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LES DEBATS SUR LA RECONSTRUCTION DU PONT DE LA GUILLOTIERE -1860 - 1960

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Le franchissement du Rhône à la hauteur de la Guillotière est vraisemblablement très ancien, puisque le compendium de Vienne à Lyon aboutit au fleuve entre les actuels pont de l´Université et rue Mazenod. Mais la physionomie du fleuve et de ses berges a profondément changé au fil des siècles. Jusqu´à la fin du 18e siècle, il présente dans la traversée de la ville une largeur d´environ 500 m.

 

La rive gauche est constituée d´îles et de bancs de graviers, dits "brotteaux", de constitution instable, et dont la configuration varie selon les crues. Ces brotteaux sont séparés par des bras du fleuve, les "lônes" ou "brassières".

 

À la hauteur de la Guillotière, le Rhône se partage en plusieurs bras, dont l´un, atteignant une largeur d´une cinquantaine de mètres, est toujours en eau. Ce bras sépare la rive gauche du "brotteau du pont", vaste île de plus d´un km de long et de 85 à 185 m de large, dont la taille varie selon le débit du fleuve (DARA 1991, p. 22) ; ce "brotteau" est mentionné dans un texte de 1260 (GUIGUE, CHARPIN-FEUGEROLLES, charte 246). Sa rive ouest forme, au Moyen Age, la frontière entre le Lyonnais et le Dauphiné.

 

 

Les textes permettant de localiser le pont à son emplacement actuel ne remontent qu´au 14e siècle (AD Rhône, 10 G 518 et 10 G 1472 ; GUIGUE). Sa localisation primitive fait donc l'objet de trois hypothèses (annexe n° 1). On le situe généralement en amont du pont de la Guillotière actuel (PELLETIER 2002, p. 84).

 

 

Le pont relie la ville de Lyon au territoire de Béchevelin de la mouvance de l´archevêque, pourtant il semble que ce dernier n´ait joué qu´un faible rôle dans sa construction. On doit son édification aux Frères du Pont, avec peut-être la participation des habitants de Lyon, ceux-ci étant dits "gardiens de l´oeuvre du pont" (charte 72 du cartulaire de l´abbaye d´Ainay, in GUIGUE, CHARPIN-FEUGEROLLES).

 

Cependant, entre 1308 et 1310, l´archevêque Pierre de Savoie affirme son autorité sur l'ouvrage : il enlève l´oeuvre du pont à la confrérie des Frères pontifes et la remet à l´abbaye de Hautecombe, établie en Savoie, avec toutes les obligations afférentes - entretien du pont, maintenance de l´hôpital et de la chapelle à la tête du pont - sans doute pour des raisons financières, mais aussi religieuses (AD Rhône, 10 G 815, texte de 1335 ; DARA 1991, p. 41).

 

 

Les Lyonnais se plaignent de la gestion de l´abbaye qui ne parvient pas à répondre aux dépenses d´entretien de l´ouvrage. Avec leur charte de franchise, ils obtiennent du roi Philippe V, en 1320, un droit de barrage, c´est-à-dire une taxe sur les voyageurs destinée à financer l´entretien du pont (GUIGUE ; MESQUI, p. 37).

 

 

Finalement en 1335, l´archevêque de Lyon partage l´oeuvre du pont entre les consuls de la Ville et l´abbaye de Chassagne-en-Bresse : "Le pont du Rhône avec la chapelle posée dessus, la maison appelée aumônerie située à côté du pont, et leurs dépendances" sont remis à deux représentants des conseillers de la Ville, Barthélémy de Varey et Michel Cytharel, qui assumeront l´administration de l´ensemble et l´entretien du pont (DARA 1991, p. 42).

 

 

L´aspect du pont au 14e siècle a été analysé dans le volume des Documents d'archéologie en Rhône-Alpes . Le pont semble avoir été entièrement reconstruit en bois à partir de 1275. La construction des arches en pierre commence au début du 14e siècle. Un texte de 1314 indique que le frère Conrad [ou Etienne ?], moine de l´abbaye de Hautecombe, "a édifié le pont de bois bon et fort" et "préparé les matériaux pour l´ouvrage en pierre" (AD Rhône, 10 G 815, 1314). Quelques lignes plus bas, le même texte indique "...le pont à présent menace ruine en plusieurs endroits, tant dans sa partie en pierre qu´en sa partie en bois..." . Côté rive gauche le pont va rester en bois jusqu´au 16e siècle.

 

 

Les textes relatent également les nombreuses destructions plus ou moins importantes causées par les crues.

