Bienvenue dans mon Univers

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HISTOIRE

 

Cette catégorie évoquera des personnages, des lieux, des faits qui appartiennent  à notre passé commun :

 

L'HISTOIRE

 

 

Qui peut prétendre appréhender l'avenir  sereinement sans  se pencher au préalable  sur le passé.

 

Le passé est riche d'enseignements, il renseigne les pourquoi, il explique les

comment, il permet la réflexion, l'analyse puis, il autorise ou interdit  le cheminement vers le futur

 

Martine

 


L'AGE DE LA PIERRE : L A NAISSANCE DE L'HUMANITE

A l'échelle de l'histoire de l'humanité, et plus encore de la Terre, les recherches sur l'origine de l'homme, sur son évolution  et sur les liens qu'il entretient avec ses pairs sont relativement récentes. Jusqu'au XVIII°  siècle, dans de nombreuses parties du monde, on croit fermement à la doctrine créationniste telle qu'elle est décrite dans la  Bible " Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa Mâle et femelle


 La Source Principale  de l'article : Histoire  visuelle du Monde - National Géographic

Aujourd'hui encore , ,nous n'avons aucune certitude  quant aux origines de l'humanité. En 1871, contestant  cette doctrine Charles Darwin, naturaliste,   met en  avant  la théorie de l'évolution, s'appuyant  sur l'idée que l'homme descend des Anthropoïdes.  C'est l'Afrique, considéré comme le berceau de l'humanité, qui a livré  les plus anciens  hominidés fossiles. Les ossements, les outils et les vestiges de campements  - notamment les peintures rupestres des différentes  époques ont permis de retracer l'évolution de l'actuel Homo Sapiens.
Grâce aux technologies modernes, ces éléments ont pu être étudiés, classés et datés, un travail qui a permis auwx scientifiques de mieux cerner les origines de l'Homme.

Les peintures Rupestres

De 25000 à 10000 avant J.-C., l'Europe, et plus particulièrement la France, va connaître une période de floraison artistique, où la peinture, le dessin, la sculpture acquièrent leurs premières lettres de noblesse.C'est à Laugerie-Basse, en 1864, que fut découverte la première statuette de femme, à qui l'on donna le nom de « Vénus impudique ». Depuis, plus d'une vingtaine de ces Vénus, sculptées dans des matériaux divers, ont été retrouvées : à Grimaldi, la Vénus dite « le losange » est en stéatite verte, celle de Tursac provient d'un galet de calcite, la Vénus à la corne est en bas-relief, quant à la Dame à la capuche, la seule sur laquelle apparaissent les traits du visage, elle est en ivoire. Toutes ces Vénus datent de 25000 à 20000 avant J.-C. et la majorité d'entre elles révèle une femme aux hanches larges, au ventre souvent gonflé, ce qui permet de supposer qu'il s'agissait-là d'une évocation de la femme enceinte ou d'un hymne à la fécondité.
Source d'inspiration des temps anciens, la femme ne va pas garder bien longtemps ce monopole : les scènes de chasse, les animaux ornent désormais seuls le fond des cavernes.
Lorsque furent découvertes, en 1875, les premières peintures rupestres, elles ne suscitèrent, de la part des préhistoriens, qu'un immense mouvement de scepticisme. En effet, comment l'homme préhistorique, décrit alors comme un être bestial et primitif, aurait-il pu produire de tels chefs-d'oeuvre ? Il faudra attendre 1940 et la découverte de la grotte de Lascaux pour convaincre les préhistoriens que « l'homme des cavernes » était un artiste...
Depuis, la vision des sites d'art rupestre fascine les amateurs comme les spécialistes. Mais, pour ces derniers, nombre de questions restent en suspend.
La première concerne la situation géographique des sites rupestres : la grande majorité d'entre eux se situent entre le sud-ouest de la France et le nord de l'Espagne et pour y accéder, du moins dans de nombreux cas, il faut parcourir
toute une série de boyaux. Il ne fait donc aucun doute qu'ils n'ont pas été sélectionnés au hasard. Quant à savoir ce qui a pu motiver ses choix, l'énigme reste entière.
Certains spécialistes ont voulu voir dans la multitude des motifs animaliers -scènes de chasse ou de la vie animal- la pratique d'un rituel précédant les grandes périodes de chasse ? La présence, sur certains sites, de dessins suggérant une influence magique ou chamanique, comme « le sorcier » de la grotte des Trois-Frères, pourrait confirmer cette hypothèse. Mais comment expliquer que les animaux les plus chassés -cerf et renne- ne soient pas les plus
représentés ? En effet, les bisons et les chevaux sont ceux qui apparaissent le plus, sans parler des autres animaux évoqués : aurochs, mammouths, phoques et pingouins, comme à Cosquer, des ours et même une panthère tachetée à
Chauvet. De plus, pourquoi, dans ce cas, avoir placé certaines scènes tout en hauteur ou même sur les plafonds ce qui a dû nécessiter l'emploi de cordages ou d'échafaudage ? On le voit, la théorie des rituels de chasse pêche par bien
des côtés et seuls certains aspects en ont été retenus.
En effet, il est pratiquement certain que ces sites étaient le cadre de rituels -sans que l'on sache lesquels- ou, plus probablement, étaient des sanctuaires religieux, des lieux de culte. La présence, à Chauvet par exemple, d'un crâne
d'ours, posé intentionnellement sur une pierre comme sur un autel, suggère fortement l'existence d'un culte des ours, déjà pressenti chez les  eandertaliens. Mais quelle est la signification des multiples signes géométriques retrouvés
dans les grottes : points alignés ou en amas, traits, courbes, stries, triangles, cercles, arborescences, pentagones ? Que dire également des représentations humaines : silhouettes féminines, mains, parfois mutilées, visages, personnages
masqués ou à l'allure fantomatique, être mi-homme mi-animaux, comme « le sorcier » des Trois-Frères ? À tout cela, l'étude préhistorique n'a pas encore su apporter de réponses...
   Source : HISTORIA NOSTRA

Les Premiers Hominidés


D'après les découvertes les plus récentes, les origine de l'homme remonteraient  à 7 millions d'années. Les premiers  hominidés ont évolués par  paliers, en développant  progressivement  des aptitudes dans différents domaines. Ils ont ensuite  commencé  à quitter le continent Africain.
Se conformant à la théorie évolutionniste , les scientifiques ont cherché "le chaînon manquant "  qui ferait le lien entre l'homme et le chimpanzé, son plus proche parent du monde animal.
Depuis cette époque, de nombreuses espèces  d'hominidés ont été découvertes, qui ne sont pas toutes des ancêtres directs de l'Homo sapiens moderne.
En juillet 2001 a été  retrouvé dans le désert du Djourab, au Tchad,  Sahelanthropus Tchadensis.



Ce fossile d'hominidé, nommé  Toumaî , aurait vécu il y a environ 7 millions d'années.  il est donc considéré  aujourd'hui  comme le plus vieux représentant  de cette famille.  Il précède  "Orrorin  tugensis"  découvert en 2000 au Kenya.



Les treize vestiges squelettiques et dentaires
 Orrorin tugenensis


Deux lignées suivent ces hominidés : Les Ardipithèques qui ont donné la branche des singes anthropoïdes


L'un des fragments de mâchoires découverts en Ethiopie.

Le site de fouilles de Gona, en Ethiopie, a livré de nouveaux fossiles d'un très ancien hominidé, Ardipithecus ramidus, décrit pour la première fois au début des années 90. Sileshi Semaw et ses collègues annoncent aujourd'hui dans la revue Nature la mise au jour de plus de 30 fossiles qui auraient appartenu à neuf individus différents- vieux d'environ 4,5 millions d'années. Ces fossiles, essentiellement des dents, des fragments de mâchoires, de mains et de pieds, ont été trouvés à As Duma dans la région de l'Afar, une zone très riche en pour les paléo-anthropologues.

