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L'EGYPTE : UN DON DU NIL

L'Égypte des pharaons a prospéré pendant près de 3 millénaires. Aucun autre État ni aucune autre civilisation ne peut en dire autant... Elle doit en bonne partie sa longévité et sa grandeur à son environnement géographique : une vallée fertile isolée par le désert. 

Le voyageur grec Hérodote, découvrant le royaume des pharaons sur son déclin, a pu écrire avec justesse : « L'Égypte est un don du Nil ».

Fabienne Manière
L'Égypte des pharaons


L'Égypte des pharaons (droits réservés : Alain Houot)
L'Égypte, premier État historique, est né du regroupement des hommes sur les bords du Nil, à l'abri du désert environnant et de la nécessité de gérer collectivement les crues du fleuve pour en tirer le meilleur parti.

Le delta du Nil constitue la basse-Égypte et la vallée en amont la haute-Égypte. Aux premiers temps de l'Histoire, ces deux territoires constituaient des royaumes distincts. Ils ont été unifiés vers 3300-3100 av. J.-C..

 

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« L'Égypte est un don du Nil »

Vers 6500 av. J.-C., le Sahara précédemment fertile se transforme en désert. Ses habitants cherchent leur survie en se regroupant sur les bords du Nil.

Scène de labour  (Moyen Empire, vers 2000 - 1900 avant J.-C.,  bois peint, Musée du Louvre / Christian Decamps)Né au sud, dans les montagnes d'Éthiopie, le fleuve coule vers la Méditerranée, au nord, en traversant le désert sur plus de mille kilomètres.

Tous les ans, en septembre, gonflé par la fonte des neiges d'Éthiopie, il sort de son lit et inonde sa vallée. En se retirant, au mois de décembre, il laisse dans la vallée un limon très fertile. Il s'agit de la terre arrachée aux hauts plateaux d'Éthiopie.

Les paysans de la vallée arrivent très vite à tirer le meilleur parti des crues du fleuve. Grâce au limon, ils obtiennent en un temps record d'abondantes récoltes de céréales. Ces résultats sont rendus possibles grâce à une mise en commun des efforts de tous et à des règles strictes pour le partage des terres et l'entretien des canaux d'irrigation et de drainage.

Tombe d'Ounsou, comptable des grains du temple d'Amon  (peinture sur limon, 18e dynastie, vers 1450 avant J.-C.,  Louxor)

Dans le delta, encore en grande partie sauvage, les habitants pratiquent la chasse et la pêche. Ils récoltent aussi le papyrus, un roseau avec les fibres duquel ils fabriquent des feuilles souples qui leur servent de support d'écriture. C'est l'ancêtre du papier (le mot papier vient d'ailleurs de papyrus).

Scène de brasserie  (Moyen Empire, 2033 - 1710 avant J.-C.  bois peint, © Musée du Louvre, Christian Decamps)Dans la vallée, on cultive essentiellement les céréales, à commencer par l'orge.

La terre molle reçoit directement les grains, mis en terre soit par un araire ou une houe, soit plus simplement foulés par des troupeaux qu’on laisse déambuler à cette fin.

Les céréales fournissent la base de l'alimentation : le « pain » issu des bouillies de céréales et la « bière » produite par la fermentation spontanée de l'orge.

 

 

La fabrication et la cuisson du pain  (Moyenne dynastie, 2500 - 2350 avant J.-C. ,  calcaire peint,  Musée du Louvre / Les frères Chuzeville)

 

Il semblerait que les Égyptiens soient aussi à l'origine de l'invention du foie gras. Il sont aussi très friands de gâteaux au miel et aux dattes, à en juger par les dépôts destinés à accompagner les défunts dans leur dernier voyage... et leurs nombreuses caries.

Pendant la crue du fleuve, quand il est impossible de travailler dans la vallée, les paysans se mettent au service de l'administration centrale et construisent des canaux d'irrigation, des digues mais aussi des temples, des palais et des tombeaux. Ainsi naît le premier État de l'Histoire. 

Tombe d'Ounsou (comptable des grains du temple d'Amon, vers 1450 av. J.-C.

Une exceptionnelle stabilité de l'État

La vallée du Nil (haute-Égypte) et son delta (basse-Égypte) sont unifiés sous l'autorité d'un roi désigné sous le terme de pharaon vers l'an 3100 av. J-C., peut-être même vers l'an 3300 av. J.-C. si l'on en croit l'archéologue Günter Dreyer, qui a fouillé en 1998 le site d'Abydos, en Haute-Égypte, entre Louqsor et Assiout, et découvert des poteries décorées d'hiéroglyphes archaïques.

Scribes et fonctionnaires lèvent l'impôt en blé (tombe de Menna, Thèbes, 1300 avant JC)Le pharaon est le garant de l'ordre social indispensable à la gestion des crues. Il est assisté par de nombreux fonctionnaires et des scribes sélectionnés pour leur maîtrise de l'écriture.

Certains archéologues pensent que les besoins administratifs sont à l'origine de l'écriture égyptienne, à base d'hiéroglyphes (idéogrammes), à peu près contemporaine de l'écriture cunéiforme de Mésopotamie (ou même antérieure).

 

La redéfinition des champs après chaque crue donne l'occasion de développer la géométrie et les techniques d'arpentage.

Comme les hommes de cette lointaine époque ignorent la monnaie, c'est en nature (blé, bétail...) que les fonctionnaires collectent les impôts auprès des paysans pour développer les infrastructures.

 

 

danseuses (fresques deThèbes)On estime que la vallée est alors peuplée d'environ 1,5 à 5 millions d'habitants, ce qui est beaucoup au regard des techniques disponibles (en 2015, le pays compte environ 80 millions d'habitants). 