 

 

À partir de 1387, la Ville de Lyon intègre le pont dans son système de défense. L´entrée ouest du pont est fortifiée par un "portail" : selon Maynard, c'est en 1389 que le maçon Jacques de Beaulieu construit la porte du pont du Rhône (MAYNARD, vol. 2, p. 324). Le septième arc est aménagé en pont-levis, lui aussi équipé d´un portail et prend le nom "d´Arc de la Trappe", que J. de Beaulieu entreprend d´améliorer en 1390.

 

 

À la fin du 14e siècle, le pont comprend trois parties : un pont vieux de sept arches en pierre de 22 à 24 m de large, un pont neuf de huit arches, construit entre 1390-1395, et le pont en bois côté Guillotière.

 

Les fouilles réalisées en 1984 ont montré des arches plus étroites (8 m) pour le pont de 1390, ce qui peut suggérer la reprise des fondations d´un pont en bois antérieur. Quant au pont côté Guillotière, long de 250 m., il est sans doute composé d´une structure en chêne (chevalets verticaux reliés par des poutres horizontales de 8 m, assemblés par des crosses métalliques), reposant sur des piles en pierre.

 

 

En 1430, les échevins de Lyon font placer sur la tour du pont les armes du Roi et de la Ville .

 

 

En 1509, Louis XII, de retour d'Italie, fait ériger sur le pont une colonne pour célébrer la victoire d'Agnadel (14 mai) ; la colonne, portant l'inscription LUDOVICUS XII FRANCIAE REX EX VENETIIS VICTORIAM REPORTANS P. C. ANNO MDIX, aurait été renversée par les protestants en 1562 .

 

 

De très nombreux travaux de confortement sont mentionnés dans les archives de la Ville au 15e siècle et dans la première moitié du 16e. L´entretien du pont en bois est très onéreux, et il est jugé dangereux .

 

 

Le pont de la Guillotière est le plus ancien des ponts lyonnais sur le Rhône. Il porte le nom du quartier qu'il permet d'atteindre en rive gauche, provenant d'un patronyme typique du Dauphiné : Guillot ou Guillaud.

 

Le tracé de la voie romaine venant d'Italie suppose un point de franchissement du Rhône en face de la place Gailleton, soit par un pont de bateaux, soit par un bac. Par ailleurs, il est certain que jusqu'au 19e siècle, durant de grandes périodes de l'année, la traversée pouvait se faire pratiquement à pied sec.

 

La construction d'un pont fixe, en bois, ne remonte peut-être pas au-delà du milieu du 12e siècle. Dans les années 1180, une "oeuvre du pont" et un "chantier du pont" apparaissent dans la documentation. Dès l'origine, des "frères du pont" sont cités au sujet de la fondation et de l'entretien du pont installé sur des terres appartenant à l'abbaye d'Ainay.

 

L'ouvrage n'est véritablement mentionné pour la première fois que lors de son écroulement, survenu en 1190, à cause du passage des armées croisées de Philippe Auguste et de Richard Coeur de Lion. Son emplacement exact est l'objet de plusieurs hypothèses (voir annexe n° 1).

 

Sa reconstruction est entreprise au 13e siècle, en même temps que l'installation d'une chapelle à la tête du pont. Jusqu'aux années 1308-1310, seule la confrérie des Frères du pont est responsable de l'ouvrage et de son entretien.

 

L'archevêque remet alors l'oeuvre du pont à l'abbaye de Hautecombe puis à celle de la Chassagne-en-Bresse. Mais, en 1335, les travaux n'avançant pas, les autorités communales lyonnaises prennent définitivement en main la construction et l'entretien du pont, et en touchent les droits de passage. Il semble qu'à cette époque, le pont traverse entièrement le fleuve, c'est-à-dire également la Saône située de l'autre côté des brotteaux et comporte ainsi deux parties.

 

À partir de 1387, le pont est intégré au système de fortifications dont se dote la ville de Lyon en raison du climat d'insécurité : une porte est construite à son entrée côté ville et une des arches est aménagée en pont-levis. Dans les années 1390, il existe assurément un pont entièrement en pierre. À la même période, un pont de bois est attesté pour franchir les brotteaux et la saône jusqu'à la rive gauche. Ensuite, jusqu'à la fin des années 1550, l'ouvrage dans son ensemble est régulièrement entretenu et réparé au gré des crues du Rhône qui le fragilisent considérablement.