Les premiers fragments d'Ardipithecus ramidus ont été découverts en 1992 par l'équipe de Tim White (Université de Berkeley). Les chercheurs les avaient d'abord décrits sous le nom d'Autralophitecus ramidus avant de le renommer Ardipithecus

 L'Ardipithèque possède des caractères proches des australopithèques mais aussi des grands singes actuels.
Les découvertes de Semaw permettront peut-être d'affiner le profil d'Ardipithecus ramidus, pour lequel les chercheurs ne disposent que de fossiles fragmentaires. L'étude des couches dans lesquelles les fossiles de As Duma ont été retrouvés révèle la présence de nombreux animaux, notamment des singes, des ruminants, et des rongeurs du type rat-taupe (hétérocéphale). Cependant les chercheurs poursuivent leurs investigations pour savoir dans quel environnement vivaient ces neuf individus. Etait-ce une savanne ou une forêt ? Ces éléments sont importants pour comprendre comment les hominidés ont évolué vers la bipédie.
en 1995, estimant finalement qu'il ne s'agissait pas seulement d'une nouvelle espèce mais d'un nouveau genre. Une classification encore discutée.


et Les Australopithèques qui utilisaient des outils primitifs.
 
 
L'Australopithèque fut le premier hominidé découvert. Son poids était d'environ 40 à 45 kg, l'homme adulte mesurait entre 1,25m et 1,45m. Son cerveau avait une capacité de 450cm3. Ils mangeaient surtout des fruits, des tubercules, agrémentés de larves et d'insectes puisqu'ils étaient végétariens avec un mode de vie préagricole. Ils avaient des pieds préhensiles qui ressemblent aux mains comme les singes.


Cette lignée  a évolué progressivement vers l'Homo sapiens d'abord avec  :

Homo habilis qui vivait il y a 1.5 à 2.3 millions d'années  et qui possédait un cerveau plus volumineux  et un régime alimentaire  plus diversifié que ceux de ses prédécesseurs végétariens. Premier hominidé à quitter la forêt  pour chasser dans la savane, il a inventé  les outils en pierre taillée, comme le galet aménagé qu'il utilisait probablement  pour casser les os d'animaux afin d'en extraire de la moelle.


 
C'est en 1961 que Mary Nicol et Louis Leakey découvrent à Odulvai (Nord de la Tanzanie) les restes d'un individu accompagnés d'outils primitifs en pierre : Homo habilis.

Le plus vieil outil retrouvé... le Chopper
Un chopper - Gona - EthiopieLes plus anciens outils ont été utilisés il y a 2.3 à 2.6 millions d'années, au Paléolithique archaïque, en Afrique. On les retrouve principalement sur les sites de Gona Hadar (Ethiopie), Koobi Fora, Vallée de l'Omo et Oldoway (Tanzanie). Ils sont regroupés sous la dénomination de culture ou de civilisation Oldowayenne.
Ces premiers outils, identifiés comme tels, sont des choppers, ce sont des galets (ou des blocs anguleux) présentant un bord tranchant. Si l'ouvrier travaille l'outil et dégage 2 faces de tranchant on nomme alors l'outil chopping-tool.
Dans les 2 cas ils ont été fabriqués par percussion avec une pierre ou un galet. C'est la culture sur galet ou "pebble-culture". Les campements de l'Oldowayen sont le plus fréquement installés près d'un fleuve et donc près de la matière première : le galet.

Homo, ergaster ou Homo erectus,

est apparu  il y a 1.9 million d'années. premier hominidé  à ressembler  par ses proportions à l'homme moderne, il se déplaçait debout, stockait des victuailles et fabriquait ds outils en pierre.
Il a mis au point une hache  qui faisait aussi fonction de pioche.




Une image exclusive de Lucy sur Hominides.com



Plus que celle de tout autre hominidé fossile, la découverte de Lucy, squelette d'une femelle Australopithecus afarensis d'environ 107 cm découvert en 1974  au nord est de l'Ethiopie, a crée l'événement.
Appartenant à l'arbre phylogénétique de l'homme, elle était dotée d'une anatomie qui lui permettait de se déplacer debout. Ses os et ses dents ont livré de précieuses indications sur son mode de vie.

http://www.marcboulay.net
Un site remarquable qui reprend une grande partie des travaux du sculpteur : ses études sur les insectes, les fourmis, les homo sapiens, les dinosaures, les mammifères marins...
Une petite préférence personelle pour les photos d'australopithecus afarensis, autrement dit Lucy... En quelques images vous assistez à la naissance d'une des plus célèbres de nos ancêtres ! Cette reconstitution a été réalisée pour le futur parc de l'évolution de Mèze (34).
"Le passé en reconstitution. Je travaille actuellement sur le passé de nos origines... Mieux comprendre le passé pour comprendre le présent, voire imaginer les futurs toujours composés..." explique Marc Boulay.

Les différentes ères préhistoriques

On distingue l'ancien âge de la pierre ou paléolithique, l'âge de la pierre polie ou Néolithique, l'âge du Bronze et l'âge du fer.

Paléolithique inférieur  2 500 000  à 250 000 ans av.JC
Paléolithique moyen        250 000 - 30 000 ans  av JC
Paléolithique supérieur      30 000 - 10 000  ans av JC
Néolithique                         10 000/8000 - 4000/1800 ans  av JC
Âge du Bronze                       4 000- 700  ans av JC  ( Moyen Orient
                                              1 800- 800 ans av JC  ( Europe )
 Âge du fer                             1 100 - 800 ans  av JC

Cette évolution de l'homme  s'inscrit dans l'ère  quaternaire d l'évolution géologique :
Pléistocène  inférieur : 1 800 000 - 800 000  ans av JC
Pléistocène moyen      :   800 000 - 127 000  ans av JC
Pléistocène  supérieur     127 000 - 10 000 ans av JC
Holocène                            10 000 ans av JC à nos jours
          

                  







02/10/2009
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Des Histoires du Temps Passé



Qu'il est doux, qu'il est doux d'écouter des histoires,
Des histoires du temps passé,
Quand les branches d'arbres sont noires,
Quand la neige est épaisse et charge un sol glacé !
Quand seul dans un ciel pâle un peuplier s'élance,
Quand sous le manteau blanc qui vient de le cacher

L'immobile corbeau sur l'arbre se balance,
Comme la girouette au bout du long clocher !
Qu'il est doux, qu'il est doux d'écouter des histoires,
Des histoires du temps passé,
Quand les branches d'arbres sont noires,
Quand la neige est épaisse et charge un sol glacé !

Alfred de VIGNY (1797-1863)



19/02/2012
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100 ANECDOTES INSOLITES SUR PARIS



Cliquez sur le lien ci-dessous :



07/03/2013
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11 septembre 2001 : Loose Change




Un document tout simplement exceptionnel : une analyse des attentats du 11 septembre 2001 mais surtout une étude qui montre comment le gouvernement américain est à l'origine de ces attaques. Ce documentaire d'un cinéaste de 21 ans, Dylan Avery, est considéré comme le meilleur documentaire révélant les mensonges et vérités sur le 9/11


Cliquez sur le lien ci-dessous :

nous-les-dieux.org/Loose_Change



20/01/2011
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1459 - LE MANUSCRIT SECRET DU MOYEN AGE

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A l'abri dans une bibliothèque poussiéreuse, sous clé, se cache un manuscrit étrange et obscur qui recèle les secrets oubliés du monde médiéval.
Composé de 150 feuillets en papier et écrit en dialecte souabe, le livre sur le Combat de 1459 est un des plus mystérieux manuscrits du Moyen-Âge au monde.
Dans ses magnifiques pages illustrées est regroupée une collection unique d'images de combats sanglants, de machines de guerre, d'inventions insolites et de duels. Aujourd'hui, la majorité de son histoire et de son contenu reste inexpliqué.
Grâce à une interface dernier cri et une restauration pas à pas, les pages de ce manuscrit inconnu sont ramenées à la vie.
La véritable histoire de l'Europe durant le Moyen-âge se révèle être violente, secrète, spirituelle et contient une mine de connaissances.
Nous vous révèlerons des détails surprenants, preuves que la société médiévale était bien plus sophistiquée et étrange que nous le pensions.