Protégée par son isolement, entre le désert et la mer, l'Égypte des pharaons perdure comme État indépendant pendant 25 siècles, en cultivant peu ou prou les mêmes coutumes, les mêmes croyances et la même langue. Aucun autre État n'a encore réussi semblable performance !

 

 

La prospérité générale profite à la minorité privilégiée (fonctionnaires, clergé, entourage du pharaon). Elle conduit aussi au développement d'une civilisation aimable dont les fresques des tombeaux royaux ne nous donnent qu'une imparfaite image.

Excellents jardiniers et observateurs de la Nature, les Égyptiens sont à l'origine de notre calendrier solaire.

 

 

Papyrus du scribe Ahmès, vers 1650 av. J.-C., découvert par alexander Rhind,  Londres, British MuseumIls développent une médecine et une chirurgie remarquables. Ainsi le pain moisi est-il utilisé pour soigner les plaies (par observation pragmatique, les Égyptiens ont pressenti la présence de pénicilline dans la moisissure). 

 

Leurs praticiens se montrent habiles dans la trépanation du cerveau comme dans les opérations de l'oeil et leur réputation s'étend jusqu'en Perse. Les chroniques relatent le cas de princesses achéménides venues se faire soigner sur les bords du Nil. 

 

Ils sont tout aussi habiles en mathématiques comme l'atteste le papyrus du scribe Ahmès (Nouvel Empire), avec ses problèmes et leur solution.

S'ils connaissent les métaux, au moins le cuivre et le bronze, les anciens Égyptiens n'en restent pas moins fidèles aux outils en silex. C'est qu'une pierre bien taillée est plus coupante et plus résistante qu'une lame en mauvais métal (le silex est pour cette raison demeuré en usage jusqu'à notre époque dans bien des communautés traditionnelles).

 

La paysannerie est essentiellement composée de paysans libres. L'esclavage, au moins dans les premiers temps, semble limité aux exploitations minières du Sinaï où travaillent des captifs de guerre. Cette situation sociale va toutefois se dégrader au cours du dernier millénaire av. J.-C., du fait des troubles et de l'influence des Grecs, moins regardants sur l'esclavage.

 

Les femmes elles-mêmes semblent bénéficier d'un statut honorable dans la société pharaonique. Ainsi sont-elles généralement représentées au côté de leur époux (haut fonctionnaire ou pharaon), à la même taille que celui-ci.

 

 

Nageuse avec récipient pour poudres de maquillage (Nouvel Empire, Haïfa, Museum maritime national)

La religion, ciment social

Colonnade du temple d'Edfou, photo : Gérard Grégor, pour Herodote.netLe ciment de l'Égypte ancienne est la religion. Hérodote l'a bien compris en présentant les Égyptiens comme « les plus religieux de tous les hommes ». À l'origine, chaque cité avait ses propres divinités, souvent des dieux à corps humain et tête d'animal.

 

Avec l'émergence d'un État centralisé, ces divinités sont réunies dans une cosmogonie commune. Tous les habitants partagent la même vision de la création du monde, avec une place privilégiée pour Rê (plus tard appelé Amon).

 

C'est le dieu-Soleil, qui dispense la vie sur la Terre. Sa domination sur les autres dieux du panthéon égyptien fait dire à certains historiens que la religion des pharaons était somme toute plus proche du monothéisme que du polythéisme.

 

Il n'empêche que les Égyptiens accordent beaucoup d'intérêt aux divinités secondaires, y compris à des animaux divinisés comme le scarabée et le chat (sans doute parce que le premier dégrade les bouses des bovins, sans quoi elles se durciraient au soleil et stériliseraient le sol ; le second, que les Égyptiens ont été parmi les premiers à domestiquer, parce qu'il protège les récoltes contre les rongeurs).  

 

Le mythe d'Osiris

Le mythe d'Osiris est au coeur de la religion pharaonique. Ce récit forgé dans les temps les plus anciens nous a été rapporté par un écrivain grec, Plutarque.

 

Il raconte que le pharaon Osiris avait enseigné aux Égyptiens l'agriculture, le droit et l'architecture. Jaloux, son frère Seth l'avait enfermé dans un sarcophage et jeté dans le Nil. Isis, épouse - et soeur - d'Osiris, retrouve le sarcophage et le cache dans les marais. Mais Seth découpe le cadavre de sa victime en 14 morceaux pour éviter qu'elle ne ressuscite. Isis, sans se décourager, retrouve les morceaux et les entoure de bandelettes avec l'aide du dieu-chacal Anubis.

 

 

Rendu à la vie, Osiris gagne le monde des morts dont il devient dès lors le roi, cependant que son fils Horus chasse Seth du pouvoir et ceint la double couronne d'Égypte. Depuis lors, les morts, au terme d'un long voyage et sous réserve qu'ils aient été momifiés, passent devant le tribunal d'Osiris et ce dernier accorde la vie éternelle aux plus méritants. Notons que la momification reste le privilège des pharaons et de l'aristocratie ; les gens du peuple sont inhumés sans façon après leur mort.

 

 

Un défunt devant Osiris (Le Livre des Morts, 1400 avant JC, British Museum)

 

 

Les rites religieux égyptiens sont organisés par un clergé nombreux et puissant auquel les offrandes des fidèles assurent richesse et influence. Les prêtres gèrent les temples somptueux et les sanctuaires où sont abritées les statues des divinités. Ils président aussi aux cérémonies funéraires et à l'embaumement des défunts.

 

Sous l'Ancien Empire, les Égyptiens tendent à penser que seuls les pharaons et leur entourage méritent d'être momifiés et d'accéder à la vie éternelle. D'où les énormes tombeaux en pierre que se font construire les premiers pharaons dans l'espoir que leur cadavre y soit conservé à l'abri des pillages et de la putréfaction.