 

L'emplacement et la physionomie du pont en bois du 12e siècle est inconnue. Ce premier pont se situait-il en face de la rue Saint-Hélène, sur le site du pont actuel ou plus au nord, entre le pont actuel et le pont Wilson ?

 

Vers 1335, le pont est reconstruit à l'emplacement du pont actuel ; il semble édifié partie en bois, partie en pierre, sans que l'on puisse déterminer exactement s'il s'agit d'une structure composite associant un tablier en bois et des piles maçonnées ou de deux parties distinctes, correspondant peut-être aux deux bras du Rhône.

 

Le recoupement de la documentation écrite, des résultats de fouilles archéologiques menées lors de la construction du métro dans les années 1980 et des sources iconographiques permet de connaître approximativement l'aspect du pont tel qu'il était de la fin du 14e siècle au milieu du 16e. Il se composait de deux entités. Des arches de pierre traversaient le bras principal du Rhône : une partie ancienne comportant environ sept arcs d'une largeur de 22 à 24 m chacun et une partie "neuve" prolongeant la précédente, plus récente et comprenant huit arcs de 8 m. Les brotteaux et la saône étaient enjambés par un pont de bois (annexe n° 2).

 

 

Références documentaires

 

Documents d'archives

  • AD Rhône. 10 G 518

  • AD Rhône. 10 G 815

  • AD Rhône. 10 G 1472

  • AD Rhône. 10 G 1480

  • AM Lyon. 1S 165

 

 

 

Bibliographie

 

 

  • BASSE, Martin. Nos ponts dans l'histoire. In La reconstruction des ponts de Lyon. Lyon : Association des Anciens Élèves de l'École Centrale lyonnaise

     

  • COGOLUENHE, Henri. Histoire des bacs pour traverser le Rhône. Recherches historiques et sociologiques. Thèse de doctorat, Institut de Recherche et d'Enseignement Philosophiques, Département Sociologie. Lyon : Facultés catholiques de Lyon, 1980.

  • CROZE, A. Histoire du Grand Hôtel-Dieu de Lyon, des origines à 1900. Lyon : M. Audin et Cie éditeur, 1924

     

  • [DARA 1991] Le pont de la Guillotière. Franchir le Rhône à Lyon : approche interdisciplinaire.

     

  • DESBAT, A. Lyon et ses fleuves dans l´Antiquité. In [Exposition ELAC, 1982]. Lyon au fil des fleuves.

     

  • DESBAT, Armand, LASCOUX, Jean-Paul. Le Rhône et la Saône à Lyon à l'époque romaine.

     

  • GOBIN M. Note sur des inscriptions et pierres antiques découvertes dans le lit du Rhône ; en face de la place Grolier, à Lyon. Annales de la Société impériale d'agriculture, d'histoire naturelle et des arts utiles de Lyon. 1864 Notes : Lue à la Société impériale d'agriculture, d'histoire naturelle et des arts utiles de Lyon, dans la séance du 12 février 1864

     

  • GUIGUE, Marie-Claude. Recherches sur Notre-Dame de Lyon, hôpital fondé au VIe siècle par le roi Childebert et la reine Ultrogothe. Origine du grand pont de la Guillotière et du grand Hôtel-Dieu. Lyon

     

  • GUIGUE, Marie-Claude, CHARPIN-FEUGEROLLES, Cte Hippolyte de. Grand cartulaire de l'abbaye d'Ainay.


  • LABOURE, M. Les heures douloureuses du pont du Rosne.

     

  • MAYNARD, Louis. Dictionnaire de Lyonnaiseries. Les hommes, le sol, les rues. Histoires et légendes.

     

  • MESQUI, Jean. Le pont en France avant le temps des ingénieurs.

     

  • PELLETIER, Jean. Lyon pas à pas. Son histoire à travers ses rues. Presqu´île. Rive gauche du Rhône. Quais et ponts du Rhône.

  • PELLETIER, Jean. Les ponts de Lyon. L'eau et les Lyonnais.

  • PELLETIER, Jean. Ponts et quais de Lyon.

  • PERRET DE LA MENUE, Claude-Émile. Histoire du Pont de la Guillotière et recherches sur les principaux faits qui s'y sont passés jusu'à nos jours.

     

  • ROCH, Jean-Baptiste. Histoire des ponts de Lyon de l'époque gallo-romaine à nos jours.

  • ROSSIAUD, Jacques. Les hâleurs du Rhône au XVe siècle. Les transports au Moyen Age.

  • ROSSIAUD, Jacques. Le Rhône au Moyen Age.

 

 



08/02/2018
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