandissent, mettant en place un système défensif conçu pour faire face à des tirs d'artillerie.

Au cours du siècle suivant, la famille des Sickingen poursuit à grands frais les travaux de modernisation, faisant ainsi du château fort la forteresse la plus moderne en Alsace au milieu du 16e siècle.

C'est l'apogée du Hohkoenigsburg ("Hoh" signifie... "Haut" !).

 

Incendie et abandon du château du Haut-Koenigsbourg

 
 
 
Malgré l'ampleur des travaux de fortification entrepris au 15e et 16e siècle - notamment avec la construction du Grand Bastion pour protéger le côté le plus vulnérable à l'ouest et le bastion en étoile pour protéger le côté est du château - l'artillerie suédoise vient à bout des défenses du Haut-Koenigsbourg pendant la guerre de Trente Ans.

En septembre 1633, après cinquante-deux jours de siège, pillé puis incendié, le château fort détruit est ensuite abandonné pendant plus de deux siècles.

La végétation reprend rapidement ses droits et envahit les lieux.

Dans un premier temps, les ruines font peur et très peu de gens osent s'y aventurer.

Au 19e siècle en revanche, l'intérêt des historiens pour le Moyen Âge et l'engouement des romantiques pour la nature sauvage font de ces châteaux en ruine des lieux de promenade de prédilection.

En 1862 ses ruines sont classées monument historique, puis sont acquises trois ans plus tard par la ville toute proche de Sélestat.
 


Les prémices d'une restauration

On envisage dès cette époque des travaux de restauration : la municipalité de Sélestat consolide une partie des ruines, et l'architecte Winkler établit en 1882 un projet de reconstruction ambitieux.


Mais la ville est incapable financièrement d'assurer la restauration de l'édifice.

Après l'annexion de l'Alsace à l'Allemagne en 1871, Sélestat offre les ruines encore majestueuses du château fort à l'empereur Guillaume II en 1899.
 

La restauration du château du Haut-Koenigsbourg

 
 
 
Guillaume II, soucieux entre autre de rappeler l'appartenance germanique de la région, souhaite marquer symboliquement la limite ouest de son empire. Il opte pour une restauration complète du château fort. Son rôle devient alors très symbolique.

L'architecte Bodo Ebhardt, chargé de la restauration, s'appuie sur des principes scientifiques rigoureux, compte tenu des connaissances de l'époque : il répertorie tous les vestiges archéologiques recueillis sur les lieux, étudie les documents d'archives, analyse l'architecture... et en cas d'incertitude, se réfère à des modèles choisis parmi les édifices contemporains proches, notamment d'autres châteaux forts.

Les travaux durent de 1900 à 1908.
 
 

Un chantier de restauration colossal et moderne

 
Huit ans de travaux

A peine le château du Haut-Koenigsbourg est-il acquis par Guillaume II que les travaux commencent. L'empereur souhaite reconstruire intégralement la forteresse telle qu'elle se dressait au 15e siècle et confie les travaux à l'architecte-historien Bodo Ebhardt.

Dès 1900, de gros travaux de déblaiement précèdent les travaux de restauration, une grande campagne de relevés photographiques est effectuée.

Elle se poursuivra tout au long des travaux.

La première pierre pour la restauration du château du Haut-Koenigsbourg est posée en 1901. Le donjon est le premier élément restauré. Sa reconstruction symbolise le pouvoir de son nouveau propriétaire et, de façon très pratique, permet de dégager les pierres du sol.

Dès lors, les premières critiques acerbes pleuvent.

En 1906, l'aigle impérial est installé au sommet du donjon. Il était prévu que le chantier soit terminé à cette date mais des problèmes de failles dans les murs ont considérablement ralenti les travaux. Un complément financier se révèle également nécessaire.


Deux ans plus tard, le 13 mai 1908, en présence de Guillaume II, et de nombreux officiels, le château est inauguré par un grand défilé historique.

On rejoue la prise de possession du château par les Sickingen en 1533, date à laquelle le château est dans un état assez proche de celui retrouvé par Bodo Ebhardt.

Cinq cent figurants en costume d'époque défilent solennellement... sous la pluie !
 