 

Mais au fil des siècles, les habitants de la vallée du Nil accèdent à l'idée plus réconfortante que la résurrection est accessible à tout un chacun. À preuve les innombrables statuettes funéraires en terre cuite, retrouvées dans les tombes même les plus modestes. Elles figurent les serviteurs, les outils et les animaux destinés à servir le défunt dans l'au-delà.

Elles sont aujourd'hui pour les archéologues et les visiteurs des musées une source exceptionnelle d'information sur le mode de vie des anciens Égyptiens, tout comme les tombeaux et les temples construits en pierre et qui ont pu résister au temps, à la différence des constructions ordinaires, en brique crue comme en Mésopotamie.

 

 

Osiris, Thot et compagnie

Les divinités bien vivantes de l'Égypte

 

En Égypte, ils étaient partout : sur les parois des tombes et des palais, au milieu des villes et du désert, sur la vaisselle des pauvres et les papyrus des puissants. Et depuis quelques années, les archéologues les récupèrent même au fond de la mer !

D'où viennent donc ces dieux qui ont tant fait pour nourrir notre fascination pour la civilisation égyptienne ?

 

 

Pendentif en forme de scarabée, musée du Caire, photo : Gérard Grégor, pour Herodote.net

Avant les dieux... déjà des dieux !

Horus et ses amis sont le fruit d'une longue évolution qui remonte bien avant l'arrivée des pharaons.

 

Figurine féminine, Ma'mariya, art nagada (vers 3 600 av. J.-c.), New York, Brooklyn museumOn a en effet trouvé de petites figurines déposées dans les tombes de Nagada (Haute-Égypte), dès 3 500 av. J.-C., qui témoignent sans aucun doute de l'existence de rituels religieux.

Elles consistent en de délicates représentations de femmes mais surtout d'animaux, comme le bélier et la vache : voici les ancêtres de Khnoum et d'Hathor !

 

Ces divinités s'inspirent de l'univers animalier qui fait le quotidien des habitants, et sont certainement liées à des pratiques magiques, comme le montre l'abondance des amulettes.

 

Longtemps nomade, ce peuple va petit à petit se sédentariser sur les bords du Nil, sous l'effet de la désertification du Sahara.

 

La création d'un État centralisé autour des premiers souverains va permettre d'organiser toutes les croyances locales : disposant désormais de l'écriture (vers 3 000 av. J.-C.), les scribes, qui sont aussi prêtres, recueillent et développent les rituels afin de célébrer la gloire du pharaon.

 

L'armée des dieux est en marche pour une durée de plus de 3 000 ans !

« Les plus religieux de tous les hommes » (Hérodote)

Le voyageur grec Hérodote, qui visita l'Égypte au Ve s. av. J.-C., n'a pu cacher son étonnement face à la force des croyances des Égyptiens. Il est vrai que l'on y compte des centaines de divinités, honorées dans les innombrables temples qui couvrent le pays. Pour un voyageur, quel éblouissement !

 

La religion officielle ne fait en effet pas les choses à moitié : c'est au pharaon, médiateur entre les dieux ses aïeux et son peuple, de célébrer le culte et de diriger les grandes fêtes. Plus le rituel est grandiose, plus les divinités sont contentes et donc mieux fonctionne l'univers !

 

Mais, comme tout le monde n'a pas le privilège de faire partie de la troupe des prêtres qui, seuls, peuvent pénétrer dans les sanctuaires, le reste de la population doit se contenter de petits temples pour déposer des offrandes, interroger les oracles ou remercier le dieu qui a puni un ennemi.

 

Pour le reste de la journée on fait confiance à de petits porte-bonheur en forme par exemple de scarabées sur lesquels sont gravés des principes simples, comme : « Tous les événements sont dans la main de Dieu » ou « La sérénité vaut mieux que la colère ».

Prêtre en prière, IXe s. av. J.-C., Paris, musée du Louvre

Une grande famille… un peu fouillis !

Soyons clair : il est impossible de présenter en quelques mots l'ensemble des dieux égyptiens...

 

 

Osiris, Anubis et Horus, tombe d'Horemhed, Thèbes, vers 1290 av. J.-C.Non seulement ils sont particulièrement nombreux, mais ils peuvent avoir chacun plusieurs noms et apparences.

 

Si tous les Égyptiens acceptent l'idée de « netjer », de divinité, il est impressionnant de voir les formes infinies que celle-ci peut prendre suivant les époques, les régions, les groupes de métier...

 

Regroupées en famille hiérarchisée avec un chef, une épouse, des enfants, les dieux sont représentés sous forme humaine (et donc habillés), animale ou selon un habile mélange des deux.

 

À noter qu'ils ne sont pas éternels, à l'exception d'Osiris qui ressuscita d'entre les morts.

 

 

Découvrons les principaux représentants des dieux communs à tout le pays :

 

 

- Osiris, Isis et Horus :

Isis allaitant Horus, vers 680 av. J.-C., Baltimore, Walters Art MuseumCette petite famille est la véritable « star » du panthéon égyptien.

Voici, d'aspect blafard, Osiris, rescapé du royaume des morts qu'il dirige désormais.

 

À ses côtés, sa sœur et épouse Isis incarne la déesse-mère qui console et protège, comme le fera par la suite la Vierge Marie qu'elle semble annoncer.

 

Horus, bas-relief du temple d'Edfou, photo : Gérard Grégor, pour Herodote.netLeur fils à tête de faucon, Horus (« Le lointain »), est le premier dieu de l'État égyptien puisqu'il était adoré par les souverains qui ont unifié le pays.

Horus devient ainsi protecteur de Pharaon, tandis que Pharaon est assimilé à Horus.

