Bienvenue dans mon Univers

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ULYSSE FROM BAGDAD - ERIC EMMANUEL SCHMITT



Eric-Emmanuel Schmitt conjugue habilement politique et magie orientale, raconte un pays en détresse et fait joyeusement revenir et parler les fantômes, mêle tragédie et fantaisie. Donne généreusement à comprendre et à rêver le monde.

 

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«  Né quelque part où il ne fallait pas, j'ai voulu partir ; réclamant le statut de réfugié, j'ai dégringolé d'identité en identité, migrant, mendiant, illégal, sans-papiers, sans-droits, sans-travail ; le seul vocable qui me définit désormais est clandestin. Parasite m'épargnerait. Profiteur aussi. Escroc encore plus. Non, clandestin. Je n'appartiens à aucune nation, ni au pays que j'ai fui ni au pays que je désire rejoindre, encore moins aux pays que je traverse. Clandestin. Juste clandestin. Bienvenu nulle-  part. Etranger partout »

 

Le livre d’Eric Emmanuel Schmitt  « Ulysse from Bagdad » a été publié aux Editions Albin Michel en 2008.

 

C’est un roman, une histoire imaginée par Eric Emmanuel Schmitt, où les personnages sont  inventés mais  l’auteur fait souvent référence au  voyage d’Ulysse dans l’œuvre d’Homère  sauf que Ulysse cherche à rentrer chez lui alors que Saad quitte pour toujours son pays.

 

Le roman est écrit sur le registre épique, il nous emmène en voyage par l’action, il est intense, il y a souvent des métaphores,  il parle des éléments naturels (tempêtes), il y a des moments vraiment difficiles mais aussi du merveilleux.

 

 

Le roman se passe en Irak après le régime de Saddam Hussein.

Saad est né à Bagdad, c’est le cinquième enfant de ses parents après la naissance de quatre filles, c’est la petite merveille, celui que l’on n’osait plus espérer. Très choyé durant ses jeunes années, il vit heureux au sein d’une famille unie

 

 

Saad étudie le droit à l’université. Alors qu’il est  promis à  un bel avenir, sa vie bascule dans l'horreur : avec la guerre Iran-Irak (1980-1988) et la seconde guerre du Golfe (1990-1991) sanctionnée par le blocus américain sur le pays.

 

 

Après avoir vécu le chaos, la privation, la faim, la guerre, la mort, survécu à un attentat suicide ou son père est tué, par méprise, par un G.I. Américain, il assiste  à l’agonie de plusieurs de ses proches (beaux-frères- neveux et nièces).

 

Saad est à bout de chagrin, sur les conseils de sa mère et de ses sœurs, il décide de quitter Bagdad et de gagner l’Europe, la liberté, un avenir et envoyer de l’argent pour aider sa famille. Il s’engage alors sur la route des clandestins.

 

 

 Il va risquer sa vie à chaque instant, rencontrer d’autres migrants  prêts à tout  pour survivre, traverser beaucoup d’épreuves, faire des mauvaises rencontres, oublier parfois sa morale en s’associant avec la mafia  pour voler.

 

 

Il va connaître le racisme,  la violence,  la misère, les privations, la peur, la faim, le froid, les tortures, les humiliations. Il verra souvent la mort en face

 

 

Pour avancer d’étapes en étapes, il sera apprenti terroriste, transporteur de vraies et fausses antiquités, gigolo dans une boite de nuit au Caire, il va voyager avec des passeurs de drogue.

 

 

Mais il fera aussi de belles rencontres, il tombera amoureux, et sera aidé par de belles  personnes pour arriver enfin en Angleterre.

 

 

La magie fait aussi partie de l’histoire avec le fantôme de son père et la réapparition inattendue de Leila sur une plage du Nord de la France.

 

 

A la fin du roman, Saad dit à son père qu’il envisage de finir ses études de droit et d’épouser Leila. Le roman se termine sur le mot Espoir.

 

 

Au cours de l’histoire nous ferons connaissance avec :

 

le père de Saad, cultivé, rêveur,  il s’exprime dans un langage drôle et imagé : plutôt que d’uriner il dit  «  Nous arrosions la poussière des chemins » Il  fait de la résistance en détenant  chez lui des ouvrages interdits, comme dans tout régime totalitaire, c’est sa bibliothèque secrète, secret  qu’il partage avec son fils. Il  lui transmet le goût de la  lecture, de la connaissance mais aussi celui de la désobéissance. Il y a beaucoup d’amour entre le père et le fils, de la tendresse. Tout au long du roman, le fantôme du père de Saad surgit du néant pour suivre son fils, lui parler souvent avec drôlerie, le sermonner et toujours le pousser vers l’avant.

 

 

Leila, d’origine Irakienne étudie le droit à l’université avec Saad. C’est un esprit libre. Elle est très belle, intelligente, elle  rêve de vivre en Angleterre. Tous les deux se rencontrent  souvent  après les cours au « café des délices » et ont un penchant commun pour Agatha Christie. Saad tombe amoureux fou de Leila à cause de sa façon de fumer et  il la demande en mariage.

 

 

Salma, la nièce de Saad (6 ans)  sa petite fiancée,  qui lui apporte souvent son déjeuner sur son lieu de travail.  Elle se blesse à un clou et décède d’une septicémie car elle est prise en charge trop tard suite à la pénurie de médecins et de médicaments.

 

 

Habib et Hatim sont ses deux compagnons de voyage pour acheminer  par la route, de Babylone au Caire  de fausses  et vraies antiquités qui contiennent souvent de la drogue.

 

 

Boubacar, noir africain, est un ami de Saad, il le rencontre pendant son voyage dans la ville du Caire. Il devient le guide de Saad. Il est très émouvant, il a connu des atrocités dans son pays. Ils voyageront ensemble jusqu’aux côtes de la Sicile où Boubacar meurt noyé dans le naufrage de leur embarcation.