10/08/2012
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ALAN TURING

En l'honneur de leurs génies disparus, les hommes érigent des statues, attribuent des prix, brodent des légendes. Le Britannique Alan Turing (1912-1954), père de l'informatique, co-inventeur de l'ordinateur, visionnaire de l'intelligence artificielle, a eu droit à tous ces signes posthumes, comme autant de regrets de n'avoir compris de son vivant à quel point il était important. Décerné chaque année, un prix qui porte son nom est considéré comme le Nobel de l'informatique. Des palmarès, comme celui du magazine Time en 1999, l'ont classé parmi les 100 personnages-clés du XXe siècle. Des livres et des pièces de théâtre lui ont été consacrés. Sur Internet, qu'il contribua à rendre possible, toutes sortes d'histoires, vraies ou fausses, circulent sur son compte.

Mais ces masses de textes, ces flots de paroles ne pesaient rien, tant que quelques mots leur manquaient. Le premier ministre britannique les avait écrits, il y a quelques années, en réponse à une pétition qui a rassemblé plus de 30 000 signataires, à l'initiative de l'informaticien John Graham-Cumming. Au nom de son gouvernement, Gordon Brown a présenté, le 10 septembre 2009, ses excuses pour le « traitement effroyable » que son pays a réservé à l'un de ses plus grands scientifiques. Suivra, en 2013, un « Royal pardon », accordé le 24 décembre.

Un "Sorry Alan !" pour celui qui, en 1952, avait été condamné par la justice anglaise pour "indécence manifeste". Son délit : être homosexuel. Sa peine : deux ans d'emprisonnement ou un traitement aux hormones féminines revenant à une castration chimique. Le mathématicien choisit les injections, qui le rendirent impuissant. Ses seins se mirent à pousser, sa silhouette athlétique (il était si doué pour le marathon qu'il faillit être sélectionné pour les Jeux olympiques de Londres de 1948) s'en trouva irrémédiablement déformée.

« Châtiment inhumain »

image: http://s2.lemde.fr/image/2009/08/31/204x0/1234053_8_ab78_la-statue-a-la-memoire-d-alan-turing_77de90cbcaeafc41bbe2f9caf0e685e0.jpg

La statue à la mémoire d'Alan Turing, inaugurée en 2001 à Manchester.
La statue à la mémoire d'Alan Turing, inaugurée en 2001 à Manchester. KGGucwa

Ce traitement était achevé depuis un an lorsque, le lundi de Pentecôte 1954, Alan Turing croqua une pomme avant de se coucher, comme il en avait l'habitude. Celle-là avait macéré dans du cyanure. Le scientifique venait de mettre fin à ses jours en s'inspirant de Blanche-Neige et les sept nains, le dessin animé de Walt Disney qu'il aimait tant qu'il en psalmodiait souvent les paroles prononcées par la sorcière, dans sa scène favorite : « Plonge la pomme dans le bouillon, Que la mort qui endort s'y infiltre. »

La loi qui a brisé la carrière de Turing, après avoir envoyé Oscar Wilde en prison, ne fut abrogée en Angleterre qu'en 1967, et pas avant 1980 en Ecosse et en Ulster (en France, l'homosexualité a été dépénalisée en 1981). Dans sa lettre, Gordon Brown exprimait ses regrets pour « les milliers d'homosexuels qui furent condamnés par cette législation homophobe » et pour « les millions d'autres qui vécurent dans la crainte d'être confondus ». Dans le cas d'Alan Turing, ce « châtiment inhumain » s'alourdit toutefois d'une injustice supplémentaire.

Le génie était aussi un héros. « Il n'est pas exagéré d'affirmer que, sans sa contribution exceptionnelle, l'histoire de la seconde guerre mondiale aurait pu être très différente, écrit M. Brown. Il est l'un de ces individus dont on peut dire que leur apport unique a fait basculer la guerre. »

Durant le conflit, Alan Turing a su casser Enigma, la machine utilisée par les Allemands pour crypter leurs communications. Il a ainsi donné aux Alliés un avantage décisif, notamment dans la bataille de l'Atlantique. Ce rôle est aujourd'hui son plus grand fait de gloire. Mais, tenu secret pendant plus de trente ans, il ne put plaider en sa faveur au moment de ses déboires judiciaires et, sans doute même, contribua à aggraver son cas. Aussi à l'aise dans les théories de pointe que maladroit dans le jeu social, Alan Turing n'a de toute manière jamais su se défendre.

Ce décalage avec ses semblables est apparu dès l'enfance de ce second fils de fonctionnaires coloniaux, placé dans des familles d'accueil en Angleterre pendant que ses parents demeuraient aux Indes. Son inadaptation aux règles de sa public school était toute proche de l'installer dans une réputation de mauvais élève, voire de le menacer de renvoi, si une première manifestation de son don ne l'avait sorti de ce mauvais pas. A 16 ans, Alan Turing se montre capable de démontrer par ses seuls moyens l'une des lois les plus ardues de la relativité d'Einstein. En 1929, une passion platonique pour un de ses camarades, surdoué en sciences, cristallise sa vocation. La mort brutale de ce modèle le décide à prendre le relais et place sa vie sous le signe de l'amour des mathématiques théoriques et des garçons.

Résumées à grands traits, les années 1930 de Turing auraient toutes les apparences de la consécration précoce, si elles n'avaient été compliquées, dans le détail, par son caractère difficile et ses comportements déroutants. Rien ne manque : l'entrée au prestigieux King's College de Cambridge et le passage à Princeton, l'université qui a fait basculer le centre de gravité de la recherche fondamentale vers l'Amérique depuis qu'Einstein l'a rejointe. Et la publication, qui justifierait à elle seule la notoriété du scientifique.

La « machine de Turing »

Une machine Enigma, utilisée par l'armée allemande pour crypter ses communications durant la seconde guerre mondiale.
Une machine Enigma, utilisée par l'armée allemande pour crypter ses communications durant la seconde guerre mondiale. Bundesarchiv/Grupp

En 1936, Alan Turing dénoue l'une des questions de logique les plus brûlantes de l'époque, en démontrant que certains problèmes mathématiques ne peuvent être résolus. Pour cela, il postule l'existence théorique d'une machine programmable, capable d'effectuer vite toutes sortes de calculs. Même si elle reste purement abstraite, cette « machine de Turing », passée sous ce nom à la postérité, est un saut crucial vers la fondation de l'informatique. Elle est la première affirmation qu'un appareil peut effectuer toutes sortes de tâches à condition d'être programmé pour cela. Elle porte aussi l'intuition que des mécanismes peuvent se montrer aussi « intelligents » que l'homme, s'ils reproduisent son activité mentale. Cette idée signe l'originalité de la démarche de Turing, capable de lancer des ponts entre les problèmes de logique pure et la réalité physique.