 

Osiris : mort, ressuscité et aujourd’hui sorti des eaux

Nous sommes au mois de Choiak (fin octobre), au moment où les eaux du Nil se retirent. C’est le temps des « Mystères d’Osiris », grandes cérémonies qui rendaient hommage dans toutes les localités d’Égypte au plus important de tous les dieux.

 

 

Osiris, fresque de la tombe d'Horemheb, Thèbes, vers 1290 av. J.-C.Sa statue, noyée sous les pierres précieuses, était alors sortie de son temple pour répondre à la ferveur du peuple.

 

Des prêtres rappelaient en les mimant les épisodes de la vie de la divinité : son amour des hommes auxquels il a donné l’agriculture et les lois, son assassinat par son frère Seth qui l’a démembré, la quête désespérée de son épouse Isis pour recomposer son corps et son retour à la vie par la momification.

 

Apparu tardivement dans le panthéon égyptien, vers 3 000 av. J.-C., (Ancien Empire), il a vite pris une place prépondérante en devenant le symbole de la victoire de la vie sur la mort. Son effigie sous la forme du dieu funéraire Sokar-Osiris contenait d’ailleurs un exemplaire des 200 chapitres du Livre des morts, apparu au début du Nouvel Empire (vers 1 500 av. J.-C.).

 

Grâce aux fouilles entreprises dans les villes englouties de Canope et Héracléion, c’est tout le périple nautique du dieu entre les deux cités que l’on peut reconstituer, et imaginer enfin tout le grandiose de cette longue cérémonie, indispensable à la résurrection du dieu, et donc à la survie du pays.

La déesse Nout, plafond de la salle funéraire de la tombe de Ramsès VI, Thèbes, XIIe s. av. J.-C.

- Nout :

Déesse du Ciel, son corps symbolise la voûte céleste ; quand elle rit, elle provoque le tonnerre et quand elle est chagrinée, ses larmes se déversent sur la Terre comme autant de gouttes de pluie.

 

 

- Anubis :

Apparaissant sous la forme d'un chacal ou d'un homme à tête de chien, « celui à qui est la bandelette » a pour rôle d'introduire les morts dans l'autre monde.

Anubis, musée national du Caire, photo : Gérard Grégor, pour Herodote.net

D'autres divinités étaient honorées localement. C'est le cas de :

- Rê (ou Râ) :

Le culte de ce dieu-soleil, assimilé ensuite à Amon puis Aton, est originaire de la ville d'Héliopolis, dans le delta du Nil.

 

- Bastet :

La déesse à tête de chat, souriante, protégeait les foyers et les jeunes mères mais devenait déesse de la guerre lors de ses terribles colères.

 

- Hathor :

Âme des arbres, nourrice de Pharaon et protectrice des femmes, la déesse-vache représente la joie de vivre.

 

- Thot :

Dieu lunaire à tête d'ibis, il régnait sur la vie intellectuelle, notamment l'écriture et les lois.

 

- Seth :

Khnoum, le dieu-bélier, bas-relief du temple de Kom-Omb, photo : Gérard Grégor, pour Herodote.netLe dieu crocodile a laissé Hérodote perplexe : « Une partie des Égyptiens regardent les crocodiles comme des animaux sacrés ; mais d'autres leur font la guerre. Ceux qui habitent aux environs de Thèbes et du lac Moeris ont pour eux beaucoup de vénération.

Les uns et les autres en choisissent un qu'ils élèvent, et qu'ils instruisent à se laisser toucher avec la main. On lui met des pendants d'oreilles d'or ou de pierre factice, et on lui attache aux pieds de devant de petites chaînes ou bracelets.

On le nourrit avec la chair des victimes, et on lui donne d'autres aliments prescrits. Tant qu'il vit, on en prend le plus grand soin ; quand il meurt, on l'embaume, et on le met dans une caisse sacrée. Ceux d'Éléphantine et des environs ne regardent point les crocodiles comme sacrés, et même ils ne se font aucun scrupule d'en manger » (Hérodote, Histoires, livre II, LXIX).

Seth, bas-relief du temple de Kom-Ombo, photo : Gérard Grégor, pour Herodote.net

« La folle Égypte »

« Qui donc, Volusius, qui donc sur terre ignore
Quels objets monstrueux la folle Égypte adore ?
Là, c’est un crocodile ; ici, pâles, rampants,
Ils implorent l’ibis, engraissé de serpents.
Aux lieux où dort couchée, avec ses races mortes,
Thèbes sous le débris énorme des cent portes ;
Où de Memnon tronqué la fibre sonne encore,
Du singe à longue queue on voit l’image d’or.
Là, des peuples entiers, dans leur culte profane,
Vénèrent les poissons et les chiens ; nulle Diane !
L’oignon est adoré ; c’est profanation
De mordre le poireau... La sainte nation,
Qui voit naître ses dieux du fumier des étables !
De l’animal laineux on s’abstient sur les tables ;
Le chevreau, c’est un crime affreux de l’égorger ;
Mais, là, de chair humaine on peut bien se gorger ! »


(Juvénal, Satires, XV, début du IIe s.).

 

Frederick Arthur Bridgman, Procession du taureau Apis, 1879, coll. privée

Aux petits soins pour les morts

Stèle de la dame Tapéret, Xe ou IXe siècle avant J.-C., Paris, musée du LouvreMourir dans l'Égypte ancienne, c'était du sérieux !

Il faut dire que ce peuple témoignait d'un amour de la vie qui rendait d'autant plus angoissante sa perte...

 

Il fallait donc tout faire pour retrouver le bonheur après la mort, marquée par la dispersion du ka, l'ensemble des énergies vitales qui constituent l'individu.

 

Pour lutter contre cet anéantissement, on s'attachait à conserver le corps par de minutieuses techniques d'embaumement étalées sur 70 jours pendant lesquels le cadavre, qui disparaissait sous des centaines de mètres de bandelettes, devenait momie.

