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LEONARD DE VINCI (1452-1519) LE GENIE PARADOXAL

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 Je suis abonnée  au site Hérodote, média de l'histoire et je partage avec vous un article du 02 Mai 2019  sur Léonard de Vinci

Bonne Lecture

 

 

Fils illégitime d'un notaire de Vinci, village proche de Florence, Léonard se forme à la peinture et aux autres arts dans l'atelier de l'illustre Andrea del Verrochio, aux côtés de Botticelli, Lorenzo di Credi, Pérugin... Il réalise de concert avec le maître un remarquable Baptême du Christ.

 

Élégant et beau autant que surdoué, le jeune Leonardo da Vinci devient un familier de Laurent le Magnifique, maître tout-puissant de la République de Florence et grand mécène.

 

Cependant, la vie en Toscane n'est pas aussi douce qu'on pourrait le croire : jugé pour sodomie, Léonard s'exile en 1476 et ne revient qu'en 1478 et même alors, il ne parvient pas à obtenir la réputation qu'il estime, à juste titre, mériter.

 

Il faut dire que l'homme est ombrageux, avec une fâcheuse tendance à ne pas achever ce qu'il entreprend. De plus, lorsqu'il obtient des commandes de tableaux religieux, leur style déplaît tant qu'elles lui sont en général retirées, comme un Saint Jérôme et une Adoration des Mages pour le couvent de San Donato.

 

Dépité, Léonard part en 1482 à Milan, où il espère obtenir les bonnes grâces du duc Ludovic le More : il lui adresse pour cela une longue lettre détaillant ses capacités d'architecte et d'ingénieur, en particulier en matière militaire. Seules les supplications de ses amis le convainquent de rajouter qu'il est aussi peintre !

 

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Créateur malchanceux

Et, de fait, aussi surprenant que cela nous paraisse aujourd'hui, ce n'est pas comme peintre que Léonard est alors célèbre, mais comme organisateur de fêtes. Là, il déploie tout son génie d'inventeur pour développer des machines et mettre en place des spectacles comme personne n'en avait jamais vu.

 

À Milan, Léonard de Vinci peint la Vierge aux rochers, le premier de ses chefs-d'oeuvre picturaux. Mais son ambition est autre : il désire plus que tout réaliser le monument équestre que Ludovic veut faire construire pour son père défunt.

 

Après plusieurs années d'humiliation, il est enfin chargé de l'œuvre qui doit assurer sa réputation. Représenter un cheval cabré est un défi technique inouï ; des tonnes de bronze s'accumulent dans la ville, mais voici qu'en 1494, le roi de France Charles VIII entreprend une expédition en Italie. Le métal est alors utilisé pour l'artillerie et le projet équestre ne sera jamais réalisé.

 

 

 

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L'alerte passée, Ludovic demande à Léonard de peindre la Cène pour le réfectoire du monastère Santa Maria delle Grazie. L'œuvre obtient enfin un succès général, mais le destin frappe à nouveau : quelques années plus tard, elle commence à se détériorer, victime de l'humidité et des techniques trop innovantes et mal maîtrisée que le peintre a tenu à employer. Les couleurs passent et la peinture se décolle. Décidément, Léonard est maudit.

 

 

En 1499, les Français, conduits cette fois par le roi Louis XII, reviennent en Italie et cette fois déposent Ludovic. Le souverain français rencontre Léonard de Vinci, dont la célébrité dépasse d'ores et déjà les frontières de l'Italie, et lui commande un portrait de Sainte Anne, mère de la Vierge, pour honorer son épouse Anne de Bretagne qui vient de lui donner une fille. Le peintre va travailler sur cette oeuvre jusqu'à sa mort, près de vingt ans plus tard, portant à la perfection la technique du sfumato dont il est le maître inégalé...

 

 

 

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Faute de ressources, il quitte Milan pour Mantoue et Venise, où il ne reste que quelques mois, sans parvenir à «percer» ; à Florence, grâce à l'entremise de Machiavel, on lui confie la réalisation d'un tableau à la gloire de la ville, La Bataille d'Anghiari, un combat qui a vu en 1440 la victoire de Florence sur Milan. L'affrontement en lui-même n'a rien eu d'extraordinaire, le seul mort est tombé de cheval. Mais Léonard va le transformer en une victoire épique.

 

 

Ses cartons fascinent tous les spectateurs, mais les problèmes techniques le dépassent, d'autant que la ville a en même temps embauché Michel-Ange, qui le déteste, pour peindre à l'autre bout de la salle, une Bataille de Cascina : durant plusieurs mois, la cohabitation est houleuse ! Ni l'un ni l'autre n'achèvera en définitive le travail.

 

 

Toujours à Florence, un marchand, Francisco del Giocondo, lui commande un portrait de sa troisième femme, Madonna Lisa (ou pour faire court, Mona Lisa). Il ignore qu'il est à l'origine du plus célèbre tableau du monde, la Joconde. Léonard n'abandonne pas son œuvre, bien au contraire. Il refuse de s'en séparer et, jusqu'à sa mort, ne cesse de la retoucher. Tant pis pour le mari.

