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L'ASILE D'ALIENES - LISA MANDEL

 


Dans ce premier tome (« L'asile d'aliénés ») d'une trilogie consacrée à l'hôpital psychiatrique, Lisa Mandel s'attaque à un sujet difficile et périlleux, à savoir la réalité du soin institutionnel à travers le témoignage des soignants. La jeune auteur de bande dessinée laisse en effet la parole à d'anciens infirmiers « asilaires », en scénarisant de façon imagée des fragments de leurs récits. Chaque scène porte en elle une vérité poignante, l'impact traumatisant de cette réalité se trouvant atténuée par le décalage entre le propos et son traitement ; le trait incisif et spontané, la tendresse du regard, l'ironie décapante donnent vie aux personnages, restaurent l'humanité dans ce « système rétrograde et carcéral, complètement agonisant ». L'humour et la légèreté graphique permettent dès lors d'aborder des situations dramatiques sans sombrer dans le pathos. L'asile est avant tout un lieu d'existence partagée, de rencontres, et c'est d'ailleurs l'impression qui ressort de cette lecture, quand bien même il s'agit au fond d'aborder les zones d'ombre du soin psychique et des dérives institutionnelles...

Car le constat sous-jacent est effectivement terrifiant… Les récits des soignants dénoncent implicitement l'inertie et la routine d'une institution sclérosée, la chronicité apparaissant finalement comme une maladie systémique qui imprègne les murs mêmes de l'hôpital. Plus essentiellement encore, les scénettes lapidaires évoquent la mise en place d'un système de domination, d'asservissement et de réification ; les interactions quotidiennes (re)produisent des rapports de pouvoir ainsi que l'exercice d'une maltraitance absolument déshumanisante, au sein de zones de non-droit et d'impunité totale.
Pourtant, subsiste ce souffle d'humanité dans l'humour, l'ironie voire le cynisme, tant des patients que des soignants ; seule façon de supporter cette violence institutionnelle sans se sentir soi-même absorbé par la spirale de la résignation…

L'utilisation de l'aparté permet de surcroît la circulation d'une parole libre, spontanée et dénuée de toute commisération. Ce procédé permet également de recueillir les impressions des acteurs à travers un discours vivant, qui vient donner une incarnation et une véritable épaisseur aux scènes vécues. Le trait incisif de Lisa Mandel, dans ses contrastes, ses approximations et sa vivacité, contribue à une mise en mouvement d'une réalité parfois choquante ou insoutenable. Ainsi, parole et dessin s'intriquent habilement pour tisser une trame troublante et décalée. Et cette distance salvatrice construit progressivement un sentiment de connivence avec le lecteur, suscitant un élan d'empathie à mille lieux des stigmatisations actuelles concernant la folie



11/06/2010
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