 

 

Les pleureuses, tombe de Ramosé (Thèbes), vers 1350 av. J.-C., photo : Gérard Grégor, pour Herodote.netIl était alors rendu à la famille qui se devait de montrer à la terre entière à quel point le défunt était chéri : pour cela, rien de tel que quelques heures de lamentations et hurlements, quitte à laisser cette tâche à des pleureuses professionnelles.

 

Il était alors temps de déposer le cher disparu dans un sarcophage, lui-même installé dans un caveau (ou un simple trou pour les plus pauvres) en compagnie de ses meubles et objets préférés, censés faciliter le déroulement de sa nouvelle « vie ».

 

À ses côtés se trouvait un coffret contenant le manuscrit du Livre des morts, ensemble de « Formules pour sortir au jour », c'est-à-dire d'incantations dont la simple présence promettait des jours heureux dans les campagnes luxuriantes du « champ des offrandes ».

 

Pour y accéder le mort devait d'abord se plier à la célèbre étape de la pesée des âmes pour vérifier son état de pureté. Reconnu juste, il était alors introduit devant Osiris qui lui permettait d'accéder, après une petite promenade en barque, à l'au-delà. Sauvé !

La pesée des âmes, papyrus du musée de Turin, photo : Gérard Grégor, pour Herodote.net

Quelques conseils d'Hérodote pour fabriquer une belle momie

« D'abord, avec un crochet de fer, ils extraient le cerveau par les narines ; mais ils n'en retirent qu'une partie par ce moyen. Ils dissolvent le reste en injectant certaines drogues dans le crâne. Ensuite, au moyen d'une pierre tranchante en pierre d'Éthiopie, ils pratiquent une incision le long du flanc et vident le corps de toutes ses viscères ; dans l'intérieur ainsi nettoyé, ils font passer du vin de palmier et pulvérisent des substances aromatiques. Ensuite, ils remplissent le ventre de pure myrrhe broyée, de cannelle et de toutes les aromates connues, sauf l'encens, et le recousent. Après quoi, ils salent le corps en le couvrant de natron pendant soixante-dix jours ; ce temps ne doit pas être dépassé. Les soixante-dix jours écoulés, ils lavent le corps et l'enveloppent tout entier de bandes découpées dans un tissu de lin très fin et enduites de la gomme dont les Égyptiens se servent d'ordinaire au lieu de colle. Les parents reprennent ensuite le corps et font faire un sarcophage de bois, taillé à l'image de la forme humaine, dans lequel ils le déposent ; et quand ils ont fermé ce coffre, ils le conservent précieusement dans une chambre funéraire où ils l'installent debout, dressé contre un mur »


(Hérodote, Histoires, II, 86).

 

Momification par le dieu Anubis, tombe de Sennedjem, Deir-el-Médineh, vers 1250 av. J.-C.

Akhenaton fait une crise

Dans les musées, on le reconnaît au premier coup d'oeil : corps efféminé, traits caricaturaux, Akhenaton est visiblement un pharaon à part.

Il faut dire qu'il a tout fait pour se faire remarquer, à commencer par épouser une des plus jolies femmes de l'Histoire, Néfertiti (« La Belle est venue »).

 

Mais son originalité est ailleurs : monté sur le trône en 1356 av. J.-C., celui qui s'appelait d'abord prince Amenhotep est à l'origine d'une période très originale dans l'histoire égyptienne, sur le plan religieux et artistique.

 

Influencé par un courant de pensée qui s'était installé depuis quelques décennies sur les bords du Nil, il développa le culte du Disque (Aton) dans lequel il voyait la source de toute vie. Il prit dès lors le nom d'Akhenaton, « Celui qui est utile à Aton ». On martela les inscriptions désignant Amon, on construisit de nouveaux temples, on déplaça la capitale à Tell el-Armana.

 

Sur les bas-reliefs, le couple aimait à se faire représenter en famille, symbole d'harmonie. Le culte resta cependant confiné dans les cercles du pouvoir tandis que le peuple conservait ses vieilles habitudes religieuses.

 

À la mort du souverain, on fit de nouveau table rase et l'on s'empressa de refermer la parenthèse Akhenaton. Son image fut à son tour victime des coups de burin...

 

Le clergé d'Amon convainquit également son jeune successeur Toutânkhamon d'abandonner Tell el-Armana, sa capitale solaire, et de revenir à Thèbes (aujourd'hui Louxor).

 

Derniers petits arrangements avant disparition

L'Égypte est accueillante, les dieux étrangers l'ont bien compris.

Le mort est présenté à Osiris par Anubis, époque romaine, Berlin, Ägyptisches Museum und PapyrussammlungLes populations originaires des régions limitrophes ont donc pu s'installer avec leurs propres divinités, que ce soit l'Astarté syrienne ou l'Aphrodite grecque, présentes au cœur même des sanctuaires locaux.

 

L'intégration était facilitée par la mise en place de correspondances : Dionysos était assimilé à Osiris, Déméter à Bastet, etc.

 

Avec l'arrivée des Macédoniens d'Alexandre au IVe siècle av. J.-C., le processus s'inverse.

 

Pour se faire accepter par la population, les Ptolémées se mettent à honorer Sérapis qui emprunte des traits à la fois à l'Hadès grec et au dieu-taureau Apis.

 

Rois pour les Grecs et dieux pour les Égyptiens, ils vont même plus loin en instituant un culte à leur ancien chef Alexandre qui s'était lui-même déclaré fils d'Amon.

Horus habillé en militaire romain, 50-300 av. J.-C., Londres, British Museum

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rome, à son tour, soumet l'Égypte. Tolérante par nature, elle est plus que séduite par les divinités exotiques de la vallée du Nil, en particulier la belle Isis qui jouit dans la Ville éternelle d'une popularité croissante grâce aux légionnaires, grands voyageurs.