Un chantier moderne

La rapidité d'exécution de ce chantier est largement due à la modernité des techniques employées en ce début de 20e siècle.

Dès 1901, une station de pompage est construite en contrebas du château. Actionnée par un moteur à essence elle fournit l'eau courante aux machines et aux hommes. Elle a été utilisée jusqu'en 2013.

Une carrière est ouverte à une centaine de mètre du chantier, à l'Oedenburg.

Une locomotive à vapeur, nommée "Hilda" par l'équipe des serruriers qui l'entretient, est mise en service en janvier 1902.
Elle achemine les pierres de la carrière du château. Trente chevaux ont été nécessaires pour tracter ses 5 tonnes de la gare de Sélestat jusqu'au château fort du Haut-Koenigsbourg.

Une broyeuse à grès, actionnée par un moteur à vapeur, est utilisée pour produire le sable nécessaire au bon déroulement du chantier.

 

 

Deux grues mécaniques sont présentes dès 1901.  


L'une d'entre elles circule sur des rails surplombant le haut-jardin, l'autre est installée à l'intérieur du donjon.

 

Elles sont électrifiées en 1902 par le biais d'une machine à vapeur transportable appelée "locomobile".

 

Grâce à cette technique, le chantier est aussi éclairé, alors que les villages au pied du château fort n'auront le courant qu'après la Première Guerre Mondiale.

 

 

De 30 à plus de 200 ouvriers

La plupart des ouvriers et des contremaîtres sont recrutés dans les villages environnants, par petites annonces ou par recommandation.

Quelques compagnons allemands complètent les effectifs, notamment l'équipe des charpentiers. Les acteurs locaux ont donc tenu un rôle de premier plan dans la restauration du château.

Les ouvriers ont en charge le gros œuvre (déblaiement, échafaudage, taille de pierre, etc.) et la fabrication des éléments en bois (volets, galeries, charpentes, etc.). Le bois est fourni par des scieries locales.

Les travaux spécialisés en plomberie, gouttières et éléments en cuivre ainsi que l'artisanat d'art (fabrication des poêles en céramique, réalisation des modèles en plâtre pour les sculpteurs, etc.) sont confiés à des entreprises extérieures, en majorité allemandes.

De nombreux corps de métier sont représentés : carriers, tailleurs de pierre, maçons, machinistes, serruriers, charpentiers, forgerons mais aussi aubergiste et cantinière. Un bistrot, une cantine et des dortoirs sont installés sur le site pour les ouvriers, comme le raconte le fils du contremaître des charpentiers :

" Le rythme hebdomadaire de travail était de six fois dix heures. Les ouvriers et employés avaient la possibilité de prendre les repas à la cantine et de se coucher dans des dortoirs.
D'une manière générale, tous les ouvriers profitaient de ces avantages et ne rentraient que le samedi, à pied bien entendu, car il n'y avait pas d'autre moyen de locomotion. Le temps du trajet aller-retour était de trois heures."

Citation extraite de Chronique d'une famille alsacienne par H. BRENNER, fils du contremaître
Henri BRENNER, fin 20e siècle.

Ces installations ne signifient cependant pas que les effectifs sont les même tout au long de l'année : d'après les registres de cotisations payées à Sélestat, le nombre d'ouvriers passe, au fil des saisons, de 30 à plus de 200 !

 
 
Les rémunérations

Charles Dickely et la cantinière Rosalie Gassmann sont rémunérés mensuellement.
Suite à une grève conduite en mai 1902, les carriers sont rétribués à la tâche (c'est-à-dire au nombre de pierres taillées), tous les autres ouvriers sont payés à l'heure, tous les quinze jours.

Ils bénéficient en outre de caisses de retraite et d'assurance maladie et invalidité.
 
A partir de 1904, des indemnités sont également versées aux ouvriers accidentés et à leurs veuves. Ces indemnités sont prélevées sur le droit d'entrée instauré cette même année. En effet, durant toute la durée des travaux, le château reste ouvert. Le droit d'entrée compense le temps que les ouvriers passent à accueillir les visiteurs, de plus en plus nombreux.
 

Le rêve de l'empereur Guillaume II pour le château du Haut-Koenigsbourg

 
 
 
Guillaume II n'a jamais souhaité transformer le Haut-Koenigsbourg en résidence personnelle et n'y a jamais dormi.
 