La guerre allait lui offrir l'occasion, unique pour un mathématicien, d'avancer en éclaireur sur ces ponts. A Bletchley Park, le manoir victorien, entre Oxford et Cambridge, qui abrite les services de décryptage du renseignement anglais, Turing s'attaque en 1939 à un jeu de logique et de mécanique qui peut sauver des milliers de vies : construire une machine capable de déterminer chaque jour parmi les 159 milliards de milliards de clés possibles du système de codage Enigma laquelle donnera accès aux messages des Allemands. Pour y parvenir, il bénéficie des percées effectuées par des mathématiciens polonais dans les années 1930. Et, dès 1941, ses inventions, les « bombes Turing », des armoires d'un mètre agitées par un fracas équivalent à celui de milliers d'aiguilles à tricoter, ne mettent que quelques heures à décrypter les communications entre l'état-major allemand et ses sous-marins dans l'Atlantique.

Au centre de ce jeu de stratégie mondial, un homme d'à peine 30 ans, qui traverse parfois la campagne anglaise à vélo, un masque à gaz sur le visage pour se protéger du rhume des foins. A Bletchley Park, personne ne se moque des extravagances d'Alan Turing, de ses gestes saccadés, des mots qui lui restent parfois comme bloqués dans la gorge, de son pantalon qui tient par des bouts de ficelle. « Dans cette sorte d'université secrète rassemblant les meilleurs mathématiciens britanniques, des notions comme la tradition et les usages, le rang, l'âge, les diplômes et autres détails superficiels étaient ignorés : seule importait la faculté de penser », écrit son biographe, Andrew Hodges. Dans le secret de Bletchley Park, le chercheur est protégé des absurdes pesanteurs de l'armée britannique, encore rétive à la révolution du renseignement de masse. Le manque de moyens devient criant ? Il suffit à Turing d'écrire directement à Winston Churchill, qui, lui, a très bien compris l'intérêt de l'entreprise de décryptage, pour débloquer les choses.

Tenu au secret

La fin de la guerre marque le retour aux pesanteurs administratives et aux conventions sociales. Considérant que ses recherches en vue de « la fabrication d'un cerveau » sont entravées, Turing quitte le grand projet d'ordinateur mené près de Londres pour celui d'un autre prototype à Manchester. Toujours entre abstraction et monde physique, ses travaux sur la formation des êtres vivants ne lui attirent que de la commisération. Ces intuitions ont pourtant commencé à être validées par des biologistes ces dernières années. Pour s'expliquer désormais, Alan Turing doit composer avec une autre difficulté que sa gêne relationnelle : le secret militaire l'empêche de faire état de ses découvertes pendant la guerre.

Ce secret lui vaut aussi une attention soupçonneuse des services de renseignement sur sa vie sentimentale. En cette période de guerre froide et de maccarthysme triomphant, les homosexuels sont souvent considérés comme les « maillons faibles », trop facilement manipulables par des agents étrangers, des systèmes de défense occidentaux. La liaison mouvementée qui conduit à son procès ne peut qu'accroître ces craintes. D'autant qu'au silence auquel il est tenu sur son oeuvre de guerre, Turing oppose une franchise absolue sur sa sexualité, qu'il n'a jamais cherché à cacher. Après sa condamnation, cette sincérité se transforme en bravade : deux fois, le détenteur d'innombrables secrets d'Etat voyage hors d'Angleterre pour mener ostensiblement des aventures avec des étrangers. Dernier défi à l'ordre établi avant de croquer sa pomme. Ce fruit empoisonné qui alimente aujourd'hui une jolie légende urbaine qu'aurait aimée l'amateur de contes pour enfants : Apple aurait choisi son logo, représentant une pomme croquée, en hommage, toujours démenti par la firme et son designer, au génie si maltraité de l'informatique.

Lire : « Imitation Game » : Alan Turing, génie tragique


Source : Le Monde - 28/01/2015 - Jérome Fénoglio

31/03/2015
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AMBROISE PARE

ambroise.jpg

Souvent décrit comme le père de la chirurgie moderne, il a effectivement énormément contribué à l’apport médical via la chirurgie en particulier sur le plan traumatologie. Il est aussi célèbre car il n’était pas médecin de formation mais barbier-chirurgien et s’est opposé aux dogmes médicaux de l’époque. C’est une des grandes figures médicales de la fin de la Renaissance.

Biographie

On situe la naissance d’Ambroise Paré vers 1509 ou 1510 au Bourg-Hersent près de Laval en Mayenne. Il est fils d’agriculteur et artisan et eut 2 frères et une soeur.

 

Son éducation est assez sommaire, avec notamment l’exploitation par le chapelain qui devait s’occuper de lui et qui l’utilisa comme domestique au lieu de lui enseigner le grec et le latin. Il exerce de petits travaux et entre comme apprenti chez le barbier du comte de Laval, puis à Angers et Vitré avec son frère lui-aussi barbier-chirurgien. On remarque à cette époque de l’adresse et de l’intelligence dans son travail.

 

En 1529, il entre à l’Hôtel-dieu comme compagnon chirurgien et se forme à la médecine et l’anatomie. Il aurait dit « ce n’est rien de feuilleter les livres, de gazouiller, de caqueter en chaire de la chirurgie, si la main ne met en usage ce que la raison ordonne ».Il devient maître barbier-chirurgien en 1536.

 

Il va participer à la médecine de guerre dès 1537 pendant la huitième guerre d’Italie, à la bataille du Pas de Suse. C’est là qu’il observe les souffrances des blessés du champ de bataille, par la blessure même mais aussi par les remèdes qu’on utilise à l’époque. Après cette campagne il rentre à Paris.

 

En 1543 il assiste au siège de Perpignan, occupée par les Espagnols, et continue d’élaborer des techniques chirurgicales novatrices. Avec le soutien du roi il publie la « Methode de traiter les plaies faites par les arquebuts et autres bastons à feu, et celles qui sont faites par la poudre à canon », puis un traité sur l’accouchement et l’anatomie.

 

Au cours d’autres interventions sur les champs de bataille, il innove dans les traitements des blessures par la ligature des vaisseaux plutôt que la cautérisation. Prisonnier au siège de Hesdin, il doit son salut aux traitements qu’il procure à l’occupant. Progressivement il entre au service du roi de Navarre puis d’Henri II roi de France et sa carrière sera alors toujours liée aux souverains.

 

Essayant d’obtenir une reconnaissance auprès des médecins de l’époque, malgré les oppositions il obtient le titre de docteur en chirurgie avec l’appui du roi en 1554.


Régulièrement employé pour les soins médicaux aux armées, il continue entre deux ses publications. En 1564 « Dix livres de la chirurgie : avec le magasin des instruments nécessaires à icelle » utilise le mot bistouri pour la première fois (écrit bistorie au féminin, dans le texte).

 

En 1559 il prodigue avec Vésale des soins au roi Henri II, victime d’un accident de joute dont il décèdera.

 

On lui prête cette échange avec le roi de France Charles IX : « J’espère bien que tu vas mieux soigner les rois que les pauvres ?
– Non Sire, c’est impossible
– Et pourquoi ?
– Parce que je soigne les pauvres comme des rois »

 

Persécuté comme tous les protestants lors des guerres de religion, il échappe grâce à Charles IX au massacre de la Saint Barthelemy en 1572. Il reste premier chirurgien du roi auprès d’Henri III. Mais de son vivant, hormis cet épisode, ses oeuvres littéraires plus que sa personne furent critiquées.


La phrase « Je le pansai, Dieu le guérit » est en fait une contraction d’une citation un peu plus nuancée. A propos de soins apportés à un officier de la garnison, atteint d’une fracture du crâne, lors du siège de Metz en 1552 « … Il fut trépané à costé du muscle temporal, sur l’os coronal. Je le pensay avec autres Chirurgiens, et Dieu le guarit, et aujourd’hui est encore vivant, Dieu merci ».

 

Il meurt le 20 décembre 1590 à Paris, et reçoit de grandes funérailles à L’Eglise Saint André des Arts. On ignore ce qu’est devenu son corps à la destruction de l’Eglise en 1807.