 

L'empereur Domitien n'hésite pas à faire restaurer les grands temples d'Edfou et de Dendérah et, au siècle suivant, l'empereur Hadrien institue un culte en l'honneur de son favori Antinoüs, mort noyé dans le Nil en 130 ap. J.-C., à la fleur de l'âge.

 

Mais tandis que, sur les bords du Nil, le pouvoir politique entreprend d'affaiblir la puissance des prêtres, on commence aussi à se moquer du « culte insensé » (Juvénal) des Égyptiens pour les animaux.

 

En 391 enfin, l'empire romain étant devenu chrétien, l'empereur Théodose décide de fermer tous les temples païens.

 

La religion égyptienne ne peut plus lutter : c'est désormais au tour du christianisme de dominer la vallée des pharaons jusqu'à l'arrivée de l'islam, en 640. De l'au-delà, les divinités du panthéon égyptien ne cessent pas pour autant, depuis 6 000 ans, de fasciner les hommes.

Les morts nous regardent : l'art du Fayoum

Portrait funéraire de la momie d'Aline, 24 après J.-C., Berlin, Ägyptisches MuseumEn 30 av. J.-C., Cléopâtre, descendante des Ptolémées et dernière reine d'Égypte, se suicide. Le pays passe sous le contrôle des Romains, sans pour autant perdre son âme, ou du moins ses traditions funéraires.

 

Les exopulitaï (« ceux qui habitent au-delà des portes »), professionnels chargés de l'embaumement des corps, satisfont désormais une demande venue des Grecs qui occupent les postes de commandement.

 

Ils développent l'art ancien du masque funéraire égyptien en y intégrant une dimension naturaliste venue de Grèce, tout en représentant costumes et bijoux romains. Un beau mélange !

 

Portrait de l'affranchi Eutyches, 100-150 av. J.-C., New York, The Metropolitan Museum of ArtPeints grandeur nature, du vivant des futurs morts, ces portraits étaient certainement conservés dans les habitations en attendant le jour funeste où ils recouvriraient le visage de la momie. Ils étaient sacrés puisqu'ils étaient censés se substituer pour l'éternité aux défunts, eux-mêmes devenus Osiris ou Isis.

 

On en a trouvé de nombreux exemplaires dans la région du Fayoum (au sud du Caire) qui a donné son nom à cet art particulier dans lequel André Malraux voyait « une veilleuse de vie éternelle ». Ces portraits si troublants, qui font revivre les morts au-delà des siècles, auraient influencé la tradition de l'icône byzantine par l'intermédiaire de la culture copte.

Sources bibliographiques

Encyclopédie des religions, éd. Bayard, 1997.

Euphrosyne Doxiadis, Portraits du Fayoum. Visages de l'Égypte ancienne, éd. Gallimard, 1995.

Historia n°825 (« Égypte, Les mystères d'Osiris révélés »), sept. 2015.

Religions et Histoire n°29 (« La Religion des anciens Égyptiens »), nov.-déc. 2009.

 

Les trente dynasties de pharaons

 

Une très longue Histoire

La chronologie de l'ancienne Égypte nous vient du récit des trente dynasties par le prêtre Menathon (IIIe siècle av. J.-C.).

Elle est approximative. En effet, comme beaucoup de peuples à gouvernement monarchique, les Égyptiens se repéraient dans le temps par rapport à l'avènement du monarque régnant (exemple : « Nous sommes dans la 10e année du règne de Ramsès »).

 

Beaucoup de règnes ayant disparu dans l'oubli, il s'ensuit une incertitude de l'ordre d'un siècle sur la datation de la plupart des dynasties, des règnes et des événements.

 

 

Vue perspective intérieure coloriée du temple de l'Ouest, Description de l'Egypte t. II, 1809-1829

– 4000 à 2950 av. J.-C.

La période prédynastique de l'Égypte nous est connue grâce au site de Negada, dans le delta du Nil. À cette époque est fondée Memphis, la première grande capitale de l'Égypte, à l'endroit où le fleuve se transforme en delta, près de la capitale actuelle (Le Caire).

– 2950 à 2635 av. J.-C. : époque thinite

Cette période tire son nom de This, une cité du delta du Nil encore inconnue des archéologues.

Les dynasties I et II de cette époque sont inaugurées par Ménès, roi mythique auquel on attribue l'unification de la Haute et de la Basse-Égypte : la première, symbolisée par le lotus, est constituée par le cours supérieur du Nil, la seconde par le delta, domaine d'élection du papyrus.

Ménès est identifié au roi de la Haute-Égypte Narmer, qui régna sur Abydos, en Haute-Égypte, et conquis la Basse-Égypte.

Les rois (que l'on désignera plus tard sous le nom de pharaon) portent une couronne, le pschent, qui unit les couronnes des deux anciennes parties du pays. Ils sont enterrés à Abydos, en Haute Égypte, sous des tables de pierre appelées de nos jours mastabas (d'un mot arabe qui signifie table).

Tandis que la vallée du Nil se transforme en un État centralisé et puissant - le premier de l'Histoire humaine -, la Mésopotamie, à l'autre extrémité du « Croissant fertile », est encore divisée en cités jalouses de leur autonomie.

– 2635 à 2140 av. J.-C. : Ancien Empire

Djoser (on écrit aussi Djéser) est le souverain le mieux connu de la IIIe dynastie. Il installe sa capitale à Memphis. Son architecte et médecin, Imhotep, construit à Saqqarah la première pyramide à degrés qui est, en fait, une superposition de mastabas.

La dynastie suivante, la IVe, est célèbre par les règnes de Khéops, Képhren et Mykerinos. On leur doit les fameuses pyramides du plateau de Giseh, près du Caire.