Par ailleurs, ne voulant pas se contenter d'une ruine à consolider, il en commande une restauration intégrale.
Dès lors, il suit le chantier de très près et le visite tous les ans.
 
Son ambition est grande. Il veut ressusciter l'époque des chevaliers et offrir au Moyen Âge son musée.
 
Pour y attirer les visiteurs, il veut redonner au château son prestige des alentours de l'an 1500. Dès le départ, l'ouverture au public et le développement d'une économie touristique sont donc présents dans ce projet.

Des raisons politiques expliquent également cette restauration du château fort. Cette nouvelle propriété offre à Guillaume II une occasion rêvée pour légitimer son pouvoir en Alsace, annexée en 1871.
Son programme est simple : marquer dans la pierre que l'Alsace a été et restera une terre allemande.
 
La construction de la ville nouvelle de Strasbourg (le quartier allemand aussi appelé "Neustadt" : place de la république, Gallia, palais universitaire) et la restauration du château du Haut-Koenigsbourg  y participent pleinement.

De plus, mêlant ses armes à celles de Charles Quint sur le portail d'honneur restauré, il se pose en héritier légitime de ce prestigieux empereur, ancien propriétaire du Haut-Koenigsbourg.

Le château fort incarne alors la frontière ouest de son empire, tout comme le château de Marienburg (Malbork), aujourd'hui en Pologne, en marque la frontière est.
 

Une restauration critiquée mais respectueuse du passé du château

 
 
 
Le jeune architecte berlinois Bodo Ebhardt est nommé par Guillaume IIpour diriger les travaux.

A la fois architecte et spécialiste des châteaux forts, il s'appuie sur des principes rigoureux :
 
tout d'abord, il conserve et analyse les décombres et pans de mur.
 
Ensuite, il consulte et interprète de nombreux textes d'archive.
 
Enfin, il établit des comparaisons avec d'autres châteaux forts européens.
Toutes ces études lui permettent d'identifier les différentes parties du château, de recréer des décors plausibles et de compléter la ruine de manière vraisemblable.

Les murs encore en place sont vérifiés bloc par bloc et les parties fragiles sont remplacées à l'identique. Une patine permet ensuite d'homogénéiser le tout.

Afin de signaler les parties restaurées, Bodo Ebhardt imagine des marques de restauration : chaque bloc remplacé porte une marque taillée dans la pierre.
 
Chaque marque correspond à une année de travail et l'ensemble compose un calendrier de huit années, de 1901 à 1908. De nos jours, ces signes sont toujours facilement identifiables dans tout le monument.
 


La polémique autour de la restauration

Dès l'attribution du chantier à Bodo Ebhardt, les critiques fusent.

Otto Piper, auteur de la Burgenkunde (la première somme scientifique sur les châteaux forts allemands) et rédacteur du journal "Le courrier du Bas-Rhin", se déchaîne. Guillaume II l'avait d'abord consulté mais son projet de conservation de la ruine ne l'avait pas séduit.

Arguant qu'une restauration risque de dénaturer la valeur historique du site, le candidat évincé condamne systématiquement le travail de Bodo Ebhardt, qu'il accuse d'opportunisme.
 


Le donjon objet des polémiques

 
La polémique se cristallise surtout autour de la forme du donjon.
 
Alors que Bodo Ebhardt le restitue, avec raison, de forme carrée, les opposants à la restauration certifient qu'il était rond.
 
Ces détracteurs, dont d'éminents scientifiques, vont jusqu'à fabriquer de fausses preuves pour illustrer leurs dires

Ces attaques sont évidemment orientées contre le symbole politique que devient le Haut-Koenigsbourg entre les mains de l'empereur.
 
Ce dernier n'est pas épargné. Suite à l'inauguration, une partie de la presse régionale et internationale, et des anti-germanistes notoires comme l'illustrateur Hansi s'en donnent à cœur joie. Ils se moquent du défilé historique.
 
La cérémonie se voulait grandiose, ... elle s'est déroulée sous une pluie battante!

Le Kaiserwetter (le beau temps censé accompagner l'empereur) s'était éclipsé !
 