Apports en médecine et chirurgie

Apport inestimable dans les plaies de guerre, les amputations puisqu’il donne la préférence à la ligature sur la cautérisation et la suppression de l’utilisation de l’huile bouillante. Il permet ainsi des amputations précoces, directement sur le champ de bataille, ce qui sauvera de nombreux blessés.


C’est devant l’afflux de blessés et par manque d’huile bouillante lors de la bataille du Pas de Suse qu’il va appliquer sur les plaies un mélange de sa composition avec du jaune d’oeuf, de l’huile de rosat et de la térébenthine et observera que les résultats ne sont pas plus mauvais et que les blessés ont moins de souffrances qu’avec l’huile bouillante.

 

Il préconise l’extraction précoce du projectile lors des plaies par balles notamment, et le nettoyage soigneux de la plaie avec extraction de toutes les souillures et corps étrangers. Puis l’application d’onguents divers et le pansement de la plaie.


Pour autant père de la chirurgie militaire, il portera un regard désabusé sur la folie des hommes qui perfectionnent sans cesse les armes, qui figurera en introduction aux dernières éditions de son traité des plaies d’arquebuses.


Ses idées malheureusement ne furent pas mis en application tout de suite et les tenants de la théorie de la vénénosité des balles, les partisans de la cautérisation étaient encore nombreux au XVIème voire au début du XVIIème siècle.

 

Dans la continuité des handicaps causés par les amputations, il a inventé un certain nombre de prothèses métalliques articulées. Il fait aussi une des premières observations de cicatrisation de certaines plaies par asticothérapie.


Paré a également amélioré le traitement de la lithiase urinaire (« la pierre ») en empruntant à Pierre Franco. Mais peu de réelles découvertes chirurgicales.


En anatomie, il s’oppose sur quelques descriptions à l’autre grande figure de l’époque qu’est André Vésale.

 

Il est aussi l’auteur d’un assez curieux livre « Des monstres et prodiges « avec beaucoup de descriptions

 

Le fait qu’il ait publié ses livres en français (avec le soutien des rois quand même) par rapport aux publications classiques en latin, a contribué d’une certaine façon au développement du savoir médical.

 

Quelques oeuvres représentant Ambroise Paré :

C’est assez amusant de constater qu’à part la barbe, aucun des Paré représentés ne se ressemble !

 

Ambroise Paré par James Bertrand

 

 

Théobald Chartran : Paré pratiquant la ligature sur un blessé au siège de Metz

 

 

Chartran a aussi représenté René Laënnec auscultant ses patients.

 

Paré et la blessure du roi Henri II

 

gravure portrait d’Ambroise Paré

Références

Wikipedia, Ambroise Paré

Comité d’Histoire du Service de Santé, Histoire de la médecine aux Armées, Tome 1 de l’Antiquité à la Révolution, éditions Lavauzelle

Ambroise Paré and the birth of gentle art surgery

site sur le vieil Hesdin à propos du siège de la ville, avec le récit d’Ambroise Paré

Oeuvres 1585 à consulter en Flash (ne fonctionne pas sur tous mobiles et tablettes)

Les oeuvres complètes disponibles en différentes version sur Gallica

Traité de la peste et de la petite verolle & rougeolle, avec une briesque description de la Lepre

Illustrations en rapport avec Ambroise Paré sur le site de la BIU Santé Paris Descartes

« Main de fer » prothèse

 

« pessaire pour tenir le col de la matrice ouvert, par le bénéfice d’un ressort »

 

et parmi les illustrations sur « Des Monstres et prodiges »

« Des monstres et prodiges », par Ambroise Paré

 


08/12/2015
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ANNE ROBERT TURGOT (1727 - 1781)

Anne Robert Jacques Turgot (1727-1781), huile sur toile, école française du XVIIIe siècle, musée du château de Versailles

Né à Paris le 10 mai 1727, Anne Robert Jacques Turgot est le fils d’un prévôt des marchands auquel on doit un célèbre plan de la capitale.

L’enfant est éduqué par les jésuites du collège Louis-le-Grand puis entre à la Sorbonne en vue de la carrière ecclésiastique à laquelle le destine sa position de cadet. Il y renonce à 23 ans, sans doute après avoir perdu la foi, et se dirige vers le droit.

D’un naturel timide et cassant, il se fait évincer par une jeune fille de bonne famille, Anne-Catherine de Ligniville, surnommée « Minette », qui épousera plus tard Helvétius et que courtisera le vieux Benjamin Franklin. Lui-même restera toute sa vie célibataire et on ne lui connaît qu’une relation tardive (et platonique ?) avec la duchesse d’Enville.

Le jeune homme a plus de chance avec l’écriture et se fait remarquer par un Tableau philosophique des progrès de l’esprit humain (1750). Il entre trois ans plus tard au service de l’État en qualité de maître des requêtes, grâce à une dispense du roi en date du 22 mai 1753. Il faut en effet avoir 31 ans et six ans d’expérience pour figurer parmi les 80 maîtres de requêtes qui siègent notamment au Conseil du Roi et Turgot n’a encore que 26 ans…

Dans le même temps, il participe aux salons parisiens qui réunissent la fine fleur de France, d’Europe et d’Amérique, une pléiade de grands esprits comme jamais peut-être le monde n’en a connus.

C’est le début d’un parcours exceptionnel qui fait de Turgot l’une des figures les plus représentatives du Siècle des Lumières.

À la différence de la plupart de ses homologues, il a le privilège de ne pas seulement deviser mais aussi d’agir et de se frotter au terrain, d’abord en accompagnant l’économiste Jacques de Gournay, intendant du commerce, dans ses tournées d’inspection en province (1753-1756) puis comme intendant du Limousin (1761-1774) enfin comme contrôleur général des finances ou ministre de l’Économie (1774-1776).

André Larané
 

Paris : les délices de la conversation

Turgot lit et écrit toute sa vie, en français, en latin et en quelques autres langues. Très tôt, il a la passion de comprendre les ressorts de l’activité humaine. Sa bibliothèque, riche de 5000 ouvrages atteste de l’étendue de sa culture.

Il publie des mémoires sur à peu près tous les sujets à l’exception de la théologie, dont il s’est détourné à la fin de ses études, après avoir publié un traité sur la tolérance : Lettre à un grand vicaire sur la tolérance (1753).

Ami de Diderot et d’Alembert, maîtres d’œuvre de l’Encyclopédie, Turgot publie dans celle-ci cinq articles remarqués : Étymologie, Existence, Foires et Marchés, Fondations, Expansibilité des gaz. Il dialogue avec le savant Lavoisier sur la chimie mais c’est avant tout à l’économie qu’il porte le plus d’attention.

Turgot se lie avec les « physiocrates » tels Gournay, Quesnay et surtout son ami Du Pont [Sous la Révolution, ce brillant économiste, fils d’un horloger parisien, sera contraint d’émigrer aux États-Unis où son fils fondera sous son nom une entreprise qui est aujourd’hui le N°1 mondial de la chimie]. Comme eux, il pense que les règlements, même lorsqu’ils partent d’un bon sentiment, finissent par tuer l’initiative en devenant pléthoriques. Mais à leur différence, il ne croit pas que l’agriculture soit le seul fondement de la richesse des Nations. Les manufactures et le commerce lui paraissent des constituants tout aussi essentiels.

Chez le « philosophe » Helvétius, il a probablement eu l’occasion de s’entretenir plusieurs fois avec Adam Smith. Cet Écossais était alors connu pour sa Théorie des sentiments moraux et pensait que l’homme était guidé par ses sentiments bien plus que par la raison. Turgot partage son opinion, à l’encontre de ses amis physiocrates qui voient en l’homme un être absolument rationnel (le précurseur de « l’homo aeconomicus »).

Aux origines de l’économie classique

Le public fait bon accueil à l’ouvrage clé de Turgot : Réflexions sur la formation et la distribution des richesses (1766).

