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SEVERE - REGIS JAUFFRET

 


Au cours du printemps 2009, Régis Jauffret est envoyé par le « Nouvel Observateur », en sa qualité d'écrivain, au procès de Cécile Brossard. Cette jeune femme est la meurtrière d'Edouard Stern, retrouvé le 1er mars 2005 à son domicile genevois, tué de deux balles dans la tête, le corps enveloppé dans une combinaison de latex.


Régis Jauffret décrit cette expérience comme bouleversante. Il se trouve confronté à une double autopsie psychique. Tout d'abord celle de la victime, terrible et sans concession, « comme s'il méritait cette mort » et celle de l'accusée.
Or le procès n'éclaire pas le fonctionnement de cette dernière qui apparaît dès le départ comme une énigme : « Au procès, la personne accusée disait : " Je voulais ce procès pour avoir la vérité " - alors qu'elle est la seule personne qui la détenait. Et cette notion de vouloir un procès était délirante. Sans jouer l'amnésie, elle pensait vraiment qu'elle allait comprendre l'acte qu'elle avait commis en se retrouvant au tribunal avec une trentaine de personnes qui allaient discuter de son cas ».


Régis Jauffret, déçu des expertises psychiatriques qui font de Stern un « grand pervers narcissique » et de l'accusée « une personnalité borderline au QI limite bas (80) », s'engouffre dans cette énigme et propose d'y donner sens grâce à l'imagination et la rêverie.

Son travail donne lieu à la publication de « Sévère » dont la lecture est tout aussi dérangeante que passionnante.
Si le fait de s'intéresser au fonctionnement psychique d'un individu coupable d'un acte pénal est monnaie courante en littérature (de Truman Capote à Emmanuel Carrère), la singularité du travail de Jauffret est dans les moyens employés, à savoir la rêverie et la capacité narrative.
L'auteur n'a pris aucune note pendant le procès, n'a rien lu sur l'affaire mais laisse ses impressions, sa propre imagination prendre le pas pour tenter de livrer une vérité, la sienne.

Le résultat final fait l'admiration de P. Robert-Diard, chroniqueur judiciaire au Monde :
« La justice a dit le droit. Les chroniqueurs judiciaires ont raconté le procès. Mais il fallait le romancier pour écrire la passion criminelle. (…)
Au fil des pages, on retrouve tout ce que l'on a entendu au procès, on revoit les personnages qui ont défilé à la barre.
Mais l'épaisseur du roman est dans les blancs, dans tout ce qui suintait, se sentait, ne s'exprimait pas et que l'imagination de l'écrivain a comblé.
Dans les scènes qu'il invente, dans les dialogues qu'il crée, dans les sentiments qu'il prête à ses personnages, on a le sentiment que son récit est plus près du juste que ne l'a été celui de la justice ».


11/06/2010
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