La décoration et l'ameublement du château

Dans l'optique de créer un musée destiné à recevoir du public, le Hohkönigsburgverein (littéralement "Société du Haut-Koenigsbourg") est chargé de réunir les moyens nécessaires pour décorer et meubler le château.
 
Composée de professeurs d'université, d'architectes et d'archéologues, cette société est fondée en 1904.

Jusqu'à la fin de la Première Guerre Mondiale, près de 500 membres s'activent en Alsace, Lorraine, Suisse et même au Tyrol pour réunir toute une collection d'objets rhénans (armes, mobilier…) de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance.


En parallèle et dès sa création, la Société assure la promotion touristique du monument.
Bien que le site soit encore en chantier, l'entrée devient payante en 1904.



C'est également elle qui organise le défilé historique de l'inauguration du château et qui demande à Léo Schnug, artiste alsacien passionné par le Moyen Âge et spécialiste des uniformes militaires, d'en dessiner les costumes.

Après l'inauguration, elle prend en charge les décorations du logis et confie la réalisation des peintures murales de la salle du Kaiser (salle des fêtes) et de la salle des trophées à Léo Schnug.

 

De l'inauguration à nos jours

Le 13 mai 1908, le château du Haut-Koenigsbourg est enfin inauguré en grande pompe.

Les travaux de finition et les aménagements intérieurs, dont les peintures murales réalisées par l'artiste alsacien Léo Schnug, se poursuivent néanmoins jusqu'à la Première Guerre Mondiale.

 

Le conflit stoppe tous les travaux, laissant quelques décorations inachevées, comme la chambre "dorée" du donjon, laissée à l'état brut.

 

Après la Première Guerre Mondiale et la signature du Traité de Versailles, le château entre dans le domaine national français.

 

Le monument devient un lieu touristique mais il reste de bon ton d'en critiquer la restauration, œuvre de l'ennemi.

 

Il faudra attendre l'apaisement des relations franco-allemandes pour que l'ouvrage soit reconsidéré.

 

Après deux guerres mondiales qui l'ont épargné, il est classé Monument historique dans son intégralité en 1993.


Aujourd'hui, 100 ans après sa restauration, le château fort du Haut-Koenigsbourg dresse sa fière silhouette au cœur d'une Europe unifiée.

 

Devenu propriété du Département du Bas-Rhin en 2007, le Haut-Koenigsbourg offre une vision remarquable de ce qu'était un château fort à la fin du Moyen Âge et apporte un témoignage sur

l'histoire européenne du début du 20e siècle.

 
 
 
Restauration des galeries en bois du logis seigneurial dans la cour intérieure - CD 67 - Château du Haut-Koenigsbourg, Alsace, France
 
Les personnages emblématiques de la restauration du château du haut-Koenigsbourg
 

Au château du Haut-Koenigsbourg la première décennie du 20e siècle est marquée par plusieurs années de travaux intenses. A nouveau le destin de la forteresse est lié à de fortes personnalités.


Trois d'entre elles en particulier ont eu un rôle majeur dans la restauration du château : l'empereur allemand Guillaume II, l'architecte berlinois Bodo Ebhardt et l'artiste alsacien Léo Schnug.

A travers les rapports de chantier, quelques personnalités se dégagent également.
 

Présentation...
 

Guillaume II (1859-1941)

Guillaume II (Friedrich Wilhelm Viktor Albrecht von Hohenzollern), né le 27 janvier 1859 au château de Potsdam à Berlin, est le dernier empereur allemand et dernier roi de Prusse. Il règne de 1888 à 1918.

 

Son règne est marqué par la révolution industrielle et un militarisme exacerbé.

 

Désireux d'être le chef moderne d'un pays dynamique, il renvoie, dès 1890, le chancelier Bismarck et lance un plan économique et social qui transforme l'Allemagne en une grande puissance industrielle.
 

Il ne renouvelle pas le pacte germano-russe d'assistance mutuelle et mène une politique étrangère agressive qui le met rapidement en confrontation avec le Royaume Uni et la France.

 

Il se rapproche alors de l'Autriche et de l'Italie et entreprend un vaste effort de réarmement.

 

En 1914, il engage son pays dans la Première Guerre Mondiale. Il abdique le 9 novembre 1918 et se retire aux Pays-Bas où il meurt en 1941.