On retrouve dans ce court traité l’essentiel des idées qui ont cours dans l’Europe des Lumières en matière d’économie et seront reprises dix ans plus tard par Adam Smith dans ses Recherches sur la nature et les causes de la richesse des Nations (1776), un épais ouvrage dans lequel on a coutume d’y voir l’acte de baptême de l’économie politique.

Turgot décrit dans ses Réflexions une société diversifiée où l’agriculture, les manufactures et le commerce concourent ensemble à la richesse commune. Il montre comment les cultivateurs tendent à exploiter d’abord les terres les plus riches avant d’être obligés de se rabattre sur les autres, ce qui produit des inégalités de revenus entre les premiers et les seconds. Les échanges permettent aussi aux uns et aux autres de se spécialiser dans les productions les mieux adaptées à leur sol. De la même façon, dans les manufactures, la division des tâches permet d’accroître la production.

Les propriétaires les mieux dotés et les plus efficients peuvent investir leurs surplus et étendre ainsi leurs activités. À partir d’un certain niveau de revenu, ils deviennent des capitalistes en mesure de faire travailler les autres, métayers, fermiers ou salariés.

Selon une idée que reprendra Karl Marx, théoricien de la lutte des classes, le simple ouvrier, qui n’a que ses bras, doit vendre à d’autres sa peine. Il la vend plus ou moins cher selon l’accord qu’il fait avec celui qui paie son travail. Celui-ci le paye le moins cher qu’il peut ; comme il a le choix entre un grand nombre d’ouvriers, il préfère celui qui travaille au meilleur marché. Les ouvriers sont donc obligés de baisser le prix à l’envi les uns des autres. En tout genre de travail, il doit arriver et il arrive, en effet, que le salaire de l’ouvrier se borne à ce qui lui est nécessaire pour lui procurer sa subsistance.

Limoges : l’épreuve du terrain

Le 8 août 1761, à 34 ans, précédé par sa réputation d’économiste, Turgot devient intendant de la généralité de Limoges, qui inclut l’actuel Limousin mais aussi la région d’Angoulême. Pendant les 14 années à la tête de la généralité, il s’applique à faire le bonheur de ceux qu’il qualifie de «sots limousins» en mettant en pratique ses principes.

Il étend le réseau routier en recourant à un impôt paroissial et non plus à la corvée, un travail non rémunéré qui pesait sur les paysans. Il encourage les nouvelles manufactures de porcelaine destinées à exploiter les mines de kaolin locales et remplacer les importations coûteuses en provenance de Chine. Il embellit les villes, fonde une école vétérinaire, introduit le mérinos et la pomme de terre, crée des ateliers de charité… Il tente aussi de recruter la milice par engagement volontaire et non plus contraint.

Dans ces entreprises, il bénéficie du soutien de l’abbé Terray, son prédécesseur au contrôle général des Finances. Mais cela ne suffit pas pour surmonter l’inertie du peuple et de l’administration. Il ne pourra achever aucune de ses entreprises limousines, pas même le cadastre destiné à établir une imposition équitable des propriétaires terriens. À cette occasion, il tente de faire agréer une unité de mesure universelle. Cette unité, le « mètre », sera officialisée bien après sa mort par la Convention le 7 avril 1795.

Infidèle à son austère hôtel de Limoges, Turgot voyage beaucoup. Il fréquente assidûment les salons de Madame Geoffrin, veuve d’un actionnaire de Saint-Gobain, établie rue Saint-Honoré, de la comtesse de Boufflers, de la marquise du Deffand ou encore de la duchesse d’Enville à laquelle le lie un profond attachement en dépit de son célibat de vieux garçon timide.

Il retrouve dans ces salons ses amis d’Alembert, Diderot et Condorcet mais aussi les mathématiciens Lagrange et Laplace… sans compter des étrangers comme le marquis de Beccaria, qui a révolutionné la justice, le spirituel Arthur Young, David Hume ou encore Benjamin Franklin, auquel il dédie un petit vers de son invention : « Eripuit caelo fulmen sceptrumque tyrannis » [Aux dieux il a arraché la foudre (avec le paratonnerre) et aux tyrans leur sceptre (en soulevant les colons contre le roi d’Angleterre)].

Joseph Vernet, La Construction d'un grand chemin, 1774, Paris, musée du Louvre

Une soirée chez le docteur Quesnay

Dans le texte ci-dessous, extrait des de Madame du Hausset, femme de chambre de la marquise de Pompadour, raconte dans ses Mémoires une soirée chez le docteur François Quesnay, fondateur de l’école des physiocrates, où apparaît le jeune Turgot et où l'on voit comment le roi Louis XV en entendit parler.

Extrait des Mémoires de Mme du Hausset :

Un jour que j’étais à Paris, j’allai dîner chez le docteur qui s’y trouvait aussi ; il avait assez de monde, contre son ordinaire, et entre autres un jeune maître des requêtes d’une belle figure, qui portait un nom de terre que je ne me rappelle pas, mais qui était fils du prévôt des marchands, Turgot. On parla beaucoup administration, ce qui d’abord ne m’amusa pas ; ensuite il fut question de l’amour des Français pour leur roi. M. Turgot prit la parole et dit : « Cet amour n’est point aveugle, c’est un sentiment profond et un souvenir confus de grands bienfaits. La nation, et je dirai plus, l’Europe et l’humanité, doivent à un roi de France (j’ai oublié le nom) la liberté ; il a établi les communes, et donné à une multitude immense d’hommes une existence civile. Je sais qu’on peut dire avec raison qu’il a servi son intérêt en les affranchissant ; qu’ils lui ont payé des redevances, et qu’enfin il a voulu par-là affaiblir la puissance des grands et de la noblesse ; mais qu’en résulte-t-il ? que cette opération est à la fois utile, politique et humaine. » Des rois en général, on passa à Louis XV, et le même M. Turgot dit que son règne serait à jamais célèbre pour l’avancement des sciences, le progrès des lumières et de la philosophie. Il ajouta qu’il manquait à Louis XV ce que Louis XIV avait de trop, une grande opinion de lui-même ; qu’il était instruit, que personne ne connaissait mieux que lui la topographie de la France ; qu’au conseil, son avis était toujours le plus juste ; qu’il était fâcheux qu’il n’eût pas plus de confiance en lui-même, ou ne plaçât pas sa confiance dans un premier ministre approuvé de la nation. Tout le monde fut de son avis. Je priai M. Quesnay d’écrire ce qu’avait dit le jeune Turgot, et je le montrai à Madame. Elle fit à ce sujet l’éloge de ce maître des requêtes ; et en ayant parlé au roi, il dit : « C’est une bonne race. »

Versailles : l’épreuve du feu

À son avènement, le jeune roi Louis XVI se laisse convaincre d’appeler Turgot au gouvernement pour complaire au clan « philosophique ». L’homme des Lumières entre en juillet 1774 au ministère de la Marine, un poste très important compte tenu de son budget. Le mois suivant, le 24 août 1774, il est promu au contrôle général des finances à l’occasion de la « Saint-Barthélemy des ministres ».

Les derniers ministres de Louis XV quittent la scène. C’est la fin du « triumvirat » Maupeou-Terray-d’Aiguillon, qui avait tenté avec mérite de consolider la monarchie, et le retour triomphal du vieux Maurepas, disgracié trente ans plus tôt en raison d’une mauvaise plaisanterie. Pour signifier le changement, celui-ci ne trouve rien de mieux que de rappeler les anciens Parlements. Ces derniers vont dès lors s’opposer de toutes leurs forces à toutes les réformes…

Aux finances, Turgot hérite de l’assainissement des comptes accompli par son prédécesseur, l’abbé Terray. Mais il reste un déficit de 22 millions de livres assez important pour que son prédécesseur ait recommandé la banqueroute.