Ces fabuleux tombeaux royaux ont été réalisés par l'assemblage de millions de blocs de calcaire de plusieurs tonnes chacun, prélevés dans les carrières environnantes, avec un parement en granit (ce dernier ne subsiste que sur la plus petite des trois pyramides de Giseh, celle de Mykerinos). Le nom de « pyramide » (pain de sucre en grec) leur a été donné par les Grecs beaucoup plus tard en raison de leur forme.

Autre monument remarquable de Giseh, le Sphinx, une statue à l'image du souverain, est l'oeuvre de Kheops.

Dès cette époque, l'administration se renforce. Le pays est divisé en « nomes » et leur gouvernement confié à des « nomarques » ou gouverneurs. En matière religieuse, l'État égyptien se voue au culte solaire de Rê, dieu d'Héliopolis. Il délaisse le dieu Ptah de Memphis.

L'Ancien Empire s'achève avec la VIe dynastie et le règne troublé de la reine Nitokris, transcription grecque de Neith-Ikeret. Cette reine a succédé à son époux, victime d'un assassinat. Selon la légende, elle aurait noyé les meurtriers après un splendide banquet. Elle aurait aussi achevé la construction de la pyramide de Mykerinos.

– 2140 à 2022 av. J.-C. : première période intermédiaire

À la faveur des troubles politiques de cette époque de transition, le peuple obtient que l'immortalité ne soit plus l'exclusivité du souverain.


Les bâtisseurs de pyramides (9/5/1994)
Une civilisation du silex

Jusqu'au 1er millénaire av. J.-C., les Égyptiens restent fidèles au silex, qu'ils utilisent avec une grande habileté. Ils emploient par ailleurs les métaux précieux et le cuivre comme métal d'ornement. Le bronze est connu dès le Moyen Empire. À partir de la XVIIIe dynastie (1540-1295), il est couramment employé pour la fabrication des armes.

 

Curieusement, les Égyptiens accusent un retard dans l'utilisation du fer par rapport aux autres peuples du Proche-Orient. On trouve seulement des traces de métallurgie à Naucratis, ville fondée par Psammétique Ier (664-610) dans le delta oriental.

– 2022 à 1784 av. J.-C. : Moyen Empire

 

 

 

La Basse Égypte (le delta) et la Haute Égypte (la vallée) refont leur unité autour de la capitale de Haute Égypte.

 

Les anciens Égyptiens l'appelaient Ouaset (de was, ou sceptre, symbole du pouvoir royal) mais les Grecs l'ont faite connaître sous celui de Thèbes.

 

Plus tard, les envahisseurs arabes ont édifié sur l'emplacement de Ouaset-Thèbes une cité du nom de Louqsor (du mot arabe el-qsur, qui désigne une enceinte fortifiée et vient lui-même du mot latin castrum).

 

À Thèbes, le culte du dieu Amon se fond avec celui de , le dieu-Soleil. Il est assuré par un clergé riche et tout-puissant. On peut encore admirer sur le site les puissantes colonnes du temple de Karnak dédié au dieu.

 

Du Moyen Empire, nous avons gardé en particulier le souvenir de trois rois de la XIIe dynastie, nommés Sésostris. L'historien Hérodote a recueilli quelques échos de Sésostris III qui régna vers 1850 av. J.-C. et conquit ou reconquit la Palestine et la Nubie.

 

La Nubie, appelée Koush (ou Kouch) du temps des pharaons, correspond à la région du haut Nil, entre la première et la troisième cataracte. Son nom lui vient sans doute de la racine égyptienne nebou, qui désigne l'or, l'une de ses principales ressources.

Le Proche-Orient au IIe millénaire avant JC


Le Proche-Orient au IIe millénaire avant JC
Les premiers États apparaissent dans le Croissant fertile, en Mésopotamie (Irak actuel), en Égypte ainsi qu'au Proche-Orient et en Anatolie (Turquie actuelle), au IIe millénaire avant notre ère...

 

– 1784 à 1543 av. J.-C. : 2e période intermédiaire

Les Hyksos des peuples sémitiques poussés par les Indo-Européens, envahissent le pays et installent leur capitale à Avaris, dans le delta. Ils introduisent l'usage des chars de guerre.

 

Avec eux, les Égyptiens prennent conscience qu'ils ne sont plus seuls sur terre et doivent défendre désormais leur vallée, considérée par eux-mêmes et les voyageurs comme un paradis où l'on peut vivre dans une relative sécurité et bénéficier sans trop de mal de récoltes abondantes.   

 

La reconquête part de Thèbes, capitale de la Haute-Égypte, vers 1580 av. J.-C., avec le roi Sekenenre. Son successeur Ahmosis, fondateur de la XVIIIe dynastie, chasse définitivement les intrus et les poursuit jusqu'en Syrie.

 

 

 

–1543 à 1069 av. J.-C. : Nouvel Empire

La XVIII dynastie est marquée par le règne de la reine Hatshepsout (ou Hatchepsout), qui nous a légué le temple de Déir el-Bahari (ou Der el-Bahri), dans la vallée des Rois, près de Thèbes.

 

Sous le règne de son neveu Thoutmosis III, l'Égypte atteint sa plus grande extension, jusqu'au royaume du Mitanni, du côté de l'actuelle Syrie. C'est avec Thoutmosis III que le terme « pharaon » est pour la première fois employé pour désigner le roi d'Égypte.

 

Vient ensuite le pharaon Amenhotep III (Aménophis en grec). Son architecte Aménhotep érige pour lui un magnifique temple près de Thèbes dont il subsiste deux statues monumentales, les « colosses de Memnon ».