 

Tout au long de sa vie - passionné par les arts classiques et l'archéologie - Guillaume II rêve de Moyen Âge et de vertus chevaleresques.

Soucieux d'égaler son grand père Guillaume Ier et de s'inscrire dans la lignée des grands empereurs, il exprime son ambition dans la restauration du Haut-Koenigsbourg. Il suit le chantier de très près, établit des liens étroits avec l'architecte Bodo Ebhardt, et visite le chantier tous les ans.

 
 
Bodo Ebhardt (1865-1945)

Né le 5 janvier 1865 à Brême d'un père fabricant de meubles, il meurt le 13 février 1945 au château de Marksburg où il réside depuis 1909.
 
Après avoir suivi des cours d'ébénisterie à l'école des arts décoratifs de Berlin, il devient architecte.

Féru de châteaux forts, il publie en 1899 "Deutsche Burgen", livre dans lequel il propose des reconstitutions de ruines.
 
La même année, il fonde l'Association pour la conservation des châteaux forts allemands (Deutsche Burgenvereinigung) au château de Marksburg, à Braubach en Allemagne.

Il édite Der Burgwart, une revue sur les châteaux, qui milite en faveur de la conservation, et surtout de la restauration des châteaux forts médiévaux, ce qui lui vaut de nombreuses critiques d'opposants à la restauration.
 
Sa passion pour le Moyen Âge et ses restaurations de châteaux forts lui attirent la sympathie de Guillaume II, qui lui rend régulièrement visite dans son atelier berlinois.
 
Dans le cadre de la restauration du Haut-Koenigsbourg, il voyage beaucoup à l'étranger pour s'inspirer de forteresses existantes. De surcroît, il mène souvent plusieurs chantiers en même temps, ce qui lui vaudra le sobriquet de « rasenderBodo  » (Bodo le pressé !)
 


Leo Schnug (1878-1933)

Leo Schnug est un dessinateur, artiste-peintre, né à Strasbourg en 1878.
Victime de l'alcool et de la solitude, il décède à l'hôpital psychiatrique de Brumath-Stephansfeld, le 15 décembre 1933. Il repose au cimetière de Lampertheim, dans le Bas-Rhin, où sa tombe peut encore être visitée.

Sa première intervention au château date de 1908, lorsqu'il prépare les croquis des costumes du défilé de l'inauguration. Jusqu'en 1914, il réalise les principales peintures murales du monument, dont la fameuse salle des fêtes de l'empereur et la salle des trophées de chasse. Il est aussi l'auteur des œuvres suivantes :
  • "Saint Martin partageant son manteau" (Musée de Strasbourg)
  • Décorations murales de la Maison Kammerzell et l'ex-pharmacie du Cerf à Strasbourg
  • "Der von Tierstein" à la mairie de Lampertheim
 
Charles Dickely

Serrurier à Orschwiller (village situé au pied du château), il devient responsable des artisans du fer. Son équipe réalise l'ensemble des ferronneries du château (serrures, herses, chaînes, etc.), installe les machines et assure leur maintenance.

Jusqu'en 1905, il monte tous les jours à pied. Puis il loge sur place, au-dessus de la forge, et installe sa basse-cour à l'Oedenburg ! Après l'inauguration, il réalise encore quelques décorations, dont la grille de la salle du Kaiser qu'il forge avec son fils Armand. Parallèlement, il conduit des visites guidées du monument.

 
Henri Brenner

Chef des charpentiers. Il est déjà reconnu dans la profession lorsque Bodo Ebhardt le sollicite pour devenir contremaître, directement sous ses ordres.

 

Il se marie en 1905 et monte alors tous les jours au départ de Châtenois (village à une dizaine de kilomètres du monument) où ses descendants résident toujours.

 

Il participe aux travaux de finition jusqu'en 1910. En 1908, il est récompensé pour son travail et reçoit la médaille du souvenir en bronze, dont seulement neuf exemplaires furent offerts.



Bodo Ebhardt sur le chantier de restauration - DBV-Inventaire d'Alsace - Château du Haut-Koenigsbourg, Alsace, France
 
 
 
 
 
 


20/08/2019
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