Turgot veut éviter cette solution par laquelle l'État se reconnaît incapable de rembourser ses créanciers, car elle ruinerait la confiance du public et rendrait impossible tout nouvel emprunt.

Dès l’annonce de sa nomination, il adresse par écrit au roi sa profession de foi :
« Point de banqueroute ;
« Point d’augmentation d’impôts ;
« Point d’emprunts.
« Point de banqueroute, ni avouée, ni masquée par des réductions forcées.
« Point d’augmentation d’impôts, la raison en est dans la situation de vos peuples, et encore plus dans le cœur de Votre Majesté.
« Point d’emprunts, parce que tout emprunt diminue toujours le revenu libre ; il nécessite au bout de quelque temps ou la banqueroute, ou l’augmentation des impositions. II ne faut en temps de paix se permettre d’emprunter que pour liquider les dettes anciennes, ou pour rembourser d’autres emprunts faits à un denier plus onéreux.
« Pour remplir ces trois points, il n’y a qu’un moyen. C’est de réduire la dépense au-dessous de la recette. Sans cela, le premier coup de canon forcerait l’État à la banqueroute. »

Il fait quelques économies en taillant dans les dépenses de la Maison du roi et en supprimant les corps de parade. Lui-même renonce à une partie des revenus que l'usage concède au contrôleur général des finances, notamment au « pot-de-vin » (sic) versé par la Ferme générale.

 Comme cela est loin de suffire, il engage des réformes audacieuses pour faire rentrer les impôts et libérer l'économie des entraves administratives. Mais ses soutiens sont minces face à l’opposition des privilégiés - en particulier des parlementaires et de la Cour - et de la reine elle-même, qui n’hésite pas à s’immiscer dans les luttes de factions entre les prétendants au gouvernement, partisans de Choiseul, de Maurepas ou de Maupeou.

Il ne bénéficie à proprement parler que de l’indéfectible soutien du garde des sceaux Malesherbes, lequel est plein de bonnes intentions mais mauvais manœuvrier. Il peut compter aussi sur l’amitié de l’abbé de Véri, qui l’a introduit auprès de Maurepas, de Du Pont et de son disciple Condorcet, sans parler du « roi Voltaire », qui n’a de cesse de chanter ses louanges.

Crédit est mort, image populaire du XVIIIe siècle (musée d’Épinal)

Parmi ses réformes figure l’abolition des « contraintes solidaires » par lesquelles les paysans devaient répartir entre eux le montant de l’impôt réclamé à leur village. Il s’ensuivait beaucoup de rancœurs et d’injustices. En remplacement de cela, Turgot commence à mettre en place des collecteurs rémunérés par la puissance publique (décret du 3 janvier 1775).

Pour cet économiste des Lumières, sensible aux réalités humaines (à la différence de bien des économistes actuels), c’est en effet moins le poids de l’impôt qui porte préjudice à l’activité que son caractère arbitraire et son injuste répartition. Les contribuables qui se sentent à tort ou à raison injustement pressurés tendent à dissimuler leurs biens, voire à se mettre en retrait de la société.

L’élan réformateur du ministre va très vite se briser sur le projet de libération du commerce des grains. Turgot abolit les règles de marché qui entravaient la circulation des grains dans le Royaume et impose la liberté de stocker, vendre et exporter.

Sa conviction est qu’en cas de pénurie dans une province, avec la hausse des prix, les commerçants et les producteurs des autres provinces n’auront rien de plus pressé que d’y expédier tous leurs surplus et, de cette façon toute naturelle, le régime de liberté assurera en permanence une répartition équilibrée des subsistances sur l’ensemble du territoire national.

Mais il oublie que, livrés à eux-mêmes, les négociants d’une province périphérique, par exemple la Flandre, pourraient trouver plus avantageux de vendre leurs surplus de l’autre côté de la frontière que de le transporter aux extrémités du Royaume.

Plus gravement, il engage la réforme sans prendre garde à la conjoncture. Or, l’on est à la veille d’une mauvaise récolte et le peuple n’allait pas manquer de mettre la pénurie sur le compte de la libération des prix. Du temps des règlements, il n’accusait de ses malheurs que les saisons. Ensuite, il en a accusé la nouvelle administration.

Au printemps 1775, dans plusieurs villes du bassin parisien, à Paris et même à Versailles, de pauvres diables prennent d’assaut les boulangeries et les moulins. Le contrôleur général des finances doit sévir et faire pendre en place de Grève deux meneurs, l’un de 28 ans, l’autre de 16. C’est à partir de là qu’il perd la confiance du roi.

La même année, désespérant de réformer les institutions, Turgot fait présenter au roi par son ami Du Pont un Mémoire sur les municipalités dans lequel il préconise que la gestion des affaires courantes aux différents étages de la société, des paroisses à la capitale, soit confiée à des assemblées élues de propriétaires. Elles se subsisteraient aux « Parlements », en fait des cours de justice pleines de privilégiés imbus de leur fonction dont il n’a pas le courage d’empêcher le retour à l’avènement de Louis XVI, après qu’ils eurent été exilés par Louis XV.

Dans le même élan, Turgot préconise le rachat des droits seigneuriaux par les paysans, le mariage civil pour les protestants, la laïcisation de l’enseignement et de l’assistance, la soumission du clergé à l’impôt. Autant de mesures proprement révolutionnaires dont on a peine à penser rétrospectivement qu’elles aient pu être émises par le ministre d’un « monarque absolu ».

La chute

Le 5 janvier 1776, Turgot joue son va-tout et publie six édits dont deux vont hérisser contre lui l’opinion et causer sa perte.

Proclamant en préambule la liberté du travail, il tente en premier lieu d’abolir d’un trait de plume les jurandes et les maîtrises qui structuraient chaque secteur professionnel. Dérivées des corporations du Moyen Âge, ces institutions s’étaient gâtées avec le temps. Elles n’étaient plus l’expression de toute la profession, maîtres et compagnons confondues, mais seulement un jouet entre les mains des maîtres les plus riches et les plus influents.

Elles conservaient néanmoins une grande valeur symbolique. Turgot soulève contre lui l’immense majorité de l’opinion en tentant de les supprimer plutôt que de simplement rétablir la démocratie et le droit en leur sein. Il ne maintient que les métiers « de danger » sous contrôle policier (barbiers-chirurgiens, apothicaires, perruquiers, serruriers, imprimeurs et libraires).

En second lieu, Turgot remet en selle son projet de remplacer les corvées par un impôt sur tous les propriétaires, y compris les nobles et le clergé. C’en est trop. Il obtient du roi qu’il impose l’enregistrement des Six Édits par le lit de justice du 6 mars 1776, à Versailles, mais l’opposition ne se démonte pas. La reine Marie-Antoinette, fâchée que le ministre ait refusé une faveur à son amie la duchesse de Polignac, se joint à la curée.

Turgot a encore le temps, le 24 mars 1776, de créer la Caisse d’escompte. C’est la première banque officielle depuis l’échec de Law, un demi-siècle plus tôt.

Démis le 12 mai 1776, après vingt mois seulement au gouvernement, il écrit au roi, qui n’a encore que vingt-deux ans : « N’oubliez jamais, Sire, que c’est la faiblesse qui a mis la tête de Charles 1er sur le billot… Je souhaite que le temps ne me justifie pas ». Son dernier successeur aux Finances, le banquier Jacques Necker, reprendra son programme de réformes après l’avoir critiqué quand il tentait de le mettre en œuvre contre le Parlement, la Cour, la reine Marie-Antoinette et même le peuple.