Akhenaton et Nefertiti en famille, protégés par le Soleil, vers 1340 av. J.-C., art armanien, Berlin, Ägyptisches Museum

Le fils et successeur d'Aménophis III gouverne d'abord sous le nom d'Aménophis IV, aux côtés de sa femme Nefertiti, dont quelques portraits nous ont conservé la beauté.

 

Il entre en rébellion contre le puissant clergé d'Amon et tente d'imposer le culte d'un dieu unique, Aton. Lui-même prend le nom d'Akhénaton (« Splendeur d'Aton ») et fonde une éphémère capitale seulement connue sous son nom arabe, El Amarna. Dans cette ville, des temples à ciel ouvert permettent d'adorer le disque solaire (Aton lui-même).

 

Mais les prêtres d'Amon auront le dernier mot, comme le prouve le nom que se choisit le successeur de l'hérétique pharaon. Cédant à la pression des prêtres et de son maire du palais, Ay, celui-ci change son nom de Toutankhaton en... Toutânkhamon et quitte El Amarna pour Thèbes.

 

Sa mort prématurée, à 18 ans, amène un général hardi, Horemheb, sur le trône de haute et basse Égypte.

 

La XIXe dynastie est inaugurée par un parent de Horemheb, Ramsès 1er. Ce dernier associe son fils au pouvoir avec les fonctions de « vizir » et entame la construction de la fabuleuse salle hypostyle du temple de Karnak.

 

Le fils de Ramsès 1er s'illustre comme pharaon sous le nom de Séthi 1er. Mais son propre fils va le dépasser en célébrité sous le nom de Ramsès II (1292 à 1213 av. J.-C.). Ramsès II livre bataille aux Hittites à Qadesh (ou Kadesh), sur les bords de l'Oronte, en Syrie. La bataille s'avère indécise malgré l'engagement personnel du pharaon.

 

 

Le royaume indo-européen des Hittites, établi autour de la ville d'Hattousa, en Anatolie (Turquie moderne), est alors à son apogée avec le roi Mouwatalli...

 

Il ne tarde pas à se rapprocher de Ramsès II pour faire face à un nouveau rival, le royaume de Mitanni (à cheval sur la Syrie et l'Irak actuels).

 

Profitant de la paix retrouvée, Ramsès II en profite pour construire de multiples monuments, sans doute plus qu'aucun autre pharaon. On peut encore admirer l'immense salle hypostyle du temple de Karnak et le temple d'Abou-Simbel, sur les bords de l'actuelle retenue d'Assouan, qui cultive le souvenir de la bataille de Qadesh.

 

Le prophète hébreux Moïse serait, selon certains historiens, contemporain de Ramsès II ou de son fils et successeur, le pharaon Merneptah (ou Mineptah).

 

Notons à la même époque quelques autres événements concomitants dans la Méditerranée orientale, comme l''invasion des Doriens en Grèce continentale, la guerre de Troie et également la destruction de la civilisation mycénienne en Crète et dans le Péloponnèse.

 

 

– 1069 à 664 av. J.-C. : 3e période intermédiaire

L'invasion des mystérieux Peuples de la Mer, d'origine indo-européenne bouleverse l'Égypte comme d'ailleurs toute la Méditerranée orientale et le Proche-Orient. Les ancêtres mythiques des Palestiniens en seraient le produit.

 

Dans cette longue période intermédiaire, de nouvelles dynasties royales apparaissent dans le delta du Nil, à Tanis et Saïs cependant que la Haute Égypte subit la domination éthiopienne ou kouchite.

 

Vers 730 av. J.-C., le roi de Kouch Piyé Menkheperret longe le Nil et se heurte aux Égyptiens du nord, commandés par le pharaon Tefnakht et son fils Bocchoris. Sortis victorieux du conflit, les Nubiens s'emparent du trône d'Égypte et fonde la XXVe dynastie. S'agissant de Nubiens, on a ici affaire à des « pharaons noirs ».

– 664 à 332 av. J.-C. : Basse Époque

En 662 av. J.-C., l'Égypte est victime d'un nouvel envahisseur en la personne du roi assyrien Assourbanipal.

Psammétique 1er, prince de Saïs, dans le delta, chasse les occupants, tant Assyriens que Lybiens ou Kouchites, et fonde à son profit la dynastie saïte (XXVIe dynastie) .

 

Son successeur Néchao II est encore connu pour avoir commandé à des navigateurs phéniciens de faire le tour de l'Afrique ainsi que pour avoir fait creuser un canal entre la mer Rouge et la mer Méditerranée, via le Nil.

 

Cambyse, roi des Perses, conquiert l'Égypte en 525 av. J.-C.. Le pays, politiquement très affaibli, est victime en 343 av. J.-C. d'une nouvelle invasion des Perses avec le roi Artaxerxès à leur tête.

 

Le roi de Macédoine, Alexandre le Grand, entre à son tour en Égypte en 332 et la « libère » des Perses avant d'abattre définitivement la dynastie achéménide.

 

À la mort d'Alexandre, un de ses généraux, Lagos, gouverne l'Égypte. Son fils Ptolémée fonde la dynastie du même nom et établit sa capitale à Alexandrie, ville nouvelle fondée, comme son nom l'indique, par l'illustre conquérant. Autour des nouveaux pharaons se forge une brillante synthèse des civilisations grecque et égyptienne, illustrée en particulier par la bibliothèque d'Alexandrie.

 

La dernière représentante des Ptolémées est Cléopâtre VII. Après la défaite d'Antoine face à son rival Octave à Actium en 31 av. J.-C., elle s'empoisonne avec un aspic pour échapper à une humiliante exposition à Rome. L'Égypte devient province romaine et le restera jusqu'à la conquête arabe, qui voit l'incendie des derniers vestiges de la bibliothèque d'Alexandrie en l'an 642 de notre ère.

 

Fabienne Manière
Source : Hérodote


01/12/2017
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