 

 

Au musée du Louvre, dont elle est aujourd'hui la vedette avec son sourire indéfinissable de jeune mère épanouie, la Joconde semble suivre ses innombrables admirateurs de son regard. Oublié, le vol dont elle a été victime en 1911...

 

 

Après un séjour à Rome, Léonard se rend finalement en France en 1516, à la demande pressante de François 1er, le vainqueur de Marignan, qui a pour lui le plus grand respect et lui donne le manoir royal du Cloux, ou Clos-Lucé, près d'Amboise.

 

Handicapé de la main droite, le vieil homme ne peut plus guère peindre. Mais il organise quelques belles fêtes pour son protecteur, ébauche le plan du futur château de Chambord, jette les plans d'une nouvelle capitale royale à... Romorantin, au coeur de la Sologne, et meurt trois ans plus tard, non sans avoir réglé ses obsèques dans le plus grand détail.

 

La légende veut que le jeune roi de France ait recueilli son dernier soupir : «aucun homme ne vint au monde qui en sût autant que Léonard», dit le roi en manière d'épitaphe.

 

 

Génie pictural

Nonobstant les aléas de sa longue vie, Léonard de Vinci n'en demeure pas moins un peintre de génie. Inventeur touche-à-tout, il occupe une place de premier plan dans la peinture en raison de sa maîtrise du fondu. Il est l'inventeur du sfumato, un procédé pictural qui adoucit les contours des ombres et les fond dans la lumière ambiante.

 

Sa manière révolutionnaire d'estomper les formes et de créer l'indécision des ombres et de la lumière va influencer les grands peintres du clair-obscur, au premier rang desquels Rembrandt, un siècle plus tard.

 

 

 

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La vie de Léonard : un échec ?

Par son génie, Léonard symbolise la Renaissance italienne. Pourtant, il est aussi une figure tout à fait exceptionnelle et à part. Il n'a pas reçu de formation poussée, ne lit ni le grec ni le latin et connaît mal les œuvres antiques. Il n'est jamais parvenu à s'établir comme ses contemporains Botticelli et Michel-Ange ou son cadet Raphaël, qui ne l'en admire pas moins. Les tableaux qui lui sont attribués avec certitude se comptent au nombre d'une vingtaine au maximum (quatre d'entre eux sont au Louvre : La Vierge aux Rochers, Saint Jean-Baptiste, Sainte Anne, La Joconde).

 

 

Il a projeté de rédiger 120 traités sur les sujets les plus divers, sans jamais en écrire un seul. Les inventions techniques qu'on lui attribue, comme le parachute par exemple, posent également de nombreux problèmes : elles sont dessinées sur les milliers de pages de carnets que Léonard a noircis tout au long de sa vie, mais on ne sait pas s'il s'agit réellement d'inventions ou s'il se contente de noter les idées d'autres. Ses carnets de notes reflètent avant tout son insatiable curiosité et son ouverture aux idées et aux techniques de son temps.

 

 

 

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Sa personnalité est aussi troublante que son génie. Prodigue avec ses amis, il tient la comptabilité de ses dépenses avec la précision d'un usurier.

 

En mourant, il lègue ses biens à son légataire universel Andrea Salai, son principal élève et sans doute aussi son amant. Il a posé pour Saint Jean-Baptiste et a sans doute peint la copie de la Joconde qui est au Prado, à Madrid. Réalisée en même temps que l'autre, elle servait vraisemblablement de prototype ou de modèle expérimental au maître.

 

 

 

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Qui plus est, on ne sait guère à quoi ressemblait Léonard. Le seul autoportrait qu'on connaisse de lui, qui le représente en vieillard, serait selon certains spécialistes un faux du XIXe siècle (voir ci-dessous). En somme, il reste et restera toujours un mystère.

 
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Bibliographie
Pour aller plus loin, nous recommandons la passionnante biographie du spécialiste italien Carlo Vecce : Léonard de Vinci (Flammarion, 2001). Elle met l'accent sur la vie personnelle tourmentée du génie.

 

La pensée scientifique de Léonard a fait l'objet d'une étude très fouillée par Fritjof Capra (Léonard de Vinci, homme de sciences, Actes Sud).

Nous vous suggérons aussi Léonard de Vinci (Folio) de Sophie Chauveau, qui se lit comme un roman, et pour cause : l'auteur est aussi romancière (citons du même auteur, pour rester dans l'histoire de l'art, La Passion Lippi ou Le Rêve Botticell, tous deux disponibles en Folio).

Dans le genre romanesque, on peut lire aussi Au temps où la Joconde parlait (J'ai Lu, 1993). L'auteur, Jean Diwo, décrit avec brio la Renaissance italienne et la concurrence de Léonard et Michel-Ange.

 

Yves Chenal
 
 


02/05/2019
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