 

 

Vittoria, jeune institutrice qui vit en Sicile. Elle est généreuse et investie  dans la défense des clandestins qui accoste régulièrement sur l’ile. Elle veut oublier ainsi ses grands-parents et ses parents  qui avaient participés à des attentats meurtriers car ils étaient proches du dictateur Mussolini et des brigades terroristes.

 

Elle accueille Saad échoué sur la  plage suite à son naufrage et  ne sachant pas son nom lui donne celui d’Ulysse. Un sentiment puissant les lie bientôt l’un à l’autre. Vittoria est atteinte  d’une maladie incurable, une dégénérescence neurologique, son espérance de vie est réduite, Vittoria ne dépassera pas ses 40 ans.

 

Saad  vit avec elle pendant un an avant de réaliser qu’il ne pourra jamais oublier Leila  et  qu’il doit reprendre son chemin vers l’Angleterre, sa terre promise. Il quitte Vittoria avec tristesse mais aussi avec détermination.

 

 

Max et Odile luttent  en France dans une association  pour la régularisation des sans-papiers. Ils abritent  Saad pendant plusieurs jours dans leur maison et Max conduit Saad en Alsace chez le docteur Schoelcher.

 

 

Le docteur Schoelcher c’est un membre fondateur de l’association de Max, il vit dans le canton de Charny-sur-Meuse, travaille dans un hôpital. Saad va aider Pauline, l’assistance du docteur, à s’occuper des sans-papiers dans un bâtiment préfabriqué.

 

 

Jorge un danseur Brésilien, immigré lui aussi qui appartient à l’association de Max, il va conduire Saad au port pour embarquer pour l’Angleterre.

 

Le lien entre l’œuvre d’Homère, l’Odyssée, le voyage d’Ulysse et le voyage de Saad c’est que tous les deux affrontent la violence, la guerre, la faim et  beaucoup d’épreuves au long de leurs voyages.

 

Mais alors qu’Ulysse veut rentrer dans sa patrie, c’est un voyage de retour, Saad cherche à trouver un chez-lui ailleurs que dans son pays natal, c’est un départ.

 

 

On peut faire un lien entre le destin de Saad et celui d’Ulysse  quand  Vittoria, qui rencontre Saad échoué sur une plage en Sicile et qui, ne sachant pas son nom, lui donne celui d’Ulysse en faisant une nette référence à cet épisode de l’Odyssée :

 

D’où es-tu ?

 

Je ne m’en souviens plus, Vittoria

 

Bien sûr …. tu me le diras plus tard

 

Comment veux-tu m’appeler ?

 

Puisque je  t’ai trouvé  nu sur la plage, telle Nausicaa découvrant Ulysse nu entre les roseaux, je t’appellerai Ulysse

 

Ulysse ? ça me va (idem : 186s)

 

 

Et aussi quand Saad se glisse sous le chassis  d’un camion bâché  qui transporte un troupeau de brebis flanqué de quelques ballots de paille, alors que  le chauffeur vient  de quitter son véhicule pour se rendre aux toilettes, pour traverser la frontière de l’Italie à la France

 

 

Te souviens-tu, fils, de l’épisode d’Ulysse et des moutons ? 

 

Bonsoir, Papa. Je suis ravi de te voir mais l’heure n’est pas à la littérature.

 

« Papa, pas de coquetterie ! Raconte-moi ton anecdote.

 

Le rusé Ulysse ne savait pas comment sortir de la grotte où il était enfermé avec ses compagnons. Car le Cyclope, aveuglé, tâtait les animaux de son troupeau lorsqu’ils passaient le seuil de la grotte afin de vérifier qu’aucun de ses  prisonniers ne les chevauchait.

 

Ulysse eut donc l’idée de lier plusieurs moutons entre eux, et de glisser chaque Grec sous leurs ventres. Le Cyclope, qui parcourait de la main le dos de ses bêtes, laissa ainsi s’échapper l’équipage d’Ulysse »

 

 

Saad est un héros de notre temps, il désire tout recommencer parce qu’il n’a pas eu la chance de naître dans un pays libre, en paix,  où il est possible d’avoir une vie correcte, où on peut étudier, avoir du travail, fonder une famille et vivre heureux.

 

 

C’est un héros, car il faut beaucoup de courage pour supporter toutes les épreuves de l’immigration clandestine après avoir connu la guerre, et vu mourir sa famille dans son pays.

 

 

Le passage ou la mère de Saad lui donne cette petite couverture  comme cadeau de départ, ou elle a  honte de n’avoir que cela à lui offrir est très émouvant.

 

Pour la consoler, Saad va transformer cette petite couverture en tapis volant qui lui permettra de traverser les continents et de s’établir dans un pays prospère, en paix où il aura une belle vie.

 

Il dit à sa mère que les enfants qu’il aura un jour, en regardant cette couverture, qu’il va conserver comme un trésor, honoreront et remercieront leur grand-mère pour toute la vie.

 

 

C’est très dur de lire  la  grande misère de tous ces migrants, leur détresse.

 

 

Ce livre m’a fait comprendre qu’il ne faut jamais cesser d’espérer, de lutter, c’est ainsi que l’on peut faire changer le monde.

 

Le mal existe mais il y a aussi des personnes qui font le bien. Nous sommes tous différents, de nationalité, de coutumes, nos histoires ne sont pas les mêmes mais nous sommes tous des humains et tous égaux.

 

Martine

 

https://www.mamalleauxtresors.com/voyageurs-de-l-exil?token=c08c8b7b866647b8cd9bc5571cd58e9e

 

 

 

 

 

 

 



08/10/2010
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