Michel Turgot, auteur du plan Tuirgot de Paris (1690-1751)

Renvoyé à ses lectures, Anne Robert Jacques Turgot s’éteint le 18 mars 1781. Il est inhumé à côté de son père, l'ancien prévôt des marchands Michel Turgot, dans la chapelle du futur hôpital Laennec, au sud de Paris.

L’intervention militaire de la France en Amérique aggrave la crise financière. Sept ans plus tard, le roi se résout à convoquer les états généraux et c'est le début de la Révolution.

En deux ans, l’Assemblée nationale accomplit alors toutes les réformes dont avait rêvé Turgot et bien plus encore. Il n’avait manqué au ministre que la légitimité démocratique pour y parvenir.

Bibliographie

Turgot fait l’objet d’une excellente biographie Jean-Pierre Poirier : Turgot (Perrin, 1999) et l’on peut approfondir la période critique de son ministère avec l’ouvrage-clé d’Edgar Faure : La Disgrâce de Turgot (Gallimard, 1961), un régal pour initiés. On peut aussi lire sans difficulté l’ouvrage le plus connu de Turgot lui-même : Réflexions sur la formation et la circulation des richesses (Turgot, 1766).

Le temps des philosophes

Le document autographe ci-dessous, daté du 8 septembre 1778 et postérieur au renvoi de Turgot, est une recommandation de ce dernier en faveur du marquis de Condorcet. Il témoigne des liens d'amitié qui pouvaient unir les grands esprits de ce temps (document reproduit avec l'autorisation de Jacques Marcillat).


turgot-rflexions-sur-la-formation-et-la-distribution-des-richesses-1-638.jpg

 

Pour lire cet ouvrage cliquez sur le lien ci-dessous :

 

R--flexion-sur-la-Formation-et-la-distribution-des-Richesses-en-1766-.pdf

Sources : Hérodote.net

                Gallica.bnf.fr


27/11/2015
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AO, le dernier Néandertal de Jacques Malaterre [Documentaire]


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Cette immense épopée sur le  dernier homme de Neandertal, véritable western préhistorique, sera l' un des évènements cinématographiques de l'année 2010. <>

Cette fiction inspirée du roman de Marc KLAPCZYNSKI  a été tournée  en Bulgarie, dans des grottes aux profondeurs Abyssales, à mille lieues du premier village civiliséou en survolant les à-pics vertigineux de Belogradchik  mais aussi dans les calanques de Marseille, les marécages Camarguais infestés de moustiques, la toundra ukrainienne balayée par le vent glacé, le plateau du Vercors couronné de neige et les flancs du massif central, boeux à perdre pied.
Avec  lui près de 170 acteurs et figurants engagés pour le meilleur et pour le pire.
Nus pour certains, à peine vêtus d'une peau de bête pour  d'autres, ensevelis parfois sous des monticules de neige par -20° ou - 30°  quand les équipes techniques étaient emmitouflées sous plusieurs épaisseurs de polaires et capuchonnées jusqu'au nez ; contraints d'arracher à pleine dents des kilos de viande fraiche et saignante , dix vingt fois,  pour les besoins  d'une scène ; obligés de se lever au mitan de la nuit  pour subir quatre heures de maquillage avant de prendre la route pour rejoindre le plateau de tournage isolé au milieu de nulle part sur des motoneiges.
Le réalisateur de cette épopée préhistorique , après neuf semaines de tournage parfois dantesques, ne peut cacher son admiration pour ses troupes.
Jacques Malaterre leur avait promis l'enfer, ils l'ont eu ! 

" Ne faits pas ce film pour votre égo ! Avec ce que je vais vous mettre comme maquillage sur la gueule, même votre mère ne vous reconnaitra pas !
Mais faites ce film avec moi, parce que jouer un homme qui a vécu il y a 30.000 ans, c'est le plus beau travail d'acteur que vous puissiez faire sur vous même! "

" Il convient d'aller chercher au plus profond de soi des traces de ces hommes anciens, d'être préhistorique, d'imaginer que Neandertal est un homme qui a survécu près de 300.000 ans dans un milieu hostile.
Une histoire sur terre infiniment plus longue que la notre . Cela force le respect" 
Durant les six mois de répétitions qui précédèrent le tournage, acteurs et figurants durent se défaire du moindre habitus, de la moindre gestuelle qui les rattachaient à nos temps civilisés.
Toutes les bêtes sauvages sont  " réelles" sur le film ( bisons, loups, chevaux, sangliers, vautours, ours blanc ) les mammouths  seulement évoqués sous forme d'un cimetière de carcasses.





Jacques Malaterre s'est adjoint les conseils de Marylène Patou- Mathis, directrice de recherche au CNRS, spécialiste de Neandertal.  Avec elle  il a établi le morphotype des ces premiers hominidés, conçu les décors des campements, le déroulement de leurs rites funéraires et imaginé leur accoutrement  jusqu'au bijoux qu'ils pouvaient arborer . Un travail d'orfèvre.









Source  :  Article du Figaro Magazine du 26/09/09 





27/09/2009
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Ardi, la plus vieille femme du monde




Après plus de quinze ans d'analyses, les découvreurs d'Ardipithecus ramidus, un squelette d'hominidé datant de 4,4 millions d'années, sont convaincus d'avoir trouver le plus vieil ancêtre de l'humanité. La découverte dans les années 1990 en Ethiopie de ce squelette dévoile une nouvelle étape dans l'évolution de l'homme, qui nous rapproche de l'ancêtre commun des humains et des singes, selon des travaux parus jeudi 1er octobre.

La mise au jour entre 1992 et 1994 de ce squelette fossilisé, morceau par morceau, ainsi que de dizaines d'autres fossiles appartenant à cette même espèce d'hominidé baptisé Ardipithecus ramidus, a montré des caractéristiques biologiques jusqu'alors inconnues du premier jalon dans l'évolution de l'homme depuis ses origines, selon les résultats des analyses de ces chercheurs.

Ce fossile d'une femelle nommée Ardi, d'1,20m pour 50 kilos, est le plus ancien squelette connu de la branche humaine de la famille des primates, qui comprend les Homo sapiens ainsi que des espèces plus proches de l'homme que les chimpanzés et les bonobos, expliquent ces paléo-anthropologues, dont onze études sont publiées dans la revue américaine Science du 2 octobre.

VIEILLE BRANCHE

La mise au jour d'Ardi permet une nouvelle compréhension de la manière dont les hominidés – qui englobent la famille des grands singes, dont les humains, les chimpanzés, les gorilles et les orangs-outans –, descendraient d'un ancêtre commun, précise Giday WoldeGabriel, du Los Alamos National Laboratorys ancien connu dans l'évolution de l'homme était Lucy, découverte dans la région de l'Afar et ayant vécu il y a 3,2 millions d'année. (Nouveau Mexique, sud-ouest) qui a mené les études de datation géologique du site. Avant Ardi, le jalon le plu

Après la découverte de Lucy, les paléo-anthropologues espéraient, en découvrant ultérieurement des fossiles d'hominidé plus ancien, trouver l'ancêtre commun de l'homme et du chimpanzé, en se fondant sur les très grandes similarités génétiques entre les deux. Ardi ne sera pas celle-là, note Tim White, professeur au Centre de recherche sur l'évolution humaine de l'université de Berkeley (Californie, ouest), l'un des principaux auteurs de cette vaste recherche.

Il n'empêche que, selon lui, "cette créature est une mosaïque intéressante, ni chimpanzé ni humain [...]. [En] nous rapprochant comme jamais auparavant de l'ancêtre commun des singes et de l'homme, [elle] nous permet vraiment d'imaginer ses traits […]. Le seul moyen de savoir à quoi ressemblait cet ancêtre sera de le trouver", a-t-il conclu, citant Charles Darwin, qui mettait en garde contre des extrapolations à partir des singes.


  
Source  : LE MONDE.FR avec AFP

02/10/2009
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